Théologie portative, ou Dictionnaire abrégé de la religion chrétienne/H

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H

Haine. Sentiment louable & néceſſaire à tout bon Chrétien, quand ſes Prêtres jugent à propos de l’exciter pour la cauſe de Dieu, dont les intérêts leur ſont connus, vu qu’ils y ſont communément pour quelque choſe ; ainſi, ſur leur parole & ſans bleſſer la charité, un dévot peut haïr en conſcience quiconque déplaît à ſon cher confeſſeur.

Héréſies. Elles ſont néceſſaires à l’Egliſe pour exercer les talens & dérouiller les rapieres de nos gladiateurs ſacrés. Toute opinion contraire à celle des Théologiens en qui nous avons confiance, ou qui ont aſſez de crédit pour prévaloir la leur, eſt visiblement une héréſie. D’où l’on voit que les hérétiques ſont toujours ceux d’entre les Théologiens qui n’ont point aſſez de bataillons pour ſe rendre Orthodoxes.

Hétérodoxes. Ce ſont tous ceux qui ne penſent pas comme les Orthodoxes ; ou qui n’ont pas la force de ſe rendre Orthodoxes.

Hiérarchie. C’eſt l’ordre des rangs divers qu’occupent les Miniſtres de Jéſus-Chriſt dans la maiſon de ſon Pere, où il a dit lui-même qu’il n’y auroit ni premiers ni derniers. Mais la femme de Jéſus-Chriſt qui s’entend bien mieux que lui en affaires, en a décidé tout autrement. Il y a maintenant dans la famille divine autant de diſtance d’un Evêque à un Curé, que du bon Dieu à Saint Crépin, qui n’étoit qu’un cordonnier de Soiſſons.

Hiſtoire Eccléſiaſtique. Etude très-néceſſaire aux gens d’Egliſe, mais très-nuiſible aux Laïques, qui pourroient bien ne pas avoir toujours une foi aſſez robuſte pour n’être point ſcandaliſés des pieux déportemens des Miniſtres du Seigneur.

Holocauſtes. Victimes rôties ou brûlées en ſacrifice. La Divinité eut de tout tems un goût marqué pour la chair grillée, vû que ſes Prêtres en tiroient bon parti ; depuis le Chriſtianiſme ſes Prêtres plus déſintéreſſés lui font bien griller des victimes, mais ils s’abſtiennent de les manger, leur cuiſine est aſſez bien pourvue ſans cela.

Homme. L’homme ordinaire ſe définit un animal compoſé de chair & d’os, qui marche à deux pattes, qui ſent, qui penſe, qui raiſonne : ſelon l’Evangile & Jean Jacques, l’homme ne doit ni ſentir, ni penſer, ni raiſonner ; il devrait même, pour bien faire, marcher à quatre pattes, afin que ſes Prêtres puiſſent avec plus de facilité lui monter ſur le dos.

Le vieil homme. C’eſt l’homme dans ſon état naturel, c’est-à-dire, corrompu, aſſez dépravé pour aimer ſon bien être, & aſſez foible pour le chercher. Le fils de Dieu a fait de ſon mieux pour anéantir le vieil homme, mais ainſi que ſes Prêtres il y a perdu juſqu’ici son latin, il faudra voir ſi par la ſuite ils s’en tireront à leur honneur.

Honnête-homme. Il eſt impoſſible de l’être ſi l’on n’eſt intimement convaincu que l’Egliſe est infaillible, que ſes Prêtres ne peuvent ni mentir ni avoir la berlue ; il eſt évident qu’un homme qui ne craint pas d’être damné dans l’autre monde ne ſentira jamais qu’il faut être eſtimable en celui-ci, & ne craindra point les châtimens ou les mépris de la Société.

Hôpitaux. Fondations pieuſes en faveur des pauvres, c’eſt-à-dire de ceux qui adminiſtrent leurs biens. Dieu récompenſe communément dès cette vie les ſoins charitables qu’ils accordent aux pauvres, il n’eſt gueres d’administrateur qui ne faſſe très-bonne chère, & qui ne ſe trouve très-bien à l’hôpital.

Humanité. Vertu de la morale profane, qu’il eſt néceſſaire d’étouffer quand on veut être bon Chrétien ; elle ne s’accorde preſque jamais avec les intérêts de la Divinité, dont, avec de l’humanité, les Prêtres feroient trop maigre chere. D’ailleurs ils ſont ſi occupés des intérêts du Ciel qu’ils n’ont gueres le tems de ſonger à ceux du genre humain.

Si les Prêtres n’ont point d’humanité en revanche ils nous font faire de bonnes Humanités, qui conſiſtent à nous apprendre un peu de mauvais latin & beaucoup de Catéchiſme. V. Education, Univerſités.

Humilité. Vertu Chrétienne qui prépare à la foi ; elle eſt ſur-tout très-utile aux Miniſtres de l’Evangile, aux lumieres desquels il eſt très-important de déférer par préférence aux ſiennes. Elle conſiſte à ſe mépriſer ſoi-même & à craindre l’eſtime des autres ; on ſent combien cette vertu eſt propre à former des grands hommes. Dans l’Egliſe de Dieu tout respire l’humilité. Les Evêques ſont humbles, les Jéſuites sont humbles ; un Cardinal ne s’eſtime pas plus qu’un Gardien des Capucins ; le Pape ſe met humblement au deſſus de tous les Rois, & les Rois ſont fort humbles envers le Suiſſe du Paradis.

Hypocriſie. Moyen facile de parvenir en mettant le Clergé dans ſes intérêts. Les Hypocrites ſont d’un grand ſecours à la cauſe de Dieu ; ils la défendent communément avec bien plus de zêle que les dévots ſinceres qui ſont ſouvent trop ſimples. Cet article eſt de M. le Marquis de Pompignan.