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Traduction par Stanislas Julien.
Imprimerie nationale (p. 27-29).


CHAPITRE VIII.


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上善若水。水善利萬物而不爭,處衆人之所惡,故幾於道。居善地,心善淵,與善仁,言善信,正善治,事善能,動善時。夫唯不爭,故無尤。


L’homme d’une vertu supérieure est comme l’eau (1).

L’eau excelle à faire du bien aux êtres et ne lutte point.

Elle habite les lieux que déteste la foule (2).

C’est pourquoi (le sage) approche du Tao (3).

Il (4) se plaît dans la situation la plus humble.

Son cœur aime à être profond comme un abîme (5). S’il fait des largesses, il excelle à montrer de l’humanité (6).

S’il parle, il excelle à pratiquer la vérité (7).

S’il gouverne (8), il excelle à procurer la paix.

S’il agit (9), il excelle à montrer de la capacité.

S’il se meut (10), il excelle à se conformer aux temps.

Il ne lutte contre personne ; c’est pourquoi il ne reçoit aucune marque de blâme  (11).


NOTES.


(1) B : Telle est la nature de l’eau. Elle est molle et faible ; elle se rend dans les lieux vides et fuit les lieux pleins ; elle remplit les vallées et coule ensuite jusqu’à la mer. Elle ne s’arrête ni le jour ni la nuit. Si elle circule en haut, elle forme la pluie et la rosée ; si elle coule en bas, elle forme les rivières et les fleuves. Les plantes ont besoin d’elle pour vivre, sordidœ res ut mundœ fiant. C’est ainsi que l’eau excelle (chen ) à faire du bien, à se rendre utile à tous les êtres. Si on lui oppose une digue, elle s’arrête ; si on lui ouvre un passage, elle coule. Elle se prête à remplir un vase circulaire ou un vase carré, etc. Voilà pourquoi l’on dit qu’elle ne lutte point.

Le mot chen (vulgo bon) a ici le sens de bonus dans bonus dicere versus « habile à réciter des vers » de Virgile (Egl. v, 1). Il est parfaitement expliqué par le commentateur Te-thsing : chouî-tchi-miaotsaî-li-wan-we 木之妙在利萬物 « l’excellence de l’eau consiste en ce qu’elle est utile à tous les êtres. »


(2) B : Les hommes aiment la gloire et abhorrent le déshonneur ; ils aiment l’élévation et détestent l’abaissement. Mais l’eau se précipite vers les lieux bas et se plaît à y habiter ; elle se trouve à son aise dans les lieux que la foule déteste.


(3) E : On peut dire que celui qui est comme l’eau (c’est-à-dire l’homme d’une vertu supérieure) approche presque du Tao.

B : Si l’homme peut l’imiter (imiter l’eau), il pourra entrer dans le Tao.

Plusieurs commentateurs (Sou-tseu-yeou, Liu-kie-fou) me paraissent avoir commis une erreur grave en rapportant à l’eau ce passage et tous les suivants. J’ai suivi F, H, G et Hong-fou.


(4) E : Il fuit l’élévation et aime l’abaissement. Le mot chen (vulg. bonus) signifie ici « aimer, être content de » (sic A hi, lætatur). Littéralement, « pour habitation, il aime la terre. »


(5) E : Il cache les replis les plus déliés de son cœur ; il est tellement profond qu’on ne pourrait le sonder. C : Il est vide, pur, tranquille et silencieux.


(6) E : Lorsqu’il répand ses bienfaits, il montre de la tendresse à tous les hommes et n’a d’affection particulière pour personne.


(7) Littér. La fidélité dans les paroles. E : Ses paroles se réalisent et ne sont jamais en défaut.


(8) S’il gouverne un royaume, les hommes deviennent purs, tranquilles, et se rectifient d’eux-mêmes.


(9) E : Quand il rencontre une affaire , il s’y prête et s’en acquitte d’une manière convenable, sans faire acception de personne.


(10) E : Soit qu’il faille s’avancer (pour obtenir un emploi) ou se retirer (d’une charge), conserver sa vie ou la sacrifier, il se conforme à la voie du ciel.


(11) E : Telle est en général la cause des luttes entre les hommes ; ils s’estiment sages et cherchent à l’emporter sur les autres. Si quelqu’un veut l’emporter sur (littér. « vaincre ») les autres, ceux-ci voudront aussi l’emporter sur lui. Pourra-t-il ne pas être blâmé par les autres hommes ? Mais lorsqu’un homme ne songe qu’à être humble et soumis et ne lutte contre personne, la multitude aime à le servir et ne se lasse pas de l’avoir pour roi. Voilà pourquoi il n’est point blâmé.