Une mission en Acadie/07


VII

Montréal. — Caughnawaga. — Niawara. — Lac Ontario. — Toronto. — Les Mille Îles et les rapides du Saint-Laurent.


Après un repos de quelques jours passés à Québec, je retournai à Montréal, et s’il est vrai que la première de ces villes soit, par excellence, la cité historique du Canada, la seconde en est bien, par contre, la métropole commerciale : l’air qu’on y respire paraît saturé d’affaires et l’inextricable réseau de fils qui la recouvre, semble une toile tissée par quelque énorme araignée à l’affût de l’argent.

Montréal est dans une grande île formée par le Saint-Laurent ; c’est du beau parc de la Montagne, au sommet du Mont-Royal, où l’on parvient, soit par un funiculaire, soit à travers bois par de charmantes routes carrossables, que l’on peut embrasser d’un seul coup d’œil la ville et ses alentours : quand on a atteint la terrasse qui couronne le mont, à 700 pieds au-dessus du niveau du fleuve, on la voit s’étendre dans toutes les directions avec ses larges avenues bordées d’érables, ses rues spacieuses, ses parcs, ses « blocs » de maisons, ses centaines de clochers, de dômes, de coupoles, et, dominant le tout, les tours massives de Notre-Dame qui font pendant à la colossale silhouette de la cathédrale de cette ville immense, ainsi dressée dans le lointain ; de toutes ces rues que l’on devine bruyantes et affairées, pas un souffle de vie ne monte jusqu’au sommet du Mont-Royal d’où cette grande ruche de 350 000 habitants apparaît muette et vide.

Le cadre du tableau est aussi beau qu’il est varié : à droite, ce sont les deux pittoresques routes de Lachine, entre lesquelles s’allonge un canal où les vaisseaux semblent voguer sur la terre ferme, tandis qu’un peu plus loin, on voit blanchir l’écume des fameux rapides ; plus bas, c’est le pont Victoria, étendu à travers le fleuve comme un monstrueux Léviathan ; plus bas encore, on aperçoit l’île de Sainte-Hélène, point stratégique jadis, maintenant parc élégant à quelques encablures des quais. À l’arrière-plan, dans l’éloignement, se dressent, abrupts, au milieu de la plaine, les pics de Belœil, où, chaque été, des milliers de Montréalais vont prendre leur essor ; à l’Est, par un temps clair, on entrevoit les Vermonts (Green Mountains) qui ont donné leur nom à cette partie des États-Unis ; au Sud lointain, ce sont les fameux Adirondacks, et vers le Nord, enfin, courent les Laurentides qui se targuent d’être les plus anciennes de toutes les montagnes du globe. Si maintenant l’on descend dans la ville pour la visiter en détail, on ne peut s’empêcher de remarquer le square du Dominion que divise en deux la rue Dorchester. Ce beau jardin public est encadré par de majestueux monuments, au premier rang desquels il convient de citer la cathédrale Saint-Jacques, réduction exacte de Saint-Pierre de Rome, l’hôtel Windsor et la massive gare romane du Canadian Pacific Railvay, ordinairement désigné sous les initiales C. P. R. (prononcez : Cipiar). Le style roman que nous réservons spécialement pour les édifices religieux est employé là-bas aux usages les plus modernes, ce qui donne lieu, parfois, à de piquants contrastes.

GARE ROMANE DU « CANADIAN PACIFIC RAILWAY », À MONTRÉAL. LIGNE DE LA COMPAGNIE DE NAVIGATION « RICHELIEU ET ONTARIO ».

Au nombre des édifices publics, où doit citer le palais de justice et l’hôtel de ville ; presque toutes les places sont ornées de statues ; on ne saurait trop remarquer celle du docteur Chénier, un des martyrs de l’insurrection de 1837 : il est représenté tête nue, en costume de chasse, tenant sa carabine d’une main et de l’autre indiquant l’ennemi à ses compagnons d’armes. Si l’on songe que les chefs survivants de cette héroïque équipée furent pendus ou bannis sous le règne de la reine Victoria, il faut louer très haut le libéralisme d’un gouvernement qui ne s’est pas opposé à l’érection d’une pareille statue ; dans un autre ordre d’idées, on peut admirer celle de Maisonneuve qui, en 1642, vint fonder Ville-Marie, au pied du Mont-Royal, sur l’’emplacement du village iroquois d’Hochelaga qu’avait découvert Cartier en 1535. Cette statue, de haute allure, et les personnages accessoires qui l’entourent, forment un groupe d’un grand effet artistique.

MONTRÉAL, VUE PRISE DES TOURS DE NOTRE-DAME. — DESSIN DE BERTEAULT.
LIGNE DE LA COMPAGNIE DE NAVIGATION « RICHELIEU ET ONTARIO ».

L’aspect général de la ville est bien moins français que celui de Québec, et au premier abord, l’étranger pourrait se croire transporté aux États-Unis, mais pour peu que l’on quitte les rues brillantes pour se rendre dans les quartiers populaires, l’impression première se modifie. L’influence anglaise n’a eu, non plus, aucune prise sur les campagnes, comme il est aisé de s’en rendre compte en allant les mardi et vendredi au marché de Bon-Secours, un des endroits les plus caractéristiques de Montréal ; la foule paysanne qui y afflue est bien française, celle-là, de pied en cap, et les conversations qu’on y entend feraient pâmer d’aise un amateur de vieux langage : je me souviendrai toujours du boniment d’un marchand d’orviétan devant un groupe de villageois qui l’écoutaient bouche bée ; j’aurais donné cher pour en fixer au vol toutes les expressions et l’inénarrable accent qui semblait se rapprocher de l’auvergnat. Cette belle cité, aux allures de capitale, est entièrement pavée en bois, trottoirs compris, mais cette voirie, pratique si elle était entretenue, est dans un état déplorable, semée de casse-cous que les orages, d’une violence inouïe, accompagnés d’incessants éclairs et de pluies diluviennes, transforment souvent en lacs et fondrières qui, heureusement, sèchent vite.

IROQUOIS DE CAUGHNAWAGA.
CLICHÉ DE L’AUTEUR.

La principale curiosité des environs de Montréal est le village indien de Caughnawaga ou du Sault Saint-Louis, situé au bord du Saint-Laurent, près des fameux rapides de Lachine. À l’encontre des Hurons de Lorette qui furent toujours, pour nous, de fidèles alliés, les Iroquois de Caughnawaga, au nombre d’environ 2 000, ont toujours pris parti pour les Anglais. La réserve au milieu de laquelle se trouve leur village est une immense prairie parsemée de pierrailles et de buissons rabougris entre lesquels pâture le bétail ; de la gare au village, dont on voit de loin l’église et son clocher pointu, il y a environ vingt minutes de marche par le plus défoncé des chemins. Les maisons sont, pour la plupart, de véritables cottages entourés de jardinets fort bien cultivés ; l’ensemble indique l’aisance et maint détail d’intérieur dénote une préoccupation de confort inconnue de nos paysans. Sauf la couleur et quelques traits de physionomie que les métissages finiront sans doute par effacer, ces Iroquois ont conservé bien peu de leurs sauvages ancêtres ; l’ivresse, chez eux, seule, est redoutable, car elle réveille l’atavique Inconscient que, depuis 200 ans, tous les efforts des « Robes Noires » n’ont pu qu’assoupir.

VILLAGE IROQUOIS DE CAUGHNAWAGA. (PAGE 568.)
LIGNE DE LA COMPAGNIE DE NAVIGATION « RICHELIEU ET ONTARIO ». — DESSIN DE BOUDIER.

M. l’abbé Forbes, le très distingué missionnaire du Sault Saint-Louis que, le mercredi 12 juillet, j’eus la bonne fortune de rencontrer au presbytère, voulut bien me proposer de visiter avec lui quelques-uns de ses paroissiens, ce que j’acceptai avec empressement, et nous fîmes ensemble le tour du village en nous arrêtant de temps à autre pour causer avec les Indiens sur le pas des portes. Ces Iroquois, au nez en bec d’aigle et à la lèvre inférieure charnue, ont un faux air de Sémites. Ils sont généralement grands et bien faits, avec une tendance à l’embonpoint en vieillissant. La jeune génération laisse pousser sa barbe, d’ordinaire peu fournie, ce qui, avec leurs yeux obliques, les fait ressembler à des Chinois, mais quelques vieux, rasés, ont encore conservé l’aspect des héros légendaires de Fenimore Cooper. Le premier chez lequel nous entrâmes était un vieillard couleur de cuivre rouge à grands traits réguliers ; à ma question s’il comprenait le français, il répondit : « Un p’tit brin ».

La glace était rompue, ce sauvage parlait bas-normand ! Le mystère s’expliqua d’ailleurs quand parut sa femme, une vieille Canadienne qu’au temps lointain de leurs épousailles il ne comprenait pas, et leur ayant demandé comment, dans les commencements, ils s’y étaient pris pour s’entendre, la bonne femme, souriant, me répliqua : « Eh dam ! on s’entergârdait… »

LE DOCTEUR INDIEN ORONHYATEKHA, DE TORONTO, CHEF SUPRÊME, DE L’ORDRE INDÉPENDANT DES FORESTIERS.

Comme nous exprimions alors le désir de photographier le bonhomme, ce dernier nous fit, de la main, signe d’attendre une seconde, puis, allant à un coffre, il en retira soigneusement quelques oripeaux dont la vue fit hausser, de pitié, les épaules à sa femme qui parut, in petto, le traiter de vieux fou. Passant ensuite dans un cabinet, il en ressortit quelques instants après, vêtu du grand costume de guerre que la tribu portait encore, les jours de fête, au temps de sa jeunesse ; Baptiste, le paysan bonasse de tout à l’heure, avait disparu, l’expression du visage était toute changée, solennelle et triste : devant moi se dressait, drapé de majesté, un sachem iroquois des âges héroïques, Oronhyatekha (l’Horizon Embrasé)…

Je vais ensuite acheter, à titre de souvenirs, quelques échantillons de l’industrie locale, dans le magasin de M. de La Ronde-Thibaudière, Iroquois notable et descendant authentique d’une longue lignée d’officiers français qui jouèrent jadis un rôle glorieux en Acadie et au Canada. Son élégante villa est du dernier confort : piano, lits d’acajou, armoires à glaces, suspension dans la salle à manger, baignoires, rien n’y manque, on se croirait à Asnières ; mais Mme de La Ronde ne comprend que l’iroquois, et mes compliments se bornent à une série de courbettes que je m’efforce de rendre gracieuses : on fait ce qu’on peut.

Dans les rues du village, des « squaws » vont et viennent, la tête drapée dans leur châle à la façon des Espagnoles : quelques jeunes filles que je rencontre sont presque jolies ; l’une d’elles, qui se laisse photographier, a le type mongol très accentué ; des métis blonds nous saluent au passage ; malgré leur aspect européen, ce ne sont pas, paraît-il, les moins attachés aux privilèges de la « bande » dans laquelle ils sont nés : ces faces pâles ont le cœur sauvage, suivant la pittoresque expression de mon guide, et, plus qu’ailleurs, là-bas, où tant de races adverses tendent à se confondre, la teinte du visage n’est pas toujours un reflet de la couleur de l’âme.

IROQUOISE DE CAUGHNAWAGA. — CLICHÉ DE L’AUTEUR

De retour au presbytère, M. l’abbé Forbes me montre un curieux livre imprimé aux États-Unis et d’après lequel un certain Williams, qui vécut et mourut à Caughnawaga, il y a une cinquantaine d’années, était le véritable Louis XVII. Si l’on en juge par son portrait qui se trouve dans l’ouvrage que je n’eus que le temps d’entr’ouvrir, il devait ressembler beaucoup plus à Charles X qu’à Louis XVI. Aux prétentions des faux dauphins, la duchesse d’Angoulême aurait, dit-on, plusieurs fois répondu : « Mon frère vit, je le sais, mais il est en Amérique, parmi les sauvages ».

Cet être énigmatique paraît avoir eu l’esprit troublé perdant la plus grande partie de son existence, il ne se souvenait de rien, ignorait d’où il venait et ne recouvra la mémoire qu’à la fin de ses Jours. Si celui-là, pourtant, était le véritable ?… Caughnawaga après Versailles et la tour du Temple !



Le samedi suivant 15 juillet, je partis de Montréal par un train du matin qui nous déposa à Niagara (rive américaine) à 2 heures 5, après que le train eût stoppé, pour les formalités de douane, sur le fameux pont d’une seule arche qui traverse la gorge au-dessous des chutes, reliant ainsi le Canada aux États-Unis. Ce pont gigantesque, qui passe pour un chef-d’œuvre de l’art américain et date seulement de 1897[1], a une longueur totale de 1 100 pieds et se trouve à 226 au-dessus du niveau de la rivière :  ; il comporte deux étages, le premier réservé aux piétons, aux voitures et aux tramways, le second affecté à la double voie de la ligne du Grand Tronc. C’est de là que, pour la première fois, l’on aperçoit la célèbre cataracte, pendant l’affairement des quelques minutes d’arrêt consacrées à la douane : la première impression de cette blancheur éclatante qui, tout au loin, barre la rivière, est celle de lessive séchant le long d’une haie. Quelques tours de roue de plus et nous voilà, dans les « États », la proie d’une nuée de commissionnaires, cicérones, nègres et automédons de tout genre qui se disputent nos bagages et l’honneur de nous piloter.

Les deux Niagara, américaine et canadienne, séparées par la rivière, ressemblent à toutes les grandes villes d’eaux du monde, comme par exemple Interlaken, ou Bade en son beau temps. Après avoir fait choix d’un hôtel et hélé une voiture, me voilà par une radieuse après-midi de juillet, en route pour la merveille dont les grondements, déjà, se font entendre, et que l’on devine tout près, derrière le rideau d’arbres.

Enfin, voici le monstre ; je le reconnais bien d’après ses photographies qui ne l’ont pas flatté ; il est tel que je l’imaginais et cependant, du premier coup, l’insurpassable grandeur du spectacle ne me pénètre pas tout entier, je ne l’analyse pas avec joie comme je le ferai dans la suite ; je subis le choc, mais sans comprendre, tout étourdi de la vision, sans me rendre compte de ses effrayantes proportions : est-ce grand ou petit ? Je ne saurais trop dire, j’ai perdu le sens des dimensions. Mon cocher m’ennuie avec ses histoires, je mets pied à terre et le prie de s’éloigner ; puis, allant m’accouder au parapet, je regarde…

LE NIAGARA, VUE D’ENSEMBLE DES CHUTES D’APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

On ne décrit plus Niagara ; Chateaubriand et Dickens, pour ne citer que ceux-là, l’ont fait en pages définitives après lesquelles tout essai littéraire serait ridicule ; quant à ce que l’on pourrait appeler le mécanisme des chutes, il est démonté pièce à pièce et longuement expliqué dans tous les guides ; pour éviter les redites ou les banalités, le mieux est donc de remettre d’abord sous les yeux du lecteur les peintures qu’ont faites les maîtres de ce prodigieux phénomène, quitte à risquer ensuite quelques réflexions personnelles ou des descriptions d’ « à côtés ».

Le tableau de Chateaubriand est exact comme une photographie ; seule, la dernière phrase n’est plus de saison, carcajous, élans et ours ayant, depuis ce temps, émigré un peu plus loin.

Après cette description tout extérieure et impassible que l’on trouvera dans l’épilogue d’Atala, celle de Dickens, intime et émue, ne fera pas double emploi : elles se complètent, au contraire, fort bien l’une et l’autre. On réclame seulement l’indulgence pour le traducteur :

« À la fin, nous descendîmes et, pour la première fois, j’entendis la puissante chute d’eau et je sentis le sol trembler sous mes pas. La berge, très haute, était rendue glissante par l’humidité et la glace à moitié fondue. Je ne sais trop comment je parvins au bas, mais j’arrivai vite au fond… assourdi par le bruit, presque aveuglé par l’écume et trempé jusqu’aux os. Nous étions au pied de la cataracte américaine ! Je voyais bien une énorme masse d’eau tombant par-dessus ma tête, d’une grande hauteur, mais je n’avais aucune idée de sa forme, de sa situation, ou de rien autre chose que d’une immensité vague. Quand nous fûmes assis dans le petit bateau qui traverse immédiatement sous les chutes la rivière gonflée, je commençai à entrevoir ce que c’était, mais j’étais comme sidéré et incapable de saisir toute la grandeur de la scène. Ce ne fut que, lorsqu’arrivé au rocher de la Table je regardai — grand Dieu ! — cette avalanche d’eau d’un vert éclatant ! — que je compris, enfin, toute sa puissance et sa majesté. Alors, quand je sentis combien j’étais près de mon Créateur, l’impression première et durable produite par ce prodigieux spectacle fut la Paix : la paix de l’esprit, la tranquillité, de calmes souvenirs des morts, de grandes pensées de repos et de bonheur éternels, aucun sentiment de tristesse ou de terreur. Niagara, tout d’un coup, s’imprima dans mon cœur, comme une image de beauté, pour y demeurer intacte et ineffaçable, jusqu’à ce que les battements de ce cœur aient cessé pour toujours.

« Oh ! comme la lutte et les tourments de la vie quotidienne s’éloignèrent de ma vue et s’évanouirent dans le lointain pendant les dix inoubliables jours que nous passâmes sur cette terre enchantée ! Quelles voix s’élevaient du sein de ces eaux tonnantes, quels visages disparus de la terre me regardaient du fond de leurs abîmes rayonnants, quelles promesses célestes brillaient dans les larmes de ces anges, gouttes multicolores qui retombaient en pluie et serpentaient autour des cercles magnifiques que faisaient sur le gouffre les changeants arcs-en-ciel !… Errer çà et là, tout le jour, et voir les cataractes sous tous leurs aspects ; demeurer sur le bord de la grande chute du Fer à cheval à contempler la hâte de l’eau croissant d’autant qu’elle approche du précipice et paraissant, toutefois, s’arrêter une seconde avant de sauter dans le gouffre ; regarder du niveau de la rivière le torrent de bas en haut ; atteindre les hauteurs voisines, l’épier à travers les arbres, voir l’eau tournoyer dans les rapides et se hâter pour faire son effrayant plongeon ; longer, trois milles plus bas, dans l’ombre des rocs solennels, les berges de la rivière qui, agitée sans cause apparente, se soulève, déborde, éveille les échos, troublée jusque dans ses profondeurs par son saut gigantesque ; avoir Niagara devant soi, éclairé par le soleil et par la lune, rouge à l’heure du couchant, gris lorsque le soir tombe lentement dessus ; le regarder chaque jour ; s’éveiller la nuit et entendre sa voix incessante : c’était assez.

« Maintenant, je sais que ces eaux roulent, bondissent, rugissent et tombent encore, en toute saison, tout le long du jour ; les arcs-en-ciel planent encore dessus, elles brillent toujours aux rayons du soleil comme de l’or en fusion ; quand le jour est sombre, elles tombent encore comme de la neige, paraissent s’effondrer comme la crête d’une grande falaise de chaux, ou roulent le long du roc comme une épaisse fumée blanche ; mais toujours le puissant torrent semble mourir de sa chute, et de son insondable tombe surgit toujours ce gigantesque fantôme de brouillard et d’écume qui n’est jamais couché, qui hante ce lieu avec la même effroyable solennité depuis que les ténèbres planaient sur l’abîme et que, première inondation antérieure au Déluge, un flot de lumière déferla sur la création à la voix de Dieu[2]. »

S’il m’était permis d’ajouter quelques réflexions personnelles après la lecture de ces pages sublimes, je dirais que l’un des aspects de Niagara qui m’a le plus frappé, est la continuité de cette catastrophe inouïe comme en virent seuls les âges préhistoriques, de la chute dans le vide de tout un lac immense : l’homme qui tombe du haut des tours de Notre-Dame est un spectacle anormal, mais instantané ; l’idée que sa chute pourrait durer toujours, apparaît à l’esprit comme un effrayant cauchemar ; il y a du songe dans Niagara, et l’obsédante pensée de sa chute éternelle fait qu’en la contemplant l’on s’attend au réveil. Il est, sans doute, des cataractes plus hautes, quoique d’un volume moindre, mais cette chute d’un seul jet, sans cascade intermédiaire pour distraire le regard, tire précisément sa puissance souveraine de cette simplicité ; elle est, si j’ose dire, romane, tandis que les autres rappellent le flamboyant ou seulement le rocaille.

La galopade des rapides avant le saut m’a plus impressionné, peut-être, que le plongeon lui-même : l’eau, dans cette furieuse et comme épileptique course à l’abîme, semble avoir réellement conscience du sort qui l’attend et accepter ce suicide avec joie ; comme Hawthorne l’a fait remarquer, les flots de Niagara ne sont pas captés par surprise, leur descente est l’image du Destin en marche.

Enfin, la multitude d’ares-en-ciel qui s’enchevêtrent et planent au-dessus du gouffre quand le soleil brille, sont d’un effet scénique incomparable ; le Père Hennepin, ce jésuite missionnaire qui, le premier, publia en 1697, une description de la chute, n’y découvrit pas tant de choses : « Les eaux, dit-il, qui tombent dans cet horrible précipice, écument et bouillonnent de la façon la plus hideuse qui se puisse imaginer, avec un bruit outrageant plus terrible que le tonnerre. » Le bon Père appréciait comme ses contemporains qui voyaient la nature à travers le paré de Versailles, peignée par Le Nôtre ou La Quintinie ; et quel peigne eût mordu sur ce géant d’écume, emplissant les grands bois de sa plainte éternelle !

Si la forêt primitive a disparu autour des chutes, il en est cependant demeuré suffisamment de vestiges pour former le fond de tableau indispensable ; les petites îles, surtout, sont charmantes : grâce à un savant entretien, joint à de discrets maquillages, elles ont conservé un aspect « demi vierge » qui fait le plus grand honneur aux Américains. Les efforts combinés des deux gouvernements qui ont acheté les rives, sont parvenus à effacer toute trace de réclame ou d’industrialisme autour de cette merveille sans égale que, désormais, son cadre ne dépare plus.

Les fameux rapides et le tourbillon ou Whirlpool se trouvent à deux milles plus bas que la cataracte ; l’eau, jusqu’à cet endroit, coule huileuse et comme tout étourdie de son saut prodigieux, dans une gorge étroite hérissée de sapins ; à cet endroit, la rivière est, paraît-il, la plus profonde du monde, plus de deux cents pieds, et le torrent de la chute, par sa vitesse et son poids, entraîné au fond de ce gouffre, en laisse la surface presque calme ; mais au bout de ces deux milles, les eaux se réveillent de leur léthargie et écument en rapides de la plus grande violence. La rivière, ensuite, par un tournant brusque, fait presque un angle droit et le flot « vire » avec une telle rapidité, que son niveau est parfois de trente pieds de plus au milieu de la gorge que sur les bords. Cette projection de l’eau sur la rive opposée a creusé un large bassin que surplombent de hautes falaises verticales et au milieu duquel tournoie un effrayant maelstrom, puis le lit du courant s’élargit un peu et la tension diminue progressivement jusqu’à ce que, quelques milles plus loin, Niagara devienne enfin une rivière bien sage, prosaïque et quelconque.

NIAGARA, LE « WHIRLPOOL » — LIGNE DE CHEMIN DE FER DU « GRAND TRONC ». — DESSIN DE BOUDIER D’APRÈS UN INSTANTANÉ.

En revenant de cette longue excursion, rencontré un verger planté de superbes pommiers ; ce coin si vert de Normandie paisible, après ces chutes presque surnaturelles, est une surprise, et non sans charme : je reprends pied dans la réalité.

À nuit tombante, je retournai aux chutes : déjà les lampes électriques scintillaient ça et là dans les allées du pare, des formes blanches, qui n’étaient autres que celles de jeunes Américaines, erraient en foule de par les bosquets sombres : ou émaillaient les pelouses des clairières ; je me souvins alors que Niagara est le voyage de noces obligatoire de toute l’Amérique du Nord et que, de plus, il s’y prépare, à la lueur des étoiles, autant d’hymens qu’il s’en consomme — et l’on eût dit, en voyant tous ces couples « flirtant » dans la pénombre, au bruit des grandes eaux, un nocturne départ pour la Cythère du Nouveau Monde dont les rives prochaines, toujours inatterries, blanchissaient sous la lune entre les arbres en fleurs dont le parfum. mêlé aux embruns de la cataracte, montait dans l’air calme du soir.



Le lendemain matin je pris le train pour Lewiston (rive américaine) et de là m’embarquai, l’espace de huit milles, sur la rivière Niagara, puis, après escale à Queenston (rive canadienne) le même bateau, traversant le lac Ontario (neuf milles) me fit atteindre Toronto dans l’après-midi.

TORONTO, PALAIS LÉGISLATIF. — CLICHÉ DU MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR DU CANADA.

« Que d’eau !… que d’eau ! » Ces trois mots historiques, indéfiniment répétés, sont le résumé fidèle de mes impressions lacustres, car à peine a-t-on perdu les côtes de vue, que le lac Ontario, poli ce jour-là comme un miroir, n’est plus qu’une mer intérieure où l’œil s’efforce en vain d’accrocher quelque détail. Cependant, lorsque nous approchons de la terre, des flèches et des tours signalent au loin la présence de Toronto que l’on aperçoit bientôt tout entière étendue sur le bord de l’eau et occupant le versant qui, d’une chaîne de collines. descend vers le lac. Toronto, en indien, signifie, paraît-il, le lieu de rendez-vous, car c’était là que les tribus huronnes et algonquinés avaient coutume de s’assembler. Cette ville, tout à fait anglaise, fut fondée par des loyalistes chassés des États lors de la guerre de l’Indépendance ; les premiers défrichements ne remontent pas au delà de 1793 ; appelée d’abord York, elle reprit, en 1834, son ancien et plus harmonieux nom de Toronto. La cité naissante eut beaucoup à souffrir du nouveau confit qui, de 1812 à 1814, éclata entre l’Angleterre et Les États-Unis : elle fut brûlée et saccagée ; mais au retour de la paix, la petite ville se releva de ses cendres, et l’immigration y afflua à tel point que l’ancien hameau d’York est devenu une grande ville de plus de deux cent mille habitants, capitale de la province d’Ontario et appelée à bon droit la cité reine de l’Ouest. À 2 heures et 1/2 de l’après-midi, je pris passage sur un autre « steamer » de la ligne « Richelieu et Ontario » à destination de Montréal, et après quelques escales à Port Darlington, Port Hope, Cobourg, etc., petites villes d’aspect très commerçant disséminées sur les bords du lac, la nuit me fit aller chercher dans ma cabine un repos bien gagné.

Le matin nous réveille en plein Saint-Laurent, au milieu du labyrinthe des Mille Îles qui, en réalité, sont dix-sept cents, variant en grandeur, forme et apparence, depuis le petit morceau de roc dénudé, jusqu’aux larges et fertiles étendues de terres, ornées d’élégantes villas ou laissées à la sauvagerie primitive de leurs majestueuses futaies. Quelques-unes de ces îles sont montueuses avec des berges abruptes tombant à pic dans le fleuve, tandis que d’autres sont à peine à son niveau et que les branches de leurs arbres baignent dans le courant. Cet archipel est un spectacle merveilleux et fantastique, avec tous les caprices de l’eau tantôt s’épanouissant en lacs, tantôt se resserrant en gorges étroites à travers lesquelles les arbres des îles jettent leur ombre. De temps à autre le chenal semble complètement obstrué et l’on croirait que, pris dans une impasse, le vaisseau va être obligé de reculer quand, en approchant plus près des rives moussues, on entrevoit, caché par un brusque tournant, un détroit encaissé entre deux murailles rocheuses que, du pont, l’on peut presque toucher du doigt et qui vous conduit dans un beau lac aux bords escarpés, parsemé d’une multitude d’îlots. Ce panorama captive le spectateur, bien plus par sa grâce, sa variété, sa « joliesse », que par le sublime qui, comme au Saguenay, tient l’esprit tendu par la majesté de la puissance et de la grandeur.

Le Tour du monde, nouvelle série-06-p575b.jpg
LES MILLE ÎLES. — LIGNE DE LA COMPAGNIE DE NAVIGATION « RICHELIEU ET ONTARIO » — DESSIN DE BOUDIER.

Le prestige incomparable des Mille Îles réside dans la délicatesse des teintes, la variété des scènes, les horizons divers qui, tour à tour, grandissent, puis se dissolvent en cette multitude d’anses, d’étangs et de bras morts. Les Indiens les appelaient Manitoana ou Jardins du Grand Esprit, car elles réalisaient pour eux l’idéale beauté que peut obtenir le Créateur par l’infinie combinaison de la terre et de l’eau.

LES MILLE ÎLES. — LIGNE DE LA COMPAGNIE DE NAVIGATION « RICHELIEU ET ONTARIO » — DESSIN DE BOUDIER.

Le passage à travers ces méandres féeriques prend plusieurs heures dans le cours desquelles on fait escale à Alexandra Bay, qui en est le point central d’attraction : c’est une des villes d’eaux les plus élégantes des États-Unis, les îles voisines y sont émaillées de cottages aux styles les plus variés et parfois les plus bizarres. Après avoir quitté ce coin select, le vapeur continue sa route par un chenal qui va s’élargissant au milieu des récifs dont les uns sont couronnés de sapins, tandis que d’autres ne sont que d’arides blocs de granit, jusqu’à ce qu’il ait, enfin, dépassé les Trois Sœurs, derniers vestiges de ces îles fortunées.

LES MILLE ÎLES. — LIGNE DE LA COMPAGNIE DE NAVIGATION « RICHELIEU ET ONTARIO » — DESSIN DE BOUDIER.

Nouvelles escales devant deux ou trois petites villes, puis l’on atteint les Galops, faibles précurseurs des rapides qui nous attendent plus loin : ils servent seulement à aguerrir le voyageur novice contre les émotions de la fin. Viennent ensuite les rapides du Plat, roulant leurs flots vert foncé au milieu d’un groupe d’îles boisées dont les arbres penchés font ombre sur le fleuve. Après qu’on a « sauté » le Plat — c’est le terme consacré — la vitesse s’accélère et la turbulente surfacé du Long Sault apparaît bientôt avec la crête neigeuse de ses vagues irritées. Le premier des sérieux rapides, il a une longueur de neuf milles, et si le vaisseau s’écartait un tant soit peu de sa direction, il serait immédiatement culbuté, roulé et jeté sur les rocs voisins, où sombrerait avec sa cargaison humaine sous une énorme avalanche d’eau. Là, le fleuve est divisé en deux bras principaux par quantité d’îles merveilleusement boisées qui rehaussent encore le caractère frappant de la scène. Comme notre navire se précipite sur la nappe d’eaux calmes qui se trouvent au pied de ces récifs, nous apercevons le village iroquois de Saint-Régis avec son petit tas de maisons groupées à l’ombre d’une église au clocher élancé. C’est vers cet endroit que se trouve la ligne frontière qui, sur la rive droite du fleuve, sépare les États-Unis du Canada ; à partir de ce moment, le Saint-Laurent coule entièrement dans le Dominion. Le fleuve s’élargit ensuite pour former le lac Saint-François ; cette belle nappe d’eau avec sa bordure de fermes et de bois émaillés de tentes d’excursionnistes et de villas, ses îlots éparpillés et son horizon borné par les collines lointaines de Châteaugay — un éperon des Adirondacks — forme un ensemble particulièrement attrayant. Le steamer passe aussitôt après sous le magnifique pont de fer du Canada-Atlantic Railway qui est long d’environ un mille et demi ; nous franchissons ensuite les rapides du Coteau et longeons, environ sept milles plus bas, une petite île dont le feuillage épais traîne dans le courant qui se précipite vers les turbulents rapides du Cèdre ; leur saut est assez émotionnant : le navire semble se préparer à sombrer, puis soudain il se redresse comme pour : parer le coup, que veulent lui porter les récifs auxquels il finit par échapper. Mais après avoir évité Charybde, il tombe dans Scylla représenté par le Rocher Fendu (Split Rock) qui passe pour être le plus sournois de tous ces cailloux ; on ne peut s’empêcher de frémir en voyant le vaisseau s’en approcher : au dernier moment, un coup de barre exercé l’évite, nous virons de bord et, de nouveau, glissons sains et saufs. C’est maintenant le tour des Cascades, la dernière de cette série de rapides ; elles sont remarquables par leurs vagues écumantes qui font rouler et tanguer le navire comme s’il était en pleine mer. Ce groupe de quatre rapides se suivant à peu de distance les uns des autres, forme une descente de 82 pieds 1/2 qui s’étend sur une longueur de 120 milles. Au-dessous des Cascades, un nouvel épanouissement du fleuve prend le nom de lac Saint-Louis ; presque à sa tête, la rivière Ottawa se mêle au Saint-Laurent, et les eaux sombres de ce courant du Nord vont s’égarer dans le grand lac profond qu’enveloppe un très beau décor : les monts de Châteaugay dressent derrière les arbres leurs têtes imposantes, cependant que des nuages traînent leurs ombres sur les flots changeants et que les silhouettes confuses du Mont-Royal et de Belœil s’entrevoient déjà à l’horizon.

RIVIÈRE OTTAWA. — CLICHÉ DE LA COMMISSION CANADIENNE POUR L’EXPOSITION FRANÇAISE DE 1900.

À partir du lac Saint-Louis, la rive, à notre gauche en descendant, est celle de l’île de Montréal et tout le long s’égrènent les nombreuses villas des citadins qui viennent y passer les mois d’été. À la sortie du lac, nous côtoyons la petite ville de Lachine, qui doit son nom à ce qu’en cet endroit les premiers colons crurent avoir découvert une route qui les eût conduits en Chine ; en face, sur l’autre berge, nous revoyons le village indien de Caughnawaga, puis nous passons sous le grand pont de fer du C. P. R., qui a beaucoup d’analogie avec celui de Niagara. Le navire vogue alors dans le milieu du fleuve dont la vitesse accélérée indique la proximité des fameux rapides de Lachine qui apparaissent bientôt à un tournant : ce sont les plus dangereux de tout le parcours et les sauter est une expérience des plus émouvantes que peuvent seuls comprendre ceux qui l’ont tentée : vous avez devant vous une barre écumante qui se précipite sur une pente s’étendant aussi loin que le regard peut la suivre ; un silence absolu se fait sur le pont du vaisseau et les cœurs se : serrent légèrement dans l’attente de ce dangereux pas à la vue des brisants qui reluisent entre les vagues. Ce saut exige du pilote des nerfs très calmes, une précision mathématique et une force très grande pour maîtriser le gouvernail ; d’instinct, on se tourne vers la passerelle où quatre hommes sont employés à maintenir la roue dans la bonne direction ; on se sent alors ému par un indéfinissable mélange de crainte et de plaisir.

VAPEUR DE LA COMPAGNIE « RICHELIEU ET ONTARIO » ENTRANT DANS LES RAPIDES DE LACHINE.
CLICHÉ DE LA COMPAGNIE « R. ET O. »

Le vaisseau, qui fait bande à tribord, s’enfonce, pour ainsi dire « le nez dans la plume », en une ornière de rochers noirâtres hérissés d’écume ; la tempête, en cet endroit, est à son paroxysme, l’eau fait rage autour de lui ; à chaque instant, on dirait qu’il va disparaître dans quelque gueule effrayante dont les dents pointues semblent déjà râcler ses flancs. À ce moment, la machine est presque complètement arrêtée et la seule force du courant chasse le navire, tout penché, à une vitesse de vingt milles à l’heure, puis, tout à coup, il se redresse, et comme au jour de son lancement, tombe à la surface des eaux tranquilles. On pousse alors un soupir de soulagement en songeant au danger réel laissé derrière soi. Hâtons-nous d’ajouter que, grâce au pilote et à toutes les précautions prises, il n’est jamais survenu d’accidents sérieux. Ces rapides peuvent aussi se sauter en canot sous la conduite des Iroquois de Caughnawaga dont l’habileté dans ce genre de sport, est consommée ; pendant la dernière expédition d’Égypte, les Anglais en employèrent quelques centaines à la navigation du Nil. Nous arrivons ensuite devant le fameux pont Victoria, une des merveilles du Nouveau Monde, l’un des plus gigantesques ouvrages d’art du siècle : il met Montréal en communication avec la rive Sud du Saint-Laurent par le chemin de fer du Grand Tronc ; c’est ainsi que, grâce au pont du C. P. R. que nous avons rencontré à Lachine, deux voies ferrées partant de l’île traversent le fleuve. Le pont Victoria est construit en fer d’après le principe tubulaire ; il a 24 piles de maçonnerie sur une longueur de 2 milles ; le tube à travers lequel le train passe mesure environ ? 2 pieds de haut sur 16 de large ; son aspect puissant et massif contraste avec le pont du C. P. R. qui, plus récent, est plus léger et de structure plus aérienne. Après avoir franchi cette arche colossale, nous atteignons enfin le terme de notre voyage, en pleine vue de Montréal, avec son havre encombré, ses flèches, ses églises, ses dômes, ses coupoles, ses édifices publics, ses parcs, et dominant tout ce panorama, le Mont-Royal dressant sa tête verte.


Gaston du Boscq de Beaumont.

  1. Il remplace un pont suspendu qui avait été construit en 1852.
  2. American Notes.