Une famille pendant la guerre/XLII

André à madame de vineuil.
Lignes de la Conie, 20 novembre.

Ah ! chère maman, qu’il est donc temps qu’on nous fasse remuer ! Voici maintenant vingt jours écoulés depuis notre affaire de Coulmiers, et vingt jours auxquels le charme a manqué, croyez-moi. Nous n’avons fait que recevoir la pluie, jeûner et user nos semelles (ce qui est plus sérieux que vous ne pensez) à faire quelques corvées ici et là. On tombe malade en masse, et ce n’est point étonnant. Cela fait trop d’eau sur les épaules et point assez de vivres dans l’estomac pour des soldats si nouveaux. Dites à Robert que nous menaçons de faire comme ses armées de sucre qui fondaient à la pluie. C’est affreusement triste de voir tout ce pauvre monde toussant, fiévreux, agonisant faute des choses les plus simples. Les morts du champ de bataille m’ont, fait moitié moins de peine. La raison de ce long arrêt était la nécessité d’attendre des renforts, puis l’artillerie qui se complétait. On dit tout cela en bonne voie et je pense que d’ici à peu l’on va nous remettre en branle. On prétend qu’il y aura un signal de Paris et que l’armée du Nord, attaquant de son côté, fera aussi sa partie dans le concert général[1].

  1. Cette lettre parvint à Mme de Vineuil enfermée dans la suivante.