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JOSEPH AUTRAN





Bibliographie. — La Mer, poésies (1835) ; — Ludibria ventis (1838) ; — Italie et Semaine sainte à Rome, souvenirs (1841) ; — Milianah, poème (1842) ; — La Fille d’Eschyle, tragédie, représentée sur la seine du théâtre national de l’Odéon le 9 mars 1848 (1848) ; — Les Poèmes de la Mer (1852) ; — Laboureurs et Soldats (1854) ; — La Vie rurale (1856) ; — Épîtres rustiques (1861) ; — Le Poème des beaux Jours (1862) ; — Le Cyclope (1863) ; — Œuvres complètes (1874-1881) : I, Les Poèmes de la Mer ; II, La Vie rurale ; III, La Flûte et le Tambour ; IV, Sonnet capricieux ; V, La Lyre à sept cordes ; VI, Drames et Comédies ; VII, Lettres et Notes de voyage, La Maison démolie (fragments d’autobiographie) ; VIII, La Comédie de l’histoire, avec préface de Victor de Laprade ; les deux derniers volumes sont posthumes.

Les œuvres de Joseph Autran se trouvent chez Calmann-Lévy.

Joseph Autran a collaboré au Parnasse Contemporain, etc.

Joseph Autran, né à Marseille le 20 juin 1813, mort à Marseille le 6 mars 1877, était fils d’un négociant. « Il fit ses études chez les jésuites d’Aix, où il eut pour condisciple le peintre Papety ; il les achevait au moment où la ruine de son père l’obligeait à entrer dans une institution religieuse comme professeur particulier. Une ode qu’il adressa en 1831 à Lamartine, au moment de son départ pour l’Orient, le mit tout à coup en lumière ; elle fut suivie de diverses poésies, recueillies sous le titre de La Mer (1835), et plus tard des Poèmes de la Mer (1852) et sous celui de Ludibria ventis (1838). Le succès en fut assez vif pour qu’il se vît offrir le poste de bibliothécaire de la ville de Marseille, que Méry venait d’abandonner. En même temps qu’il publiait un volume de souvenirs de voyage : Italie et Semaine sainte à Rome (1841), il chantait les exploits de nos soldats d’Afrique dans un poème intitulé Milianah (1842). Très lié avec Alexandre Dumas fils, il lut, sur ses conseils et avec son appui, au comité de l’Odéon une tragédie intitulée La Fille d’Eschyle, dont la première représentation était annoncée pour le 23 février 1848 et qui obtint un grand succès le 9 mars suivant. L’Académie partagea le prix Montyon entre Gabrielle d’Augier et La Fille d’Eschyle, et ce triomphe valut à Autran l’héritage considérable et inespéré d’un de ses oncles. Assuré dès lors contre les soucis de la vie matérielle, il publia tour à tour les recueils suivants : Laboureurs et Soldats (1854), La Vie rurale (1856), Épîtres rustiques (1861), Le Poème des beaux jours (1862), Le Cyclope, étude d’après Euripide (1863). « Plusieurs fois candidat à l’Académie française, il fut élu le 7 mai 1868 en remplacement de Ponsard et reçu par M. Cuvillier-Fleury. Il eut pour successeur M. Victorien Sardou. » (Maurice Tourneux.)

« Joseph Autran, dit M. Victorien Sardou dans son Discours à l’Académie, a pu être surnommé le poète de la mer ; mais pour le Provençal lettré, toute la mer, c’est le lac classique où s’est mirée toute l’antiquité grecque et latine, et qui n’a jamais connu, en fait de monstres, que celui d’Hippolyte… La mer ne l’intéresse que dans ses rapports avec l’homme ; ce qu’il décrit surtout, c’est le travail, les souffrances des pauvres gens, marins ou pêcheurs, toujours en lutte avec les flots. Cette préoccupation des petits, des humbles, domine toute son œuvre. »




« — O flots, disaient les vents, pour vous aucun repos,
Aucune trêve !… Allez ainsi que des troupeaux
Que le bâton du berger chasse.
Roulez tumultueux, bouillonnants, hérissés ;
Et, dans votre miroir terni, réfléchissez
L’ouragan qui passe et repasse ! »


Autran


POÈMES DE LA MER

PRÉLUDE


Nous sommes les vagues profondes
Où les yeux plongent vainement ;
Nous sommes les flots et les ondes
Qui déroulent autour des mondes
Leur manteau d’azur écumant !


Une âme immense en nous respire,
Elle soulève notre sein ;
Sous l’aquilon, sous le zéphyre,
Nous sommes la plus vaste lyre
Qui chante un hymne au trois fois Saint.

Amoncelés par les orages,
Rendus au calme, tour à tour,
Nous exhalons des cris sauvages
Qui vont bientôt sur les rivages
S’achever en soupirs d’amour.

C’est nous qui portons sur nos cimes
Les messagers des nations,
Vaisseaux de bronze aux mâts sublimes,
Aussi légers pour nos abîmes
Que l’humble nid des alcyons.

Sur ces vaisseaux si Dieu nous lance,
Terribles nous fondons sur eux ;
Puis nous promenons en silence
La barque frêle qui balance
Un couple d’enfants amoureux !

C’est nous qui d’une rive à l’autre
Emportons les audacieux ;
Le marchand, le guerrier, l’apôtre,
N’ont qu’une route, c’est la nôtre,
Pour changer de terre et de cieux.

Nos profondeurs, Dieu les consacre
A son mystérieux travail ;
Dans nos limons pleins d’un sel âcre,
Il répand à deux mains la nacre,
L’ambre, la perle et le corail.

Pelouses, réseaux de feuillages,
Arbres géants d’hôtes remplis,
Monstres hideux, beaux coquillages,
La vie est partout sur nos plages,
La vie est partout dans nos lits.

Nous vous aimons, bois et charmilles,
Qui sur nous versez vos parfums !
Nous vous aimons, humbles familles,

Dont sur nos bords les chastes filles
Attendent leurs fiancés bruns !

Vaisseaux couverts de blanches toiles,
Reflets des villes et des monts,
Jours de printemps purs et sans voiles,
Nuits d’été, riches en étoiles,
Nous vous aimons ! nous vous aimons !

Mais nos amours sont inquiètes,
Et nous vous préférons souvent
Le ciel noir, le vol des tempêtes,
Et le chant des pâles mouettes
Que berce et qu’emporte le vent.

Nous aimons voir l’éclair dans l’ombre
Que déchirent ses javelots,
Et l’effroi du vaisseau qui sombre
En jetant à la grève sombre
Le dernier cri des matelots !

Nous sommes les vagues profondes
Où les yeux plongent vainement ;
Nous sommes les flots et les ondes
Qui déroulent autour des mondes
Leur manteau d’azur écumant.