Anathème (Gilkin)

La NuitLibrairie Fischbacher (Collection des poètes français de l’étranger) (p. 160-161).




ANATHÈME



Dans le caveau tendu de noir
Les flammes du réchaud consument
Les funèbres parfums qui fument
Devant le haut et noir miroir.

Malheur à celui dont l’offense
A mérité le châtiment !
Voici qu’irrévocablement
Ma voix prononce la sentence.

Rouet divin du Devenir,
Qui formes et transformes l’être
Aux pieds de l’éternel Peut-Être
Qui crée en rêvant l’avenir,

Forces qui pétrissez les mondes,
Nombres dont le rythme fatal
De l’immense océan vital
Pousse les ondes sur les ondes,

Que tout ce qui doit être soit
Et que le destin s’accomplisse !
Que de la faute la justice
Jaillisse comme un glaive droit !

Que les fleurs noires de l’abîme
S’épanouissent dans la nuit !
Loin du pardon, qui tremble et fuit,
Que le crime suive le crime !

Qu’on fasse encore ce qu’on a fait !
Traître, trahis ! Meurtrier, tue !
Que le forfait se perpétue !
Qu’il soit la cause et soit l’effet !

Qu’ainsi les coupables eux-mêmes
Sur leur front maudit par les dieux
Des quatre coins des vastes cieux
Attirent les foudres suprêmes !

— Dans le caveau tendu de noir
Les flammes du réchaud consument
Les funèbres parfums qui fument
Devant le haut et noir miroir.