Bleak-House/63

Traduction par Mme H. Loreau, sous la direction de Paul Lorain.
Hachette (2p. 349-357).



CHAPITRE XXXIII.

Fer et acier.

La galerie de tir de M. Georges est à louer ; tout le matériel a été vendu ; et le maître d’armes habite Chesney-Wold où il accompagne sir Leicester dans ses promenades à cheval, et surveille attentivement la monture du baronnet, car la main qui la guide est maintenant bien incertaine. Mais aujourd’hui M. Georges n’est pas auprès de sir Leicester Dedlock. Il est en voyage, et se dirige vers les districts du nord où l’on travaille le fer.

À mesure qu’il avance de ce côté, les grands bois disparaissent ; et la houille, les cendres, les hauts fourneaux et les briques rouges, la verdure maladive, les feux dévorants, et un épais nuage de fumée d’où ne sort jamais d’éclairs, caractérisent le paysage.

Le sergent passe au milieu de tout cela et continue sa route en regardant autour de lui, comme s’il cherchait à découvrir l’endroit vers lequel il se dirige.

Arrivé sur la rive noircie d’un canal qui traverse une ville active où le cliquetis du fer est plus assourdissant, la fumée plus noire et les flammes plus ardentes que notre voyageur ne les a encore trouvés sur son passage, il arrête son cheval et demande à un ouvrier s’il connaîtrait par hasard un nommé Rouncewell.

« Ah ! ben, mon maître, répond l’ouvrier, demandez-moi plutôt si j’ me connais moi-même.

— Il est donc bien connu dans ces parages ?

— Rouncewell ! j’ crois ben.

— Et où demeure-t-il ? demande M. Georges en jetant un regard devant lui.

— Est-ce la banque, l’usine ou la maison qu’ vous voulez dire ? demande l’ouvrier à son tour.

— Hum ! Rouncewell est un si grand seigneur, à ce qu’il paraît, murmure le sergent en se frappant le menton du bout de sa cravache, que j’ai bien envie de retourner sur mes pas. Je ne sais trop que faire. Croyez-vous que je trouve à cette heure-ci M. Rouncewell à l’usine ?

— C’est pas toujours facile de savoir où c’ qu’il est ; mais à ce moment-ci d’ la journée vous l’ trouverez à l’usine ou ben son fils ; toutefois s’il est en ville, car c’est ben souvent qu’il est dehors.

— Et quelle est son usine ?

— Vous voyez ben ces cheminées-là ?

— Les plus hautes ?

— Oui, c’est ça. N’ les quittez pas des yeux ; allez tout drêt ; quand vous s’rez au bout, tournez à gauche, vous trouverez un grand mur qui fait tout un côté d’ la rue ; c’est l’usine Rouncewell. »

Le sergent remercie l’ouvrier, et continue sa route en regardant de tous les côtés. Il ne retourne point sur ses pas, et met son cheval à une auberge où dînent en ce moment des ouvriers de Rouncewell, à ce que lui apprend l’aubergiste. C’est l’heure où les forgerons vont dîner, et la ville tout entière paraît avoir été envahie par ceux de M. Rouncewell, tous hommes robustes, vigoureux et noirs comme la suie.

M. Georges suit l’indication qui lui a été donnée ; il trouve une grande porte au grand mur, s’en approche, regarde, et ne voit que du fer autour de lui, à tous les étages et sous toutes les formes : en barres, en lingots et en feuilles ; en cuvettes, en essieux, en rails et en chaudières ; en alluchons, en roues et en manivelles ; du fer et encore du fer ; tordu et brisé de mille façons ; rouillé par l’âge, bouillonnant dans sa jeunesse au milieu de la fournaise ou jaillissant sous le marteau en gerbes d’étincelles ; montagnes de ferraille et débris de machines ; fer rouge et fer noir ; odeur et saveur de fer ; bruits stridents et bruits sourds ; une Babel de bruits de fer.

« C’est à y gagner le mal de tête, dit l’ancien troupier en cherchant le bureau des yeux. Qui vient là ? tout à fait mon portrait quand j’étais à son âge ; cela doit être mon neveu, s’il est vrai que la ressemblance soit une preuve de famille. Votre serviteur, monsieur.

— Le vôtre, monsieur. Demandez-vous quelqu’un ?

— Pardon ; mais vous êtes probablement monsieur Rouncewell le jeune ?

— Oui, monsieur.

— C’est à monsieur votre père que je désirerais parler ; j’aurais un mot à lui dire. »

Le jeune-homme répond que le moment est bien choisi, car son père est précisément à l’usine ; et il dit à l’étranger de le suivre. « Tout à fait mon portrait, à son âge ; tout à fait ! » pense le troupier en suivant le jeune Rouncewell. Ils arrivent à un bâtiment situé dans une cour ; le bureau est au premier ; à la vue du gentleman qui s’y trouve, l’ancien troupier rougit excessivement.

« Quel nom dirai-je à mon père ? » demande le jeune homme.

M. Georges, dont le fer occupe entièrement l’esprit, et que cette question a pris au dépourvu, répond qu’il se nomme Steel[1], nom sous lequel il est immédiatement présenté. Le jeune homme se retire, et M. Georges reste seul avec le gentleman qui est assis à sa table, ayant devant lui des livres de comptes et diverses feuilles de papier couvertes de chiffres et de figures bizarres. La pièce où il se trouve est nue, sans rideaux aux fenêtres, et n’a d’autre perspective que le fer dont nous avons parlé ; sur la table se trouvent pêle-mêle des échantillons de métal et différentes pièces de machines brisées à dessein pour en essayer la résistance ; partout une poussière de fer qui couvre chaque objet ; à travers les vitres on voit la fumée tourbillonner en sortant des hautes cheminées et mêler leurs colonnes noirâtres à la Babylone vaporeuse qui surmonte la ville bruyante.

« Je suis à vos ordres, monsieur Steel, dit M. Rouncewell dès que son visiteur eut pris une chaise.

— Monsieur, répond Georges, se penchant en avant, le bras gauche sur son genou et le chapeau à la main, cherchant surtout à éviter le regard de son frère, je crains que ma visite, loin de vous être agréable, ne vous soit importune. J’ai servi autrefois dans les dragons, et l’un de mes camarades pour lequel j’avais un certain faible, était, je crois, votre parent. N’avez-vous pas eu un frère qui fut le tourment de sa famille, et qui partit un beau jour, n’ayant jamais rien fait de bon dans sa vie que de ne jamais reparaître ?

— Êtes-vous bien sûr, dit le maître de forges d’une voix troublée, êtes-vous bien sûr que vous vous nommez Steel ? »

Le sergent balbutie et regarde son frère, qui se lève en l’appelant par son nom et lui saisit les deux mains.

« Tu es trop fin pour moi, s’écrie M. Georges dont les larmes jaillissent aussitôt. Comment vas-tu, mon vieil ami ? Je n’aurais jamais cru que tu fusses aussi content de me voir. Comment vas-tu, mon vieil ami ? comment vas-tu ? »

Ils se serrent les mains et s’embrassent mille et mille fois ; Georges ne cessant d’accoupler à sa phrase « comment vas-tu, mon vieil ami ? » la protestation qu’il n’aurait jamais cru que son frère fût à moitié aussi content de le revoir.

« J’étais même si loin de le penser, dit-il après avoir raconté comment il est venu, que j’avais dans l’idée de ne pas me faire reconnaître ; je pensais à t’écrire dans le cas où tu aurais écouté mon nom avec indulgence ; mais je n’aurais pas été surpris si tu n’avais pas voulu entendre parler de moi.

— Tu verras tout à l’heure, Georges, quel accueil on fait chez moi à ton nom et avec quelle joie on y apprend de tes nouvelles. C’est aujourd’hui grande fête à la maison, et tu ne pouvais pas, vieux soldat bronzé, arriver un meilleur jour. Ce soir, je promets à mon fils Watt, que d’aujourd’hui en un an il épousera la plus jolie fille et la meilleure que tu aies jamais vue dans tes voyages. Elle part demain pour l’Allemagne avec une de tes nièces, afin de terminer son éducation ; et nous avons, pour célébrer les fiançailles, une petite fête dont tu seras le héros. »

Cette pensée confond tellement M. Georges, qu’il repousse de toutes ses forces l’honneur qu’on lui propose ; mais vaincu par son frère et par son neveu, et protestant toujours qu’il n’aurait jamais pensé qu’on fût si content de le voir, il se laisse conduire à une maison élégante, où se remarque, à l’intérieur, un heureux mélange des habitudes de simplicité du père et de la mère, et de celles que l’éducation et la fortune ont données à leurs enfants. M. Georges est de plus en plus troublé par la grâce et la distinction des filles de son frère ; par la beauté de Rosa, sa future nièce, l’accueil affectueux et empressé que lui font ces jeunes demoiselles, et qu’il reçoit comme en rêve ; tandis que les manières respectueuses et touchantes de son neveu lui rappellent son propre passé et lui rendent la conscience de n’avoir jamais été qu’un vaurien.

Cependant, l’entrain qui préside à la fête et les bons cœurs dont la société se compose triomphent du trouble de M. Georges, qui s’engage, d’un air franc et martial, à être de la noce et à conduire la mariée, engagement qui est accueilli avec acclamations. L’instant du repos arrive, et l’ancien maître d’armes, couché dans le lit d’honneur de la maison de son frère, est pris de vertige en se rappelant tout ce qui s’est passé depuis quelques heures : il revoit, en esprit, ses nièces, que, frappé de respect, il admira toute la soirée dans leur mousseline flottante, exécuter toute la nuit, sur sa courte-pointe, des valses allemandes.

Le lendemain matin, dès qu’ils sont levés, les deux frères s’enferment dans la chambre du maître de forges, où celui-ci expose, avec sa clarté habituelle, la manière dont il songe à employer les services de l’ancien troupier dans son usine, lorsque ce dernier l’arrête en lui serrant la main :

« Frère, dit-il, je te remercie un million de fois pour ton accueil plus que fraternel ; et un million de fois plus encore pour tes intentions pleines de délicatesse et de générosité ; mais j’ai mon plan ; avant de le confier à personne, je désire te consulter sur une affaire de famille. Comment faut-il s’y prendre pour obtenir de ma mère qu’elle consente à m’effacer ? ajoute l’ancien dragon en croisant les bras et en regardant son frère avec une invincible fermeté.

— Je ne te comprends pas bien, Georges, répond M. Rouncewell.

— Je demande comment on pourra obtenir de ma mère qu’elle veuille bien m’effacer ; il faut absolument l’y amener d’une façon ou d’une autre.

— Est-ce de son testament que tu veux être rayé ? je crois du moins que c’est là ce que tu veux dire.

— Certainement, répond l’ancien maître d’armes d’un air plus résolu que jamais, il le faut et j’y tiens.

— Est-ce que c’est indispensable, mon brave Georges ?

— Tout à fait ; je n’aurais pas commis la bassesse de revenir sans y être bien décidé. Jusque-là, vois-tu, je ne serai pas à l’abri d’une nouvelle escapade. Je ne me suis pas faufilé au bercail pour te dépouiller et enlever à tes enfants ce qui leur revient naturellement. Il y a longtemps que j’ai perdu tous mes droits ; et pour que je reste et que je puisse relever la tête, il faut absolument qu’elle me raye de son héritage. Voyons, toi qui es connu pour ta pénétration et ton intelligence, tu m’indiqueras bien un moyen d’y réussir.

— Au contraire, Georges, dit M. Rouncewell d’un ton délibéré ; ma pénétration ne servira qu’à te prouver une chose, c’est que tu dois renoncer au but que tu veux atteindre ; regarde notre mère, rappelle-toi l’émotion qu’elle a éprouvée en te revoyant. Crois-tu qu’il y ait au monde une seule considération qui puisse la déterminer à faire ce que tu désires ? Crois-tu, alors même que la chose serait possible, qu’il y aurait à hésiter entre le sacrifice que tu veux me faire et la blessure qu’elle en ressentirait, cette chère et tendre vieille femme ? tu aurais tort d’y penser ; non, Georges ! renonce à ton idée, prends-en ton parti et reste sur son testament ; d’ailleurs tu peux atteindre ton but, à peu près aussi bien que si la chose était faite. »

Le maître de forges sourit en regardant son frère qui, tout désappointé, réfléchit profondément.

« Et comment cela ? dit enfin M. Georges.

— Puisque tu tiens absolument à être déshérité, tu peux disposer, à ton tour, de la part qui te reviendra, quand tu auras le malheur de la recevoir.

— C’est vrai ! » dit l’ancien maître d’armes, réfléchissant toujours : puis mettant la main sur celle de son frère :

« As-tu l’intention de parler de cela dans ta famille ? lui demande-t-il.

— Pas du tout.

— Merci, frère. Seulement tu ne refuseras peut-être pas de leur dire que, tout vagabond que je suis, je n’ai été, après tout, qu’une mauvaise tête, mais sans faire de bassesses.

Le maître de forges réprime un sourire et fait un signe affirmatif.

« Merci, mon frère. C’est un grand poids de moins sur mon cœur, répond M. Georges en respirant largement et en décroisant les bras ;… j’aurais pourtant bien voulu être rayé de ce testament, » ajoute-t-il en posant les mains sur ses genoux.

Les deux frères sont assis face à face, et leur ressemblance est frappante, en dépit de l’absence d’usage et d’une sorte de simplicité massive qui caractérise l’ancien dragon.

« Maintenant, dit M. Georges, parlons une fois pour toutes de mes projets. Tu as la générosité de vouloir me retenir auprès de toi et de me proposer une place dans l’industrie que ton travail et ta persévérance ont créée, je t’en remercie de tout mon cœur. C’est plus que fraternel, comme je te l’ai déjà dit, et j’en suis profondément touché. Mais vois-tu, frère, la vérité est que je suis une espèce de mauvaise herbe, et qu’il est trop tard pour me planter dans un jardin régulier.

— C’est à moi d’en juger, mon bon Georges, répond M. Rouncewell en concentrant son regard profond sur l’ancien militaire ; laisse-moi essayer, » ajoute-t-il en souriant avec confiance.

Georges secoue la tête : « Tu y réussirais, je n’en doute pas, si la chose était possible, mais il ne faut pas la tenter ; non mon frère, non. D’ailleurs, il se trouve que je suis de quelque utilité à sir Leicester Dedlock, depuis la maladie que lui ont value certains chagrins de famille ; je lui rends quelques services, des bagatelles ; mais enfin il aime mieux les recevoir du fils de notre mère que de tout autre.

— Très-bien, Georges, répond M. Rouncewell dont la figure ouverte s’assombrit légèrement ; si tu préfères servir dans la brigade privée de sir Leicester Dedlock…

— Précisément, frère, s’écrie l’ancien dragon en interrompant le maître de forges, précisément ; l’idée de servir te déplaît, mais pour moi c’est autre chose ; tu n’es pas habitué à être commandé, moi je le suis ; tu maintiens l’ordre et la discipline autour de toi, j’ai besoin qu’on s’en occupe à ma place et qu’on m’impose une règle. Nous ne portons pas les choses de la même main et ne les voyons pas du même point de vue. Je ne dis rien de mes manières de garnison, parce que hier au soir je me suis trouvé à l’aise, et qu’ici on n’y ferait pas attention. Mais Chesney-Wold me convient encore mieux ; il y a là-bas plus d’espace ; une mauvaise herbe de plus y est moins déplacée ; la vieille mère d’ailleurs a besoin d’être heureuse, et c’est pour cela que j’accepte la proposition du baronnet. Quand je viendrai l’an prochain pour conduire la mariée, ou même avant, j’aurai soin de laisser à l’écart la brigade privée de sir Leicester Dedlock, et de ne pas la faire manœuvrer sur ton territoire. Je te remercie encore une fois ; et je suis fier de penser à la maison des Rouncewell dont tu seras le fondateur.

— Tu te connais, Georges ; et peut-être, dit le frère aîné en répondant avec chaleur à l’étreinte de la main du sergent, peut-être me connais-tu mieux que je ne le fais moi-même ; suis la voie qui te convient, mais que désormais nous ne soyons plus perdus l’un pour l’autre.

— Ne crains rien de ce côté-là, répond l’ancien sergent. Mais avant de te quitter, frère, je voudrais te prier d’être assez bon pour jeter un coup d’œil sur une lettre que j’ai écrite. Je l’ai apportée avec moi pour l’envoyer d’ici ; le timbre de Chesney-Wold pourrait être pénible à la personne qui doit la recevoir. Je n’ai pas une grande habitude de la correspondance, et je tiendrais particulièrement à ce que cette lettre fût conçue en des termes à la fois précis et délicats. »

En disant ces mots, M. Georges présente à son frère une lettre écrite avec de l’encre un peu pâle, mais d’une écriture ronde, serrée et correcte, et où le maître de forges trouve les lignes suivantes.


« Miss Esther Summerson,

« L’inspecteur Bucket m’ayant parlé d’une lettre à mon adresse qu’il a trouvée dans les papiers d’un certain individu, je prends la liberté de vous dire que ce billet contient seulement quelques lignes écrites, de l’étranger, par une personne qui me priait de remettre à une jeune et charmante lady, non encore mariée, une lettre qui s’y trouvait jointe, ce que j’ai fait religieusement.

« Je prends la liberté de vous dire, en outre, que ce billet ne me fut demandé que pour confronter l’écriture, sans quoi rien ne m’en aurait fait dessaisir ; et que le croyant plus en sûreté entre mes mains qu’entre celles de tout autre, on ne me l’aurait arraché qu’avec la vie.

« J’ajouterai, de plus, que si j’avais pensé que le malheureux gentleman fût encore de ce monde, je n’aurais eu ni repos ni trêve que je n’eusse découvert sa retraite et partagé avec lui mon dernier liard, ce que j’aurais fait par devoir comme par inclination. Mais on avait dit officiellement qu’étant à bord d’un navire, il était tombé à la mer pendant la nuit et s’était noyé dans un port d’Irlande quelques heures après son arrivée des Indes occidentales ; je l’avais moi-même entendu confirmer par des officiers et des hommes de l’équipage.

« Je prends enfin la liberté de vous exposer humblement, comme il convient à un simple membre de l’armée, que je suis et serai toujours votre très-dévoué et très-respectueux admirateur ; et que j’ai, pour les qualités que vous possédez à un degré supérieur à toute autre personne, plus d’estime que les limites de cette dépêche ne me permettent de l’exprimer.

« J’ai l’honneur d’être, votre très-obéissant,
« Georges. »


« C’est un peu cérémonieux, dit le frère aîné en repliant la lettre de l’air d’un homme qui n’y comprend pas grand’chose.

— Mais du moins, il n’y a rien, n’est-ce pas ? qu’on ne puisse adresser à la plus parfaite des jeunes demoiselles ? demande l’ancien sergent.

— Rien du tout, » répond le maître de forges.

La lettre est cachetée et déposée sur la table de M. Rouncewell, pour être jetée à la poste avec la correspondance du jour. Ceci terminé, M. Georges dit un adieu cordial à tous les membres de la famille et se dispose à partir, lorsque son frère ne voulant pas encore le quitter, lui offre de le conduire en voiture découverte, à l’endroit où il doit coucher, d’y rester avec lui jusqu’au lendemain matin, et de faire monter le vieux gris de Chesney-Wold par un domestique, pendant cette première partie du voyage. Cette proposition, joyeusement acceptée, est suivie d’une course fort agréable en tilbury, puis d’un dîner et d’un déjeuner qui ne le sont pas moins, le tout entremêlé de conversation et d’épanchements fraternels. Enfin, après force poignées de main échangées une dernière fois, ils se séparent, le maître de forges tournant son visage du côté de la fumée et des fournaises, le sergent du côté de la verte campagne ; et de bonne heure encore, dans l’après-midi, le bruit étouffé de son trot pesant se fait entendre sur le gazon de l’avenue qu’il franchit sous les vieux ormes, accompagné du cliquetis imaginaire de l’équipement militaire qu’il croit porter encore.


  1. Acier.