Voyage d’un naturaliste autour du monde/Préface du traducteur

Traduction par Ed. Barbier.
C. Reinwald (p. vii-viii).


PRÉFACE DU TRADUCTEUR




Le Voyage d’un naturaliste autour du monde, écrit à la demande du capitaine Fitz-Roy, faisait partie dans le principe de la relation que le commandant du Beagle a publiée en 1839. M. Charles Darwin, après avoir revu son journal de voyage, en fit paraître une seconde édition en 1845. Cet ouvrage a été alors stéréotypé et n’a pas été modifié dans les éditions subséquentes.

Faut-il regretter que cet intéressant récit de voyage soit resté tel que l’auteur l’a écrit il y a trente ans ? Sans doute la science a, depuis cette époque, fait d’énormes progrès ; sans doute les différents pays qu’a visités M. Darwin ont complètement changé d’aspect et quelques-uns, presque déserts alors, sont aujourd’hui de puissants États. Mais ces quelques imperfections, si on peut employer cette expression, ne sont-elles pas compensées et au delà par la saveur toute particulière qu’offre un ouvrage datant de la jeunesse de l’illustre naturaliste ? n’est-il pas, en outre, profondément intéressant d’assister à l’éclosion des idées que M. Darwin devait plus tard exposer avec tant d’autorité et de génie dans son ouvrage sur l’Origine des espèces ? Écoutons d’ailleurs le jugement que, dans son Histoire de la création, M. Hæckel porte sur cet ouvrage :

« À peine âgé de vingt-deux ans, en 1831, M. Darwin fut appelé à prendre part à une expédition scientifique, envoyée par le gouvernement anglais pour reconnaître en détail l’extrémité méridionale du continent américain et explorer divers points de la mer du Sud. Comme beaucoup d’autres expéditions célèbres préparées en Angleterre, celle-ci était chargée de résoudre à la fois des problèmes scientifiques et des questions pratiques relatives à l’art nautique. Le navire, commandé par le capitaine Fitz-Roy, portait un nom symboliquement frappant : il s’appelait le Beagle, c’est-à-dire le Limier. Le voyage du Beagle, qui dura cinq ans, eut la plus grande influence sur le développement intellectuel de Darwin, et dès lors, quand il foula pour la première fois le sol de l’Amérique du Sud, germait en lui l’idée de la théorie généalogique que plus tard il réussit à développer complètement. La relation du voyage a été écrite par Darwin, sous une forme très-intéressante, et, chemin faisant, je vous en recommande la lecture. Dans cette relation, bien supérieure à la moyenne habituelle de ces sortes d’ouvrages, on fait non-seulement connaissance avec l’aimable personnalité de Darwin, mais encore on trouve des traces nombreuses de la voie qu’il a suivie pour arriver à ses idées. »

E. Barbier.