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Traduction par Stanislas Julien.
Imprimerie nationale (p. 186-188).


CHAPITRE LI.


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道生之,德畜之,物形之,勢成之。是以萬物莫不尊道而貴德。道之尊,德之貴,夫莫之命常自然。故道生之,德畜之;長之育之;亭之毒之;養之覆之。生而不有,為而不恃,長而不宰,是謂玄德。


Le Tao produit (1) les êtres, la Vertu les nourrit. Ils leur donnent un corps (2) et les perfectionnent par une secrète impulsion (3).

C’est pourquoi (4) tous les êtres révèrent le Tao et honorent la Vertu.

Personne (5) n’a conféré au Tao sa dignité, ni à la Vertu sa noblesse : ils les possèdent éternellement en eux-mêmes.

C’est pourquoi le Tao produit les êtres (6), les nourrit, les fait croître, les perfectionne, les mûrit, les alimente, les protège.

Il les produit et ne se les approprie point (7) ; il les fait ce qu’ils sont et ne s’en glorifie point ; il règne sur eux et les laisse libres (8).

Cest là ce qu’on appelle une vertu profonde (9).


NOTES.


(1) C : La Vertu dont parle ici l’auteur est la manifestation du Tao dans les créatures. C : Le Tao s’est répandu comme un fleuve, il s’est manifesté au dehors (dans les êtres) et est devenu la Vertu . E : Ce qui est vide, non-être, immatériel, s’appelle Tao ou la Voie ; ce qui transforme et nourrit toutes les créatures s’appelle te ou la Vertu.


(2) Littéralement : « Ils les manifestent par une forme, sous une forme matérielle. » Sur ce sens de we , vulgo res, ici « materia, corpus, » voyez mon édition de Meng-tseu, liv. II, p. 84, lig. 9.

Aliter A : La Vertu leur donne un corps et une figure.

Aliter H : Le Tao et la Vertu n’ont point de corps, 道徳無形 : ils se manifestent par les êtres, 乃因物以形. Si l’homme ne connaît pas la grandeur du Tao et de la Vertu, pour en juger, il lui suffit de contempler les êtres.


(3) E, regarde le Tao et la Vertu comme sujets des verbes hing, manifester, et tch’ing, perfectionner. H : Le mot chi renferme l’idée de « presser, pousser avec force. » 以勢成之 c’est-à-dire : « Par une force d’impulsion, ils les perfectionnent ou les conduisent à leur entier développement. » De même, si la force du printemps pousse les plantes, elles ne peuvent s’empêcher de naître ; si la force de l’automne pousse les plantes, elles ne peuvent s’empêcher d’arriver à leur maturité.


(4) E : Il n’y a pas un seul être qui, depuis sa naissance jusqu’à son entier développement, n’ait eu besoin du Tao et de la Vertu. C’est pourquoi tous les êtres les honorent et les révèrent pareillement.


(5) E : Il n’y a pas un seul être qui apporte sa noblesse en naissant. Pour que l’empereur soit révéré et entouré d’honneurs, il faut qu’il ait été institué par le ciel. Pour que les vassaux soient révérés et entourés d’honneurs, il faut qu’ils aient été institués par l’empereur. Mais le Tao et la Vertu n’ont pas besoin qu’on leur confère leur dignité et leur noblesse ; ils sont honorables par eux-mêmes.


(6) J’ai négligé de traduire hio-tchi 育之 « les nourrit, » parce que cette pensée se trouve exprimée deux fois par les mots yo-tchi 畜之, yang-tchi 養之.


(7) J’ai suivi E : Pou-tseu-sse 不自私.


(8) E : Quoiqu’il règne sur eux comme un prince 雖君長之, il les laisse suivre leur nature ; jamais il ne les a tenus sons ses lois 未嘗宰制. Telle est sa vertu dont le peuple est incapable de sonder la profondeur.

H explique autrement le mot tsaï  : « Quoiqu’il soit le maître de tous les êtres, il ne se regarde pas comme leur souverain. 不自以為宰


(9) H : Le souverain de l’empire doit mettre toute sa gloire à s’attacher intimement au Tao et à vider son cœur (à se détacher de toutes les choses sensibles) pour parvenir au comble de la Vertu.