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Vie de Mélanie, bergère de la Salette/Abrégé de la vie de Mélanie, écrit en 1852


Mercure de France (p. 255-278).

ABRÉGÉ
DE LA VIE DE MÉLANIE


Écrit à Correnc,


pour le Père Sibillat,


en 1852.


Correnc, 3 septembre 1852[1].


M. est née à C. an 1831, le 22 (7) novembre, de parents pauvres, ignorents, grossiers, enfin ils étaient dépourvus de tout ; ils étaient chrétiens, mais ils ne s’approchaient pas souvent des sacrements.

La famille se composait du Père, de la Mère et de deux jeunes garçons. La Mère n’était pas de Corps ; ce n’était que depuis qu’elle fut marié qu’elle vint se fixer dans ce pays inconnu pour elle, le temps lui dure beaucoup, et désiré fort d’avoir une petite fille pour lui tenir compagnie. Enfin elle l’obtint, elle eut une petite fille qu’elle fit appeler M. F. elle l’aimé beaucoup, mais se ne fut pas de longue duré car dès que la petite fille eu cinq ou six mois la Mère commançait à la porter dans des soirées voir des commédies et autres amusements, mais il fallait voir l’enfant crier, pleurer, déchirer les habits de sa Mère qui la tenait, personne ne savait d’où cela pouvait venir, les uns disait que cette enfant était malade, les autres disaient que le violon lui faisait peur, enfin les uns disait : c’est une enfant malicieuse qui ne veut pas que sa Mère prenne un peu de repos, elle voudrait la faire en aller d’ici, mais elle peut se corriger, les petites filles sont ordinairement grognons ; mais plus elle croissait plus elle aimait la solitude et la retraite ; son Père qui connaissait un peu la religion, lui parlait souvent de Dieu et de tout ce qu’il avait fait et fait encore pour nous. Mélanie qui était à ce qu’il parrait très sensible versait des larmes toutes les fois qu’on lui disait que c’était nos péchés qui avait fait Mourir Notre Seigneur, puis elle disait à Son Père : Oh !.. jamais je ne veux faire des péchés puisque ça a tant fait souffrir mon bon Dieu, oh ! Pauvre bon Dieu, je veux toujours penser à toi, et ne veux jamais te déplaire, quand je pourrai marcher toute seule, je ferai comme tu as fait, j’irai dans la solitude, je penserais à toi, je gronderais les jans qui ne t’aiment pas ; et puis quand je serai grande comme le bon Dieu était quand on l’a fait mourir j’irai dire aux Méchants hommes et aux méchantes femmes : faites moi mourir sur une croix pour que j’effasse vos péchés, autrement, vous n’irez jamais en paradis. — Il n’en fallut pas davantage pour faire mettre la Mère de Mélanie en furie contre elle. Ah ! dit-elle. Ah ! la Méchante enfant que nous avons, il faut la tué, il faut l’auter de devant mes yeux, au lieu d’être comme je le croyé ma consolation, elle fait l’objet de ma peine ; je défant à mes deux enfants de l’appeller par son nom, je défands qu’on lui donne à manger, et je défands qu’on ne fasse aucune attention à elle, ne la tenez plus, laissez la par terre, puisqu’elle veut faire tout ce que Dieu a fait qu’elle le fasse ; Dieu n’a pas eu besoin qu’on lui apprit à marcher ni qu’on le tein lorsqu’il était petit, Dieu a jeûné. Dieu a couché par terre ; il a même demandé son pain, mais je lui défant de demander soit aprésent, soit plus tar quoique ce soit, et voici ces noms qu’elle portera dès aujourd’hui : Louve, Sauvage, Solitaire, Muette. — La pauvre enfant ainsi délaissée se trainée comme elle pouvait, marchant autant des Mains que des genus ; elle passé les journées et quelquefois les nuis entière dans un coin de la maison, ou sous un lis ; là elle pensait à l’enfant Jésus, et la Sainte Vierge, et puis aux souffrances de Notre Seigneur. Plusieurs mois s’écoulèrent ainsi. Un jour Julie M. était seule dans sa Maison, son Mari était pour un mois dans un bourg à 5 heure de Corps, ses deux petits garçons était dehor à s’amuser ; la Mère ennuyé de voir la constance de la Louve à rester sous leur lis dans un appartement toute seule, elle fut la trouver et lui dit : Louve sort d’ici, va-t-en dans les bois avec les Loups, et elle l’a pris par le bras et la mit ainsi dehort ; M. s’en fut dans un bois qui était tout près de là, elle y resta plusieurs jours ; puis elle fut plus loin dans les bois ; ce fut là qu’elle fit le rencontre heureux d’un petit enfant qui venait à peu près tous les jours pour la voir et lui apportait à manger ; cet enfant paraissait avoir 3 ou 4 ans, il était d’une blancheur éblouissante, des petits yeux bleus brillant une voix douce et affable dans ses manières ; cet enfant paraissait avoir vécu du temps de Notre Seigneur, car il savait tout ce qui c’était passé ; la première fois qu’elle le vit il était tout habillet de blanc, mais il n’était pas toujours vêtu ainsi ; quelquefois il avait une robe bleu et une sinture blanche, d’autres fois il avait une robe rose, des souillers blancs et une sinture bleu, il avait la tête découverte ses cheveux étaient gris frisés et tombant sur les épaules ; il apprenait à Mél. toute l’Histoire de Notre Seigneur J. C. mais lorsqu’il en était à la Passion, M. lui dit : Ah ! Mon frère (car cet enfant lui avait dit de ne lui point donner d’autre Nom que celui de frère) ne m’en dite pas davantage, je sais combien mon Bon Dieu a souffer pour nous mettre dans le Ciel. L’homme de la maison où je restais avant que la femme me mit dehors m’avait raconté tout ça et je voudrai moi-même souffrir comme mon bon Dieu oh !.. je n’oserai jamais entrer dans le Paradis si je ne souffre comme le bon Jésus ; mais Pourquoi la Maman de l’enfant Jésus l’a-t-elle laissait souffrir, oh ! si j’y avais était. Ma sœur dit le petit enfant à M. vous aller vous en aller dans la maison où vous étiez, avant de venir ici, car l’homme qui y était doit venir ce soir et s’il ne vous y trouve pas il se fâchera contre sa femme et il offencerait le bon Dieu ; oui mon frère, mais je ne sai pas le chemin ni la Maison, je suis venu ici de nui, eh bien dit l’enfant, je vous conduirai jusqu’au village puis vous trouverez un des enfants de l’homme où vous allez qui vous conduira à la Maison ; Mélanie tombe à genou et se mit à pleurer, en disant : je vais donc encore retourner labat dans cette maison, labat où l’on fait tant de brui, où l’on ne me laisse pas toujours panser à mon bon Dieu, on veut toujours me faire parler, labat où je suis ennuyé parce qu’on fait du bruit ; Ah ! si j’étais au moins comme les autres, si j’avais une Maman et un papa, j’irais trouver ma Maman, et je lui dirai tout, mais je n’ai personne. Avant de nous quitter dit l’enfant à M. que voulez-vous faire dire à votre Maman ? Moi, moi, dit M. toujours en pleurant, moi, j’ai, j’ai donc une, une maman, où est-elle, où demeure-t-elle. Oh ! j’ai une maman, je dirai comme les autres disent : je le dirai à ma Maman ; cette Maman est au Ciel et partout avec ces enfants elle pense à vous, elle vous aime ; aimez-la bien vous même, les autres mère abandonnent quelquefois leurs enfants mais la Mère du Ciel, n’abandonne jamais ; Mél. s’en fut ensuite comme l’enfant lui avait dit ; Julie Mathieu avait défendut à ses enfants de parler au Père de l’absance qu’avait fait la Solitaire ; ce que le Père a toujours ignorait.

La Sauve (Sauvage) avait alors environ 4 ans lorsqu’elle fut perdut de la manière que l’on va voir : Le Père étant allé dans un vilage un peu loin pour y travailler, avait dit à la Mère : si je n’arrive pas ici samedi soir, vous ne m’attendrez pas de toute la semaine suivante ; le samedi le Père n’étant point arrivé, on l’avait attendu jusqu’à minui ; la Mère fut vers le lis, où l’on avait fait coucher Mélanie cette nui, afin que le Père ne fut pas fâché en voyant qu’on ne soigné pas cette enfant comme les autres ; elle la fit lever et la mit dehor il pleuvait beaucoup cette nui là, la pauvre enfant ne savait où se retirer, elle ne connaissait personne ; cependant elle s’achemine ; mais chemin se trouvait embarrassé par une espèce de charette qui était couverte, Mélanie passa à rester là jusqu’au jour, afin de voir de quel côté elle devait se diriger ; en attendan, elle monte sur la charette et s’y endort, le chareter ne tarda pas longtemps à venir atteler ses chevaux et partir, sans voir ce qu’il y avait sur sa charette ; il y avait à peu près 4 à 5 heures qu’ils était en chemin ; lorsque la Sauvage fut réveillet par le brui des eaux (car on passait près du Drac) elle était toute effrayé, elle se mit à pleurer ; le charetier tout stupéfé de voir cette jeune enfant sur sa charette, mais il était très fâché, veuts tu descendre de ma charette, dit cet homme à la Solitaire, veuts tus descendre ou si je vais avec un coup de bâton te mettre à bas, veuts tu descendre petite marmotte ; si tu ne descends pas je vais te prendre et te mets dans le Drac ; la marmotte ne descendait pas puisque la charette avançait toujours ; las de cette immobilité, le charetier arrêtte ses chevaux et prend la Marmote par le bras et lui dit : si tu ne me dis de qui tu est je vais te mettre dans l’eau ; je ne suis de personne ; mais n’as tu pas un père ; je n’ai point de père, je n’ai point de Mère ; je n’ai qu’un frère qui vient quelquefois avec moi ; — et comment t’appelle-t-il se frère, il me dit ma chère sœur tu as une Mère qui est dans le Paradis, et partout avec ses enfants. Le charetier furieu de toutes ses réponses vagues, prends la Marmotte et la mit à moitier dans l’eau, puis il partit avec sa charette. Le petit enfant qui venait quelquefois à elle, lui arriva dans ce moment ; il la pris par la main et la retira de l’eau et la conduisit le long du chemin jusqu’aux limites du departement des hautes Alpes, toujours conversant sur la passion ou sur la vie cachée de Notre Seigneur Jésus-Christ ; ils étaient dans un bois lorsque Mélanie prit la boutade de ne pas vouloir s’en aller si son bon Jésus ne lui faisait souffrir tout ce qu’il avait souffer et partout où il avait souffer sans qu’il en échappe une brise de moins, le jeune conducteur eut beau lui dire d’avancer et de la dispersuader que les souffrances que Jésus-Christ étaient inexprimables et qu’elles étaient trop dure pour elle, elle était trop têtue pour se convaincre qu’elle ne pourait pas les porter. Vous pourez donc les suporter ma sœur, eh bien faites le Signe de la Croix ?… Puis l’Enfant lui touche d’abord la tête avec ses deux petites mains, et aussitôt des douleurs lui tiennent la tête. La Sauvage porte les mains à la tête croyant d’y toucher quelque chos, mais elle n’y toucha rien, enfin l’Enfant continue à la toucher ; après la tête ce fut les mains, les pieds et le côte cela lui causa[2] de grandes douleurs tous les jours et particulièrement le vendredi, mais a mesure qu’elle augmentait en âge, les douleurs augmentaient aussi. Ils se dirigèrent enfin du côté de Corps, ils étaient près des maisons lorsque le petit Enfant lui dit de rester là jusqu’à ce qu’on vienne la chercher, et lui dit aussi vous ne me verrez plus de quelque temps ; mais soyez bien sage, aimez toujours bien le silence et la retraite, n’offancez jamais le bon Dieu et gémissez sur ceux qui l’offances, et puis n’oubliez pas que vous avez une Mère au Ciel que vous irez voir, elle veille sur vous, elle est avec vous, elle vous enfant quand vous parlez, elle voit quand vous souffrez, elle sait quand vous avez faim, allons ma Sœur voici que l’on vient vous chercher, c’est la Sœur de l’homme chez qui vous allez, en même temps l’enfant fit quelques pas pour se retirez La Solitaire ne le vit plus ; quelques minutes après elle vît venir a elle une femme, c’était sa tante. Ah ! lui dit cette femme, ah ! petite méchante, d’où vients-tu dit ? tu as manqué faire tuer ta Mère, par ton père, il y a quelques jours qu’il est arrive, il t’as fait chercher partout et personne en avait connaissance, ton père te croit morte, tu as fait augmenter la haine de ta Mère contre toi, si ton père ne se trouve à la Maison quand tu arriveras, tu est perdu, ta mère a juré ta perte si tu vivais encore ; en attendant vients chez moi, et je m’informerai si ton père est chez lui pour que je puisse t’y conduire, elle y fut, mais à son retour elle dit à la Louve : ta Mère ne te veut plus, ton père m’a chargé de toi, je n’ai ni père ni Mère ici que je puisse voir, dit La Sauvage. Ma Maman qui est au Ciel et partout avec ses enfants ne m’abandonnera jamais, c’est mon petit frère qui m’a di ça et je le crois bien de tout mon cœur, ce frère m’a aussi dit que je ne devais avoir ce petit cœur que pour l’aimer lui et notre Maman ; mais, vous de quel Père et de quelle Mère me parlez-vous, je ne l’ai jamais vu cette Mère, et si vous voulez me faire aimer une autre Maman que celle que j’aime, je m’en vais aussi d’ici : a peine avait-elle achevé de parler que cette femme la repoussa dans la rue, en lui disant : ingratte enfant, elle ne reconnaît pas ses parents, quel encouragement pour moi de la garder ici, je crois que le démon parle par sa bouche, retires toi de moi et va au diable si tu veus, La Sauvage heureuse de pouvoir encore se retirer dans la Solitude. Marchait du côté des bois, avec bonheur, mais on la rappela un peu après, elle resta deus ou trois ans chez sa tente, laquelle l’envoya à l’école, mais elle n’apris pas seulement à connaître ses lettres ; les enfants ne l’appelaient que la Muette parce qu’elle ne parlait jamais, et elle était toujours dans un coint toute seule, et quand la Maîtresse l’appelait pour lui faire dire sa leçon il n’y avait pas moyen de lui tirer une parole de la bouche, la Maîtresse la força un jour de lui dire pour quoi elle ne voulait pas dire sa leçon : La Solitaire répondit ; que c’était parce que sa leçon ne disait pas jolie, et que dans le ciel on ne disait pas des choses laides comme ça, et quelle ne voulait faire ici que ce quelle doit faire avec sa Maman dans le Paradis ; eh, puis ajouta-t-elle je ne veux plus venir à l’école, parce que on y fait trop de bruit, j’ai peur que mon cœur l’entande car Mon Petit frère m’a dit bien, bien des fois : Ma sœur ce que je vous recomande, c’est que vous fermier votre petit cœur à tous les bruits du monde, n’écoutez pas ce que le monde dit, ne faite pas ce que le monde fait, ne croyez pas ce que le monde croie ; et commant vous appelez-vous mon enfant reprit la Me. Mon frère m’a toujours dit Sœur, voilà mon Nom, ce furent la a peu prés toutes les paroles qu’a dit la Sauvage pendant un ans environ qu’elle fut à l’école.

Un jour de conget, la Sauvage allat comme à l’ordinaire passer cette heureuse journée dans les bois (elle avait environ 6 ans) elle était toute ennuyé, assise sur une verdure en forme d’un escailler, elle pleurait, de ce qu’on aimait pas bien et beaucoup le bon Jésus ; elle demandait à sa Maman de bien bien la faire Souffrir afin de donner l’amour de Dieu aux gens qui ne l’avait pas, car elle croyait que quand les souffrances augmentait en elle, l’amour de Dieu croissait chez les autres ; le jeune Enfant son frère, qui depuis longtemps ne lui était apparu ce fit voir dans ce moment, et lui dit : Ma sœur, allons voir notre Maman. La Sauvage fut comme effrayé de ce propos, lui dit : Mais mon frère, je ne sais pas le chemin, où faut-il passer pour y aller, je ne veux pas même que vous le voyez le chemin, dit le jeune frère et en même temps il s’assied sur le petit gason à côté de sa sœur, puis il étandit sur sa tête et sur celle de sa sœur, comme une espèce de voile blanc qui les couvrait tous les deux, cela fait le gason sur lequel ils étaient assis se détachât de terre et s’éleva en l’air, au bout d’un car d’heure environ de chemin, ils arrivèrent à la porte d’une grande maison, deux grands personnages nous ouvrirent la porte. L’enfant auta les voiles qui les couvrait tous les deux, mais quelle ne fut pas la surprise de la Louve, en voyant une appartement tapissait d’un beau noir, et presque couvert de croix de différentes grandeurs, de plus une pluie de croix tombait sur ces pas, il y en avait ossi de diffairante grandeurs, les plus petites d’environ 3 Mettres, et lorsque les grandes lui tombaient dessus elle tombait, et l’Enfant qui ne tombait jamais l’aidait à se relever, ils sont presque demeuraient deux heures pour traverser cet appartement, à la fin les croix étaient si abondantes que La Sauvage ne paraissait plus elle perdait de vue son frère qu’elle était obligé d’appeler pour venir lui donner la Main et lui aider à ce retirer de dedans ces + ils était enfin au bout de cet appartement, lorsque le petit enfant frappa à une autre porte qui se trouvait devant eux, ils aperçurent des jeunes personnes vêtues de blanc qui ouvrait la porte et les saluèrent profondément, l’appartement était tapissait d’un blanc éblouissant, mais les Croix y étaient plus en grande quantité et plus grande et plus brillante que celles qu’ils venaient de voir, de plus tout le monde se réunissait dans le chemin ou aux croisées rien que pour (nous) me [3] charger d’injure, et presque toutes ces personne me disait que je marchée pas par le bon chemin parseque c’était an chemin trop singulier ; quelques unes de ces personnes voulurent même me frapper, mon Frère regardait tout cela sans rien dire ; mais ce qui m’était le plus sensible dans ces mauvais traitements, c’était de voir des personnes qui faisaient profession de servir Dieu d’une manière spéciale, me dire toutes sortes de choses qui auraient pues me décourager, de temps en temps j’entendait de ces personnes consacrées à Dieu, me crier Singûillière. Après avoir traversée cet appartement avec beaucoup de peine nous arrivâmes près d’une belle et jolie porte, d’une blancheur éblouissante et toute brodée avec de l’or, mais un or qui ne paraissait pas avoir été pris sur la terre tant il était brillant. Oh ! Dieu, m’écriai-je, je meure, je meure, si cette porte ne change pas, mon Frère, qu’est-ce que c’est que ça ? C’est là, me dit allors mon frère, c’est là la porte de la Maison de Notre Maman, avant d’entrer, laisser là à la porte tout ce qui tient aux peines de la terre, quittez tous vos sens, entrez et voyez ; à peine Mon Frère eût-il achevé ses mots, que 4 belles Dames d’une beauté éblouissante, ouvrirent avec des chaînes d’or les deux battants des portes, qui semblaient être en feu tant la lumière qui l’entouré était agitée et brillante ; dès que nous fûmes entrés, les quatre Dames qui nous avaient ouver les portes se prosternèrent profondément devant mon petit Frère qui les releva aussitôt ; et moi je ne pensai pas à avancer, j’étais toute stupéfée devoir une si nombreuse population de Monde, de toutes grandeur et de toute beauté, toujours je voulai m’arrêter pour regarder ces jeunes enfants qui paraissaient être dans la joie la plus parfaite, puis ces vieillards qui jouissaient d’un repos le plus doux, puis les Martyrs qui étaient décoré de toutes parts par des chaînes d’or, de pierreries etc. ; enfin viennent les Vierges qui sont d’une beauté incomparable, et les plus près de Dieu, dès que je vis la beauté de ces Vierges, leur bonheur, et tout ce qu’elle jouissaient de plus que les autres, je ne savais plus que devenir, je n’osais point avancer vers elles et je n’avais cependant pas envie de demeurer avec les autres saints, et d’autant plus que mon Frère me menait plus loin, enfin, près de cette légion de Saintes Vierges je voyais de magnifiques Trônes dont 3 étaient occupés et deux de libre, nous n’étions pas loin des vierges, lorsqu’elles nous aperçurent, elles firent un grand cercle, laissant une ouverture aux deux extrémités du sercle, dès que nous commençâmes à entrer dans ce sercle, les Vierges chantèrent un Cantique bien, bien, mais bien joli je n’ai retenu que ce mot : une sœur de plus ; en même temps je vis la plus belle Dame que je n’ai jamais vu dans tous les autres saints, qui quitta un des 3 Trônes dont j’ai parlé plus haut, vint au devant de mon Petit Frère le salut profondément, aussitôt mon Frère me dit : sœur, voilà Notre Maman, à peine avait il achevé de parler, que je me sens attirée à elle, je cours, tenant toujours mon Frère parla main et m’éllance dans les bras de ma Mère, et lui dit : Ma Maman, ma bonne Maman, Maman, ma fille, ma fille, ma chère enfant me dit-elle, oui je suis votre Mère, soyez mon enfant, venez avec moi, elle me menne bien haut vers ces beaux trônes que je n’avais vu que de loin, allors mon Petit Frère devint grand tout à coup et s’assis sur un beau et Magnifique Trône à la Droite d’un grand personnage qui paraissait être le père éternel, et à la Gauche du Père, Ma Mère s’assis sur un tronne d’une blancheur éblouissante et garni en or très pur, à la droite de Mon Frère était encore un beau Trone sur lequel était Saint Joseph ; de l’autre côté, à gauche de Ma Maman était encore un très beau Trone, il n’était encore occupé de personne, et moi petit rien, j’osa m’y asseoir dès que mon Frère et ma Mère me l’urent dit, ah ! que l’on y est bien, on ne se sens plus, l’âme jouit d’un bonheur inesprimable, la paix la plus grande, point de soussis, point de regret, point d’envie, le corps jouis de tous les plaisirs possibles, des guirlandes de fleurs diverses nous entourent, des couronnes tombent sur nos têtes, on marche sur les roses, les lys, les violettes, enfin sur toutes sortes de fleurs très odoriférantes ; l’appartement était immance en grandeur, je n’ai jamais pu voir le fon, si l’on veux, on va, on viens, on s’assied, on chante, on parle avec tout le mon, on se connais et on s’aime tendremment, enfin je ne finirai jamai si je voulais expliquer tout ce que j’ai vu et éprouvée. D’ailleurs pour le dire tel que c’est il me faudrait emprunter les langues des Anges, si non je ne dis rien.

Il y avait environs 3 ou 4 heures que j’étais à m’abîmais en contemplation, c’était toujours de plus beau en plus beau, enfin, Mon Frère et ma Maman ce dirent quelques mots tout [mot qui manque] mais je ne compris pas ce langage quand ils eurent finis de parler, le chœur des Vierges s’avencent, chaqu’une un beau Lys brillant à la main, avec un instrument de Misique, tous différants, on commence à chanter et à faire aller leur instrument qui paraissais ne point les fatiguer, oh !… que c’était beau, si j’avais étais sur la terre je serai morte de joie. Je voyais aussi des vieillards qui n’étaient occupé qu’à fléchir le genoux devant Notre Seigneur, qui, du haut de son Trône, faisait pleuvoir sur ces saints une rosée blanche, toute brillante, qui paraissait les inonder de bonheur.

Le dimanche soir, La Louve étant de retour, la femme chez qui elle était l’avoit fait chercher de toutes parts, et avait résolut de ne plus garder chez elle celle qui lui causait tant d’ennuies en s’absantant si souvent de la maison ; en effet la Sauvage fut mise à la porte ; puis ramassée par Pierre Mathieu ; mais celui-ci étant obligé de s’absanter pour aller travailler ; la Solitaire ne demeura pas longtemps dans cette maison, elle y était méprisé de tous ses parents qui ne la regardaient que comme le boufon, la Sauvage se croyait obligé de réparer tous les injures que l’on faisait à Dieu et à la Sainte Vierge, aussi elle ne laissait jamais passer les auccasions qu’elle avait de se mortifier, et de faire quellesque petites pénitence ; après avoir demeuré ainsi quelques mois, la Mère Mathieu trouva par bonheur une auccasion de se défaire de cette méchante Louve, qui ne pouvait demeurer avec personne ; elle fut mise en service chez une femme pour gardeur deux petits enfants, leur demeure était loin de Corps, c’était une maison toute seule, perdue dans les montagnes, où on n’avait presque que la visite des bêtes sauvages, cette nouvelle demeure plut fort à notre Sauvage qui n’aimait que la solitude, ces gens-là étaient très sévères, brusc et méprisant, et souvent ils oubliaient que tout le monde mange, et dans ce cas la Louve geûnait très souvent, et elle couchait quelquefois à l’écurie ou au galetâ… Au bout de quelques années, les enfants que la Sauvage avait pris soins purent se passer de celle qui ne leur avait apris qu’à garder le silence ; elle se retira et fut remise en service dans un village pour garder les vaches, les gens de ce village, son curieux et méchants, dès que la Louve fut entré dans la Maison de ces maîtresses, tout les habitants du village y coururent pour examiner cette nouvelle bergère et pour la questionner, mais on ne pu lui tirer aucune parole, et ne leva pas même les yeux, aussi chaqu’un la tourna en ridicule de toute les manières, et pour le premier jour elle fut complètement habillée de sotises que chaqu’un se plut à lui débiter, et que la Sauvage entandit avec bonheur ; ce jour passé, les bons Maître de la Solitaire, qui étaient bons chrétiens, ne souffraient gaire qu’on injuria la Solitaire, car ils l’aimaient comme une de leurs enfants ; la haine des habitants du village augmentait chaque jours contre la Sauvage, je crois que c’était son mauvais caractère qui lui attirait cette haine, aussi elle le payait lourds tous les jours, (mais elle ne s’est point corrigé pour cela), la Sauvage allait tous les jours gardés ou des brebis, ou des vaches, elle allait toujours ceule en champs et ne souffrait jamais qu’on l’aborda, ces gens de ce village avaient la patiance de se réunir Matin et Soir, ou elle devait passer pour avoir le plaisir de la charger d’injures, mais celle-ci avait l’air insensible à tout ; ces pauvres gens perdirent leur latin à celà, mais ils avaient du cœur, ils ne voulaient pas avoir le dernier [mot qui manque] et pour cela ils voulurent la [la phrase n’est pas achevée].



  1. Mélanie, à 21 ans, était encore parfaitement ignorante de ce qui s’apprend dans les écoles. L’orthographe de ce premier écrit a été scrupuleusement respectée.
  2. Elle a écrit cause, puis a mis un a sur l’e.
  3. Nous est barré et me est écrit au-dessus. Les injures ne s’adressaient donc pas au « petit frère ». Mais, faisant vivement cette correction, Mélanie oublie de se nommer à la troisième personne et signe ainsi, sans s’en apercevoir, son manuscrit, mieux que par ce mot nous qui lui échappait pour la deuxième fois ; puis, elle continue, jusqu’à la fin du récit de ce ravissement, à parler d’elle à la première personne.