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Alphonse Lemerre (1p. 321-349).
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XV


Cependant mademoiselle de Lieusaint ne revint pas au Quesnay. Les deux pères y revinrent seuls tous les cinq à six jours, quand les chemins étaient praticables. On était en hiver. Bernardine, dans la délicate pudeur de sa jeune fierté, n’avait probablement rien dit à son père, puisque M. de Lieusaint n’avait pas retiré sa parole au vicomte de Néhou et qu’entre eux le projet de mariage subsistait toujours.

Le vieux Bernard n’en avait pas moins le front chargé de beaucoup de soucis. Il sentait bien que sa Bernardine était malheureuse, qu’elle portait jusqu’au cœur une effroyable meurtrissure. Toutes les fois qu’il venait au Quesnay, ce vieux Normand que l’intérêt alarmé de sa fille rendait observateur, se prouvait davantage à lui-même que Néel aimait Calixte.

Le vicomte Éphrem se l’attestait aussi, mais il n’en souffrait pas, du moins au même degré. De jour en jour, il était plus enthousiasmé de cette virginale enfant chez qui la sublimité de l’expression ne tuait pas la grâce et dont il comparait la beauté, pour lui donner la palme, à tout ce qu’il avait vu de plus adorablement beau dans ses caravanes d’émigration. — Je crois, — disait-il un soir en revenant du Quesnay avec cette légèreté de leur jeunesse que les hommes de son temps ne perdirent jamais, — que, si j’avais l’âge du Chevalier, je ferais, ma foi ! la cour comme lui à cette ravissante fillette, quand même ce serait pour le mauvais motif, Bernard !

— La cour ! répondit en grommelant M. de Lieusaint ; — vous voilà bien, compère, avec les idées que nous avions dans les uhlans, lorsque nous croyions qu’aucune femme ne pouvait tenir contre la tournure de nos pelisses et la flambante manière dont nous les portions : mais votre Néel ne fait pas la cour à Calixte. Il aime et se laisse dévorer par une folie qui sera incurable demain. Je vous le dis, moi qui ai de bonnes raisons pour voir clair. Quand Néel se retrouvera sur ses jambes, il n’aura plus de cœur du tout dont il puisse disposer.

— Ainsi, fracassé d’abord, — fricassé ensuite ! dit gaiement le vieil Éphrem incorrigible, en aspirant avec le geste historique de Frédéric de Prusse une longue prise de macoubac dans une fine boîte à médaillon sur laquelle était peinte la belle Gaétane-Casimire de Zips, coiffée à la polonaise, avec un bonnet placé moins bas que le bandeau de Calixte, mais qui le rappelait.

— Tenez, compère ! ne trouvez-vous pas qu’elles se ressemblent ? fit-il avec cette touchante préoccupation des vieillards qui croient revoir dans un dernier mirage ceux qu’ils ont aimés dans ceux qu’ils aiment ; — et il tendit la miniature à M. de Lieusaint, qui la connaissait.

— Allons donc ! — dit brusquement M. de Lieusaint, contrarié de la sympathie et de l’admiration de son ami, — le tokay vous toque, mon compère ! car, le diable m’emporte ! c’est bien parfaitement du tokay que nous avons bu aujourd’hui à la santé et aux prochaines relevailles de votre fils ! Voilà pourtant les révolutions ! Du tokay chez Jean Gourgue-Sombreval, un manant fait pour boire toute sa vie l’eau des mares ! Savez-vous que les armes de France et d’Autriche étaient encore sur le cachet de la bouteille ? Dans quelle cave d’émigré le vieux Satanas du Quesnay a-t-il volé un pareil trésor ?…

— Cela doit être, compère, fit le vicomte en clignant l’œil, le tokay de notre voisin le duc de Coigny, à qui la pauvre reine en avait donné dans le temps un panier qu’il eût regretté toute sa vie, s’il n’avait été guillotiné par cette benoîte révolution.

Lors de la pillerie du château, le bonhomme Desfontaines, du bourg de S…, qui n’était ni blanc ni bleu, mais un usurier et un fesse-mathieu sur toutes les coutures, acheta pour rien les bouteilles qui restaient, et il les aura sans doute revendues à Jean Sombreval. Tout apostat qu’il est devenu, Sombreval a été prêtre, et, comme ses confrères, grands connaisseurs en bonnes choses, il est peut-être un robuste partisan de la tisane de bois tordu, — quoique après tout nous n’en sachions rien par nous-mêmes, puisque nous buvons son meilleur vin sans qu’il y goûte, et qu’il a l’esprit de décamper de chez lui dès que nous y arrivons.

Tout en parlant ainsi ils avaient, dans leur char-à-bancs envasé, atteint le sommet de la butte Saint-Jean. « Laissez souffler vos chevaux une minute, Bellet ! » cria le vicomte ; et Jean Bellet, qui menait en postillon, se mit à siffler à la manière de tous les postillons du monde, quand ils veulent délasser leurs chevaux. La nuit tombait, mais on y voyait assez pour se conduire.

Les deux vieillards décrochèrent le tablier de cuir du char-à-bancs et descendirent pour se réchauffer les pieds, en battant la semelle contre les pierres du chemin. Une fois à terre, bien enveloppés dans leurs houppelandes, ils se mirent à regarder dans la vallée qui noircissait. Le Quesnay, perdu sous ses bois, n’était plus distinct, mais on voyait ses hautes lucarnes, en œils-de-bœuf, éclatant de cette âpre lueur rouge qui s’y allumait tous les soirs.

— C’est donc le Quesnay que cette rangée de feu là-bas ? dit le vicomte. Eh ! pardieu, oui, c’est bien le Quesnay ! Ce sont les fourneaux, dans les combles, de ce vieux souffleur de Sombreval qui a gagné, à ce qu’il paraît, toute sa fortune dans la chimie, et qui continue son métier ! Dans la nuit, comme nous voilà, c’est presque d’un effet sinistre, et doit pousser aux mauvaises pensées et aux mauvais bruits sur l’ancien prêtre. Avec ce cercle de lucarnes en feu, on dirait que le Quesnay porte la couronne de l’enfer.

— Et c’est la couronne de l’enfer aussi, — dit une voix calme auprès des deux vieillards ; — ce n’est pas une apparence, un faux-semblant, c’est la vérité ! Oui, c’est la couronne de l’enfer, car c’est la couronne de la science curieuse, de l’espérance insensée, de l’orgueil qui lutte contre Dieu, et cette couronne dévore ceux qui la portent, que ce soient des édifices ou des hommes !

— Eh ! c’est la grande Malgaigne, — dit le vicomte Éphrem, qui reconnut la grande fileuse de la contrée. — Vous rôdez bien tard par ici, la mère, et vous avez encore un fier bout de route devant vous, si vous retournez ce soir coucher à Taillepied.

— Que oui, j’y retourne, monsieur de Néhou, répondit-elle avec respect. Je m’en viens de journée, et je suis dans les chemins comme dans la vie, — une attardée et une esseulée, — pour qui l’heure n’est plus rien, ni la vie ni les chemins non plus ! J’ai ouï dire aux Herpin, dont j’ai rencontré hier la charrette près le Vey du Pont-aux-Moines, que vous iriez au Quesnay aujourd’hui, et l’idée m’a prise de m’arrêter à la butte pour vous demander des nouvelles de la santé de monsieur Néel. Mais je m’étais tout absorbée en moi-même, comme ça m’arrive toujours en regardant les lucarnes du Quesnay, vomissant leurs flammes comme des fours à chaux dans la nuit, car j’ai bercé dans mes bras celui qui les allume et que leur feu doit, tôt ou tard, consumer !

— En effet, reprit le vicomte, je sais que vous avez vu le Sombreval enfant et que vous lui avez été maternelle, ne vous doutant guère de ce qu’il deviendrait un jour et du cadeau que vous feriez à la contrée !

— Vère ! — dit-elle avec une énergie familière, — je l’ai ramassé et lavé quand il était petit, et quand il a été un homme, il m’a méprisée, moi et les autres, car il n’a jamais entendu qu’à lui et au démon, son maître, et voilà comment ce qu’il avait d’idée, de sens et d’invention, s’est tourné à sa perdition éternelle. Alors, je le sais bien et je m’en confesse, je n’étais guère bonne non plus moi-même ! Lorsqu’il n’était encore, lui, qu’au seuil du mal, j’avais déjà les deux pieds dans le bourbier de devant la porte, mais la grâce de Dieu m’en a retirée, tandis que lui s’y est enfoncé toujours plus avant, comme le porc dans son ordure.

— Et si profondément, ajouta M. de Néhou, qu’il ne vous connaît plus probablement, maintenant, la vieille mère, qui l’avez soigné quand il n’était qu’un marcassin dans la bauge de son père, et qu’il ne veut pas que vous approchiez de sa maison, puisque vous voilà ce soir à la belle étoile, à m’attendre, pour avoir des nouvelles de mon fils Néel, au lieu d’en demander au perron du Quesnay, en passant.

— Si je n’en demande pas, fit-elle, ce n’est pas ce que vous croyez, monsieur le vicomte. Non ! il n’a pas été ingrat. Il a été orgueilleux, têtu, bien indomptable, bien impie, un vrai Nabuchodonosor de vices : mais du moins il n’a pas ajouté l’ingratitude au dur compte qui lui sera demandé un jour. Quand il est revenu au pays et qu’il n’a pas craint d’acheter le Quesnay d’un argent qui lui venait de son apostasie, comme les trente deniers de Judas, puisque c’était la dot (qu’on disait) de celle qu’il avait épousée, il n’a pas eu honte de la vieille femme qui l’avait peigné et débarbouillé pendant qu’il n’était qu’un marmot, gardant nu-pieds la vache à son père. Oh ! non, il est venu à moi le premier et par plusieurs fois à Taillepied, au bourg et partout, me disant que je l’appelasse Jean devant le monde, comme au temps où il n’était qu’un écolier en camérie, au bourg de S…, et me tourmentant pour mettre bien des choses, dont je ne voulais pas, dans les poches de mon tablier.

Nombre d’autres fois, il m’a suppliée par lui et par son enfant, qui est bien plus que lui-même à ses yeux, de venir au Quesnay et d’y vivre quand je serai lassée de ma quenouille et que la salive me manquera pour mouiller mon fil. Mais j’ai tout repoussé, tout rejeté ; je me suis fait l’oreille dure ; j’ai été têtue comme lui ; je n’ai voulu entendre à rien ni à personne. J’avais mon idée, et il la savait !

— Quelle idée ? — dit Bernard de Lieusaint qui s’était tu jusque-là et que l’intérêt saisissait aussi à la parole de cette femme, simple et mystérieuse, qui ne parlait jamais impunément deux minutes, quels que fussent le rang ou l’esprit de ses auditeurs.

Ceci doit rester entre nous deux, fit-elle. Seulement ne dit-on pas, monsieur de Lieusaint, que ceux qui boivent à la même terrine s’exposent à trouver au fond la même couleuvre ?… Si ce n’était pas la place à Jean Gourgue, autrefois l’abbé Sombreval, que l’ancien château du Quesnay, troqué par la misère de ses maîtres contre de l’argent qui sue le sacrilège, la magie et l’impureté, ce n’était pas celle non plus de la vieille Malgaigne, la fileuse à la journée.

Aussi je le laissai seul dresser son front endurci sous ces solives qui se rompront peut-être un jour pour l’écraser ! Je ne remontai plus le perron que j’avais tant monté et descendu du temps des anciens maîtres, et ma main ne se posa pas une seule fois sur la grille de la cour ou sur la grande porte de la ferme, qui est à côté, si ce n’est pour y effacer l’injure à la craie que j’y trouvais le matin, en allant faire ma journée, et qu’en passant j’y essuyais !

— Il est donc toujours aussi honni, aussi méprisé, aussi haï que dans les premiers temps qu’il vint s’installer ici ? fit le vicomte. Cependant il vit bien retiré et bien seul… Il ne fait pas une grande poussière ! S’il a l’orgueil que vous dites, la Malgaigne, c’est un orgueil hagard et farouche qui s’écarte des autres plus qu’il ne les brave ! Voilà mon compère Bernard de Lieusaint et moi qui venons de voir Néel au Quesnay, et qui depuis un mois y allons régulièrement toutes les semaines. Eh bien ! là, dans sa maison même, nous n’avons jamais rencontré ni vu Sombreval.

— Et malgré cela, fit-elle à son tour, monsieur le vicomte, malgré son retirement de toute société et son assiduité à la messe et aux vêpres auprès de sa fille ; malgré bien des chanteaux[1] de pain et bien des fagots portés chez les pauvres de Monroc et de Néhou, qui ne veulent pas venir chercher à sa porte les morceaux et les os de la semaine, et qu’on ne voit plus le dos contre le grand mur de la cour, les mercredis et les samedis, comme du temps des anciens maîtres, c’est toujours la même malédiction sur lui quand on en parle, et rien n’y fait ! pas même son enfant, qui est bien un enfant-Jésus d’enfant pour la douceur et la bonté ; qui leur crie assez grâce pour son père, mais qu’ils n’entendent pas, avec toute sa beauté de bonne Vierge, ses perfections et ses vertus !

— Mais ils finiront par l’entendre ! dit une autre voix qui s’éleva tout à coup sur la butte. N’est-il pas écrit dans le livre de vie et d’espérance : « Frappez, et l’on vous ouvrira ? »

— Ah ! monsieur le curé de Néhou ! — s’exclama le vicomte, qui, en sa qualité d’ancien chasseur de bécasses, y voyait sans lunettes dans la nuit et la brume mieux que dans son paroissien à la messe en plein jour, — vous nous écoutiez donc, pour avoir su de qui nous parlions ?

— Était-ce donc si difficile, monsieur le vicomte ? répondit le curé. On parlait de perfection et de vertus demandant grâce pour un coupable. Est-ce avoir manqué de charité que d’avoir deviné à ces paroles la nouvelle châtelaine du Quesnay, mademoiselle Calixte Sombreval ?

— Certes, non, curé, — fit cordialement le vicomte. Sans dire du mal de vos paroissiennes, vous n’en avez pas beaucoup dans le genre de celle-là. C’est une fille digne d’un meilleur père et qui honorerait une bonne race. Je ne l’avais aperçue encore que dans votre église, mais je la vois maintenant toutes les semaines, comme une sœur de charité et de providence, autour du lit de mon fils Néel, qui n’a pu être rapporté à Néhou, à cause de la gravité de sa chute et de ses blessures, — mais qui marchera dans quelques jours, la Malgaigne ! Et maintenant je comprends l’enthousiasme que je vous ai vu quelquefois pour elle, monsieur le curé.

— L’enthousiasme, fit tristement le curé, est bien difficile à qui confesse et pratique les âmes. Lequel d’entre nous, après dix ans de ministère, pourrait avoir un autre enthousiasme que celui que le grand Apôtre appelle la Folie de la croix, et qui est notre sagesse ? Et cependant c’est la vérité ! mademoiselle Calixte est un de ces vases d’élection fleuris de Dieu qui peuvent ranimer l’enthousiasme éteint, même dans le cœur austère d’un prêtre. Les saints sont peut-être au-dessus des anges parce qu’ils souffrent. Mais cette enfant a les deux natures. Elle est ange et sainte : ange par la pureté, sainte par la douleur !

Et la voix du curé trembla. Un inconnu qui eût passé par là et qui l’eût entendue aurait trouvé qu’elle tremblait trop. Mais ceux qui l’écoutaient connaissaient le curé de Néhou. Ils savaient que l’eau réservée au calice au fond duquel va s’accomplir la Transsubstantiation divine n’était pas plus pure que l’âme de ce prêtre qui parlait de pureté. Ils le connaissaient, et il faut aussi vous le faire connaître, avant d’aller plus loin dans cette histoire, car nous devons encore l’y rencontrer.

C’était un homme d’un âge peu avancé, qui avait apporté à l’autel des facultés plus faites pour le service de Dieu que pour celui des hommes, car au service des hommes elles brisent toujours celui qui les a. Il possédait une de ces natures délicates qu’on s’étonne toujours de voir vivre dans l’air épais de cette vie, tant elles sont organisées pour respirer l’air du ciel !

Né avec une imagination mélancolique et charmante, qui rappelait celle de Gray dans son Cimetière de campagne ou de Wordsworth dans sa délicieuse ballade Nous sommes sept, poète d’instinct et de génie, il avait, en devenant prêtre, commencé par jeter son génie dans la flamme de son sacrifice ; puis il y avait jeté son âme tout entière. Or, s’il s’était résigné à n’être jamais un grand poète, il trouvait plus amer et plus difficile de se résigner à n’être pas un grand saint.

Perdu pour toujours dans les soins d’une cure chrétienne et presque inamovible avec l’état des mœurs et des diocèses d’alors, il n’aurait jamais, comme saint Vincent de Paul, de monceaux d’enfants à ramasser dans les boues d’une grande ville, ni de femmes de la cour à qui il pût dire : « Ils seront tous morts demain, si vous les délaissez. » Dieu, qui éprouve les cœurs qu’il aime, lui avait donné une âme héroïque inutile et condamnée aux plus humbles vertus.

Poète deux fois, réduit deux fois aux proses de la vie ! Après avoir quêté pour les pauvres de Monroc et de Néhou dans les châteaux voisins où il n’avait à essuyer aucun refus ; après avoir mis en secret les deux tiers de sa cure dans le tronc de son église et donné sa dernière chemise aux malades qu’il administrait, comme saint Martin donnait son manteau, il avait épuisé tout ce qu’il pouvait faire de bien dans les médiocres conditions où la Providence l’avait placé.

Le poids de l’immense charité qu’il aurait voulu étendre sur le monde lui restait donc sur le cœur et le lui oppressait.

De même qu’il avait rêvé les dévouements des Vincent de Paul et des François-Xavier, il avait aussi rêvé la sublimité du martyre ; et, quoiqu’il en eût un terrible à supporter chaque jour dans sa propre maison, — une mère folle qu’il n’avait jamais voulu abandonner, — il se trouvait petit de toutes les façons devant Dieu par la douleur et par les œuvres.

Sans doute, il s’acceptait ainsi, — mais il n’en souffrait pas moins de cette petitesse de mérite, et c’était là son infirmité ! Comme Jésus-Christ au jardin des Olives, il ne priait pas pour que le calice s’éloignât de lui, mais pour qu’il s’approchât au contraire, et qu’il pût y boire à longs traits comme son divin Maître ; et c’était là son calice, à lui, de ne pouvoir se désaltérer à cette absinthe que Dieu a laissée, pour boire après lui, à ceux qu’il préfère.

Mystique à la manière de saint Jean de la Croix et de saint Bonaventure, s’il n’avait pas été l’enfant craintif et soumis, — le brin d’herbe tremblant dans la lumière, — il aurait incliné, disaient les doctes, vers une mysticité trop tendre. Son cœur qui fondait de pitié aurait submergé la doctrine. Il s’en fondait, mais il ne s’en épuisait pas : citerne toujours pleine qu’alimentait le ciel !

De jour, c’était un grand jeune homme tout d’une venue, mais d’une certaine grâce dans sa maigreur longue, — comme un peuplier ou un tremble ; se penchant comme l’un et palpitant comme l’autre au souffle de la moindre pensée ! Il portait une soutane râpée, mais propre jusqu’à la dernière effilure du tissu rongé par l’usage, et il en relevait, pour la préserver, la queue dans ses poches, car c’était sa soutane de tous les jours et de cérémonie, qu’il fallait déployer sur les marches du chœur, quand il officiait à l’église.

Son visage, d’un ovale allongé, avait la pâleur de l’ivoire jauni d’un crucifix exposé à l’air d’une cellule, et les yeux, qui adoucissaient encore ce visage, étaient du même bleu épuisé qui veinait ses belles mains fines et longues, dignes de porter, sans gants, le saint ciboire, et d’offrir l’hostie aux lèvres virginales des premières communiantes.

Le seul luxe de cet homme de simplicité, c’était les jours de fête un peu de farine de pur froment jeté en guise de poudre sur ses cheveux blonds d’Éliacin, ses cheveux de diacre, comme il disait, et que les soucis du prêtre n’avaient pas flétris encore. Il s’appelait l’abbé Méautis.

Sa mère, une brave femme du peuple du bourg de B…, restée seule avec une fille de quatorze ans, pendant qu’il faisait sa dernière année de séminaire, avait perdu cette enfant d’une manière affreuse.

Un soir, en se baissant au foyer pour allumer la lampe de la veillée, la jeune fille avait incendié sa robe d’une étoffe légère, et, malgré les secours qu’on lui porta, elle avait été enveloppée et dévorée instantanément par la flamme. La mère, sortie quelques instants pour aumôner une pauvre voisine, rentra et trouva sa fille qui mourait, en lui souriant, car elle ne souffrait plus : le terrible travail du feu sur la colonne vertébrale avait consumé jusqu’au siège de la douleur. Du coup la malheureuse femme devint folle, mais d’une folie aussi déchirante que son malheur. Sa vie ne fut plus qu’une idée et qu’un geste. Elle tenait perpétuellement le bas de sa robe ou de son tablier contre sa poitrine dévastée avec une crispation pleine d’épouvante ; et quand elle l’avait froissé et macéré en l’étreignant ainsi contre elle, elle l’étendait sur ses genoux et disait horriblement : « Oh ! on pouvait l’éteindre ! » et fondait en pleurs… Excepté cette parole et cette navrante pantomime, répétée automatiquement vingt fois par jour, elle ne parlait ni ne bougeait plus.

Comme tous les fous tristes, elle restait constamment à la même place, assise par terre ou sur ses talons, s’usant la tempe contre le mur où l’on avait été obligé de clouer un bout de matelas pour qu’elle ne se brisât pas la tête. Dévorée par une fièvre interne qui la maigrissait, quand elle mangeait, elle ne prenait rien que de la main de son fils. « Il la changeait même de tout, comme un enfant » , disait Manette Le Quertier, — la servante du curé, une bonne fille, mais qui n’aurait pas, pour tout l’argent qu’il y avait à Néhou, touché à cette folle dont la vue seule « lui tournait le sang. » Quand l’abbé Méautis n’était pas à l’église ou chez ses malades, il était auprès de la malheureuse insensée, épiant, espionnant, attendant un éclair de lucidité qui ne venait jamais. Il disait son bréviaire à côté d’elle : — et des mains qui avaient offert le divin Sacrifice, il faisait mieux que de laver des assiettes comme saint Bonaventure ; il lavait pieusement les souillures de cet objet immonde et sacré.

Il avait toujours beaucoup aimé sa mère, mais la pitié, qui était le génie de son âme, communiquait à son sentiment filial quelque chose de surnaturel. Le nom même de mère, ce nom seul à prononcer lui fondait le cœur, et comme dans ses instructions à l’église et au lit des mourants, il était bien obligé, le pauvre et saint pasteur, de parler de la Mère du Dieu-Homme, il ne pouvait s’empêcher de s’arrêter un peu, avant de prononcer ce nom de mère et de refouler un sanglot… et rien n’était plus éloquent que cette hésitation sublime pour qui savait l’histoire du curé et son infortune ; rien n’était plus puissant sur les cœurs et ne les amenait mieux à lui !

Un tel homme ou plutôt une telle âme avait dû se prendre pour Calixte d’une sympathie qui n’a pas de nom dans les langues de la terre, mais qui en a un, sans doute, dans celle des Élus. Dès son arrivée au Quesnay, Calixte était devenue la pénitente de l’abbé Méautis. Il avait remplacé l’abbé Hugon.

Calixte avait pu verser à ses pieds, dans la confession, tous les secrets de sa destinée, et il n’avait pu s’empêcher de la comparer à la sienne. Elle faisait, en effet, auprès de son père, — auprès du génie coupable, — ce qu’il faisait, lui, auprès de sa mère, — auprès de la folle innocente, et c’était lui peut-être qui était le moins malheureux ! Du reste, il croyait, comme l’avait cru l’abbé Hugon, que Calixte, cette fille de Jephté, dont il savait le sacrifice, obtiendrait de Dieu la conversion de Sombreval ; — et c’est cette idée, passée en lui à l’état de certitude, qui lui avait fait répondre comme il y avait répondu, aux paroles de la Malgaigne, quand il était arrivé sur la butte.

Cette idée, il l’exprima de nouveau. Il y insista, mais il trouva devant lui une incrédulité à laquelle il ne devait pas s’attendre, et ce ne fut point de la part du vicomte Éphrem, attiré par l’aimant de Calixte à tout croire. Ce ne fut même point de la part de ce renard madré de Bernard de Lieusaint, jaloux comme un père qui voyait une rivale de Bernardine en Calixte Sombreval, et qui lui aurait tout refusé, excepté le Paradis, s’il en avait eu la clef dans sa poche. Mais ce fut de la part de la grande Malgaigne, qui s’était tue jusque-là.

— Pardonnez-moi, monsieur le curé, — dit-elle enfin. Vous savez mon respect pour vous et ma confiance dans la prière, mais Sombreval ne se convertira jamais. Mes Voix me disent qu’il est damné !

— Quelles voix ? dit Bernard de Lieusaint.

— Les Voix que j’entends quand je marche seule, le long des chênaies, en m’en revenant de l’ouvrage, — répondit la grande fileuse. Depuis plus de vingt ans que je les entends et qu’elles m’avertissent, elles ne m’ont jamais abusée. Sombreval est perdu !

Elle dit cela avec un accent si convaincu et en même temps si triste, que l’abbé Méautis crut de son devoir de réagir contre une impression qu’elle lui faisait partager peut-être et qui inquiétait sa charité.

— Vous qui êtes une chrétienne et même une bonne chrétienne, la Malgaigne, — fit-il avec une sévérité pleine d’onction encore, — comment osez-vous préjuger les jugements de Dieu sur une âme à qui, dans sa miséricorde, il a laissé la liberté de se repentir ?…

Mais elle n’écouta ni n’entendit l’objection du prêtre, et suivant sa pensée :

— Ah ! cela m’a fait assez de peine, s’écria-t-elle, cela m’est un assez dur crève-cœur que de savoir qu’il n’y a plus de ressource et qu’il est perdu sans espoir ! Je me suis assez débattue contre mes Voix, quand elles m’annoncèrent sa perdition, mais elles ne se sont jamais démenties et elles m’ont soumise à la fin ! Et v’là bien des années, car, même avant qu’il reparût dans le pays, je causais de lui, quand j’étais seule avec mes pensées. Vère, sa fille, la Sainte de Néhou, ne gagnera le ciel que pour elle, mais le père est réservé au feu.

— Et même dès cette vie, à ce qu’il paraît, — dit le vicomte Éphrem avec la légèreté d’un grand seigneur qui plaisante de tout, — car voyez comme les combles du Quesnay brillent ! Votre vieux damné de Sombreval est, pardieu ! bien capable de l’incendier un de ces soirs, s’il continue à se chauffer de ce bois-là.

— Ah ! — fit la Malgaigne, dont la tête se montait toujours vite, dès qu’on parlait de Sombreval, — il vaudrait mieux pour lui qu’il roulât vivant dans les feux qu’il allume que dans ceux qui lui couvent déjà sous les pieds ! Pour ceux-là, rien ne les éteindra, ni prières ni larmes. Non ! quand on en verserait autant qu’il y a de gouttes d’eau dans l’étang du Quesnay ou de feuilles qui y tombent par les ventées d’automne !… Croyez-vous que je n’aie pas prié et pleuré ?… Certes ! mes prières ne pèsent pas devant Dieu le poids de celles de Calixte, la sœur des Saints Innocents, et l’eau croupie de mes vieux yeux ne compte pas devant ses belles larmes, mais Dieu prend tout et ne regarde pas, comme l’avare, au denier qu’on lui donne, et j’ai donné tout ce que j’avais !

J’ai payé bien des messes pour Sombreval avec les sous de ma journée. J’ai fait bien des douzaines de communions et suis allée bien des fois, pieds nus, à la Délivrande du Mont de Rauville, et ç’a été vain ! Les Voix ont ri de moi et m’ont dit avec ironie : « Tu pleurerais à creuser le caillou du chemin et tu viderais tous les ciboires de leurs hosties que tu ne pourrais pas le sauver ! »

— Taisez-vous ! dit l’abbé Méautis, pour cette fois sévère ; c’est assez de visions comme cela ! Vous êtes ma pénitente, la Malgaigne, et comme votre pasteur et votre confesseur, je vous défends de mêler ces honteuses et sacrilèges folies aux notions que l’Église nous donne de l’inépuisable bonté du Sauveur !

Le ton qui accompagnait ces paroles si peu ordinaires à ce prêtre, aussi doux que l’était son nom, imposa silence à l’enthousiasme de la Malgaigne, qui se tut comme si Dieu lui-même avait parlé. Réprimandée par un homme à qui la réprimande coûtait un effort et était plus amère qu’à la personne qui la méritait, la vieille filandière, confuse et troublée, resta un instant sur la butte après que le vicomte de Néhou et Bernard de Lieusaint furent remontés dans le char-à-bancs où ils donnèrent place au curé. Elle aimait et respectait son pasteur. Elle le regardait avec juste raison comme le plus saint prêtre de la contrée, et ce qu’il lui avait dit avec une voix qu’il n’avait jamais avec elle lui était allé droit au cœur.

Intelligente comme elle l’était, elle avait bien compris tout le sens des paroles du curé, et elle les opposait, dans sa conscience remuée, aux superstitions qui dominaient sa vie et asservissaient sa crédulité. Sa nature donnée, c’était déjà beaucoup pour elle que la Chrétienne eût ployé un instant cette tête hallucinée, car la Visionnaire devait la relever, mais plus tard. Aujourd’hui, toute à l’impression que venait de lui causer l’abbé Méautis, elle descendit la butte Saint-Jean, aussi agitée de voir dans la nuit de son âme deux vérités contraires, en qui elle croyait également, que si elle avait vu, des yeux de son corps, deux soleils !

C’était un tel désordre en elle qu’elle dépassa la grille du Quesnay sans l’apercevoir. — « Si le prêtre avait raison ! se disait-elle. Si tout n’était pas dit et qu’il fût temps encore ! Si mes Voix étaient de fausses Voix !! les menteries des Mauvais Esprits qui déganent[2] les bons dans les airs quand la nuit est tombée, — car le Démon, c’est le Prince des Airs et des Ténèbres ! » — Et rejetée de ce côté par sa pensée, elle revint brusquement sur ses pas et fit ce qu’elle n’avait pas fait depuis que Sombreval était au Quesnay.

Elle passa son bras entre les barreaux de la grille, qu’elle ouvrit, et bravement entra. La nuit était noire et sans étoiles. Les Herpin dormaient dans leur ferme comme ils dormaient tous au château, excepté Sombreval qui, selon son usage, veillait sous son toit, brillant comme un phare. Et c’était un phare, en effet, allumé, non plus sur l’abîme de la mer, mais sur les abîmes de la science, et pour sauver aussi la vie à un être qui périssait !

Tout était si profondément silencieux dans l’air de cette nuit tranquille qu’on entendait par une des lucarnes, restée ouverte, sans doute à cause de l’extrême chaleur du laboratoire, le ronflement de la flamme, grondant dans le fourneau du chimiste.

— Sombreval ! — cria la fileuse, d’une voix à laquelle son émotion donna de la force, — Sombreval !

Il parut dans l’orbe de flammes, et comme les sens de cet homme complet valaient son intelligence :

— C’est toi, la Malgaigne, qui m’appelles ? dit-il. Attends, ma vieille mère, je descends !

Quelques secondes après, il ouvrait la porte vitrée du perron et descendait, un flambeau à la main.

— Ah ! dit-il joyeusement, car il sortait de faire une expérience dont il était content et il espérait — tu te décides donc à venir au Quesnay, ma vieille entêtée ?

Mais, avec un mot, la Malgaigne souffla sur sa joie :

— J’y viens, mais je n’y entre pas, fit-elle. Et toi, Jean, qui m’appelles entêtée, tu es plus entêté que moi !

— C’est toi qui m’as élevé, — répondit Sombreval avec ironie. — Il n’est plus temps de te plaindre de ton œuvre, la Malgaigne. Molle d’abord, l’argile devient dure, et la main qui l’a pétrie ne l’arrache pas du mur dont elle joint les pierres, une fois qu’elle y a séché.

— Mais les murs, même bâtis à la chaux, se renversent, — fit-elle presque irritée. Et pourquoi ne renverserais-je pas tout cet orgueil que j’ai bâti de mes deux misérables mains ?… Pourquoi, moi qui ai fait le mal et qui m’en repens, ne pourrais-je pas le réparer, en te rendant semblable à moi, comme je suis maintenant, après t’avoir fait d’abord comme j’étais ?… Sombreval, Jean Sombreval, écoute-moi. Je t’adjure de m’écouter encore cette fois. Ce sera la dernière.

Il ne s’agit pas de ta vie ce soir, comme le jour de l’étang. Il ne s’agit pas de Calixte, ni de Néel de Néhou, ni de tes espoirs fous ou des siens. Vous êtes tous perdus ! Vous vous croyez vivants, vous ne l’êtes plus. Vous êtes morts. Je vous vois tous morts, couchés dans vos tombes, aussi clairement que si le dessus en était de verre. Il ne s’agit plus, Jean, de rien de toi que de ton âme, — de ton âme qui ne mourra point parce que tu meurs et qui peut-être, disait tout à l’heure l’abbé Méautis, n’est pas encore condamnée au tribunal de Celui qui doit tout juger ! Ah ! mon pauvre Jean ! est-ce que tu ne feras rien pour ton âme ? Tu n’es pas remonté sur l’étang. Tu ne m’as pas crue, mais tu as donné cette joie à ta fille de ne pas remonter sur cette eau.

Eh bien ! ne me crois pas encore, mais donne à cette enfant, mise, par toi, vivante dans le Purgatoire, de te savoir au moins délivré de l’Enfer ! Tiens, je m’en retournais à Taillepied et j’avais déjà dépassé ta demeure ; une idée m’a saisie. Il y a des idées qui sont la main de Dieu dans les cheveux !… C’est cette main-là que j’ai sentie me lever de terre et me porter ici pour te jeter ce dernier cri : « Aie pitié de ton âme, Jean ! »

Tu as renié comme Pierre, mais Pierre a pleuré. N’imite pas Judas, toi qui as été un apôtre : n’aurais-tu donc plus rien d’un homme ? N’y aurait-il donc plus rien, — ce qui s’appelle rien, — que je puisse remuer dans cette poitrine que j’ai tant réchauffée contre la mienne, quand tu étais petit ?…

Et avec l’autorité familière et tendre d’un mère, elle caressait de sa main sèche cette poitrine d’Ésaü qu’il avait à moitié nue, car, à son fourneau, Sombreval se mettait à son aise comme un forgeron. À la voix de la Malgaigne, il était venu tout à coup comme il était là-haut, cette nuit-là, avec sa chemise ouverte, sa cravate rejetée, et ses cheveux balayés de son front jupitérien par l’ardente main de la Préoccupation.

Mais il n’y avait plus que les foudres de la matière qui pussent pénétrer dans cette poitrine endurcie :

— Si Calixte y a perdu ses larmes, tu me pardonneras de ne pas t’écouter, ma vieille mère, — dit-il avec une bonté calme qui expirait au bord du mépris, mais qui n’y entrait pas.

— Ah ! je ne suis pas ta vieille mère, Jean, et tu me l’as prouvé ce soir » fit-elle désespérée. — Elle sentait amèrement que tout se brisait contre cet homme de bronze, — plus dur que le pied de bronze du flambeau qu’il tenait à la main et qui lui éclairait sa tête nue, forte et impassible, comme un globe qui obéit à sa loi !

— Je crois au sang, — fit-il, le chimiste, — et que rien ne peut le remplacer ! Il fait ce que vous autres appelez l’âme. Il fait les sentiments, la famille, l’amour de l’enfant pour la mère et de la mère pour l’enfant. Mais tu le vois, la Malgaigne, mon sang, ma chair, ma Calixte n’obtient pas plus de moi que toi de son père. N’en parlons plus, — ajouta-t-il, — et entre au lieu de rester à ma porte ! La nuit est épaisse ; Taillepied, loin ! Viens t’asseoir et te chauffer au feu du fourneau de ton fils Jean. Nous nous rappellerons l’ancien temps. J’ai des cordiaux pour ta vieillesse.

Mais pleine d’un ressentiment farouche :

— Moi ! entrer chez toi, Jean ! fit-elle. Tu viens de murer la seule porte par laquelle j’aurais pu passer !

Et son visage, pâle comme un linceul, recula, et disparut du cercle lumineux que formait la lueur du flambeau de Sombreval, au bas du perron, sur le gazon ovale. Sombreval le leva plus haut pour voir plus loin, et il aperçut la grande fileuse qui, le dos tourné, s’en allait muette dans l’ombre… Il ne la rappela pas.

Que lui aurait-il dit ? Il faillit prendre son bâton de houx et la suivre pour la protéger à cette heure de la nuit, dans ces chemins creux que l’on appelle encore présentement dans le pays des Males Rues. Mais il écarta vite cette pensée. Il avait à reprendre sa tâche, — le travail dans lequel il usait ses nuits ; et oubliant tout, comme Newton, dans l’absorption de ce problème, auquel il pensait toujours, il prit le perron et remonta.



  1. Le morceau de pain du ménage, en Normandie.
  2. Contrefont.