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Traduction par Stanislas Julien.
Imprimerie nationale (p. 88-90).


CHAPITRE XXIV.


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企者不立;跨者不行;自見者不明;自是者不彰;自伐者無功;自矜者不長。其在道也,曰:餘食贅行。物或惡之,故有道者不處。


Celui qui se dresse sur ses pieds ne peut se tenir droit (1) ; celui qui étend les jambes ne peut marcher.

Celui qui tient à ses vues n’est point éclairé (2).

Celui qui s’approuve lui-même ne brille pas (3).

Celui qui se vante n’a point de mérite (4).

Celui qui se glorifie (5) ne subsiste pas longtemps (6).

Si l’on juge cette conduite selon le Tao (7), on la compare à un reste d’aliments ou à un goitre hideux qui inspirent aux hommes un constant (8) dégoût.

C’est pourquoi celui qui possède le Tao ne s’attache pas (9) à cela.


NOTES.


(1) Celui qui se dresse sur la pointe des pieds veut s’exhausser pour voir plus loin ; celui qui étend les jambes en marchant veut allonger son pas. Ces deux comparaisons ont pour but de montrer que celui qui s’élève, qui cherche à se faire grand (en se vantant), ne pourra subsister longtemps.

H : Ce chapitre est la suite du précédent. Si ceux qui aiment à discuter ne peuvent subsister longtemps, de même ceux qui se tiennent sur la pointe du pied, ou allongent le pas, ne peuvent ni se tenir longtemps debout, ni marcher longtemps. L'auteur veut par là faire ressortir la faute de ceux qui cherchent à l’emporter par leur prudence.

C : Celui qui se dresse sur ses pieds ne cherche qu’à dépasser les autres de la tête, il ne sait pas qu’il ne peut se tenir ainsi debout pendant longtemps. Celui qui allonge le pas en marchant ne cherche qu’à dépasser les autres ; il ignore qu’il ne pourra marcher ainsi pendant longtemps.

E : L’auteur se sert de comparaisons faciles à saisir pour démontrer les axiomes qu’il rapporte plus bas.


(2) B : Il s’imagine que les autres hommes de l’empire ne le valent pas. Alors il ne peut profiter de leurs qualités ou de leurs talents. C’est pourquoi il n’est pas éclairé.


(3) B : Celui qui s’approuve lui-même avec une sorte de partialité (E : et qui blâme les autres) s’imagine que tous les autres hommes n’ont pas autant de capacité que lui ; alors il ne peut profiter de leurs talents. C’est pourquoi il ne brille pas.


(4) B : Celui qui se vante de son mérite craint encore de n’être pas connu et estimé des hommes, et les hommes, au contraire, le méprisent. Voilà pourquoi il n’a pas de mérite (ou perd son mérite).


(5) B : Celui qui se glorifie (H : Celui qui se prévaut de sa capacité) s’imagine que tous les autres hommes ne l’égalent pas.


(6) H : De tels hommes aiment à vaincre les autres. Non-seulement ils n’acquièrent aucun mérite, mais en outre ils s’attirent promptement la mort.


(7) J’ai traduit les mots khi-iu-tao 其於道 d’après l’explication de Sie-hoeï E : 以道而論之. G : Le mot hing (vulgo marcher, ou agir) doit être lu comme s’il y avait hing , « corps. » Anciennement ces deux mots se prenaient l’un pour l’autre. Cette lecture est également conseillée par le commentateur C. Ibidem : « Sicut cibi reliquiœ (chi-tchi-iu 食之餘), sicut corporis bronchocele (hing-tchi-tchouï 形之贅). » Ce sont là des choses pour lesquelles les hommes ont tous du dégoût (cibi reliquiœ et bronchocele sunt res quas homines simul oderunt).


(8) Dans la seconde phrase du chapitre iv, Ho-chang-kong rend le mot hoe (vulgo peut-être, quelqu’un) par « constamment. »


(9) C : L’homme qui possède le Tao persévère dans l’humilité ; nécessairement il ne s’attache pas à (il ne suit pas) cette conduite que blâme Lao-tseu.