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ATALA[1]



Atala est encore un de nos écrivains féminins qui débutait dans le journalisme et la littérature au commencement de ce vingtième siècle. En 1899, elle était la rédactrice du « Coin du Feu » dans le Monde illustré, revue qui fut si populaire de 1884 à 1902, et en 1903, elle continua à collaborer à la Patrie, dans la page de Madeleine : « Le Royaume des Femmes », et à y publier des articles et des poésies.

À ce « Coin du Feu », Atala, à l’exemple de Mme Dandurand, a réchauffé bien des cœurs, a relevé bien des courages abattus, et à la lueur de son foyer elle a souvent indiqué la route à suivre dans les circonstances difficiles de la vie. Comme ses compagnes d’alors dans le journalisme, elle a aussi revendiqué les droits de la femme. Convaincue comme elles de la beauté de la mission de la femme qui se sert de sa plume pour enseigner à ses semblables les leçons qui illuminent l’intelligence et dilatent le cœur, elle a démontré avec succès les avantages du féminisme littéraire bien entendu, et a contribué pour sa part à le faire admettre par l’opinion publique.

Comme chroniqueuse et poète, Atala a été louangée elle aussi par le poète Antonio Pelletier, dans son livre : Cœur et Hommes de cœur, 1903.

On lira donc avec intérêt ce qu’il écrivait à son sujet :

« Mlle Atala traite ordinairement des sujets sérieux et envisage surtout le côté pratique des choses.

« Je remarque dans ses productions littéraires, la note plaintive, un gémissement : elle est triste. A-t-elle souffert ? A-t-elle prié sur la tombe des siens ? Qui n’a pas pleuré ignore la vie ! Mais il est des êtres de privilège sur qui le Ciel semble frapper avec complaisance.

« J’aime encore Atala lorsqu’elle parle du dévouement, de l’abnégation, de l’énergie nécessaire à la femme ; je l’aime aussi quand elle lutte pour les intérêts de la femme dans la société et lorsqu’elle indique le chemin du bonheur dans la famille. Atala est un porte-étendard des légions féminines.

« Rien n’éclate dans les écrits d’Atala. Son naturel est secondé par une précision de style simple, uni, sans apparat, qui plaît et attire doucement. L’on suit bien la marche de sa narration : c’est calme et clair. Sans essayer de convaincre en émouvant, elle exprime des pensées qui charment.

« Elle expose et développe paisiblement son idée, disant tout ce qu’il faut et rien que ce qu’il faut. Il y a de l’égalité et de la mesure dans ses articles. Ceci prouve de l’observation et une certaine expérience, sans lesquelles on attache une grande importance aux futilités et trop peu à ce qui en mérite.

« Mlle Valois affectionne la littérature qu’elle n’a pas le loisir de cultiver autant qu’elle le désirerait. Bossuet, Lacordaire, Chateaubriand sont ses amis. Lamartine — dont elle procède — paraît être son auteur de chevet.

« Atala, en effet, a le sens de l’harmonie, et un penchant au rêve. C’est sans doute pourquoi elle pleure en entendant une belle voix, en admirant un coucher de soleil ; c’est peut-être aussi la raison de son goût spécial pour la poésie.

« Vous dirai-je qu’Atala rime à ses heures, et joliment ?

« J’ai sous les yeux quelques-uns de ses vers joliment tournés. Ils ont des murmures doux comme des prières à la Vierge. Les grands coups d’aile y sont rares ; mais il est très agréable d’entendre un gazouillis de ruisseau, une plainte du vent sous la feuillée, un baiser d’oiseau sur le bord d’un nid. »

Les poésies d’Atala ont été publiées en volume en 1910, sous le titre de Fleurs sauvages.

Elles sont dédiées à sa mère, à son frère l’abbé H. Valois, à M. du Roure, professeur de littérature française à Montréal, à Madeleine.

Si, pour suppléer à l’oubli de l’Anthologie des poètes canadiens, il y a un jour une Anthologie de nos poètes féminins, les poésies d’Atala y figureront certainement, avec honneur et grâce.


  1. Marie Léonie Valois, fille de feu le Docteur Avila Valois, de Vaudreuil.