Bleak-House/37

Traduction par Mme H. Loreau, sous la direction de Paul Lorain.
Hachette (2p. 83-98).



CHAPITRE VII.

Jarndyce contre Jarndyce.

Si le secret qui pesait sur mon cœur n’avait concerné que moi, je l’aurais confié immédiatement à Éva ; mais je n’avais pas le droit d’en parler, même à mon tuteur, à moins d’une circonstance exceptionnelle. Cette réserve que je devais m’imposer, quand j’éprouvais au contraire un si vif besoin d’épanchement, exigeait de ma part un effort d’autant plus grand qu’il fallait même dissimuler toute préoccupation. J’y parvins assez bien tout d’abord ; mais lorsqu’Éva me demanda, le soir en travaillant, s’il y avait quelqu’un au château, j’eus beaucoup de peine à lui cacher mon trouble, surtout quand, après lui avoir répondu que, la veille, j’avais rencontré dans le parc lady Dedlock, elle insista, tout en rendant justice à l’élégance et à la beauté de milady, sur la fierté de ses manières et sur sa physionomie impérieuse et glaciale. Heureusement que Charley vint à mon secours sans le savoir, en disant que milady n’avait passé que quarante-huit heures à Chesney-Wold, et qu’elle était partie le matin même pour faire une visite dans un château du voisinage, où elle resterait quelque temps. Charley justifiait le proverbe : « Aux petits pots les grandes oreilles, » car elle en entendait plus en une journée sur les faits et gestes de tout le monde qu’il ne m’en revenait dans un mois.

Il y avait à peu près huit jours qu’Éva était arrivée, lorsqu’au moment où nous finissions d’arroser les fleurs du parterre, avec l’aide du jardinier, Charley vint à moi d’un air mystérieux et me fit signe qu’elle avait à me parler.

«  S’il vous plaît, miss ; on vous demande aux Armes de Dedlock, me dit-elle à voix basse en ouvrant des yeux démesurés.

— Qui ça, Charley ?

— Je ne sais pas, répondit-elle en avançant la tête et en croisant ses mains sur la bavette de son tablier, comme elle faisait toujours quand elle avait à me confier quelque mystère. C’est un gentleman qui vous envoie ses compliments et qui vous prie d’aller le voir, mais qui n’a pas dit autre chose.

— Où l’as-tu vu, Charley ?

— Je ne l’ai pas vu, miss ; c’est M. Grubble qui a fait la commission.

— Et qu’est-ce que c’est que M. Grubble ?

— Vous ne le connaissez pas, miss ! « Aux Armes de Dedlock, chez Grubble, » reprit-elle en appuyant sur chaque mot.

— L’aubergiste !

— Lui-même. Vous savez bien, le mari de cette petite femme si jolie, excepté qu’elle a eu la cheville cassée et qu’on n’a pas pu la lui remettre. Son frère est le scieur de long qu’on a fourré en prison pour avoir dit je ne sais quoi pendant qu’il était ivre ; mais on espère qu’à force de boire il se tuera bientôt. »

Ne devinant pas qui cela pouvait être, et les moindres choses devenant pour moi un sujet d’inquiétude, je pensai qu’il valait mieux aller tout de suite où j’étais attendue ; je dis à Charley de m’apporter ce qu’il me fallait pour sortir, et je descendis la petite rue de Chesney-Wold, où je me trouvais aussi à mon aise que dans la cour de notre maison.

M. Grubble, en manches de chemise, m’attendait sur sa porte ; il souleva son chapeau à deux mains et me conduisit, par un corridor sablé, dans le plus élégant de ses deux salons : une chambre proprette avec un tapis, ornée de plantes diverses, d’une gravure coloriée représentant la reine Caroline, de plusieurs coquillages, de plateaux sans nombre, de poissons empaillés mis sous verre, et d’un œuf ou d’une courge quelconque (je ne sais pas lequel des deux) suspendue au plafond. Je connaissais beaucoup M. Grubble de vue : un homme entre deux âges, robuste et de bonne mine, qui ne se serait pas trouvé commodément vêtu au coin de son feu sans son chapeau et ses bottes à revers ; mais qui n’avait jamais rien sur le dos et ne mettait de veste ou d’habit que pour aller à l’église.

Il moucha la chandelle, fit un pas en arrière pour juger de l’opération, et sortit de la chambre au moment où j’allais lui demander quelle était la personne qui désirait me parler. Un instant après, j’entendis plusieurs voix qui m’étaient familières, la porte se rouvrit et Richard se précipita dans la pièce.

« Chère Esther, me dit-il, ma meilleure amie ! que je suis heureux de vous voir ! Toujours la même ! » ajouta-t-il en répondant à ma pensée.

J’écartai un peu mon voile.

« Toujours la même, » reprit-il en me faisant asseoir et en s’asseyant auprès de moi.

Je lui dis alors combien j’étais contente de nous retrouver ensemble, d’autant plus que j’avais à l’entretenir de choses assez sérieuses.

« À merveille, répondit-il ; j’ai, de mon côté, beaucoup de choses à vous dire, et que j’ai besoin de vous expliquer pour être bien compris.

— Et c’est précisément, lui dis-je, pour vous parler de quelqu’un que vous ne semblez pas comprendre que je désirais vous voir.

— Probablement de M. Jarndyce ?

— Mon Dieu, oui.

— Tant mieux, car c’est à propos de lui que je voulais m’expliquer ; mais seulement auprès de vous, chère amie, de vous seule, entendez bien, car je n’ai de compte à rendre à personne, pas plus au sieur Jarndyce qu’à M. tel ou tel. »

Je fus peinée de la manière dont il parlait de mon tuteur, et je lui en fis l’observation.

« Très-bien, me dit-il ; remettons la chose à demain. Quant à ce soir, donnez-moi votre bras, chère Esther, et allons faire une surprise à ma charmante cousine, du moins si votre fidélité aux ordres de M. Jarndyce vous permet de m’introduire dans la maison que vous habitez.

— Vous savez bien, Richard, que vous seriez parfaitement accueilli dans la sienne, qui redeviendrait la vôtre si vous le vouliez encore ; nous vous recevrons partout avec le même plaisir.

— Voilà qui est parler comme la meilleure des femmes, s’écria gaiement Richard.

— Et l’état militaire, en êtes-vous satisfait ? lui demandai-je quelques instants après.

— Oui, assez, répondit-il ; autant faire ça qu’autre chose, surtout en attendant. Je ne dis pas que j’y resterai quand mes affaires seront réglées ; je vendrai alors mon brevet… Mais ne parlons pas de cela aujourd’hui. »

Si jeune et si beau ! en toute chose l’opposé de miss Flite ; et pourtant je retrouvais dans ses yeux le regard inquiet et sombre qu’avait la pauvre folle en parlant de son procès.

— Je suis à Londres en congé, reprit Richard.

— Vraiment ?

— Il fallait bien voir un peu où en sont mes affaires ; les vacances vont s’ouvrir, et tout cela va si lentement. »

Je secouai la tête d’un air triste.

« Vous avez raison, dit Richard ; c’est un sujet de conversation peu amusant. Au diable pour ce soir les procès et les juges, et parlons d’autre chose. Devinez la personne qui est ici avec moi.

— Je crois avoir entendu la voix de M. Skimpole.

— Justement. De tous les hommes que je connais, c’est lui qui me fait le plus de bien. Quel adorable enfant ! »

Je lui demandai si quelqu’un avait connaissance de leur voyage. Il me répondit que non ; qu’il avait appris, par M. Skimpole, l’endroit où nous étions ; que, sur le désir qu’il avait exprimé de venir nous voir, le vieil enfant avait manifesté l’intention de l’accompagner, ce qui avait eu lieu immédiatement.

«  Il vaut cent fois son pesant d’or, me dit Richard, et ses menues dépenses à payer ne sont pas chères en comparaison du plaisir qu’il vous donne à l’avoir avec soi. Tant de verve et d’entrain, tant de jeunesse et de fraîcheur dans l’âme ! et d’une nature si désintéressée ! »

Je ne voyais pas trop la preuve du désintéressement de M. Skimpole dans l’habitude qu’il avait de faire payer ses dépenses par les autres ; mais au moment où j’allais en faire la remarque, il entra dans la chambre, et la conversation changea naturellement de sujet. Il était enchanté de me voir, disait-il, et n’avait jamais eu de joie plus vive qu’en apprenant ma guérison. Il comprenait maintenant l’heureux mélange de bien et de mal qui existe dans le monde ; et, sans prétendre qu’il entrât dans l’ordre des choses que B eût une jambe de bois précisément pour que D eût plus de bonheur à fourrer son mollet dans un bas de soie, il appréciait mieux la santé quand il voyait quelqu’un de malade.

« Tout n’est qu’opposition dans la nature ; poursuivit-il ; par exemple, notre ami Richard se plaît à évoquer les plus brillantes visions des ténèbres de la chancellerie ; n’est-ce pas d’une poésie délicieuse ? Autrefois, les poètes avaient peuplé les forêts et les vallées de nymphes ravissantes dont les danses imaginaires, au son d’une flûte idéale, charmaient les ennuis des bergers attachés à la glèbe ; notre pastoral ami fait traverser les sombres Inns de la Cour par l’éblouissant cortège de la fortune, aux accords mélodieux d’un arrêt définitif ; ce contraste m’enchante. À quoi bon les abus ? me dira quelque fâcheux, et pourquoi les défendre ? Je ne les défends nullement, répondrai-je au grognon ; mais laissez-moi profiter du plaisir qu’ils me donnent ; c’est parce qu’ils sont détestables que la transmutation opérée par ce jeune magicien a tant de charme pour moi. D’ailleurs je ne suis qu’un enfant et ne me crois pas responsable des sensations que j’éprouve. »

Richard ne pouvait tomber sur un ami plus dangereux, surtout dans sa position ; et je souffrais beaucoup de voir auprès de lui cet homme séduisant et léger, dépourvu des moindres principes, au moment où l’on devait, au contraire, le raffermir dans la voie qu’il avait à suivre, et le détourner des illusions qui n’avaient sur lui que trop d’empire. Je comprenais à merveille que mon tuteur, forcé de vivre au milieu des tristes affaires qui avaient attiré sur sa famille tant d’infortunes, prît plaisir à écouter les divagations de M. Skimpole et trouvât, dans l’insouciance et dans l’ingénuité de ce vieil enfant, un soulagement aux préoccupations de la vie ; mais je ne pouvais me persuader qu’il y eût, dans la candeur apparente de M. Skimpole, autant d’innocence et d’oubli des choses de ce monde que Richard voulait bien le dire. Je pensais malgré moi que c’était un moyen d’existence comme un autre, et qui permettait à ce soi-disant enfant de satisfaire à la fois ses goûts et sa paresse.

Ils vinrent tous les deux avec moi. M. Skimpole nous quitta près de la porte, et j’entrai dans le salon en disant à Éva que je lui ramenais un gentleman qui était venu pour nous voir. Elle se troubla, rougit ; tout son amour parut sur son visage, et rien n’était plus transparent que le nom de cousin, jeté comme un voile sur l’accueil qu’elle fit à Richard. Quant à lui, je n’osais plus m’en rapporter à moi, car je devenais mauvaise avec tous mes soupçons ; mais je n’étais pas sûre qu’il eût pour elle autant d’amour qu’elle en avait pour lui. Certes il l’admirait passionnément et lui aurait renouvelé avec ardeur les serments qu’ils avaient échangés autrefois, s’il n’avait pas été sûr de la trouver fidèle à la promesse qu’elle avait faite à mon tuteur ; et pourtant quelque chose me disait que l’influence de ce procès maudit s’étendait jusqu’à son amour, dont il remettait l’expression à l’époque incertaine où Jarndyce contre Jarndyce serait une question jugée. Pauvre ami ! qui peut dire ce qu’il aurait été sans le germe fatal qui empoisonna sa vie ?

«  Je ne viens pas, dit-il à sa cousine, vous faire manquer aux conditions que vous avez acceptées de M. Jarndyce, bien qu’à vrai dire vous ayez mis peut-être une confiance trop aveugle à suivre ses conseils. »

Il ajouta qu’il était venu seulement pour nous voir et pour se justifier de la position qu’il avait prise à l’égard de mon tuteur ; et, comme le vieil enfant allait venir, il me pria de lui indiquer le moment où je pourrais l’écouter ; je lui proposai une promenade dans le parc pour le lendemain matin : ce fut une affaire arrangée.

M. Skimpole arriva bientôt et nous égaya pendant une heure ; il voulut absolument voir Charley, qu’il appelait toujours Coavinse, et lui dit d’un air paternel qu’il avait concouru de tout son pouvoir au bien-être de son père ; que, si l’un de ses frères se dépêchait de grandir et d’entrer dans la même carrière, il espérait également lui fournir de l’emploi ; « car, dit-il en sirotant son grog, je ne sors pas de leurs filets ; poursuivi par les uns, poursuivi par les autres qui voudraient me faire donner une somme que je ne possède jamais, on m’emprisonne, quelqu’un paye ; on me relâche pour me reprendre, et quelqu’un paye encore ; ne me demandez pas qui, je ne saurais vous le dire ; mais je bois à la santé de ce mortel bienfaisant, et je prie le Seigneur de le bénir. »

Le lendemain, j’arrivai la première au rendez-vous, mais Richard ne se fit pas longtemps attendre ; l’air était pur et pas un nuage au ciel ; la fougère, l’herbe et le feuillage étincelaient sous la rosée ; on eût dit que la nature avait été ce jour-là plus soigneuse encore de sa gloire, que célébraient autour de nous des chants d’oiseaux sans nombre.

«  Quel délicieux endroit ! me dit Richard ; comme tout est calme ! on n’y entend pas les grincements de la procédure. Quand mes affaires seront réglées, c’est ici que je viendrai me reposer.

— Ne vaudrait-il pas mieux commencer par là, Richard ?

— Oh ! c’est impossible ; d’ailleurs, je ne peux rien décider quant à présent.

— Pourquoi cela ?

— Parce que, si vous habitiez une maison qui ne fût pas terminée, et que demain, dans un mois, dans un an, on pût l’abattre de fond en comble, vous ne pourriez pas vous y établir ; c’est ainsi que je me trouve ; aujourd’hui n’existe pas, pour nous autres plaideurs. »

Je pensai aux paroles de miss Flite, et, chose terrible à dire, l’ombre de Gridley passa sur le visage de Richard.

« C’est mal entamer la conversation, répliquai-je tristement.

— Je savais bien que vous diriez cela, dame Durden.

— Et je ne suis pas la seule qui partage cette opinion, Richard ; ce n’est pas moi qui vous ai dit autrefois de ne pas mettre votre espoir dans ce qui fut toujours la ruine de la famille.

— Nous y voilà ! dit-il avec impatience ; toujours le sieur Jarndyce ! enfin, tôt ou tard, il fallait bien en parler, puisque c’est pour cela que nous sommes venus ici. Mais, chère Esther, il faut que vous soyez terriblement aveugle pour ne pas voir qu’étant ma partie adverse, il est de son intérêt que je ne sache rien de ce procès, et que je ne m’en occupe pas ; si je pouvais même oublier que j’ai des droits…

— Oh ! Richard ! est-il possible qu’après avoir vécu chez lui, c’est-à-dire après l’avoir connu, vous puissiez élever de pareils soupçons contre M. Jarndyce ? »

Il rougit extrêmement et reprit à voix basse, au bout de quelques instants :

«  Je suis bien sûr, Esther, que vous ne me soupçonnez d’aucun sentiment bas, et la défiance serait à mes yeux un triste défaut chez un homme de mon âge.

— Je n’ai jamais douté de vous, Richard.

— Merci, dame Durden ; cette parole me fait du bien ; j’ai besoin de trouver quelque part un peu de consolation, car c’est une chose douloureuse que les affaires, et celle-là entre toutes.

— Je ne le sais que trop, mon pauvre ami ; toutes ces interprétations, plus ou moins fausses, ne vont pas à votre nature si franche, et vous devez bien en souffrir.

— Allons, chère sœur, quoi qu’il arrive, vous serez juste envers moi. Vous savez que je n’attaque pas la loyauté de M. Jarndyce, en dehors de cette vilaine affaire ; mais ce procès pèse sur lui comme sur les autres ; c’est une influence corruptrice à laquelle rien n’échappe ; vous le lui avez entendu dire cent fois ; pourquoi la contagion l’aurait-elle épargné ?

— Parce qu’il est d’un caractère exceptionnel ; et surtout parce qu’il s’est éloigné de cette fatale influence.

— Parce que, parce que… reprit Richard avec vivacité, la chose est bonne à dire ; mais je ne crois pas du tout qu’il soit sage en pareil cas de négliger ses intérêts ; les gens viennent à mourir, les faits s’oublient, et il en résulte mille inconvénients qu’on aurait évités avec moins d’insouciance. En résumé, chère Esther, vous pensez bien que je ne suis pas venu pour accuser M. Jarndyce auprès de vous, mais pour me justifier ; et je vous dis en somme qu’il a été parfait pour moi, tant que je ne me suis pas occupé de ce procès ; mais qu’à dater de l’instant où j’ai cru devoir songer à mes affaires, ses procédés ont complétement changé ; c’est alors qu’il a découvert la nécessité de me faire rompre avec Éva, et n’a pas craint de m’imposer pour condition à la main de ma cousine l’oubli de mes propres intérêts ; je n’accepte pas un pareil compromis ; je soutiendrai mes droits et ceux d’Éva, que cela convienne oui ou non à votre M. Jarndyce ; je l’en ai prévenu franchement dans une lettre que je lui ai écrite à cette intention, et où le remerciant de la bonne volonté qu’il voulait bien me témoigner, je le priais de ne plus s’occuper de moi ; la route que nous avons à suivre est loin d’être la même ; l’un des testaments contestés m’accorde une part beaucoup plus forte que la sienne ; je ne dis pas que la chancellerie le confirmera, mais enfin c’est possible.

— Je savais que vous aviez écrit à M. Jarndyce, répondis-je ; il m’a parlé de votre lettre et sans irritation contre vous, sans un seul mot de reproche.

— Vraiment ? répliqua Richard en se calmant un peu ; je suis bien aise de vous avoir dit que c’était un galant homme en dehors de cette misérable affaire ; je n’en ai jamais douté ; je sais que vous n’approuvez pas ma conduite à son égard ; mais si vous aviez examiné ce procès comme je l’ai fait chez Kenge ; si vous saviez toutes les accusations que se renvoient mutuellement les parties, vous trouveriez que je suis fort modéré.

— Peut-être, répondis-je ; mais croyez-vous qu’il y ait beaucoup de justice dans ces accusations, mon pauvre ami ?

— Le bon droit est pourtant quelque part, s’écria-t-il vivement ; et faire d’Éva le prix de mon silence et de mon inaction, n’est pas le moyen de savoir de quel côté il se trouve. L’influence de ce procès m’a changé, dites-vous ; raison de plus pour en finir, Esther, et pour que je fasse tout ce qui dépendra de moi, afin de hâter l’arrêt définitif.

— Croyez-vous que les autres n’aient pas fait tous leurs efforts pour en arriver là ? Pensez-vous que l’inutilité de leurs poursuites vous ait rendu la chose plus facile, Richard ?

— Il faut pourtant bien que cela finisse, répliqua-t-il en s’animant de plus en plus ; je suis jeune et plein d’ardeur ; une volonté ferme a, dans tous les temps, opéré des miracles, et nous verrons ce qu’elle produira cette fois ; les autres ne se sont donnés qu’à demi à cette affaire ; moi, je m’y dévouerai corps et âme ; j’en ferai l’unique objet de ma vie.

— Oh ! non, Richard, ou vous seriez perdu.

— N’ayez pas peur, reprit-il d’un ton affectueux ; vous êtes bonne et prudente, chère Esther ; mais vous avez vos préventions ; et, pour en revenir à M. Jarndyce, sachez bien que lorsqu’il y avait entre nous de bons rapports, c’est que la situation était fausse.

— Croyez-vous que l’animosité et la discorde soient votre situation naturelle ?

— Ce n’est pas là ce que je veux dire ; seulement l’affaire en question nous divise et rend impossible toute relation amicale ; plus tard, quand tout sera terminé, si je vois alors que je me suis trompé sur son compte, je le reconnaîtrai avec plaisir, et je lui en ferai mes excuses ; quant à présent, je ne souhaite qu’une chose, c’est que vous, qui êtes la meilleure des confidentes, vous fassiez comprendre à Éva que j’ai mes raisons pour agir comme je le fais envers M. Jarndyce ; j’ai voulu que ce fût vous qui le lui expliquiez ; vous aurez pour cela des paroles plus conciliantes ; et puis… je n’aimerais pas, ajouta-t-il en hésitant, à me montrer d’un caractère soupçonneux auprès d’elle qui est la confiance même. »

— Vous avez raison, lui dis-je : c’est ce que vous avez dit de mieux.

— Assurément, dame Durden ; mais je saurai prendre ma revanche quand les affaires me rendront à moi-même ; soyez tranquille, tout ira bien alors.

— C’est là tout ce que vous voulez que je rapporte à Éva ?

— Pas tout à fait, dit Richard ; je n’ai pas de motif pour lui cacher que M. Jarndyce a répondu à ma lettre comme à l’ordinaire, m’appelant comme toujours son cher Rick, et s’efforçant de me faire changer d’opinion, sans que, dit-il, ma persistance dans le voie que j’avais prise doive en rien altérer l’affection qu’il me porte, etc., etc. Dites en outre à ma cousine que si mes visites deviennent plus rares, c’est que je m’occupe de ses intérêts et des miens, qui sont les mêmes ; que j’espère bien qu’elle n’ajoutera pas foi aux bruits que certaines gens se plaisent à répandre sur ma légèreté ; que je suis au contraire fort sérieux et tout à nos affaires ; qu’étant majeur et n’ayant de compte à rendre à personne, je me regarde comme entièrement libre ; mais que je ne lui demande pas de renouveler l’engagement qu’elle avait pris avec moi, tant qu’elle sera en tutelle ; qu’à sa majorité notre position pécuniaire sera probablement toute différente, et qu’alors nous pourrons aviser. Dites-lui tout cela, chère Esther, avec la persuasion que vous saurez y mettre, vous me rendrez un service qui doublera mon courage ; vous verrez alors avec quelle vigueur je suivrai notre procès, qu’en fin de compte il faudra bien qu’on juge. Vous pouvez, si cela vous convient, en parler à Bleak-House.

— Richard, lui dis-je, vous vous confiez à moi ; mais je crains bien que vous ne suiviez pas mes conseils.

— Comment le pourrais-je, Esther ? du moins quant au sujet dont nous parlons, car sur toute autre chose vous savez que je suis prêt à suivre vos avis. »

Comme s’il existait pour lui d’autre sujet au monde !

« Alors je puis vous faire une question ? lui dis-je.

— Et qui le pourrait, si ce n’était vous ? répondit-il en riant.

— Avez-vous fait de nouvelles dettes, Richard ?

— Certainement, dit-il, fort surpris de ma simplicité. Comment voulez-vous agir sans frais ? vous oubliez qu’Éva et moi nous héritons d’après les deux testaments : le procès n’est pour nous qu’une question de quantité ; j’escompte l’avenir, il est vrai ; mais pour une faible part, sans atteindre le chiffre qui nous est assuré ; bonne Esther ! ajouta-t-il en riant de ma figure attristée, ne vous inquiétez de rien ; j’en sortirai, soyez-en sûre. »

J’étais au contraire si effrayée de le voir entrer dans cette voie, que j’employai tous les moyens pour tâcher de l’en détourner ; mais, hélas ! il m’écouta patiemment sans tenir compte de mes paroles, et, voyant que la prudence et la raison n’avaient pas sur lui le moindre empire, je résolus de ne rien cacher à Éva, pour essayer de son influence ; je racontai donc à ma chérie l’entretien que j’avais eu avec Richard, et lui montrai l’abîme où il courait aveuglément ; elle ne partagea pas complétement mon effroi, car elle était persuadée qu’il reviendrait de son erreur ; mais elle n’en fut pas moins très-malheureuse, et lui écrivit la lettre suivante :


« Cher cousin,

« J’ai su par Esther la conversation que vous avez eue avec elle ; et je vous écris pour vous supplier de croire à tout ce qu’elle vous a dit. Un jour viendra où vous reconnaîtrez que mon cousin John est la franchise et la générosité même ; vous serez bien triste alors de l’avoir méconnu ; pensez-y bien, Richard, vous qui êtes si franc et si bon.

« Je ne sais pas comment exprimer ce qui me reste à vous dire, mais vous comprendrez ma pensée. J’ai peur que le désir d’avancer nos affaires ne contribue à la détermination que vous avez prise de vous dévouer corps et âme à ce que vous appelez nos intérêts, à votre malheur plutôt… et, par conséquent, au mien ; je vous conjure de ne plus songer à ce malheureux procès qui a tant pesé sur notre enfance ; ne soyez pas fâché contre moi si mes paroles vous déplaisent, mais rappelez-vous que ces tristes débats ont causé tous nos maux ; que ce sont eux qui nous ont rendus orphelins après avoir abreuvé nos parents de chagrin et d’amertume. Oh ! je vous en supplie, Richard, renoncez-y pour toujours, vous n’y trouveriez que déception et désespoir.

« Il est probable que vous rencontrerez un jour quelqu’un que vous préférerez à votre premier caprice ; vous êtes libre, Richard, je n’ai pas le besoin de vous le rappeler ; mais laissez-moi vous dire que celle que vous aurez choisie aimera mieux partager votre humble fortune en vous voyant, heureux et tranquille, suivre une carrière honorable, que d’acquérir la richesse aux dépens de votre bonheur et des devoirs que votre profession vous impose ; vous me trouverez peut-être bien présomptueuse de parler avec cette assurance, moi qui ne sais rien de la vie ; mais je puise dans mon cœur la certitude de ne pas me tromper.

« Croyez-moi pour toujours votre bien affectionnée cousine,

« Éva. »


Cette lettre nous procura immédiatement la visite de Richard, mais n’apporta pas la moindre modification dans sa manière de voir ; il voulait aller jusqu’au bout, disait-il, et nous montrer qu’il avait eu raison. Bref, les tendres paroles d’Éva lui avaient fait plaisir, mais ne l’avaient nullement convaincu. Je voulais en parler à M. Skimpole ; la promenade me fournit une occasion toute naturelle de le faire, et je m’étendis sur la responsabilité qu’on assumait en encourageant ce pauvre Richard à suivre la voie déplorable où il était engagé.

« La responsabilité, miss Summerson, me répondit ce vieil enfant, c’est un mot qui n’est pas fait pour moi ; je n’ai jamais été responsable de rien, et ne pourrai l’être de ma vie.

— Chacun n’est-il pas obligé de répondre de ses actes ? répliquai-je avec un certain embarras.

— Mais tout le monde est obligé d’être solvable, et moi je ne le suis pas, » répondit-il en riant. Puis il ajouta en tirant de sa poche une poignée de petite monnaie : » Vous voyez cet argent, miss Summerson, combien ça fait-il, je n’en sais rien ; je n’ai jamais su compter ; on me dit que cela ne suffit pas pour payer tout ce que je dois ; je le suppose ; je devrai toujours autant qu’on voudra bien me prêter. Voilà, en peu de mots, quel est mon caractère ; si c’est là ce que vous appelez répondre de ses actes, je suis très-responsable de tout ce que vous voudrez. »

L’aisance avec laquelle il me disait ces paroles me fit penser qu’effectivement il ne comprenait pas le mot que j’avais employé. Je n’en persistai pas moins à lui dire que j’espérais lui voir user de son influence sur Richard pour le détourner de la route qu’il voulait suivre, et je lui demandai surtout de ne pas le confirmer dans ses tristes illusions.

« Très-volontiers, répondit-il ; mais, chère miss, la chose est difficile ; j’ignore complétement l’art de feindre, et s’il m’emmène à la Cour en faisant défiler à mes yeux tous ses rêves, et qu’il me dise : « Joignez-vous au cortége, mon excellent ami, » je ferai ce qu’il me dira ; les gens de bon sens agiraient autrement ; mais vous savez que je n’ai pas le sens commun.

— C’est un grand malheur pour Richard, monsieur Skimpole.

— Au contraire, miss Summerson ; supposez-le en compagnie du bon sens, un brave homme, excessivement ridé, horriblement pratique, ayant dans chaque poche la monnaie de dix livres et un memorandum à la main ; bref, quelque chose comme un collecteur d’impôts ; notre jeune ami, qui est expansif, chez qui la poésie déborde comme le parfum d’un lis, dit à son respectable compagnon : « J’aperçois une perspective enchanteresse, un horizon magique ; voyez-vous au loin ces nuages d’or que nous pouvons saisir et vers lesquels je bondis à travers la vallée ? — Du tout, répond le brave homme en frappant notre enthousiaste de son livre de compte, il n’y a là-bas qu’honoraires, fraude, perruques et robes noires. » Quelle chute douloureuse pour notre pauvre Richard ! C’est de la raison, j’en conviens ; mais ce n’en est pas moins désagréable, et je ne m’en charge pas ; d’ailleurs, il n’entre pas dans tous les éléments qui composent mon être un seul atome du collecteur d’impôts ; je ne suis point du tout ce qu’on appelle un homme respectable et n’ai pas besoin de l’être ; c’est bizarre, mais c’est comme ça. »

Il était inutile d’insister plus longtemps, et nous rejoignîmes Éva et Richard qui étaient à quelque distance ; la conversation devint générale ; M. Skimpole, qui venait de visiter le château, nous fit la description de tous les portraits de famille : ladies impérieuses en costume de bergères, à la houlette menaçante, avec poudre et paniers, des mouches sur le visage pour terrifier les vilains, comme un chef de peaux-rouges en grande peinture de guerre ; ici, un baronnet sur le devant d’une bataille, avec une mine qui éclate, un fort qu’on assiège, une ville en feu, des canons qui tonnent, des flammes qui dévorent, le tout placé entre les jambes de derrière du cheval monté par ledit baronnet, probablement, pensait notre chroniqueur, pour prouver combien les Dedlock s’inquiétaient peu de ces bagatelles ; enfin, la collection complète de ces illustres personnages, évidemment empaillés de leur vivant, nous dit encore M. Skimpole, et convenablement montés sur leur perchoir respectif ; d’une roideur parfaite sous leurs perruques variées, et d’une absence de vie…, « Tiens ! s’écria tout à coup notre vieil enfant, je ne me trompe pas, c’est Vholes ! »

Je lui demandai si c’était une connaissance de Richard.

« Son ami et son conseil, répondit-il ; et vous, miss Summerson, qui désirez du bon sens et une tenue respectable, c’est justement votre homme.

— Nous ne savions pas que Richard eût pris un autre avoué, lui dis-je.

— Quand il fut émancipé, reprit M. Skimpole, il se sépara de Kenge, et s’adressa, ou plutôt je le mis en relation avec mon ami Vholes.

— Vous le connaissiez depuis longtemps ? demanda Éva.

— Comme beaucoup d’autres à qui j’ai eu affaire ; il a toujours été fort poli avec moi ; c’est un excellent homme, qui a une délicatesse de procédés que j’ai souvent appréciée ; il m’a fait arrêter pour je ne sais plus quelle dette que quelqu’un a payée, quelque chose et quatre pence, j’ai oublié les livres et les schellings… ; c’est après cela que j’ai fait faire à notre ami la connaissance de Vholes, qui m’en avait prié ; il m’a même, ajouta M. Skimpole en souriant, donné ce qu’il appelle une commission, un billet de cinq livres et quelque chose… ; oui, cinq livres. »

Il fut interrompu dans ses aveux par Richard, qui revenait tout rayonnant et qui se hâta de nous présenter M. Vholes : un grand maigre d’environ cinquante ans, aux épaules hautes et voûtées, au visage pâle couvert de boutons rouges, aux lèvres froides et pincées ; vêtu de noir des pieds à la tête, et boutonné jusqu’au menton ; ayant moins de vie qu’un automate et une certaine manière de fixer lentement ses yeux morts sur Richard comme s’il avait voulu le fasciner.

« J’espère, mesdames, que je ne vous dérange pas, dit-il d’une voix creuse et glacée. J’ai promis à M. Carstone de lui faire savoir toutes les fois que la chancellerie s’occuperait de son procès ; et n’ayant été informé qu’après le départ du courrier que l’affaire Jarndyce serait appelée demain à l’audience, j’ai pris la voiture ce matin pour en conférer avec lui.

— Ah ! dit Richard qui triomphait, c’est que nous ne traitons pas les affaires avec la lenteur qu’on y mettait jadis ; il faut que ça marche avec nous. Monsieur Vholes, je vais me procurer n’importe quel véhicule afin d’aller rejoindre la malle, que nous prendrons ce soir même.

— Comme vous voudrez, monsieur, lui répondit l’avoué ; je suis complétement à vos ordres.

— Voyons, dit Richard en regardant à sa montre ; nous avons une heure devant nous ; je puis donc aller à l’auberge, demander une chaise de poste ou un cabriolet, fermer mon portemanteau et revenir prendre le thé. Voulez-vous, chère cousine, et vous, Esther, vous charger de M. Vholes pendant quelques instants ? »

Il partit comme un trait, et disparut dans l’ombre qui commençait à se répandre.

« La présence de M. Carstone est-elle bien nécessaire à la Cour ? demandai-je à l’avoué.

— Elle est complétement inutile, » répondit M. Vholes.

Éva et moi nous exprimâmes tous nos regrets de le voir courir avec tant d’ardeur au-devant d’une déception.

« M. Carstone a établi en principe qu’il veillerait lui-même à ses propres intérêts, nous dit l’avoué ; or, toutes les fois qu’une règle nous est imposée par un client, et que cette règle n’a rien d’immoral en soi, je me fais un devoir de la suivre avec une exactitude scrupuleuse ; mon désir est, avant tout, de mettre de la franchise et de la régularité dans les affaires. Je suis veuf, j’ai trois filles, Emma, Jeanne et Caroline ; et je travaille à leur laisser un nom sans tache… Cet endroit paraît charmant, » poursuivit-il en s’adressant à moi. Je répondis par l’énumération des beautés du pays.

« J’ai le bonheur, reprit M. Vholes, d’être le soutien de mon vieux père, qui habite la vallée de Taunton, et j’ai pour la nature une admiration toute spéciale ; mais j’étais loin de m’attendre à ce que l’on trouve ici.

— Aimeriez-vous habiter la campagne ? lui demandai-je pour entretenir la conversation.

— Ah ! miss, vous touchez là une corde qui m’est bien sensible. Ma santé n’est pas bonne (j’ai la digestion pénible), et c’est aux champs que j’irais me reposer si je ne pensais qu’à moi, d’autant plus qu’absorbé par les affaires, j’ai toujours vécu loin du monde, surtout en dehors de la société des femmes, que j’aurais eu tant de plaisir à voir ; mais avec mes trois filles et mon vieux père, l’égoïsme ne m’est pas permis ; il est vrai que je n’ai plus à soutenir ma grand’mère, qui est morte l’année passée à l’âge de cent deux ans ; mais il me reste assez de charges pour avoir encore besoin d’amener de l’eau au moulin. »

Sa voix morne et sa parole tout intérieure, pour ainsi dire, exigeaient une certaine attention de la part de l’auditeur.

« Excusez-moi, poursuivit-il, de vous parler ainsi de mes filles ; c’est mon côté faible ; et mon vœu le plus cher est de laisser à mes enfants, avec un nom respectable, une petite fortune qui leur assure une honnête indépendance. »

Nous arrivâmes à la maison, où le thé nous attendait ; Richard entra quelques instants après et dit quelques mots à l’oreille de M. Vholes, qui lui répondit : « Vous m’emmenez, alors ? comme vous voudrez, monsieur ; je suis complétement à vos ordres. »

Nous comprîmes que M. Skimpole occuperait le lendemain, à lui tout seul, les deux places qui avaient été retenues la veille et payées par Richard. Celui-ci, dont l’imagination était montée, voyait tout lui sourire et croyait palper d’avance la fortune que lui montraient ses rêves ; nous l’accompagnâmes jusqu’au bout du village où il avait dit qu’on vînt l’attendre. Un homme tenant une lanterne d’une main et de l’autre la bride d’un cheval horriblement maigre, se trouvait au sommet de la colline ; je vois encore les deux voyageurs, assis côte à côte au fond du cabriolet ; Richard, l’œil en feu, le rire aux lèvres, prenant les rênes et agitant son fouet en nous saluant avec ivresse ; M. Vholes, impassible, ganté de noir et boutonné jusqu’au menton, regardant Richard comme le serpent regarde sa proie. J’ai toujours sous les yeux cette nuit sombre et sillonnée d’éclairs, cette route poudreuse, enfermée entre deux rangées d’arbres immobiles et noirs, et ce cheval décharné, qui, les oreilles couchées en arrière, l’emportait vers l’abîme. Nous rentrâmes ; Éva, pauvre ange, me dit alors, que ruiné, seul et maudit, Richard aurait plus que jamais besoin d’amour, et qu’il trouverait un cœur fidèle, qui l’aimerait d’autant plus qu’il souffrirait davantage ; que dût-il ne plus songer à elle au milieu de ses erreurs, elle se souviendrait de lui sans cesse, et qu’elle ne demandait rien en ce monde que de lui consacrer toute sa vie et de se dévouer à son bonheur.