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Traduction par Stanislas Julien.
Imprimerie nationale (p. 197-200).


CHAPITRE LIV.


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善建不拔,善抱者不脫,子孫以祭祀不輟。修之於身,其德乃真;修之於家,其德乃餘;修之於鄉,其德乃長;修之於國,其德乃豐;修之於天下,其德乃普。故以身觀身,以家觀家,以鄉觀鄉,以國觀國,以天下觀天下。吾何以知天下然哉?以此。


Celui qui sait fonder (1). ne craint point la destruction ; celui qui sait conserver ne craint point de perdre.

Ses fils et ses petits-fils (2) lui offriront des sacrifices sans interruption.

Si (l’homme) cultive le Tao au dedans de lui-même, sa vertu deviendra sincère.

S’il le cultive dans sa famille, sa vertu deviendra surabondante.

S’il le cultive dans le village, sa vertu deviendra étendue.

S’il le cultive dans le royaume, sa vertu deviendra florissante.

S’il le cultive dans l’empire, sa vertu deviendra universelle.

C’est pourquoi, d’après moi-même, je juge des autres hommes ; d’après une famille, je juge des autres familles ; d’après un village, je juge des autres villages ; d’après un royaume, je juge des autres royaumes ; d’après l’empire, je juge de l’empire (3). Comment sais-je qu’il en est ainsi de l’empire ? C’est uniquement par là (4).


NOTES.


(1) E : Ou-yeou-thsing dit : Si l’on plante un arbre dans une plaine, il viendra nécessairement un temps où il sera arraché et renversé. Mais ce qui est bien établi n’est jamais arraché (renversé). Si l’on tient un objet entre ses deux mains, il vient nécessairement un moment où on le lâche ; mais ce que nous conservons fortement ne nous échappe jamais. Je pense, dit Sie-hoeï (E), que cette double comparaison s’applique à celui qui sait établir profondément la vertu en lui-même et conserver fermement le Tao.

C : Tout objet matériel a un corps que l’on peut établir quelque part ; aussi l’on peut l’enlever de l’endroit où il a été établi. Mais celui qui cultive le Tao ne fonde pas matériellement, il fonde en esprit. Aussi ce qu’il fonde est-il insaisissable, indestructible.

H : Si les mérites et la vertu du Saint sont impérissables, si ses bienfaits s’étendent à la postérité la plus reculée, c’est parce que la culture sincère du Tao est la base de sa conduite. Parmi les hommes du siècle qui recherchent le mérite et la réputation, il n’en est pas un seul qui désire fonder des mérites éternels et laisser après lui des œuvres impérissables.

Si les hommes vulgaires ne savent pas éterniser leurs mérites, c’est parce qu’ils veulent les fonder par la force de leur prudence, et qu’ils rencontrent des hommes doués d’une prudence supérieure, qui l’emportent sur eux et les dépouillent de leur réputation.


(2) E : C’est-à-dire que sa vertu deviendra florissante, et que ses bienfaits s’étendront jusqu’à ses derniers neveux.

H : Le Saint renouvelle la pureté de sa nature et fonde dans l’empire le Tao et la Vertu. Les hommes de l’empire sont touchés de son exemple et se soumettent du fond du cœur. Ses œuvres sont éternelles. C’est pourquoi ses mérites coulent jusqu’à dix mille générations et ses bienfaits s’étendent à l’infini. Voilà un homme qui sait fonder et conserver le Tao.


(3) E : D’après l’état actuel de l’empire, je juge de l’état futur de l’empire.


(4) E : L’empire n’a pas deux Tao (Voies). Si le Saint connaît l’empire, c’est uniquement par ce Tao.

Aliter C : Comment sais-je que l’empire ne diffère pas d’un royaume, un royaume d’un village, un village d’une famille, une famille d’un homme ? Parce que tous les hommes se ressemblent, parce qu’ils sont également propres à cultiver la vertu. Comment sais-je cela ? Je le sais par ce corps, c’est-à-dire par moi-même, en examinant la manière dont je pratique le Tao. Cf. chap. xlvii.

Aliter A : D’après ceux qui cultivent le Tao, je juge des hommes qui ne le cultivent pas ; je vois quels sont ceux qui périront ou seront sauvés.

A suit la même interprétation dans les trois phrases suivantes ; mais il explique les mots 天下 thien-kia (vulgo « l’empire, ») par « maître, souverain . » D’après un souverain qui cultive le Tao, je juge des souverains qui ne le cultivent pas.

A : Par ces cinq choses, je sais que les hommes de l’empire qui cultivent le Tao sont dans un état florissant, et que ceux qui abandonnent le Tao ne tardent pas à périr.