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Traduction par Stanislas Julien.
Imprimerie nationale (p. 132-134).


CHAPITRE XXXVI.


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將欲歙之,必固張之;將欲弱之,必固強之;將欲廢之,必固興之;將欲奪之,必固與之。是謂微明。柔弱勝剛強。魚不可脫於淵,國之利器不可以示人。


Lorsqu’une créature est sur le point de se contracter (1) (on reconnaît) avec certitude que dans l’origine (1) elle a eu de l’expansion.

Est-elle sur le point de s’affaiblir, (on reconnaît) avec certitude que dans l’origine elle a eu de la force.

Est-elle sur le point de dépérir, (on reconnaît) avec certitude que dans l’origine elle a eu de la splendeur.

Est-elle sur le point d’être dépouillée de tout, (on reconnaît) avec certitude que dans l’origine elle a été comblée de dons.

Cela s’appelle (une doctrine à la fois) cachée et éclatante (3).

Ce qui est mou triomphe de ce qui est dur ; ce qui est faible triomphe de ce qui est fort (4).

Le poisson ne doit point quitter les abîmes ; l’arme acérée du royaume ne doit pas (5) être montrée au peuple.


NOTES.


(1) G : Le mot hi (vulgo aspirer) veut dire ici « se contracter, se resserrer ; » tchang signifie « se développer, s’agrandir. »


(2) E : Le mot kou (vulgo solide ) veut dire ici « dès l’origine. »

— Voyez ma traduction de Meng-tseu, I, 90, 2 ; II, 84, 5.

B : Si vous voyez une créature extrêmement développée dès sa naissance, vous reconnaissez à ce signe qu’elle se rapetissera. Si vous la voyez montrer sa force, vous reconnaissez qu’elle s’affaiblira. Si vous la voyez, dès sa naissance , dans un état florissant, vous reconnaissez qu’elle dépérira , etc.


(3) E : Quoique ces principes soient évidents (pour le sage), en réalité ils sont abstraits et comme cachés (au vulgaire qui est incapable de tirer de telles conséquences de l’état apparent des choses ou des créatures).


(4) E : Si les choses les plus florissantes dépérissent, etc. il est évident que les choses molles peuvent triompher des choses dures (cf. chap. lxxviii), et que les choses faibles peuvent triompher des çhoses fortes. Ibidem : La dureté et la force sont la voie qui conduit au danger et à la mort ; la mollesse et la faiblesse sont la voie de la paix et du salut. Celui qui gouverne un royaume pourrait-il se prévaloir de sa puissance et de sa force ? Si le poisson peut se cacher au fond des eaux, il conserve sa vie. Il ne doit pas se livrer à des mouvements violents et s’élancer sur la terre ; car il tomberait au pouvoir de l’homme et ne tarderait pas à périr. Mais (A) lorsque le poisson (que le pécheur avait pris) quitte l’élément dur (la terre) et qu’il possède l’élément mou (l’eau), personne ne peut plus se rendre maître de lui. De même, si un royaume peut conserver sa faiblesse (c’est-à-dire se montrer faible quoiqu’il soit puissant), il restera constamment en paix. Il ne doit pas se glorifier de sa puissance et de sa force (suivant E, l’expression « arme acérée du royaume » désigne la puissance, l’autorité), ni l’étaler aux yeux de tout l’empire. Autrement sa puissance s’épuiserait, sa force fléchirait, et il ne pourrait conserver ses états.


(5) Ordinairement les mots kho-i 可以 signifient « il peut, » et montrent que le verbe suivant est actif ; mais ici (voyez, à la fin de mon édition de Meng-tseu, Tractatus, etc. p. 67 et suiv.) il faut regarder le mot i (vulgo se servir) comme synonyme du mot tsiang (capere) en style moderne, lorsqu’il désigne l’accusatif, et construire comme s’il y avait : pou-kho-tsiang-houe-tchi-li-khi-chi-jin 不可將國之利器示人 « Il ne faut pas (littéralement) prenant l’arme acérée du royaume (la) montrer aux hommes, » c’est-à-dire il ne faut pas montrer aux hommes l’arme acérée du royaume.

Le commentateur Li-si-tchaï a adopté cette construction : koue-tchi-li-khi-i-pou-kho-chi-jin 國之利器不可示人 « L’arme acérée du royaume ne doit pas être montrée aux hommes ; » i-thseu-chi-jin 以此示人, comme s’il y avait tsiang-thseu-chi-jin 將此示人 (si capiens illud, ostendas hominibus, id est, si illud ostendas hominibus), si vous la montrez aux hommes, alors, etc. Cette construction se retrouve aussi dans B et plusieurs autres commentaires.