Tableau de l’instruction primaire en France/3


CHAPITRE III.


DES INSTITUTEURS.


La loi exige qu’on enseigne dans les écoles élémentaires « l’instruction morale et religieuse, la lecture, l’écriture, les éléments de la langue française et du calcul, le système légal des poids et mesures : » par conséquent, la loi suppose que les instituteurs savent tout cela : la loi leur a fait infiniment trop d’honneur, aussi verrons-nous plus tard à quel état sont réduites ces diverses branches de l’enseignement élémentaire.

Nous sommes loin de blâmer les exigences de la loi : dans les connaissances qu’elle demande, il n’y a pas de luxe : c’est le strict nécessaire, le pain quotidien de la première éducation : nous disons seulement que les maîtres trouvés en possession des écoles, n’avaient pas même acquis la plupart ce degré d’instruction si modeste (197). Je crois qu’ils savaient tous lire, bien ou mal (198), avec un accent plus ou moins vicieux, des liaisons de consonnes et de voyelles plus ou moins légitimes : je me suis assuré qu’ils ne savaient pas tous écrire, et que, parmi ceux qui se vantaient de posséder ce talent, il y avait bien des demi-savants qui n’étaient pas capables de corriger leurs élèves (199). Beaucoup pratiquaient le mécanisme des trois premières règles, sans pouvoir donner aucune raison théorique de leurs opérations (200). L’orthographe leur était inconnue (201) ; le système légal des poids et mesures ne peut encore parvenir à s’établir, par la faute des maîtres (202) : enfin, telle était l’ignorance stupide de quelques-uns d’entre eux, que l’inspecteur ayant demandé dans une école, si l’on y enseignait la grammaire française, l’instituteur triomphant prit entre les mains d’un enfant hébété, pour la remettre à M. l’inspecteur, une grammaire… latine ; et je ne sais s’il est encore bien convaincu de son erreur aujourd’hui, car, il y a pourtant, disait-il, plus de français que de latin dans cette grammaire (203).

Aussi un cri général s’élevait, et l’on demandait de toutes parts une révision des brevets du troisième degré, ou bien, il faudrait renoncer à mettre la loi en vigueur (204). Un principe généreux, adopté déjà dans de plus hautes fonctions, fut appliqué de même aux instituteurs, et leur sauva le nouvel examen dont ils étaient menacés. J’étais alors persuadé (205), je le suis encore aujourd’hui que la mesure qui fut prise à leur égard n’était pas commandée par une justice rigoureuse ; que les communes au contraire avaient le droit de se plaindre de ce que, par une semblable décision, on leur imposait à la fois la nécessité de faire des sacrifices considérables, et de les faire au profit d’un ignorant qu’elles n’auraient pas choisi, si elles avaient su s’engager pour l’avenir. Je sais que, si l’on avait pris le parti de réviser alors les brevets, et d’exclure de l’enseignement tous ceux qui n’auraient pu faire preuve de la capacité requise, presque toutes les écoles de France auraient été fermées ipso facto, et que ce n’était pas là le but de la loi. Mais peut-être eût-il fallu déclarer en effet que les brevets de troisième degré acquis avant 1833 ne seraient valables qu’à titre provisoire, et fixer l’époque où les instituteurs auraient dû se préparer à en mériter la confirmation par un nouvel examen.


Leur abjection et leur misère.


Quoi qu’il en soit, lorsque l’on fit en 1833 cette battue générale de l’instruction primaire dans toute la France, dans quelles écuries d’Augias fallut-il pénétrer ! La misère des instituteurs égale à leur ignorance, le mépris public mérité souvent par leur ignominie ; c’est un spectacle immonde !… et le cœur se soulève à la lecture de ce chaos de tous les métiers, de ce répertoire de tous les vices, de ce catalogue de toutes les infirmités humaines (204).

Depuis l’instituteur qui se fait remplacer par sa femme, pendant qu’il va chasser dans la plaine (205), jusqu’à l’assassin que l’inspecteur cherche en vain dans son école, parce qu’il vient d’être conduit dans les prisons voisines, combien de degrés dans le crime (206) !

Depuis l’usurier condamné par le conseil municipal (207) jusqu’au forçat libéré (208) !

Depuis l’instituteur payé par la commune pour sonner les cloches pendant les orages (209), jusqu’à l’instituteur, prêtre de l’église française, combien de ministères différents (210) !

Depuis l’instituteur sans bras jusqu’à l’épileptique (211), combien d’infirmités à parcourir !

Nous épargnons ici à nos lecteurs ces détails que les curieux pourront retrouver dans les pièces justificatives.

Mais il n’est que trop vrai ; tel était le coupable abandon où languissaient les écoles, que l’éducation des enfants de plusieurs communes a été confiée à des forçats ; que ces instituteurs avaient appris au bagne à former la jeunesse ; que, parmi les variétés d’états cumulés par les autres, véritables maîtres Jacques, nous trouvons un prêtre de l’église française ; que, parmi les infirmités compatibles avec l’enseignement, il fallait compter l’épilepsie, dont le spectacle seul est capable de faire tomber toute une école en convulsion.

Je ne doute pas qu’un jour, si notre livre méritait d’être conservé dans quelque bibliothèque, nos enfants n’eussent, honte à cette lecture, d’un état de choses qui, chez nous, n’était pas même remarqué, et qu’ils n’eussent peine à croire des assertions, garanties pourtant par des documents authentiques. Je ne serais pas même étonné que, parmi nos lecteurs, ceux qui n’ont que rarement quitté la ville, et qui peut-être n’ont jamais eu la fantaisie de visiter une école de village, n’accusassent tout au moins d’exagération et de paradoxe la description que nous pouvons en faire ; et cependant, c’est surtout contre l’exagération que nous avons voulu nous défendre, nous n’avons voulu jouer d’autre rôle que celui de rapporteur des rapports officiels, et, si nous nous sommes laissé aller, quoique rarement, à la manifestation de nos propres sentiments, c’est qu’ils étaient implicitement dans les faits, et qu’il y a pour un homme de cœur, des circonstances qui dépassent la mesure d’insensibilité factice qu’il a pu s’imposer d’avance.

Nous disons donc que l’instituteur était souvent regardé dans la commune sur le même pied qu’un mendiant (212) ; qu’entre le pâtre et lui, la préférence était pour le pâtre (213) ; que les maires, (et Dieu sait si les maires de campagne appartiennent à la classe aristocratique) quand ils voulaient donner à l’instituteur une marque d’amitié, le faisaient manger à la cuisine (214) ; que bien des instituteurs ne gagnaient pas leur pain (215) ; que 100 francs, 60 francs, 50 francs même étaient exactement tout le produit annuel de leur profession (216) ; que le fruit de leur labeur, dû long-temps par les parents, finissait par être perdu pour eux, les débiteurs invoquant la prescription (217) ; que (218), dans bien des endroits, ils n’étaient jamais payés en argent (219), mais que chaque famille mettait de côté ce qu’elle avait de plus mauvais dans sa récolte (220), pour donner à l’instituteur, quand il viendrait le dimanche mendier à chaque porte la besace sur le dos (221). Nous disons que l’instituteur n’était pas toujours bien venu à réclamer dans un ménage son petit lot de pommes de terre, parce qu’il faisait tort aux pourceaux (222).

Est-ce l’abjection où les maîtres se voyaient réduits qui avait fini par les rendre dignes de leur misère ? Est-ce leur immoralité, qui avait appelé sur eux le mépris ? Il nous serait bien difficile à présent de décider lequel eut le premier tort dans la querelle, et nous sommes porté à croire qu’il existait entre ces deux malheurs une réciprocité nécessaire. Un état méprisé ne peut guère tenter des gens qui s’honorent : et des hommes vicieux ne sont pas faits pour réhabiliter le métier auquel ils se vouent. Cependant, lorsque nous considérons que, malgré son ignorance, l’instituteur devant trouver dans le degré d’instruction qu’il possédait, le fruit nécessaire de toute culture de l’intelligence, était naturellement disposé à des sentiments meilleurs ; lorsque nous voyons surtout, depuis la loi et malgré la loi, toutes les intrigues et les prévarications tentées par les communes et leurs magistrats pour empêcher l’instituteur de leurs enfants de remonter à sa place, et d’occuper le rang qui lui est dû ; nous ne pouvons nous empêcher de prononcer que le principe du mal était dans cette dépendance, dans cette misère, dans cette vie d’humiliation et de dégoût, à laquelle l’avarice, l’envie, toutes les mauvaises passions des campagnes avaient condamné le maître d’école.

En effet, aujourd’hui même que, pour leur assurer une existence plus honnête, pour donner par là plus de droits sur eux, et par conséquent, plus de garanties aux familles, la loi a exigé qu’on leur fît un traitement dont le minimum a été fixé à 200 francs, on ne s’imagine pas toutes les rubriques inventées pour lui en faire perdre le bénéfice. Il est même certain, que dans bien des communes, si l’administration n’intervient pas par quelque mesure décisive, en voulant améliorer la condition de l’instituteur, on l’aura rendue moins supportable (223).

J’aime au moins la franchise de ce petit municipe qui, regardant apparemment la France comme un gouvernement fédératif composé de quelques milliers de républiques indépendantes, résiste énergiquement, et déclare, quant à ce, vivre et se gouverner comme elle l’entendra (224). On peut n’approuver pas davantage les considérants qui ont dicté à d’autres conseils municipaux cette nouvelle forme de refus, considérant que les gens qui ne peuvent pas payer l’instruction n’y ont pas droit, etc(225) ; mais au moins j’y vois une loyauté d’opposition qui a son prix. Il s’agit alors, entre les communes et l’administration, de savoir à qui restera la force ; mais, une fois vaincues dans cette lutte inutile, elles exécuteront fidèlement les engagements qu’elles auront subis. Les ennemis déclarés de la loi ne sont pas ses ennemis les plus dangereux. Défiez-vous plutôt de cette docilité rusée que rien ne déconcerte, et qui fait à tout bon visage. Je crains surtout les coups fourrés. Combien de magistrats municipaux qui, ne voulant pas affronter la loi, mais moins encore l’exécuter, l’ont tournée sournoisement contre elle-même, et battue par ses propres armes ! « Il faut, dites-vous, 200 francs de minimum à l’instituteur ; nous n’irons pas au-delà, mais nous sommes trop bons citoyens pour nous refuser à cet impôt. » Les 200 francs sont votés. Et, le même jour, en vertu de la loi qui leur permet de dresser la liste des élèves indigents admis gratuitement dans l’école, on en impose cinquante à l’instituteur (226), ou soixante-cinq sur soixante-dix (227), ou cent seize (228). En un mot, presque tous les enfants deviennent indigents ; ou, s’il en est encore quelques-uns dont on ne peut se flatter que les familles se prêtent à ce honteux subterfuge, comme la loi confère aussi aux conseils municipaux le droit de fixer la rétribution des élèves payants, on la réduit dans une proportion considérable, par exemple de 2 francs à 50 centimes. Les 200 francs de la commune seront bientôt rattrapés comme cela (229) !

Autre combinaison : Deux candidats sont sur les rangs pour obtenir le titre d’instituteur communal. C’est au conseil municipal qu’appartient la présentation. L’un d’eux est un pauvre hère qui n’a aucune aisance, mais assez d’instruction, de la conduite, en un mot, qui jouit de l’estime générale, et qui conviendrait à merveille ; l’autre est un ignorant tout-à-fait incapable de faire prospérer l’école ; qui sait ? peut-être même médiocrement considéré dans son pays ; mais il a une maison à lui, et quelques morceaux de terre. Qu’est-ce à dire ? Faut-il maintenant être riche pour se faire maître d’école ? Vous allez voir que la chose n’est pas inutile. Jean, dit-on au second, tu ne vaux pas grand’chose pour être instituteur ; et, s’il faut te donner les 200 francs que nous venons de voter, nous préférons ton compétiteur ; mais il y a moyen de s’arranger, et si tu veux, par exemple, fournir gratis la salle d’école, et nous dispenser de faire pour ton logement de nouveaux frais, l’école est à toi. Il est rare que de pareils arguments ne soient pas victorieux ; les deux verres se heurtent, les deux mains se croisent en guise de contrat : Tope par-ci, tope par-là, et le marché est conclu. Mon ami, dit-on à l’autre, nous sommes bien fâchés, mais nous avons trouvé quelqu’un qui fait notre affaire.

D’autres fois, selon les besoins de la localité, selon les circonstances particulières, les engagements sont différents ; mais, dans toutes ces transactions directement contraires à la loi, ce sont toujours les véritables intérêts de l’instruction qui sont sacrifiés. Par exemple, on fait à l’instituteur un paiement simulé de 200 francs, mais il en abandonne la moitié, plus ou moins, que l’on emploie à une autre destination. « Vous avez là, disais-je à un maire, un instituteur que vous ne pouvez proposer pour la commune ; il est d’une ignorance profonde : son âge très-avancé ne lui permet pas de faire de grands progrès. Son état (il était maçon) ne lui laisse pas la liberté nécessaire pour être exact à remplir ses fonctions. — C’est vrai, monsieur ; c’est une vieille bête, mais il fait notre affaire comme il faut. Nous n’avons pas de maison d’école, et nous n’en voulons pas construire. Il faudrait donc en louer une : cela nous coûterait cinquante écus. Ce brave homme a une jolie petite maison bien propice qu’il consacrera à cet usage ; nous n’aurons donc que 200 francs à lui donner ; mais nous avons en ce moment besoin d’un chemin ; le bonhomme est raisonnable : sur les 200 francs qu’il devait toucher, il nous en laisse la moitié (230) »

Cependant, on n’est pas toujours assez heureux pour trouver, dans une commune, un homme à son aise qui veuille bien faire un pareil métier ni de semblables concessions. D’ailleurs, les arrêtés du ministre ayant décidé que nul ne pouvait déposséder de son titre et de ses droits l’instituteur que la loi avait trouvé jouissant de quelques avantages faits par le conseil municipal, il a bien fallu conserver un grand nombre de malheureux qui ne pouvaient offrir une maison, ni rien céder de leurs honoraires. Ceux-là, nous avons vu comment on trouvait moyen de leur ravir d’une main le bienfait qu’on était obligé de leur lâcher de l’autre, en abaissant le prix des élèves payants, dont en même temps on diminue le nombre pour les comprendre dans la catégorie des indigents. Le titre d’instituteur communal est devenu par là, dans quelques endroits, une ruine véritable (231), une destitution déguisée, et je ne serais pas étonné que, plus d’une fois, un conseil, embarrassé de la présence d’un instituteur qu’il ne pouvait légalement déposséder, eût imaginé cet expédient, qui ne serait pas maladroit (232). Ce qu’il y a de sûr, c’est qu’on a vu des maîtres déloger promptement quand ils se sont entendu menacer du titre d’instituteur communal, avec toutes ses conséquences (233).

Car, toujours poursuivis par cette nécessité de se récupérer de la somme exorbitante de 200 francs qu’il fallait donner à l’instituteur, bien des conseils municipaux ont voulu comprendre au moins dans cette allocation une foule de fonctions différentes qui, seules, suffiraient pour absorber son temps. Il faut qu’il soit fossoyeur, ou tambour, qu’il nettoie le lavoir public, qu’il monte l’horloge, qu’il cumule les fonctions de chantre et de sacristain, qu’il paie les hosties, blanchisse le linge de l’autel et fournisse les balais. Comme, dans les pays où l’instituteur exerçait toutes ces charges avant la loi, il fallait bien lui faire un traitement ad hoc, on n’a pas grand’chose à y ajouter, par forme de supplément, pour en composer son traitement communal. Quelquefois même les autorités n’ont pas craint de lui déclarer que, de tous ses emplois, celui d’instituteur leur était le moins nécessaire (234).

« À Montholier, dit l’inspecteur du canton de Poligny, j’ai trouvé, le 4 novembre, l’instituteur Bernard, du 2e degré, emmenant son mobilier. N’ayant rencontré ni le maire, ni le curé, j’ai dû croire que ledit Bernard avait prévariqué. Quel a été mon étonnement lorsque, dans une seconde visite à Montholier, quelques jours plus tard, j’ai entendu M. le maire et M. le curé me dire qu’on n’avait aucun reproche à faire à ce jeune maître pour sa classe, qu’il était d’excellentes mœurs : qu’il avait seulement négligé son service de sacristain depuis l’été, pour aller aider à ses parents à reconstruire leur maison incendiée. »

Je sais combien il est important que l’instituteur et le prêtre vivent en bonne intelligence, que, si l’ecclésiastique doit compter sur les services de quelque habitant de la commune, c’est principalement sur ceux du maître d’école ; et, tant que ces rapports ne dégénèrent point en une dépendance servile (235), je ne verrais que de grands avantages à ces relations bienveillantes. J’en dirai autant des fonctions de secrétaire de la mairie, qui, rehaussant la considération du maître, lui donnent quelquefois de l’ascendant sur le maire lui-même, et toujours du crédit dans le pays (236). Ce sont d’ailleurs des moyens légitimes d’adoucir encore sa position, par les traitements supplémentaires qui doivent être attachés à ces attributions. Je n’y voudrais mettre qu’une condition, c’est que, dans tous les cas, l’école ne puisse en souffrir. Or, je conçois aisément que les besoins de l’enseignement puissent se concilier avec les fonctions de secrétaire de mairie, dans une commune peu importante (237), mais je ne puis aussi aisément comprendre que le service d’un sacristain, d’un chantre, en un mot d’un clerc laïque, soit compatible avec l’exactitude sans laquelle les études ne peuvent porter aucun fruit (238). Un enfant vient de naître : il faut le baptiser, et la classe est fermée : vient ensuite un mariage, un enterrement, un service ; un malade est à l’agonie : le prêtre est appelé, le remettra-t-il à la fin de l’école ? Et les retraites et les fêtes de l’église : comment espérer que l’école ne soit pas en souffrance ? Si elle n’était pas sacrifiée c’est que l’instituteur aurait négligé pour elle des devoirs non moins pressants.

Que dirons-nous donc des autres professions auxquelles se livrent les instituteurs pour suppléer à la modicité de leur revenu ! Des boutiques contiguës à la salle de classe, et qui donnent la facilité de quitter une dictée ou une récitation du catéchisme pour aller débiter aux chalands le tabac à fumer ou le demi-setier en deux verres (239) : des écoles où l’instituteur sabotier, forgeron, charpentier, ou tonnelier étourdit ses élèves du bruit de son marteau : il est impossible de ne pas sentir la justesse de toutes les objections que les inspecteurs ont dû élever contre ce cumul d’occupations incompatibles (240). Et cependant, non seulement c’était une nécessité de leur état, car quel autre moyen de subsistance leur restait-il pendant huit mois de l’année ? mais on peut dire avec vérité que c’étaient encore là les hommes qui faisaient le plus d’honneur à l’enseignement primaire.

Il convient, en effet, de reconnaître trois classes d’instituteurs : les uns à poste fixe, établis, peut-être nés dans l’endroit, quoique cette classe de citoyens soit essentiellement nomade par nature (241) ; ceux-là étaient, en général, obligés d’avoir un autre état, mais leur résidence assidue dans la commune, le soin et l’intérêt de leur petit commerce leur imposaient l’obligation d’être assez honnêtes gens, et de ne point perdre une considération dont ils avaient besoin tous les jours pour leur achalandage. À cette catégorie vous ne reprochiez d’ordinaire que les défauts communs aux gens de leur profession, l’habitude des cabarets, par goût peut-être, et puis aussi par entraînement, car on sait que, dans les campagnes, tous les marchés se concluent le verre à la main (242).

Ces honnêtes gens de l’instruction primaire comprenaient aussi les infirmes, je n’ose dire le rebut des autres métiers, mais ceux qu’une infirmité naturelle ou quelque accident grave avait rendus incapables d’embrasser un état manuel (243). Par une bizarrerie inexplicable, pour une profession qui exige une ouïe si fine et si déliée, les sourds tiennent une place notable dans notre catalogue (244). Nous y voyons figurer des hydrophobes (245) et des épileptiques (246), un nain et force manchots (247). Enfin, puisque nous avons parlé de l’instituteur sans bras, nous rapporterons textuellement ici le portrait que l’inspecteur a tracé de cet homme extraordinaire. « Que dirai-je du phénomène que j’ai vu dans une des communes de ce canton (canton de Saint-Didier, arrondissement d’Issengeaux, Haute-Loire). Pierre Meiller, né sans bras, exerce depuis 43 ans les fonctions d’instituteur. Tout ce qu’on remarque d’instruction dans le pays, c’est à Meiller qu’on le doit. Sa plume, il la taille avec le pied ; ses modèles, il les trace avec le pied ; enfin, c’est avec le pied qu’il fait tout, et il fait tout bien. Cet homme extraordinaire est d’ailleurs plein de capacité, plein de bon sens. Déjà il est vieillard, cependant il n’a que le pain qu’il gagne à l’école. »

Malheureusement les éloges donnés à Meiller ne sont pas mérités par tous les infirmes qui forment une partie considérable des maîtres d’école. « J’ai remarqué, dit l’inspecteur de l’arrondissement de Pau, parmi ces médiocres et mauvais instituteurs, un tiers au moins d’estropiés, boiteux, manchots, perclus, jambes de bois, pour qui cette incapacité physique a été la seule vocation à l’état d’instituteur (248). »

Après ces instituteurs vivaces, attachés au sol par des racines profondes, viennent les instituteurs annuels. Ce sont les Béarnais (249), les Piémontais (250), les Briançonnais (251), les Auvergnats (252), qui, aux approches de l’hiver, quittent leurs montagnes et s’en vont droit devant eux jusqu’à ce qu’ils aient trouvé une commune qui les loue pour la saison (253). Les prix varient, c’est comme de toute autre denrée. Mais comme il n’y a jamais pour celle-là de disette à craindre, le maximum n’est jamais bien élevé : on les retient donc pour deux, trois ou quatre mois, selon les besoins de la consommation ; quinze écus, vingt écus pour la saison paraissent une existence honnête (254), et, quand la besogne est finie, quand les hirondelles reparaissent, l’instituteur annuel reprend le chemin de sa cabane, avec ses économies dans un coin de son mouchoir, comme le ramoneur quittant Paris après l’hiver. Du reste, il va sans dire que rarement ils reviennent dans le même pays (255) : ce serait un grand hasard qu’ils y fussent arrivés les premiers pour traiter ; et d’ailleurs, comme, avant de le quitter l’année précédente, ils ont été obligés d’avoir des contestations avec les familles pour obtenir le paiement de ce qui leur était dû, ils craignent que le souvenir de leurs exigences n’ait diminué la clientelle. Ajoutez à cela que, de leur côté, les communes n’ont pas toujours été satisfaites de la fidélité qu’on a mise à accomplir le marché. Ces hommes dont on ne connaît ni l’origine, ni le caractère, offrent peu de garanties. Leur vie aventureuse est déjà une présomption fâcheuse contre leur moralité, et, quand ils ont exploité le village pendant quelques mois, ils ne se soucient guère de revenir payer leurs dettes, ou recevoir des reproches mérités en tout genre (256). Si nous avions à décrire cette espèce d’instituteurs, nous les distinguerions donc des premiers, en ce que leur existence dans le pays ne dure qu’une saison, qu’ils ne poussent point de racines dans le sol où ils sont transplantés ; mais, quant à la configuration extérieure, il est inutile de dire qu’ils ne se composent au contraire que d’individus ordinairement jeunes, ingambes, vigoureux, et qui savent en quelques jours arpenter au besoin les quelque cents lieues qui les séparent de leurs montagnes (257).

Il est des provinces où l’instituteur participe de ces deux natures : vivace dans ce sens qu’il n’est point exotique, et qu’il appartient ordinairement à la commune ; annuel, en ce que, chaque année, l’élection décide de son sort, et le confirme rarement dans sa position (258). On ne gagne pas impunément dix écus dans son hiver ; on doit s’attendre à faire bien des envieux, et quand le peuple est assemblé devant le porche de l’église pour adjuger l’école, pendant la saison rigoureuse, le plus offrant et dernier enchérisseur est l’élu du pays.

« Les observations que nous avons faites sur le canton de l’Argentière, dit l’inspecteur des Hautes-Alpes, arr. de Briançon, sont applicables à celui de Monêtier. Toujours la médiocrité des fortunes fait qu’on se rend peu difficile sur le choix des instituteurs, non sous le rapport de la moralité, mais sous celui des connaissances. Tout paysan qui sait lire, écrire et compter, bien ou mal, se met sur les rangs des instituteurs ; et, quand vient le dimanche après la Toussaint, quand le pasteur a annoncé en chaire qu’il serait temps de se pourvoir d’un maître pour l’hiver, le Maire, ou tout autre notable, proclame, au sortir de la grand’messe, les noms des candidats qui se présentent pour tenir l’école. Le peuple, assemblé devant la porte de l’église, délibère longuement ; là, chacun a le droit, comme aux jugements des morts dans l’ancienne Égypte, de reprocher en face au prétendant ce que l’on sait contre sa moralité. S’il n’y a rien à reprendre de ce côté, on propose une somme de 20, 24, rarement 30 écus, pour l’hiver, quel que puisse être le nombre des enfants qui, sur l’état dressé par le maître, sont ensuite taxés, par un conseil, à divers prix, selon qu’ils commencent à lire, qu’ils écrivent, ou qu’ils chiffrent. Dans la même séance, l’on s’occupe de trouver une écurie des moins sales, tantôt à la charge des familles, tantôt aux frais du maître, ainsi que les bancs et les tables. L’affaire se trouve ordinairement conclue à la fin du jour pour une saison. Chaque année, l’élection se met au rabais dans les mêmes formes. Il arriva, il y a quelque temps, à Saint-Chaffrey, que le Maire ayant proposé au peuple s’il croyait qu’un nommé Charbonnet, ancien instituteur, fût dans le cas d’élever leurs enfants, une voix partit du milieu de la foule : « Il nous a élevés, nous ; pourquoi ne serait-il pas capable d’élever nos enfants ? » Cet honorable suffrage, accueilli de tous côtés par un murmure favorable, fit que, cette fois, le peuple ne resta pas en séance jusqu’à la nuit. »

En troisième lieu, n’oublions pas les instituteurs ambulants (259). Cette classe représente, en général, la même qualité de personnes que la seconde, si ce n’est que les avantages pécuniaires en étant moins considérables, ceux qui s’adonnent à ce genre de vie plus dépendant, sont aussi d’une instruction moins étendue, et possèdent moins encore les mérites qui peuvent les recommander à la confiance. Ceux-là, du moins, ont une écurie pour faire la classe ; ceux-ci n’ont ni feu ni lieu ; ceux-là recevaient de la commune 15 écus et des pommes de terre ; mais ceux-ci, la commune leur permet une circulation libre dans les familles : c’est tout ce qu’elle leur donne. Seulement, par une convention entre eux, les habitants s’engagent à prendre tour à tour, un mois ou quinze jours chez eux, l’instituteur, qui va colporter sa science per domos (260), mode d’enseignement d’autant plus fâcheux que ces gaillards-là sont ordinairement jeunes, étrangers au pays, et que leur séjour dans les ménages devient l’occasion de bien des scandales (261).

C’est pour éviter sans doute de pareils dangers, que nous voyons ailleurs des pères de famille prendre chez eux des jeunes gens sortis du séminaire, pour élever leur nombreuse postérité. On leur fait un traitement de 100 francs par an, moyennant quoi, ils sont sur le pied d’instituteurs particuliers, d’amis de la maison, et fauchent les foins au besoin (262).

Nous avons donc beaucoup à faire pour régénérer le corps des instituteurs, et, peut-être avec la modicité des émoluments comparée aux notions que les commissions d’examen doivent exiger pour la collation du brevet, n’est-il pas facile de prédire quand le vœu de la loi sera définitivement rempli.

Déjà, cependant, quelques localités, en France, sont citées dans les rapports comme pourvues d’instituteurs qui donnent des espérances (263). Sur d’autres points, pénétrés de la nécessité de perfectionner leurs études, et stimulés par la loi (264), les instituteurs se sont réunis par arrondissement ou par canton, pour y traiter en commun des questions utiles à leur profession. Je cite surtout ces réunions, connues sous le nom de conférences, comme une preuve de leur zèle, sans rien en préjuger pour le succès. À moins qu’elles ne soient suivies avec assiduité, dirigées par une main prudente, limitées aux matières de l’instruction primaire, et surveillées avec grand soin par les comités et les inspecteurs spéciaux, il y a bien à craindre qu’elles ne dégénèrent souvent en assemblées tumultueuses, qu’elles ne se détournent de leur but primitif, qu’elles ne s’ouvrent et ne se terminent dans les cafés ou les cabarets (265).

Il ne faut pas, cependant, en désespérer trop tôt ; les résultats utiles, que déjà plusieurs administrateurs reconnaissent avoir obtenus par ce moyen, appellent sur ces réunions l’attention et les encouragements de l’autorité. Il faut seulement qu’elles soient soumises à un règlement général, et appropriées à l’instruction pratique des instituteurs qui les fréquentent. Si l’on a remarqué chez eux tant d’ignorance, il ne faut pas croire qu’ils aient tous commencé avec le même degré d’incapacité ; mais, comme depuis leur début, ils sont restés étrangers aux progrès des méthodes, et qu’ils n’ont point cultivé leurs connaissances acquises, ils sont insensiblement descendus au degré d’ignorance où on les voit plongés aujourd’hui (266). Il faut y prendre garde ; quoique les conditions soient aujourd’hui plus sérieuses pour subir l’examen de capacité, les meilleurs instituteurs dégénéreront de même, si l’on ne trouve quelque moyen de les exciter et de les tenir en haleine. Les conférences, bien conçues, pourraient offrir cet avantage (267).

L’aspect de ce chapitre est triste, et nous n’avons pu le relire sans un sentiment de peine ; heureusement, nous avons recueilli çà et là quelques-unes de ces exceptions qui consolent, des traits de zèle et de désintéressement qui ne doivent pas rester perdus, et qui nous aideront à finir par des exemples moins affligeants pour le lecteur.


aisne.

« Je n’ai trouvé que l’école de Charly qui soit dans une bonne condition. L’instituteur a fait travailler environ une trentaine d’élèves en ma présence ainsi que devant plusieurs membres du comité cantonnal ; et j’ai vu avec plaisir, que le mécanisme de son école mutuelle était dirigé avec connaissance et exécuté avec précision. Cet instituteur, voulant s’occuper d’une manière tout exclusive de l’enseignement, a abandonné le titre de clerc-laïc, emploi qui lui rapportait environ 400 fr. par an. Il serait à désirer que tous les autres instituteurs pussent en faire autant : on ne les verrait pas si souvent abandonner leurs classes pour assister aux cérémonies des baptêmes, mariages ou enterrements. » (Arrondissement de Château-Thierry, canton de Charly).


cher.

« Outre une fort bonne tenue générale, on remarque dans l’école Amouroux beaucoup de petits moyens d’ordre et d’amélioration : le même format adopté pour tous les cahiers ; les corrections faites par le maître à l’encre rouge, pour frapper davantage les yeux des élèves et de leurs parents ; le nom de chaque élève écrit sur sa plume ; les chiffres tracés de la main du maître sur chaque tableau, modèles qui aident à les bien former ; la définition en gros caractères de l’opération qui se fait à chaque cercle ; enfin des figures de dessin linéaire, des inscriptions religieuses et morales, etc., etc. » (Arrondissement de Bourges, canton de S.-Martin d’Auxigny, commune de Meneton-Salon).


lot-et-garonne.

« Qu’il me soit permis ici de dire un mot sur M. Lascabannes, instituteur à Lamonjoie. Cet excellent instituteur, ex-officier de l’armée impériale, contribue puissamment à inspirer le goût de l’instruction aux pauvres de sa commune : presque tous les métayers envoient leurs enfants à son école. Il a fait, si je puis m’exprimer ainsi, une cure admirable : un enfant indigent était parvenu jusqu’à l’âge de onze ans sans avoir proféré une parole ; il n’était pas sourd. M. Lascabannes jugea, en le voyant, qu’il ne fallait pas attribuer ce mutisme à un vice organique, mais à une excessive timidité. Il pria les parents de l’envoyer à son école : à force de patience, de bons traitements, de témoignages d’amitié, il obtint la confiance de cet enfant, et triompha de sa timidité. En peu de jours, l’enfant parla ; et comme il était doué d’heureuses dispositions, il fut, en moins d’un an, un des meilleurs élèves de l’école. Ce fait, qui m’a été cité par M. le Maire de Lamonjoie, m’a paru mériter d’être rapporté ; et, si j’osais élever la voix pour demander une médaille d’encouragement, en argent, pour un des instituteurs des cantons que j’ai parcourus, je la demanderais pour M. Lascabannes, aussi recommandable par sa capacité que par sa modestie, et par toutes les qualités qui distinguent les meilleurs instituteurs. » (Arrondissement de Nérac, canton de Francescas, commune de Lamonjoie).

maine-et-loire.

« Le zèle que M. Rocher montre à propager l’instruction dans la classe indigente, en recevant chez lui tous les enfants malheureux de son quartier, privé d’école, est un titre que je ferai valoir en ce lieu pour qu’il lui soit donné une centaine de francs, à titre d’encouragement. » (Arrond. d’Angers, ville d’Angers.)


moselle.

« Le sieur Boruschlegel, percepteur à Sierck, m’a été cité, dans plusieurs communes, comme ayant fourni, de ses propres deniers, et, bien qu’il n’ait pas de fortune, des livres de classe à un grand nombre d’élèves indigents. » (Arrond. de Thionville, canton de Sierck, commune de Sierck.)


seine-et-oise.

« On ne peut que louer M. Duval, instituteur privé, qui se charge de nourrir et d’élever un enfant abandonné par son père. » (arrondissement de Pontoise, ville de Pontoise.)

« Je dois dire, à l’éloge du maître de la commune de Villiers-sur-Marne, que j’ai rencontré une femme dans la campagne, qui m’a dit en pleurant que, quoique son mari soit mort, et qu’elle ne puisse pas payer les mois d’école, le maître lui avait promis de recevoir son fils pour rien, encore qu’elle ne compte pas parmi les indigents pour lesquels la commune paie. » (Arrond. de Corbeil, canton de Boissy-Saint-Léger, commune de Villiers-sur-Marne.)






Ain ; arr. de Bourg, cant. de Culigny et de Saint-Trivier-de-Courtes. — Les instituteurs manquent, en général, de l’instruction nécessaire pour réussir dans leurs fonctions.

Aisne ; arr. de Laon, cant. d’Anizy-le-Château. — L’état de l’instruction, dans ce canton, est très-pauvre ; si nous en exceptons quelques instituteurs, que nous avons assez favorablement notés, tous les autres sont peu capables.

Aisne ; arr. de Saint-Quentin, cant. de Bohain. — L’enseignement primaire est généralement faible dans le canton de Bohain. Mauvaises méthodes, ou plutôt absence de méthode, mauvaise prononciation, livres mal choisis.

Aisne ; arr. de Saint-Quentin, cant. de Catelet. — L’instruction primaire, dans le canton du Catelet, est faible.

Aisne ; arr. de Saint-Quentin, cant. de Moy. — L’enseignement primaire, dans le canton de Moy, est généralement faible.

Aisne ; arr. de Saint-Quentin, cant. de Ribemont. — L’instruction primaire, dans le canton de Ribemont, est très-faible. Il y a très-peu d’écoles bien tenues, très-peu de maîtres capables.

Basses-Alpes ; arr. de Forcalquier, de Digne et de Sisteron. — Quant aux communes où les écoles restent ouvertes toute l’année, l’enseignement y est moins arriéré, mais il s’en faut bien qu’il y soit encore généralement dans un état satisfaisant. La plupart des hommes auxquels la direction de ces écoles est confiée, manquent d’instruction, de méthode, de zèle ; ce sont des routiniers, des instituteurs-machines qui ne voient que la faible rétribution qu’ils doivent toucher à la fin du mois.

Aube ; arr. d’Arcis-sur-Aube, cant. de Ramerupt. — Élevés par des instituteurs qui n’en savaient guère plus qu’eux, les pères sont peu jaloux de l’instruction de leurs enfants, parce qu’ils n’en ont jamais senti eux-mêmes les avantages.

Aube ; arr. d’Arcis-sur-Aube, cant. d’Arcis-sur-Aube. — La première cause de cette espèce de dégradation vient de l’ignorance des instituteurs, laquelle est une conséquence forcée de leurs habitudes.

Aube ; arr. d’Arcis-sur-Aube, cant. d’Arcis-sur-Aube. — Un instituteur n’étudie jamais, du moins c’est fort rare ; s’il écrit, s’il calcule, c’est parce qu’il est à l’école ; s’il arpente, c’est pour gagner de l’argent ; la science en elle-même n’est rien pour lui ; il n’a d’autre pensée, d’autre désir, que d’agrandir ses propriétés, s’il en a, ou d’en acquérir, s’il n’en a pas.

Aube ; arr. de Bar-sur-Aube, cant. de Vandeuvres. — Quoique limitrophe du canton de Bar-sur-Aube, et faisant partie du même arrondissement, quoique recevant les mêmes soins du comité, le canton de Vandeuvres est loin derrière son voisin. Les instituteurs y sont généralement plus faibles et les écoles moins bien tenues. La lecture et l’écriture s’y enseignent à peu près bien ; encore, chez quelques-uns, cet enseignement laisse-t-il beaucoup à désirer.

Aube ; arr. de Nogent-sur-Seine, cant. de Romilly. — Le canton de Romilly est bien mal partagé sous le rapport des écoles et des instituteurs. Il est difficile de trouver des instituteurs plus ignorants ou moins occupés de leurs fonctions.

Aube ; arr. de Nogent-sur-Seine, cant. de Romilly. — Les communes du canton de Romilly sont généralement peu aisées ; cependant, le traitement des instituteurs est fréquemment au-dessus du minimum légal. On peut remarquer aussi que les écoles sont peu fréquentées. Cette circonstance tient, en général, aux mauvais instituteurs qui découragent les enfants et les familles.

Aube ; arr. de Nogent-sur-Seine, cant. de Nogent-sur-Seine. — L’instruction est très-arriérée dans l’arrondissement de Nogent ; les écoles y sont très-mal tenues ; il n’y a presque pas de maisons d’école ; les instituteurs y sont grossiers, pédants, brutaux et d’une ignorance profonde : mal rétribués, ils font peu de cas de leur école, et sont tous charron, tisserand, bonnetier, tonnelier, couvreur, etc. ; quand ils n’ont pas de métier, ils gagnent leur vie à faucher, à moissonner, à vendanger, et l’école est le moindre de leurs soucis.

Aube ; arr. de Troyes, cant. de Piney et de Lusigny. — Dans les deux cantons de Piney et de Lusigny, l’enseignement primaire est dans un triste état, puisque ceux à qui il est confié manquent d’instruction. J’ai visité vingt-huit écoles fréquentées, en hiver, par dix-huit cents enfants environ, et à peine ai-je trouvé cinq ou six instituteurs passables, les autres sont au-dessous de leur état par leur ignorance.

Aude ; arr. de Castelnaudary, cant. de Belpech. — Dans ce canton, composé de douze communes, on ne compte que quatre instituteurs, dont un seul est capable de remplir ces fonctions (Sabatier, Alexandre). L’ignorance la plus grossière règne dans ces campagnes.

Aude ; arr. de Carcassonne, cant. de Monthumet. — Peu de maîtres sont capables, voilà la cause du mauvais état de l’enseignement dans ces montagnes.

Aveyron ; arr. d’Espalion. — L’instruction languit dans l’arrondissement d’Espalion ; les écoles, à très-peu d’exceptions près, sont mal tenues et n’offrent que de tristes résultats ; les enfants y végètent pendant un nombre d’années considérable, et ils en sortent, n’ayant qu’une instruction très-insuffisante, même sur les choses les plus simples. On n’y trouve qu’une malheureuse routine, suivie servilement par des instituteurs inhabiles ou négligents, qui ne connaissent que très-imparfaitement les bonnes méthodes, qui ne veulent pas prendre la peine de les étudier et de les mettre en usage. Une lecture maussade, une écriture informe, quelques opérations d’arithmétique machinalement faites par des enfants qui, vrais automates, opèrent sans intelligence, sans connaissance aucune des procédés, voilà où se borne l’enseignement.

Dordogne ; arr. et cant. de Bergerac. — L’état de l’enseignement, dans le canton de Bergerac, est loin d’être satisfaisant : sur les dix-huit écoles établies, neuf sont dirigées par des individus, n’ayant ni brevet, ni autorisation, et peu aptes à s’en procurer. Cant. de Beaumont. — Sur les neuf écoles établies, cinq sont dirigées par des instituteurs qui n’ont ni brevet, ni autorisation.

Dordogne ; arr. de Bergerac, cant. de Vélines. — Les instituteurs sont peu aptes, ou tout-à-fait incapables ; partout on suit la vieille routine individuelle et l’ancienne épellation des lettres ; les progrès des élèves sont nuls ou très-lents. Cinq instituteurs sur quinze sont dépourvus de brevets et d’autorisation, et parmi eux quelques-uns pourraient à peine obtenir le brevet du troisième degré.

Landes ; arr. de Mont-de-Marsan, cant. de Roquefort, de Gabarret, de Villeneuve. — On doit le dire, les instituteurs sont, en général, très-ignorants, incapables de répondre aux vues bienfaisantes du gouvernement. Écrire très-mal, lire sans comprendre la valeur des mots, voilà tout ce qu’ils savent.

Landes ; arr. de Mont-de-Marsan. — La plupart des instituteurs appartiennent à des familles pauvres : obligés par leur naissance de vivre en domesticité, ou de travailler la terre, ils ont cru qu’en se livrant à l’instruction primaire ils trouveraient un moyen assuré de favoriser leur penchant à la paresse. Avec ces dispositions, ils se sont présentés ne sachant ni lire ni écrire, n’ayant aucune connaissance de la valeur des mots ; étrangers aux premiers principes de la grammaire française, ils estropient leur langue, et on a du chagrin quand, à la préfecture, on voit les délibérations des conseils municipaux rédigés par MM. les instituteurs.

Haute-Loire ; arr. de Le Puy, cant. de Craponne et de Vorcy. — La lecture, une écriture souvent mauvaise, quelquefois les quatre règles ; c’est là tout le savoir des instituteurs. Élevés eux-mêmes dans leur village ou dans la commune voisine, ils n’ont d’autre science que celle qu’ils reçurent du maître d’école. Point de notions de géographie, aucune connaissance en histoire, nulle idée de l’administration ; ils ignorent tout.

Loire-Inférieure ; arr. d’Ancenis. — L’enseignement, en général, est dans un état déplorable. Je n’ai pas trouvé un enfant capable d’écrire passablement une dictée. Du reste, trois instituteurs au plus sur vingt-deux sont capables d’enseigner les premiers éléments de la grammaire. Nulle part de géographie ni d’histoire ; en général, très-mauvaise écriture, lecture enseignée sans méthode, et point de manuscrit à lire. Calcul négligé, pas un enfant n’est capable de faire une division ; quatre maîtres au plus pourraient l’enseigner. L’occupation principale des instituteurs est de faire apprendre le catéchisme aux enfants ; dès que ceux-ci ont fait leur première communion, ils se retirent de l’école.

Loir-et-Cher ; arr. de Blois, cant. d’Herbault. — Les instituteurs sont tout-à-fait incapables.

Manche ; arr. de Saint-Lô, cant. de Marigny. — Si l’on excepte les communes de Marigny, St.-Gilles et Hébécrévon, l’état de l’enseignement est très-faible dans le canton de Marigny. Les élèves ne paient que deux ou trois sous par semaine pour leur instruction ; aussi les instituteurs sont-ils pauvres et au-dessous de leurs fonctions.

Mayenne ; arr. de Château-Gonthier. — Il est vrai que plusieurs d’entre les instituteurs ne se recommandent pas par de véritables talents ; ne primant point au milieu d’une population hébétée, mal logés, mal vêtus, ne se distinguant des autres paysans que par plus de pauvreté et de dépendance, ils ne sont guère propres à engager leurs concitoyens à faire pour eux quelques sacrifices.

Landes ; arr. de Mont-de-Marsan et de Dax, cant. de Pissos. — Il y a si peu d’aptitude et de capacité dans les instituteurs de ce canton qu’on ne saurait mieux faire que de les renvoyer tous. Lire très-mal, former quelques lettres, voilà tout ce que savent ici les maîtres d’école. Ils sont incapables d’enseigner les premiers éléments de la grammaire française et de la géographie. Ils ne savent de l’arithmétique que quelques opérations purement machinales et violent l’orthographe et si souvent et si lourdement, qu’on ne peut raisonnablement espérer qu’ils puissent rendre à l’avenir quelques services à l’instruction.

199 (Voy. 197 Landes).

Basses-Alpes ; arr. et cant. de Barcelonnette. — Presque tous les maîtres ont un mauvais accent, une prononciation vicieuse, et il y en a bien peu qui entendent la théorie du calcul ; ils font lire la grammaire française aux enfants, mais comment pourraient-ils leur enseigner ce qu’ils ne savent pas eux-mêmes ?

Aube ; arr. de Bar-sur-Aube, cant. de Vandeuvres. — L’enseignement de l’arithmétique est tout aussi défectueux que dans le canton de Bar-sur-Aube, point de démonstrations, rien autre chose que de la routine.

Aube ; Ville de Troyes — L’enseignement est faible dans les écoles communales. La pratique seule est cultivée, la théorie aussi négligée que possible. On manque de livres ; on n’a pas de tableaux pour la géographie, la grammaire, le dessin linéaire, etc.

Hérault ; arr. de Montpellier, cant. de Montpellier. — Je n’ai pas trouvé, dans toute l’école de M. N…, un élève qui sût écrire un nombre de trois chiffres (le nombre 108). Ce M. N… était percepteur : il a perdu sa place parce qu’il a fait banqueroute.

Meurthe ; arr. de Lunéville. — L’enseignement du calcul serait plus satisfaisant, si les maîtres, faisant servir leurs leçons au développement de l’esprit des écoliers, savaient, par un raisonnement court et clair, démontrer aux élèves quelle opération il faut faire pour résoudre tel ou tel problème, etc. ; mais presque partout les enfants font machinalement une opération sans pouvoir l’expliquer par un seul mot.

Vosges ; arr. de Neuf-Château, cant. de Bulgnéville. — J’ai vu des élèves me donner des solutions assez difficiles à trouver, et ne pouvoir me dire pourquoi il y a un zéro dans le nombre 10.

Aube ; arr. d’Arcis-sur-Aube. — Depuis nombre d’années les brevets étaient accordés à mille considérations étrangères à l’instruction. Qu’un jeune homme eût une belle voix, qu’il eût trouvé le secret de s’insinuer dans les bonnes grâces du curé, c’en était assez ; il venait, muni d’excellents certificats ; mais il ne fallait pas l’examiner. Je n’en ai jamais vu aucun qui sût l’orthographe. Ils étaient admis cependant, et la grande raison que l’on faisait valoir pour légitimer en quelque sorte leur ignorance, c’est que dans les campagnes, disait-on, il fallait montrer si peu de chose !

Charente-Inférieure ; arr. de La Rochelle. — Ils ignorent les premiers principes de l’orthographe, et plusieurs font des fautes grossières dans les modèles, souvent informes, qu’ils tracent pour diriger les élèves.

Eure-et-Loir ; arr. de Châteaudun, cant. de Châteaudun.— L’absence de toute capacité chez les instituteurs, me met dans la nécessité de signaler un abus bien affligeant, dans lequel l’ancien principal du collége de .......... a été entraîné par le désir, fort louable sans doute, sous un point de vue, d’arracher de pauvres jeunes gens au service militaire. J’en ai vu (il en est jusqu’à dix que je pourrais citer) qui, porteurs d’un brevet du deuxième degré, ne savent cependant pas un mot d’orthographe. Aussi les modèles d’écriture fourmillent de fautes de ce genre : il pert son temps, êfort stéril ; otaurisacion (textuel).

Oise ; arr. de Senlis, com. de Belz. — L’instituteur frappe rudement ses élèves, et a bien peu de capacité ; il ne se doute pas de l’orthographe.

Cantal ; arr. de Mauriac. — Un grand nombre ignore le calcul décimal dans la théorie, et encore plus dans ses applications au système légal des poids et mesures.

Calvados ; arr. de Falaise. — Savoir à peine lire, écrire médiocrement, enseigner par routine les quatre règles élémentaires de l’arithmétique, tel n’a pas même été, pour tous les instituteurs, le cercle étroit de leurs connaissances. Que diriez-vous d’un vieillard plein de bonhomie qui croyait enseigner la langue française, en mettant entre les mains de ses élèves une grammaire ? Devinez quelle grammaire ?… la grammaire latine de Le Than !! Et cependant, il a encore beaucoup de peine à revenir de son erreur ; car, dit-il, il y a dans cette grammaire beaucoup plus de français que de latin !!… C’est sur le fumier, c’est dans une étable, que ce digne magister tient son école.


Hérault ; arr. de Béziers. — Il faudrait tenir la main à ce que le latin ne fût pas enseigné dans les écoles primaires.

Nous avons remarqué que les plus mauvaises écoles sont celles de ces soi-disant latinistes. Là, vous ne trouverez point d’ordre, point de tenue ; là, vous n’avez même pas une écriture passable.

Nous nous sommes convaincu que l’enseignement du latin dans les écoles primaires est un leurre pour les paysans, et un emploi de temps plus qu’inutile, puisqu’il est désavantageux pour les enfants.

Hérault ; arr. de Lodève, cant. de Lunas. — Quelques instituteurs de ce canton se livrent à l’enseignement secondaire ; le temps qu’ils y consacrent nuit beaucoup à l’instruction primaire, dont ils devraient s’occuper exclusivement, comme le porte leur brevet.

Hérault ; arr. de Lodève, cant. de Clermont. — Plusieurs instituteurs ne se bornent pas à l’enseignement prescrit par leur brevet. Ils réunissent un certain nombre d’élèves auxquels ils enseignent le latin. Ces écoles sont, en général, négligées sous le rapport de l’instruction primaire.

Indre-et-Loire. — Dans un temps où les communes n’étaient pas obligées d’avoir une école communale, quelles sont celles qui en ont créé une ? ce ne sont pas les plus pauvres, ni les moins populeuses, ni les moins importantes : c’étaient, en général, les villes, les gros bourgs, les chef-lieux de canton. Que fallait-il alors pour qu’une école fût considérée comme communale ? il suffisait que la commune accordât une indemnité légère, annuelle, volontaire, pour subvenir aux frais d’instruction, ou même simplement qu’elle fournît un local. Des conditions si peu avantageuses n’étaient pas faites pour attirer dans ces localités des hommes fort instruits, et le conseil municipal, en traitant librement avec eux, ne comptait, le plus souvent, faire qu’un essai, ou, tout au plus, se résigner à une école médiocre, jusqu’à l’apparition de la loi promise tous les ans ; et le conseil municipal avait bien quelque raison de ne pas se croire enchaîné par un engagement sans retour : car, avec la même liberté qu’il avait voté cette année-là une indemnité à l’instituteur, il pouvait, l’année suivante, s’il n’avait pas lieu d’en être satisfait, refuser la même allocation de fonds ; il était dans son droit. Voici venir la loi : les autorités se préparent enfin à faire des sacrifices au-delà même du minimum ; maintenant que l’instruction primaire est tirée du provisoire, elles vont en sortir aussi ; elles auront un bon instituteur et convenablement rétribué. Le maître, qu’elles avaient provisoirement adopté, sous un régime entièrement différent de celui qu’introduit la loi nouvelle, trouvera, dans une commune moins importante, un emploi plus proportionné à ses forces, avec des avantages au moins égaux, peut-être supérieurs à ceux dont il avait joui jusqu’alors, car les émoluments, accordés volontairement par les communes, n’atteignaient pas ordinairement le minimum exigé aujourd’hui. « Non, leur dit-on, ce n’est pas ainsi qu’il faut l’entendre ; vous avez un instituteur communal, vous le garderez. » Il est vrai qu’on ajoute, « plus tard, s’il était incapable, après plusieurs admonitions, on verra. » En attendant, pour la peine que ces communes ont été les plus empressées à prévenir le vœu de la loi, en offrant elles-mêmes des avantages à leurs instituteurs, elles sont condamnées à ne pouvoir en choisir un meilleur. Heureuses celles qui n’ont jamais rien donné ! les voilà libres. — Mais on devait au moins nous prévenir, nous ne nous serions pas lié les mains : c’est par surprise qu’on nous impose un homme qui ne nous convient pas ; et la preuve que nous étions loin de nous attendre à ce dénoûment, c’est que nous avions voté la somme de 100 francs, à partager entre les deux instituteurs qui exercent dans notre ville (Château-Regnault). Nous voilà donc deux instituteurs communaux sur les bras, ou bien quel est véritablement le communal ? Voici d’autres preuves encore : nous avons bâti une école ; nous l’avons pourvue d’un mobilier d’enseignement mutuel, dans l’espérance d’y placer un directeur capable de répondre à nos intentions ; nous voilà donc forcés de la livrer à un homme que nous savons usé par l’âge, ou d’une discipline trop paternelle pour ce système, ou ignorant des procédés de la méthode. Alors le découragement s’en mêle, on se contente de voter le minimum ; on ne prend qu’un intérêt médiocre à l’instruction primaire du canton ; et là, où il eût été à désirer qu’il s’établît toujours une école-modèle pour servir d’exemple à toutes les communes rurales du voisinage, on pousse le temps de l’épaule, en attendant qu’il plaise à l’instituteur inamovible de vendre ou de céder son titre à quelque maître qui remplisse mieux le vœu de la commune. Pendant ce temps, le jeune homme sur lequel on avait compté pour élever une bonne école, fatigué de ces contrariétés, ou se retire de la carrière qu’il aurait honorée, ou passe dans une commune moins importante, dont l’école deviendra plus florissante que celle du chef-lieu de canton, ou bien enfin il va planter son drapeau à la porte même de l’instituteur communal qu’il devait remplacer, et le conseil municipal a le chagrin de voir déserter, pour une école privée, l’école communale qui lui a coûté tant de sacrifices. Je crois pouvoir, en résumé, exprimer le souhait que, tout en maintenant pour elle le droit d’examiner les propositions faites par le conseil municipal de chaque commune, l’Université ne se hâte pas trop inconsidérément de sanctionner des droits douteux, d’imposer aux communes des engagements qu’elles ont bien cru ne pas prendre ; de faire enfin de la rétroactivité contre les communes par la peur qu’elle témoigne d’en faire contre les instituteurs.

Landes ; arr. de Mont-de-Marsan. — Il n’est pas possible, avec de tels agents, de mettre l’instruction primaire sur un pied respectable. On ne hasarde pas trop en disant qu’il faudrait les renvoyer tous ou les bien les trier avec soin, et envoyer les élus, les uns à l’école normale les autres dans les villes voisines des lieux où ils exercent leurs fonctions.

Lot-et-Garonne ; arr. de Villeneuve. — S’il est pénible de demander une réforme parmi les instituteurs et de les soumettre à de nouveaux examens, l’intérêt de l’avenir de l’instruction primaire ne permet pas d’hésiter de recourir à ces moyens, si le gouvernement veut obtenir le résultat qu’il se promet, l’émancipation intellectuelle.

Deux-Sèvres ; arr. de Niort, cant. de Coulonges. — Peut-être même devrait-on revenir sur les brevets de capacité ; car il est évident que, d’après les connaissances qu’on exige maintenant des aspirants aux brevets pour l’instruction primaire élémentaire, les anciens instituteurs au troisième degré sont beaucoup au-dessous des nouveaux et ne peuvent, en continuant d’exercer, qu’entraver la marche progressive de l’enseignement primaire.

Tarn ; arr. de Lavaur, cant. de Lavaur. — Il serait à désirer que les anciens maîtres, pourvus d’un brevet de capacité du troisième degré, ne pussent devenir instituteurs communaux qu’après un nouvel examen......

Vienne ; arr. de Poitiers, cant. de Lusignan. — Nous croyons qu’une révision de brevets du troisième degré serait des plus nécessaires.

Calvados, arr. de Bayeux, cant. d’Isigny. — M. le maire d’O*** avait fait avertir l’instituteur par le garde champêtre, du jour et de l’heure de l’arrivée de M. l’inspecteur ; et cependant il était au cabaret ; l’inspecteur le trouva ivre, état qui lui est habituel, et ne put obtenir de lui les renseignements qu’il lui demanda ; il se conduisit même fort mal.

Côte-d’Or ; arr. de Dijon, cant. de Dijon. — La commune de L...... se plaint vivement du sieur M......, et ses griefs ne sont que trop fondés ; cet individu s’absente fréquemment pour satisfaire à sa passion de la chasse, et se fait remplacer par sa femme.

Eure-et-Loir ; arr. de Châteaudun. — Quoique j’aie noté l’instituteur de X******** d’une manière assez satisfaisante, je dois faire remarquer qu’il a tenu une conduite fort peu honorable à O***, où il était autrefois, et d’où il s’est fait renvoyer. On lui reprochait, entre autres méfaits, d’avoir voulu pendre le curé avec la corde de la cloche de l’église.

Hérault ; arr. de Lodève, cant. de Clermont. — Le sieur Y***, instituteur à Paulhan, était à la chasse pendant la visite des écoles dans cette commune.

Oise ; arr. de Bearnais, canl. de Coudray, comm. de C***. — L’instituteur est instruit, mais indigne d’exercer ses fonctions. C’est un ivrogne, un voleur, il dissipe tout ce qu’il a, et même plus qu’il ne gagne.

Oise ; arr. de Senlis. — Suivant tous les rapports que je me suis procurés, l’instituteur de B*************** serait un homme démoralisé. En effet, il n’est bien qu’avec le maire, qui est l’ennemi de tous les habitants. Il aurait insulté à la pudeur d’une jeune personne de douze ans ; il se serait présenté à l’église dans un état d’ivresse tel, que quatre personnes l’en ont sorti. Il aurait chanté et proféré des mots scandaleux et abominables devant la statue de la vierge ; le curé aurait mis, entre lui et les demoiselles qui fréquentaient son école, une séparation, pour que ces jeunes enfants fussent à l’abri des abominations que cet instituteur exerçait envers elles.

Basses-Pyrénées ; cant. de Thaldy. — Le sieur C......, instituteur à Lantabat, est aujourd’hui détenu dans les prisons de Pau, sous le poids d’une accusation d’assassinat.

Saône-et-Loire ; arr. de Mâcon ; cant. de Tramages. — Il résulte, des informations prises sur les lieux, que N*** est un homme brutal, emporté, violent, ivrogne et voleur. Rayé des contrôles de la garde nationale pour voie de fait contre une sentinelle, surpris à voler une fois 5 fr., un autre fois 20 sous, au cabaret d’où il se fait souvent chasser ignominieusement ; soupçonné d’avoir coupé les arbres d’un de ses voisins, il est tellement redouté, que le maire de T*** a peur qu’il ne mette le feu à sa maison. Je l’ai vu, ce N***, chez M. le maire, et je n’ai entendu sortir de sa bouche que des impertinences et des menaces, avec l’aveu, cependant, qu’il se grise une fois par mois, mais il pense que ce n’est pas beaucoup.

Gers ; arr. de Lectoure, cant. de Miradoux. — À M***, chef-lieu du canton, pas d’autre école que celle de N***, « homme taré, » condamné pour usure, et, dit-on, un peu buveur.

Gers ; arr. de Mirande, cant. d’Aignan. — Le sieur N***, instituteur à B********, a une mauvaise réputation ; il est accusé de se livrer à l’usure ; comme ce fait est très-grave, j’ai pris des renseignements auprès de MM. les maires des communes voisines, et tous m’ont assuré que des prêts usuraires lui étaient reprochés.

Haute-Vienne, arr. de Bellac, cant de Nantiot, comm. de ***. — L’instituteur s’adonne à la boisson et n’inspire aucune confiance aux familles. C’est un ex-notaire, qui a été obligé de renoncer à son état, pour ne l’avoir pas exercé d’une manière honorable.

Aude ; arr. de Carcassonne, cant. de Mas-Cambardès et de Seissac. — À ........... (canton de Mas-Cambardès), un certain V… exerce sans autorisation, et de plus, il mène une vie scandaleuse. Il est prétendu qu’il vit avec une femme qui n’est pas la sienne, et qu’il sort des bagnes.

Nièvre ; arr. de Château-Chinon, comm. de B....... — Je n’ai trouvé, dans cette commune, qu’un forçat libéré, qui exerçait clandestinement.

Doubs ; arr. de Besancon, cant. d’Audeux. — Dans quelques communes, entre autres à Pirey et à Miserey, une des conditions du marché de l’instituteur, c’est de sonner les cloches pendant toute la durée d’un orage, et s’il ne remplissait pas exactement cette condition, il s’attirerait l’animadversion générale.

Seine-et-Oise ; arr. de Rambouillet, cant. de Dourdan. — Orphin. Dans le traitement de l’instituteur de cette commune, figure une somme de 100 fr., allouée pour sonner la cloche pendant les orages.

Haute-Vienne ; arr. de Bellac. — La commune de Ville-Favart a pour instituteur son desservant, qui est prêtre de l’église française.

Puy-de-Dôme ; arr. de Thiers, cant. de Châteldon, comm. du. Puy-Guillaume. — Il est urgent, je crois, de remplacer l’instituteur ; il a de fréquentes attaques d’épilepsie.

Basses-Pyrénées ; arr. d’Oloron, canton de Sainte-Marie. — L’instituteur d’Aras est épileptique.

Doubs ; arr. de Besançon. — Dans ces marchés, toutes les fonctions du maître se trouvent stipulées : il est chantre, sacristain, sonneur de cloches, secrétaire gratuit de M. le maire, et domestique de M. le curé. J’ai vu, dans un marché tout récemment conclu, entre autres conditions imposées et consenties, celle de porter l’eau bénite, tous les dimanches, dans chaque maison de la paroisse, moyennant un morceau de pain ou une petite pièce de monnaie ; cette charge, qui tient à des usages religieux toujours respectables, peut être, ce me semble, remplie par un enfant de chœur, et doit être interdite à l’instituteur communal. Le salaire qu’il en retire l’assimile au dernier des mendiants.

Landes ; arr. de Mont-de-Marsan. — Le peu de honte qu’ils éprouvent à faire la quête de porte en porte, le sac sur le dos, semble prouver combien ils sont peu dignes de répondre aux vues de l’État. Mais aussi, qui voudrait être instituteur au prix de la plupart de ceux qui exercent ici ces honorables fonctions ? Instituteur et mendiant est presque synonyme. Sonner les cloches, faire le métier d’appariteur, enterrer les morts, aller, dans la saison, quêtant çà et là quelques pommes de terre, quelques raisins, quelque peu de blé, voilà ce qui les attend. Ils sont les derniers de la commune. On voit même aujourd’hui certains maires considérer assez peu leurs instituteurs pour les reléguer à la cuisine, où ils mangent avec les domestiques.

Manche ; arr. de Saint-Lô, cant. de Thorigny. — Il n’y a guère qu’un tiers, bien certainement, pas la moitié des instituteurs, qui reçoivent annuellement des communes de quoi avoir du pain sec toute l’année ; les autres ne reçoivent pas autant qu’un mendiant. À cette insuffisance des traitements, se joint encore l’habitude invétérée de supputer par semaine l’instruction donnée aux enfants, procédé aussi funeste aux progrès et aux méthodes qu’à l’intérêt de l’instituteur, puisque les élèves s’absentent le reste d’une semaine dont ils ont perdu un ou deux jours, pour ne pas être obligés de la payer tout entière.

Pas-de-Calais ; arr. de Montreuil, cant. de Hesdin. — Les maîtres vont, le samedi, porter de l’eau bénite, et reçoivent un petit pain de chaque maison où l’on a pétri.

Doubs ; arr. de Besançon. — Sous le régime de la nouvelle loi, il faut nécessairement voir disparaître ces marchés ridicules ou bizarres, que l’instituteur était dans la nécessité de contracter avec les communes pour un, deux ou trois ans : on fait marché avec lui, comme avec le pâtre du village, dont l’utilité est regardée quelquefois, dans certains villages, comme supérieure à celle du maître. Par ces marchés, on fixe le gage (comme on voit, rien n’y manque pour le ramener à l’idée de domesticité) de l’instituteur.

Haute-Marne ; arr. de Chaumont, cant. de Chaumont, d’Andelot, de Juzennecourt, de Vignory, de Doulevart, de Donjeuz et de Saint-Blin. — Je puis dire, qu’en général, l’instruction primaire, dans ces sept cantons, est dans un progrès satisfaisant. Presque partout, les communes réparent, agrandissent ou reconstruisent les locaux destinés à réunir les enfants de leurs petites cités : partout, les instituteurs sont mieux rétribués et jouissent de plus de considération. Naguère, l’instituteur n’était considéré que comme un gardeur d’enfants, de même que le berger, qui n’est que le gardien des bestiaux. Dans une commune même (Blancheville), j’ai vu la maison du pâtre adossée encore au logement de l’instituteur, et tous deux sont, en quelque sorte, sous le même toit. Mais les idées s’améliorent dans les campagnes, et l’instituteur est aujourd’hui mieux apprécié.

Moselle ; arr. de Thionville. — Les enfants, selon eux, n’ont pas besoin d’en savoir plus que leurs pères, et ils logent les pâtres dans les maisons d’école, soutenant que le pâtre leur est plus utile pour leurs bestiaux, qu’un instituteur pour leurs enfants.

214 (Voy. 212, Landes).

Ariège ; arr. de Foix. — S’il y a une école, ce qui est assez rare, elle est déserte, ou fréquentée seulement par les enfants des familles les plus aisées, qui croient avoir fait un grand effort, quand elles ont payé à l’instituteur douze ou quinze sous par mois, rétribution que l’on se contente souvent de promettre.

Corrèze ; arr. de Brives, cant. de Larche. — L’instituteur Arnat est un vieillard de soixante-quatorze ans, qui fait tous les jours deux grandes lieues à pied, pour aller faire la classe à cinq élèves qu’il a dans la commune de Ferrières. La rétribution de ces cinq élèves suffit à peine pour l’entretenir de pain.

Gard ; arr. d’Uzès, cant. de Bagnols. — Il y a un découragement assez naturel chez la plupart des instituteurs, qui vivotent pendant l’hiver et qui manquent de pain pendant l’été.

Hérault ; arr. de Saint-Pons, cant. de Salvétat. — De là, l’ignorance complète des sept huitièmes des habitants, le peu d’aptitude des instituteurs, qui y trouvent à peine de quoi vivre pendant les mois d’école, et qui se voient souvent privés des premiers besoins pendant la belle saison, époque à laquelle leurs écoles sont entièrement désertes. Aussi, plusieurs d’entre eux se donnent à louage, comme des domestiques ou des bergers, aux habitants d’un ou de plusieurs hameaux voisins, pour une modique somme, allant prendre leur repas et leur coucher, une semaine chez l’un et une semaine chez l’autre.

Landes ; arr. de Saint-Sever, cant. d’Aire. — Pour les instituteurs, vous les trouvez pauvres, mal vêtus, faisant la classe en sabots, sans bas, gilet, ni cravate. Malgré les tristes idées que je me formais de l’instruction dans ces contrées, j’étais loin de penser que les instituteurs fussent dans une position aussi déplorable. Retirant de chaque élève, avec beaucoup de peine, 50, 40, quelquefois même 25 cent. par mois, mariés, chargés d’enfants, que peuvent-ils faire ? Que peuvent-ils devenir ?

Moselle ; arr. de Briey, cant. d’Audun-le-Roman. — Dans certaines localités, la rétribution mensuelle ne va pas au-delà de 25 à 30 cent.

Pas-de-Calais ; arr. de Béthune, cant. de Laventie. — Mais ne recueillant de sa profession d’instituteur qu’une centaine de francs par an, tout au plus, B..... sert, comme domestique, chez un fermier.

Basses-Alpes ; arr. de Barcellonnette, cant. de Barcellonnette. — Chaque hameau veut avoir son instituteur, et les parents sont tous jaloux de faire apprendre à leurs enfants la lecture, l’écriture et le calcul. Le nombre des élèves est donc nécessairement peu considérable, et la pauvreté des habitants ne leur permet jamais de donner aux maîtres un salaire suffisant ; aussi, celui qui offre de donner ses leçons au meilleur marché, est toujours sûr d’obtenir la préférence. J’ai trouvé des maîtres dont le salaire ne s’élève pas au-delà de 60 fr.

Doubs ; arr. de Besançon, cant. de Marchaux. — Plusieurs communes étant réunies pour former une paroisse, et n’ayant qu’une seule école, l’hiver ne permet pas toujours aux enfants d’assister régulièrement à la classe ; les petits enfants n’y viennent jamais à cause de la distance ou de la difficulté des chemins. Qu’arrive-t-il de là ? Ou les enfants, jusqu’à l’âge de dix à douze ans, restent dans une ignorance complète, ou bien les communes, en contravention avec la loi, prennent un maître non breveté pour les deux ou trois mois d’hiver ; elles lui font un gage de 50 à 60 fr. ; et elles en trouvent à ce prix.

Lot-et-Garonne ; arr. de Nérac, cant. de Lavardac. — Dans un petit hameau de la commune de Lisse, j’ai trouvé l’instituteur logé dans une chambre qui ne reçoit le jour que par la porte, et qui est en même temps classe, cuisine, chambre à coucher, grange à bois, etc. Ce malheureux s’est plaint avec amertume de sa position et du délaissement de l’autorité ; il m’a dit ensuite, en présence du maire, que son école ne lui a pas produit 100 fr. l’an dernier.

Hérault ; arr. de Montpellier, cant. de Frontignan. — M. P… est un estimable instituteur, qui a grand besoin qu’on vienne encourager son zèle. La commune ne fait absolument rien pour lui, et la moitié de ses élèves ne le paie pas ; quand, après avoir long-temps attendu, il réclame ce qui lui est dû, les parents invoquent contre lui la prescription (Voir aussi 219, Landes).

Hérault ; arr. de Montpellier, cant. de Ganges. — J’ai vu, dans l’école de M. N***, l’inscription suivante : « Vous voulez acquérir la science, en bien ! payez le mois d’avance. »

Ardennes ; arr. de Rocroy, cant. de Rumigny. — L’état des instituteurs a été, jusqu’à présent, extrêmement précaire et vraiment malheureux. La plupart des communes n’ayant pas de revenu, le traitement de l’instituteur-chantre était formé par une cotisation en blé, connue dans le pays sous le nom de mariage. Chaque famille, pauvre ou riche, devait à l’instituteur la même quantité de blé. Il en résultait que l’instituteur ne pouvait réellement toucher qu’une partie de son traitement, parce que les familles pauvres ne pouvaient pas fournir leur part. Il en est même quelques-uns qui m’ont assuré, et cela m’a été confirmé par les maires, qu’ils n’avaient presque rien touché pendant plusieurs années. Les rétributions mensuelles ont été aussi mal payées. Aussi, ces instituteurs ont-ils accepté comme un bienfait le faible traitement de 200 francs qui leur est assuré par la loi.

Manche ; arr. de Valognes, cant. de Barneville. — Il y a dans la commune de Val-de-Scie, un instituteur sans traitement, auquel la commune fournit seulement une mauvaise classe. Il reçoit les enfants des deux sexes. Mais il n’a ni brevet, ni autorisation ; il ne paraît guère capable d’en obtenir. Il est payé surtout par les cadeaux que lui font les parents, qui, dit-il, ne sont pas ingrats. Il va même prendre ses repas, tantôt dans une maison, tantôt dans une autre, etc.

Ariège ; arr. de Foix, cant. d’Ax et des Cabannes. — Il y a peu d’instituteurs dans les cantons d’Ax et des Cabannes ; et peu d’entre eux sont capables ; mais, en général, ils ont du zèle, et ils font faire des progrès relativement. Leurs peines ne sont jamais récompensées.

La première et la plus puissante cause de la médiocrité des instituteurs doit être attribuée au peu de considération dont ils jouissent, et au dénûment absolu de ressources, auquel ils sont impitoyablement abandonnés. L’hiver, ils réunissent un certain nombre d’élèves, et, quoique ce soit à un très-bas prix, ils devraient espérer de trouver dans leur travail une existence, au moins supportable ; bien loin de là, ils ne reçoivent rien, ou presque rien. Quelques paniers de pommes de terre, et quelques poignées de blé sarrasin leur sont accordés même à regret. De l’argent, ils n’en reçoivent jamais. Tout se borne à des promesses, et les instituteurs souffrent toutes les privations. En outre, ils sont souvent en butte aux tracasseries ou du maire ou du curé, suivant leur liaison avec l’un ou avec l’autre. S’ils ont du pain ils sont enviés, s’ils sont misérables on les méprise.

Landes ; arr. de St.-Sever, cant. de Mugron. — On peut remarquer que, dans les quatre premières communes de ce canton, il n’est pas question de rétribution pécuniaire ; là, les instituteurs vivent de ce que les parents veulent bien leur donner à l’époque de chaque récolte.

D’après cela, on serait tenté de croire que la position de l’instituteur est plus misérable qu’ailleurs, on se trompe.

Si la commune est riche, s’il sait s’attirer l’affection des habitants, il a toujours de quoi se mettre hors de cette misère apparente qui tant de fois m’a fait saigner le cœur. Il a de quoi se nourrir ; je ne puis pas en affirmer autant de ceux qui ont fait figurer dans les notes une rétribution pécuniaire ; cette rétribution de quoi leur sert-elle ? Ils ne peuvent le plus souvent retirer une obole de la plupart des parents.

Landes ; arr. de St.-Sever, cant. d’Ancou. — Les instituteurs se contentent d’une certaine quête annuelle, qu’ils font chez l’un et chez l’autre, coutume presque aussi bizarre que la précédente. Supposez, dans la saison des vendanges, M. l’instituteur allant de porte en porte avec une brocotte mendier quelques litres de vin, le plus souvent donnés de mauvaise grâce. Le don est à peu près libre, chacun donne selon sa bonne humeur. Cela fait presque pitié à voir. Il ne faut pas croire que cet usage existe dans ce seul canton. Partout il se retrouve. Dans les autres cantons, c’est en grain, ce que l’on voit dans les notes ou tableaux précédents comme rétribution de chantre, bedeau, etc., n’est autre chose que cette quête évaluée par à peu près en argent.

Loiret ; arr. d’Orléans, cant. de Checy et Neuville-aux-Bains. — L’inspecteur a trouvé établi, dans un grand nombre de communes rurales des deux arrondissements, un usage qu’il croit devoir porter à la connaissance de l’autorité supérieure.

Tous les ans, au mois d’octobre, les instituteurs font une quête dans les principales maisons du village. Ces quêtes s’étendent sur le vin, le beurre, les œufs, le fromage, etc. Que les instituteurs reçoivent à domicile, des parents de leurs élèves, des marques de leur reconnaissance en différentes denrées, il n’y a rien là qui soit précisément contraire à la gravité de leurs fonctions, quoiqu’il vaudrait peut-être mieux que cela même n’existât pas. Mais qu’ils se transportent eux-mêmes avec une brouette ou un panier, comme l’inspecteur en a vu, pour solliciter du vin, du beurre et des œufs, etc., qu’ils s’exposent à des refus humiliants, et quelquefois à des discussions très-désagréables, cela convient-il à des hommes que la loi nouvelle élève au rang de fonctionnaires de l’État ?

Oise ; arr. de Beauvais ; comm. de Laversines. — L’instituteur est payé en nature.

Hautes-Pyrénées ; arr. de Tarbes, cant. de Tournay. — La rétribution des élèves, dont le nombre moyen est trente par commune, n’est guère plus de quatre ou six francs payés en grain.

Bas-Rhin ; arr. de Strasbourg, cant. de Truchtersheim. — Le salaire répond au logement : la majeure partie des maîtres est payée en nature, et le blé qu’ils reçoivent, et dans lequel l’orge entre pour moitié, forme rarement un traitement convenable, même pour les mieux rétribués.

Des hommes qui mettent si peu de prix à l’instruction ne doivent pas professer une grande estime pour ceux qui la donnent. Aussi, les instituteurs ne sont-ils pas en général beaucoup plus considérés que les simples artisans, et il paraît qu’anciennement ils n’étaient pas autre chose.

Seine-et-Oise ; arr. d’Étampes. — Il y a, dans plusieurs localités, un mode de rétribution qui renferme quelque chose d’humiliant pour l’instituteur en l’assimilant, en quelque sorte, à l’individu qui tend la main pour recevoir la récompense de ses peines, et quelle récompense ? Des pois !

Haute-Marne ; cant. de Longeau. — Vous remarquerez, Monsieur le Recteur, qu’il existe dans le canton de Longeau un usage que j’ai trouvé en vigueur dans plusieurs autres, c’est celui de payer l’instituteur en nature : usage qui, nécessairement, porte atteinte à la considération dont doivent jouir les fonctionnaires, en ce qu’il fait naître, entre eux et les familles, des démêlés sans dignité, qui tournent toujours au désavantage des instituteurs. Ce n’est pas une dette que les parents croient acquitter, c’est une aumône qu’ils s’imaginent faire. Il n’est pas rare qu’on mette de côté, pour le maître d’école, ce qu’il y a de moins bon dans la récolte. Que celui-ci se plaigne ou fasse des observations, il passe pour trop exigeant, heureux si on n’en vient pas aux menaces et aux termes injurieux. Or, dans ces débats, les familles avec les enfants, bien entendu, se rangent toujours du côté du père de famille contre le maître d’école.

Aisne ; arr. de Château-Thierry, cant. de Neuilly-Saint-Front. — Je citerai ici l’instituteur de la commune de Saint-Quentin (lès Louvry), qui exerce sa profession dans une localité composée de seize feux ; il reçoit 1 fr. par an de chaque ménage, et le dimanche, il tend la main pour un morceau de pain. N’est-ce pas là avilir la profession honorable d’instituteur ?

Seine-et-Marne ; arr. de Meaux ; cant. de Lagny. — Il est un usage qui se trouve établi dans presque toutes les communes rurales, c’est celui de porter l’eau bénite le dimanche, de maison en maison. Rien de plus humiliant pour l’instituteur, qui semble demander l’aumône, et qui, quelquefois, est accueilli par des propos inconvenants. La plupart des maires et des instituteurs voudraient voir cet usage aboli, sauf à augmenter le budget de la commune de la faible rétribution qui en revient à l’instituteur.

Yonne ; arr. d’Abbeville, cant. d’Ault. — Dans certaines communes, comme à Fressenneville, à Woincourt, à Méneslier, à Tully, etc., les instituteurs vont de porte en porte distribuer de l’eau bénite, et reçoivent, en échange, une demi livre ou deux livres de pain qu’ils apportent dans un havre-sac ; ils vendent la plus grande portion de ce pain, le dimanche, à la porte de l’église ; c’est surtout dans ces communes que les instituteurs sont, si non honorés, du moins bien rétribués, car ce pain leur rapporte environ 4 à 500 fr., et quelquefois plus. La coutume de donner du pain aux instituteurs est commune aux cantons d’Ault, de Saint-Valéry, de Rue et de Crecy.

222 (Voy. 219, Ariège).

Ardennes ; arr. de Réthel. — La manière dont on applique la loi du 28 juin dernier, n’est pas favorable aux instituteurs de l’arrondissement de Réthel ; elle les place presque tous dans une situation plus pénible que précédemment. Les conseils municipaux n’ont pu voter que le minimum de 200 fr., et dans les sept huitièmes des communes, le département ou l’État sera forcé de suppléer à l’insuffisance des 3 centimes.

Ardennes ; arr. de Réthel. — Pour cette somme de 200 fr., la plupart des communes veulent que le même homme soit instituteur, chantre et souvent arpenteur de la commune, qu’il soigne l’horloge et qu’il reçoive gratuitement un certain nombre d’élèves. Il n’y a plus de mariage possible. Les propriétaires qui paient les 3 centimes, et qui, la plupart du temps, envoient leurs enfants au dehors, n’en veulent plus. Les autres habitants prétendent que les propriétaires seuls doivent payer. De ce débat, il résulte que l’instituteur ne recevra, pour ses diverses fonctions, que le minimum de 200 fr.

Ardennes ; arr. de Rocroy, cant. de Rumigny. — Mais d’un autre côté, les communes, même celles qui contribuent pour une faible part, à former ce traitement, se prétendent quittes envers l’instituteur, au moyen du traitement fixe en argent. Malgré les circulaires claires et précises de M. le préfet, qui leur fait entendre que cette somme de 200 fr. ne forme que le traitement de l’instituteur, et non celui du chantre, et qui les engage à continuer, au moins en partie, le mariage comme une indemnité due au chantre, la plupart n’ont, jusqu’à présent, rien décidé ; et il est à craindre que le mariage ne soit refusé presque partout, et que l’instituteur ne soit borné à 200 fr. pour tenir l’école et faire le service de chantre. Cependant, dans le plus grand nombre des communes, la rétribution mensuelle et le faible casuel de l’église, réunis au traitement fixe, ne dépassent pas 500 ou 400 fr.

Bouches-du-Rhône ; arr. d’Aix. — Les conseils municipaux, en allouant les fonds exigés par la loi, ont tellement diminué la rétribution des élèves, ont imposé aux instituteurs un si grand nombre d’indigents, qu’un instituteur se ruinerait en acceptant les 200 fr. de la commune qui aura ainsi trouvé le moyen d’éluder la loi.

Drôme ; arr. de Nyons. — Je renouvelle ici mon observation sur la fixation de la rétribution mensuelle. Les conseils municipaux interprètent mal la loi, et loin d’améliorer le sort de l’instituteur, ils l’aggravent. À Condorces, par exemple, l’instituteur se faisait précédemment un revenu de 600 fr. ; maintenant, le conseil, en lui accordant les 200 fr., veut qu’il prenne tous les enfants qui se présenteront, moyennant un traitement annuel de 250 fr. ; ainsi, il perd 150 fr., et gagne trente élèves. À Sainte-Jalle, on a osé décider qu’on donnerait à l’instituteur 100 fr. en sus des 200 fr. accordés par la loi, et que tous les élèves seraient gratuits.

Gers ; arr. de Condom, cant. de Condom. — Le conseil municipal de Berault a voté les 200 fr., mais a fixé la rétribution mensuelle des élèves à 50 cent. Ainsi encore le conseil municipal de Larroumien a voté les 200 fr., à la charge, par le maître, d’instruire 25 élèves gratuits. À notre avis, imposer un si grand nombre d’élèves dans une commune de neuf cents à mille habitants, c’est, d’avance, charger l’instituteur d’un poids par trop pesant, c’est lui ôter d’un côté ce que lui accorde de l’autre le bienfait de la loi.

Gironde ; arr. de Lesparre, cant. de Lesparre. — Il sera difficile de vaincre la mauvaise volonté des conseils municipaux. Beaucoup d’instituteurs ont déjà transigé avec eux ; car, s’ils eussent insisté pour l’entière exécution de la loi, ils auraient compromis leurs intérêts et perdu la confiance qu’en certaines localités le maire retire ou donne à volonté. Dans quelques communes, le sort de l’instituteur sera bien malheureux, malgré l’allocation : à P***, par exemple, le maire veut imposer à l’école communale cent élèves gratuits. Ceux-ci excluront nécessairement les élèves payants, et l’instituteur se trouvera réduit aux 500 fr. que lui alloue la commune.

Jura ; arr. de Lons-le-Saulnier. — Les élèves qui n’apprennent qu’à lire ne paient pas autant que ceux qui apprennent à calculer et à écrire. Que résulte-t-il de là ? Que les parents, pour faire la misérable économie de quelques centimes par mois, différent le plus long-temps qu’ils peuvent le moment où leurs enfants apprendront à calculer et à écrire. Aussi, dans les cantons que j’ai déjà inspectés, et surtout dans celui de Clairvaux, où règne une plus grande ignorance, les enfants savent à peine signer leur nom lorsqu’ils quittent pour toujours les écoles. J’ai acquis la certitude que dans le canton de Selhières et de Voiteur, comme dans tous ceux que j’ai parcourus, beaucoup d’instituteurs avaient consenti à ne toucher qu’une partie du traitement de 200 fr. porté aux budgets des communes ; les maires les menacent de les remplacer, s’ils ne souscrivent aux conditions qu’ils leur imposent.

Jura ; arr. de Poligny, cant. de Poligny. — L’inspecteur a découvert, dans beaucoup de communes, l’intention de ne pas agir franchement, mais de retenir aux instituteurs une partie des 200 fr., tout en les portant sur le budget.

Hautes-Pyrénées ; arr. de Tarbes, cant. de Tarbes (nord). — Dans les communes les plus aisées, on fait des difficultés pour assurer à l’instituteur communal le traitement de 200 fr. voulu par la loi. Il est probable qu’on diminuera celui qu’il reçoit comme secrétaire, ou qu’on réduira presque à rien la rétribution mensuelle. Il est à craindre que le sort de bien des instituteurs communaux n’éprouve aucune amélioration (Voy. aussi 229 et 231).

Basses-Alpes ; arr. de Digne, cant. de Seyne. — La commune d… ne croit pas assez de force au gouvernement pour lui faire exécuter la loi. Elle veut vivre et se gouverner, quant à ce, comme elle l’entend.

Haute-Vienne ; arr. de Bellac, cant. de Magnac-Laval. — Deux communes, celle de S........ et celle de S............, n’ont point voté les centimes additionnels pour l’instituteur, se fondant sur ce que, quiconque n’a pas de quoi payer la rétribution mensuelle, ne doit pas prétendre à l’instruction.

Seine-et-Oise ; arr. de Pantoise, cant. de Marines. — Cormeilles-en-Vexin. Le conseil municipal, en accordant 200 francs de traitement, impose à l’instituteur cinquante élèves gratuits.

Vaucluse ; arr. d’Apt. — Presque toutes les communes ont aussi voté un trop grand nombre d’élèves gratuits, et ont de plus fixé à un prix trop modique la rétribution, mensuelle. Je ne citerai qu’un exemple : la commune de Lourmarin qui n’est composée que de seize cents âmes, et dont le terme moyen des élèves qui fréquentent les deux écoles s’élève à soixante-dix enfants ; dans cette commune, dis-je, le conseil municipal a voté soixante-cinq élèves gratuits, et a fixé la rétribution mensuelle à 2 francs. Que fera l’instituteur communal pour vivre et pour s’entretenir ?

Yonne ; arr. d’Avallon, cant. de Vezelay et de Dommecy-sur-Cure. — Une délibération du conseil municipal, du 10 novembre 1852, porte que l’instituteur sera tenu d’admettre dans son école cent seize élèves indigents. Cette condition m’a paru exorbitante pour les 200 francs qui lui sont alloués, comme traitement.

Basses-Alpes ; arr. de Forcalquier. — Or, l’abaissement du prix de la rétribution opéré par plusieurs conseils municipaux est si excessif, qu’il ne resterait point à des instituteurs communaux des moyens suffisants d’existence. Dans certaines communes, la rétribution était de 2 à 5 francs, elle a été fixée à 50 et à 75 cent., et l’instituteur perdrait deux ou trois fois cent pour cent, qu’il recevait de la commune ; il en résultera que les instituteurs, qui ont de la capacité, aimeront mieux conserver leur position actuelle, que d’être chargés de la direction d’écoles communales.

Gers ; arr. d’Auch, cant. d’Audi. — La loi, en s’occupant du traitement de l’instituteur, a voulu améliorer sa position et le mettre à l’abri du besoin. Il est encore à craindre que, dans les délibérations des conseils municipaux, le nombre des élèves gratuits ne soit tellement exagéré et la rétribution exigible fixée à une somme si modique, que la position de l’instituteur n’en devienne pas meilleure : c’est ce qui est arrivé dans la commune d’Arbessan.

Landes ; arr. de Saint-Sever, cant. d’Aire. — Dans la plupart des communes, les conseils municipaux, en votant les 200 francs exigés par la loi, après avoir imposé aux instituteurs l’éducation gratuite d’un très-grand nombre de pauvres, ont cru devoir diminuer le modique salaire payé jusqu’à ce jour par les élèves non gratuits, les 60 c., 50 c., ont été réduits à 50 c., 40 c., et plus bas. Ainsi, dans un grand nombre de communes, les instituteurs, déjà si malheureux, ne gagneraient pas grand’chose au changement qui devait leur être avantageux.

Moselle ; arr. de Metz. — Pour le nombre des élèves indigents, il serait bon qu’une décision supérieure le limitât. Il y a des écoles où il s’élève au quart du nombre total, et c’est beaucoup trop.

Sarthe ; arr. du Mans, cant. de Montfort. — Il n’est pas jusqu’aux bienfaits du gouvernement que quelques communes ne fassent tourner au détriment des instituteurs. Je citerai la commune de Saint-Célerin, qui oblige l’instituteur à recevoir cinq élèves gratuitement, pour lui continuer le chétif traitement de 50 francs qu’elle lui accorde, et cela parce qu’il a reçu, à titre d’encouragement, une somme de 50 francs (de l’Université).

Vaucluse ; arr. et cant. d’Orange (est et ouest), comm. de Châteauneuf. — Le conseil municipal de cette commune a voté les 200 francs, conformément à la loi, mais il a diminué le taux de la rétribution mensuelle, et a désigné, comme indigents, des enfants dont les pères sont très-solvables. Par cette manœuvre artificieuse, la position financière de l’instituteur est demeurée dans un déplorable statu quo.

Hautes-Alpes ; arr. de Briançon, cant. d’Aiguilles, comm. d’Arvieu. — Les conseillers municipaux, au lieu de 3 centimes additionnels, en ont voté 4, ce qui leur donne un total de 220 francs. Ensuite, pour concilier l’intérêt des hameaux avec les obligations de la loi, ils ont imaginé de faire promettre à l’instituteur communal, d’abandonner annuellement 100 francs de cette somme à leurs instituteurs privés, et ont, en compensation, pris sur eux de le dispenser de ses fonctions durant l’été.

Gers ; arr. d’Auch. — Il y a même des communes dans lesquelles l’instituteur communal transige avec le conseil municipal qui s’engage à le présenter, à condition qu’il se logera lui-même et fournira une salle pour l’école.

Indre-et-Loire. — Simonie de quelques conseils municipaux. Quelques communes votent les fonds exigés pour l’instruction primaire, mais avec une arrière-pensée coupable, comme le maire d’une commune du canton de Bourgueil, qui me disait avec une franchise rustique : « La loi est bonne, elle est juste, elle est nécessaire, et nous voterons les fonds ; mais il entre dans nos convenances de traiter amiablement avec l’instituteur qui en sera fort aise ; et ces fonds, votés pour l’instruction primaire, un faux même ne me coûtera pas pour les employer aux routes. » Il est clair que tout l’embarras consistera, pour l’administration, dans un redoublement de vigilance pour la vérification de l’emploi des sommes portées au budget de chaque commune. Toutefois, il ne faut pas se le dissimuler, l’intérêt de l’instruction primaire exige que l’on apporte, à ces transactions secrètes entre l’instituteur et les autorités de la commune, la surveillance la plus assidue : autrement, le but de la loi serait manqué ; et les instituteurs au rabais, qui prendraient possession de leur privilége comme instituteurs communaux, sans en exiger les émoluments, ne pourraient que ruiner l’instruction remise entre leurs mains.

Jura ; arr. de Saint-Claude. — Souvent les cabales fixent seules le choix des autorités qui, comme je l’ai déjà dit, incapables de juger des connaissances d’un instituteur, prennent celui qui est de l’endroit, et par là même, plus en état que tout autre, de faire une remise considérable sur le traitement que la loi lui accorde ; mais, par là même, aussi, moins capable de faire le bien, donnant toujours moins de soins à la classe qu’à ses champs et à sa famille.

Nord ; arr. de Cambrai, cant. de Marcoing. — À R...., commune de seize cents âmes, et où ne se trouve aucune institutrice, le conseil municipal, pour obéir à la loi, a voté 200 francs de traitement et 100 francs d’indemnité de logement, en faveur du sieur N...., mais à condition que cet instituteur remettra, chaque année, au sieur N...., 150 francs, sans rien dire. Plusieurs communes ont déjà suivi cet exemple.

Nord ; arr. de Cambrai, cant. de Solesnes. — Dans certaines localités, les instituteurs ne recevront peut-être qu’une partie de ce minimum :

Ici, c’est un jeune homme qui demande à être instituteur communal, uniquement pour être exempt du service militaire ; mais, comme il est peu instruit et qu’il craint des concurrents plus habiles, il s’adresse aux économistes de la commune, et offre la remise d’une partie du traitement que la loi accorde à un instituteur ; par là, il est sûr d’être bien accueilli et d’écarter des compétiteurs plus capables que lui. Là, sont deux instituteurs, dont l’un n’a pas d’habitation, et l’autre en a une ; celui-ci est peu propre à remplir les fonctions auxquelles il aspire, mais, comme il veut une place à tout prix, et qu’il a une maison, il offre à la commune la remise de l’indemnité de logement ; c’est une économie toute claire, un argument sans réplique, et cela suffit pour qu’il soit choisi par le conseil municipal, dont la majeure partie sait à peine lire. Ailleurs, c’est un maître d’école tout-à-fait incapable, ou d’une mauvaise conduite, ou négligeant entièrement les devoirs de son état ; tout le monde le sait, tout le monde s’en plaint. Un autre instituteur vient s’établir dans la commune ; il est d’une conduite régulière, il a du zèle et tient bien son école ; il gagne bientôt l’affection des élèves, l’estime et la confiance des parents ; ceux-ci lui confient leurs enfants, et l’ancienne école devient déserte. Il s’agit maintenant de choisir un instituteur communal. Tout le monde convient que le nouveau doit être préféré à l’ancien ; mais celui-ci s’y oppose ; il veut garder son titre : il a de l’influence, il est secrétaire de la mairie et, comme l’on dit, le factotum de la commune : il dirige le conseil municipal à son gré ; et, si le nouveau maître d’école veut avoir le titre d’instituteur communal, il l’aura, mais à condition qu’il cédera, chaque année, une partie de son traitement à son prédécesseur. Voilà ce qui vient d’avoir lieu à B.... Le sieur N.... n’a été choisi instituteur de cette commune qu’après s’être engagé à donner une partie de son traitement au sieur N...., dont l’école est tombée par sa négligence.

Pas-de-Calais ; arr. de Saint-Omer, cant. d’Audruick. — À Zutkerke, l’instituteur, d’après un arrangement secret, fait avec le maire et quelques membres du conseil, signe un reçu d’un mandat de 325 francs, montant de son traitement fixe, et il retranche de cette somme 25 francs pour l’instituteur privé d’Ostone, hameau de la commune de Zutkerke, et 100 francs pour son prédécesseur, de sorte qu’il ne lui reste que 200 francs pour son traitement personnel.

La loi, en fixant le minimum du traitement à 200 francs, a sans doute voulu qu’il le touchât intégralement. Je dois donc ici faire connaître un abus étrange qui m’a été signalé. Pour quelques communes, le traitement de 200 francs ne serait que fictif : l’instituteur, par une clause secrète de son marché, s’engagerait à signer un reçu de 200 francs, quand, par le fait, il ne toucherait que 100 francs ou 150 francs.

Eure ; arr. d’Andelys. — La loi nouvelle force les communes à faire à leurs instituteurs un traitement, dont le minimum a été fixé à 200 francs. Aucune commune n’a dépassé ce chiffre. Loin d’entrer dans les vues bienveillantes du Gouvernement, les autorités locales n’ont, au contraire, cherché qu’à en paralyser les effets, soit en baissant le chiffre déjà trop peu élevé de la rétribution mensuelle, soit en portant sur la liste des indigents des enfants en état de payer cette modique rétribution.

Eure-et-Loir ; arr. de Châteaudun. — Presque partout le nombre des enfants pauvres que l’instituteur devra recevoir gratuitement est encore à fixer. Dans quelques localités, on force le maître à admettre vingt-cinq, trente et même trente-quatre enfants pauvres, sur une école de soixante et soixante-dix élèves, sous prétexte qu’il va toucher 200 francs. Il y a même des communes où des enfants, gratuits aujourd’hui, payaient très-facilement l’année dernière.

Cette mesure n’est pas la seule qui diminue les ressources de l’instituteur. On croit généralement qu’il va être fort à son aise avec 200 fr., en sorte que l’on a cru devoir réduire la rétribution mensuelle, ici d’un quart, là du tiers. Ainsi, tel maître avait cinq élèves gratuits, qui en reçoit aujourd’hui vingt-cinq ; il demandait 1 fr., 1 fr. 25 cent. par mois ; aujourd’hui on l’a tarifé à 75 cent. et 1 fr., de façon que, tout bien considéré, il a moins qu’avant la loi.

Loiret ; arr. de Gien. — Dans quelques-unes des communes où l’on a voté les 3 centimes additionnels, les conseils municipaux ont arrêté une réduction assez sensible dans la rétribution mensuelle, et augmenté le nombre des élèves gratuits.

Oise ; arr. de Beauvais, cant. de Noailles. — La nouvelle loi sur l’instruction primaire est fort désavantageuse aux instituteurs de ce canton. Aussi entend-on de toutes parts s’élever des plaintes contre cette loi qui force les conseils municipaux à ne pas s’imposer au-delà de 3 centimes, en sorte que les instituteurs qui recevaient 300, 400 et 500 fr., vont se trouver réduits à 200 fr.

Oise ; arr. de Beauvais, cant. de Marseilles. — Si la nouvelle loi a fait quelque chose pour l’instituteur, elle est encore bien loin d’arriver au but qu’elle s’est proposé. On a cru qu’en fixant à 200 fr. le traitement des instituteurs, on les mettait dans une position aisée. On a calculé qu’ils pouvaient se faire au moins 4 à 500 fr. de mois d’école, ce qui est bien loin de la réalité. L’instituteur reçoit, terme moyen, 50 cent. par élève ; en supposant qu’il en ait 40, il perçoit sans défalquer les mauvais débiteurs, 80 fr. pour quatre mois d’école, qui réunis à une centaine de francs, qu’il touche comme secrétaire, chantre, etc., etc., approchent de 400 fr. Peut-on vivre, même à la campagne, avec une pareille somme ? Tel est l’état des deux tiers des instituteurs.

Loir-et-Cher ; arr. de Blois. — Dans plusieurs communes, le conseil municipal s’est servi de cette faculté pour se venger de l’obligation où le mettait la loi, de voter 200 fr. de traitement ; dans d’autres certaines animosités se sont satisfaites, en obtenant la fixation d’une faible rétribution mensuelle ; et certes, au moyen de ce pouvoir livré aux conseils municipaux, l’indépendance de position, que la loi a voulu assurer à l’instituteur, devient illusoire, puisque, au moyen de la fixation d’un prix très-bas, et d’une liste nombreuse de gratuits, le conseil municipal peut rendre l’existence de l’instituteur impossible, et prononcer de fait sa destitution.

Gers ; arr. d’Auch. — L’instituteur de l’année dernière, dont j’ai entendu faire l’éloge, a abandonné la commune, parce qu’il n’espérait pas pouvoir vivre avec les conditions que lui a faites la délibération du conseil municipal.

Ardennes ; arr. de Rocroy. — Ceux qui n’ont rien, travaillent comme manœuvres pour les propriétaires de la commune, et cet inconvénient est encore plus grand, parce qu’il tend à faire perdre à l’instituteur la considération qui devrait être attachée à ses fonctions.

Ardennes ; arr. de Vouziers, cant. de Monthois. — En votant le traitement fixe voulu par la loi, les communes font entrer dans les 200 fr., la valeur du mariage et croient les instituteurs engagés comme auparavant, sous le rapport des fonctions de chantre. Il est très-important, pour les progrès de l’enseignement primaire, que la qualité de chantre ne soit placée de fait qu’après celle d’instituteur.

Charente-Inférieure ; arr. et cant. de La Rochelle. — Les autorités exigent souvent que, sur la somme de 200 fr., le maître soit obligé de remplir les fonctions de secrétaire, de chantre, de sacristain ; et, sur plusieurs concurrents, il n’est pas rare de leur voir choisir le plus ignorant, qui leur paraît le plus propre à remplir quelques-unes de ces fonctions étrangères à l’instruction.

Doubs ; arr. de Beaume, cant. de Clerval. — J’ai déjà dit ailleurs que, dans toutes les communes qui ont une paroisse, l’instituteur est, avant tout, chantre, sonneur et sacristain ; ses fonctions de maître d’école ne sont considérées que comme accessoires. C’est un abus que l’on ne devrait pas tolérer, même dans le village le moins important, parce que la classe est toujours négligée ; mais cet usage est vraiment funeste dans les communes où l’école réunit jusqu’à cent trente élèves, comme à Clerval et à Sancey-le-Grand. Le maître est tenu de chanter tous les jours à deux messes, ce qui le tient à l’église depuis huit heures jusqu’à dix, et, pendant son absence, la classe est surveillée par un élève, qui ne peut obtenir ni silence ni travail.

Doubs ; arr. de Baume. — Les instituteurs sont en même temps chargés de sonner les cloches, de remonter l’horloge, d’allumer les cierges et même de balayer l’église : il est aisé de voir combien la classe en souffre.

Doubs ; arr. de Besançon. — Un des graves inconvénients de l’état actuel de l’instruction primaire, c’est la nécessité où se trouve l’instituteur d’accompagner le curé de la paroisse comme clerc paroissial, et d’abandonner par conséquent assez fréquemment sa classe, surtout quand la paroisse se compose de plusieurs communes ou hameaux. Les fonctions de chantre lui conviennent très-bien ; mais je pense qu’il serait essentiel que les fabriques ou les communes votassent un traitement quelconque pour un clerc chargé de remplacer l’instituteur communal dans des fonctions qui peuvent l’obliger assez souvent à s’éloigner de sa classe.

Gers ; arr. de Lectoure, cant. de Mauvezin. — À Saint-Antonin, B...., instituteur, valet de ville, sonneur et fossoyeur de tombes, était absent.

Loir-et-Cher ; arr. de Blois, cant. de Cantres. — À C......, l’instituteur H...., breveté pour cette commune, n’a pas été trouvé exerçant ; les informations prises à son sujet m’ont appris que, depuis quelques années, une intrigue menée par le curé (qui ne reconnaissait pas dans cet homme, quoique très-capable d’ailleurs, un grand talent de chanter au lutrin), était venue à bout de le faire partir et d’en mettre à sa place un nouveau tout dévoué au curé, et dont au contraire le talent de chanter au lutrin est absolument l’unique. Ce dernier en outre, n’a ni brevet ni autorisation ; il est rejeté par le maire, père d’une nombreuse famille, et par une partie du conseil, qui redemande l’ancien ; mais la majorité, toujours influencée, tient pour l’autre, parfait honnête homme, à la vérité.

Marne ; arr. de Sainte-Menehould, cant. de Dommartin-sur-Yère et de Sainte-Menehould. — Au nombre des obstacles qui s’opposent le plus aux progrès de l’instruction primaire, il faut mettre les fonctions de secrétaire de la commune, de clerc, de chantre de l’église, de sonneur, de tambour. Ces fonctions accessoires améliorent sans doute le sort de l’instituteur, mais elles le dérangent continuellement et lui prennent une partie considérable du temps que réclame la jeunesse qu’il est chargé, avant tout, d’instruire et de faire travailler sous ses yeux.

Marne ; arr. de Vitry-le-Français, cant. de Neiltz-le-Maurapt. — Il est à remarquer que, dans beaucoup de communes, le traitement du chantre est compris dans le traitement de l’instituteur, quoique fixé au minimum de la loi.

Meurthe ; arr. de Nancy, cant. de Vezelise.— Partout, l’instituteur est chantre, sonneur, secrétaire, appariteur, etc. La multiplicité de ces fonctions n’entraîne pas de grands inconvénients dans les petites communes, mais elle en a de très-graves dans les communes populeuses. Chaque jour, messes, services, offices retiennent l’instituteur des heures entières hors de son école.

Meuse ; arr. de Commercy. — La plupart des instituteurs sont en outre, chantres, secrétaires, sonneurs, etc., etc. Si, du peu de temps que l’école se tient, on retranche encore les heures qu’ils doivent consacrer à ces diverses fonctions, on trouvera combien est faible la somme des instants qu’ils donnent à la partie la plus sainte de leurs devoirs.

Meuse ; arr. et cant. de Commercy. — Le traitement est de 200 francs. J’ai bien expliqué à presque toutes les autorités que ces 200 francs, voulus par la loi, étaient uniquement pour donner l’instruction aux élèves de la commune, pendant l’année scolaire, qui est d’environ dix mois.

Meuse, arr. de Commercy. — Presque partout on l’entend autrement. Ces 200 francs seraient pour instruire, chanter, sonner ; si bien que, dans plusieurs communes, on cumule tout pour atteindre les 200 francs. Ainsi, 110 francs fixes ; 40 francs, secrétaire ; 50 francs, chantre et sonneur. J’ai pensé, et dit, que l’administration supérieure réformerait ce cumul, en exigeant les 200 francs fixes, plus le salaire de chantre, sonneur, secrétaire, si l’instituteur a toutes ces charges…

Moselle ; arr. de Metz, cant. de Gorze. — Les communes, en faisant les 200 francs de traitement, ont imposé les fonctions de chantre avec celles d’instituteur ; et les desservants usent, comme par le passé, du droit qu’ils ont sur le chantre ; ils exigent de lui le service de l’église, et dérangent l’école sans scrupule, quand il leur convient de dire la messe pendant qu’elle a lieu, etc., etc. Un grand nombre d’instituteurs de ce canton ont demandé si, en réglant leur traitement à 200 francs, les communes avaient le droit de les obliger à autre chose qu’à ce que portait la loi, c’est-à-dire aux fonctions de l’école ; ils ont représenté surtout le dérangement que causait, dans leur classe, la nécessité d’aller sonner, préparer les vêtements du curé, servir la messe ; beaucoup se sont plaints de l’affectation que mettait le prêtre à les humilier, depuis que le gouvernement s’attachait à relever leur position ; et ces motifs leur faisaient désirer de se démettre de l’emploi de chantre qui ne leur était pas payé.

Moselle ; arr. de Sarreguemines. — Dans la plupart des communes, on a maintenu les instituteurs tels qu’ils étaient avant la loi, en y joignant leur traitement comme chantre. Il est indispensable que ces deux traitements ne soient pas confondus ; autrement, il n’y a pas possibilité de connaître son traitement fixe ; car, dans presque toutes les sommes allouées pour le service de l’église, figurent aussi les fonctions de sacristain, de sonneur, l’entretien de l’horloge, le blanchissage du linge, la confection des hosties et jusqu’à l’achat des balais pour le nettoyage de l’église. Beaucoup de communes, en votant 200 francs pour l’instituteur, n’ont rien porté comme chantre ; et plusieurs autres qui, avant la loi, accordaient plus de 200 francs à l’instituteur, ont regardé la fixation de 200 francs comme un maximum, et ont refusé l’ancienne allocation. Dans ce cas, la nouvelle loi, au lieu d’améliorer le sort de l’instituteur, lui a été défavorable.

Moselle ; arr. de Sarreguemines. — Ce qui empêche encore beaucoup l’exacte tenue des écoles, ce sont les différentes fonctions que les instituteurs ont à remplir. Y a-t-il un service religieux, une messe de fondation ou d’anniversaire, un enterrement, un mariage ou un baptême, le chantre est appelé et l’instituteur a, ou donne congé toute la matinée, et les enfants le prennent l’après-midi. Enfin, l’heure fixée pour la messe quotidienne, ou pour l’instruction du catéchisme, n’est pas combinée avec les heures d’école ; souvent, c’est une heure après l’ouverture de l’école. Il est des prêtres même qui contrarient l’instituteur à cet égard.

Oise ; arr. de Clermont, cant. de Maiguelay. — Je vous prie de bien faire connaître à MM. les maires que le minimum de 200 francs, fixé par la loi, est tout-à-fait indépendant du traitement de clerc-laïc, car on ne l’avait compris presque nulle part, et on ne m’a pas toujours cru quand je l’ai assuré.

Pas-de-Calais ; arr. de Montreuil, cant. de Hesdin. — En général, l’instituteur est clerc et chantre de sa paroisse. C’est en réunissant ces triples fonctions qu’il peut subsister dans de si pauvres ou de si petites communes.

Sarthe ; arr. de Mamers, cant. de Beaumont-sur-Sarthe et de la Fresnaye. — Quant à la considération dont le gouvernement veut voir les maîtres entourés, je suis convaincu qu’ils n’en peuvent jouir qu’en renonçant aux professions mécaniques, aux places attachées aux églises, telles que celles de chantre, sacristain, fossoyeur, places qui, d’ailleurs, les obligent d’abandonner leurs écoles à chaque instant et les empêchent, concurremment avec leurs états mécaniques, de consacrer quelques moments à l’étude.

Seine-et-Oise ; arr. de Rambouillet, cant. de Dourdan. — B................ Le conseil municipal, en votant les 200 francs, a cru pouvoir imposer en conséquence à son instituteur, avec l’obligation d’instruire gratuitement un certain nombre d’enfants, celle de tenir propre un lavoir public et de battre le tambour, pour rappeler les habitants, toutes les fois que l’autorité aurait quelque publication à faire.

Somme ; arr. d’Abbeville. — É..... Les conseillers municipaux récusent cet instituteur comme incapable de gérer à cause de son bégayement. Je l’ai fait lire, calculer, corriger des devoirs devant ceux mêmes qui l’accusaient, en leur disant de signaler toutes les fois où il hésiterait. Il a lu, calculé, corrigé sans hésiter le moins du monde. Ils ont été forcés de convenir qu’il n’avait pas bégayé une seule fois ; cependant, ils n’en persistent pas moins dans l’intention de le faire sortir. Il y a là-dessous des haines et des manœuvres cachées qu’il faudrait éclaircir avant d’user de rigueur contre lui. Le comité a mandé l’instituteur d’E...., l’a fait parler et lire, l’a examiné avec soin, et a reconnu que le bégayement prétendu n’est qu’une hésitation légère et momentanée, et que le motif secret de la plainte formée contre lui, c’était qu’il n’avait pas assez de voix pour chanter au lutrin !!!

Somme ; arr. d’Abbeville. — La force de la voix d’un candidat est, aux yeux des paysans, le plus beau titre.

Vienne ; arr. de Civray, cant. de Civray et Charroux. — Voici des instituteurs et des institutrices sans brevet. À L...., N…, homme adonné au vin et de mauvaise vie, après avoir dissipé 50,000 francs, s’est mis fossoyeur et maître d’école ; pour enterrer les morts, il pressure les vivants, et n’épargne pas plus les familles, qui n’osent refuser de lui envoyer leurs enfants à l’école.

Mayenne ; arr. de Mayenne, canton d’Ernée. — En général, on porte cet amour de la religion jusqu’au fanatisme, et dans la classe pauvre et dépourvue de toute instruction, il y a une superstition vraiment digne de remarque, surtout dans le siècle où nous vivons. Elle y croit encore à la magie, aux revenants, etc., etc. Cette superstition, fille de l’ignorance, est entretenue et propagée par l’enseignement d’une morale exclusivement religieuse. Dans toutes les communes, c’est le prêtre qui prescrit à l’instituteur la leçon morale. Presque dans toutes, celui-ci est l’humble valet de son curé : il n’agit, il ne pense, en quelque sorte, que par l’ordre de son curé. Les élèves n’ont entre les mains que les livres désignés par le prêtre ; et l’instituteur se ferait un crime de contrarier ses vues. D’ailleurs, il aurait trop à perdre à une scission. Le curé n’aurait qu’à dire un mot, et la plupart des pères de famille n’enverraient plus leurs enfants à l’école de son ennemi.

Hautes-Pyrénées ; arr. d’Argelles. — On ne trouve dans les maires, ni cette éducation, ni cette position de fortune qui seules peuvent inspirer le respect. Leur ignorance les met presque tous sous la dépendance des instituteurs, surtout s’ils les ont pour secrétaires, comme cela est assez général. Ici je dois signaler un grand abus qui existe dans le canton de Lourdes, on y trouve des instituteurs qui sont secrétaires de quatre, de cinq communes, etc.

Lot-et-Garonne ; arr. de Nérac, cant. de L........ — Personne, dans les communes rurales, n’est plus apte que l’instituteur à remplir les fonctions de secrétaire de la mairie. Son état l’oblige à une vie sédentaire, et les administrés sont sûrs de le trouver à peu près toujours sur les lieux.

Ce serait d’ailleurs justice, vu l’exigence de la plupart des conseils municipaux. Ici, l’on impose, à titre gratuit, presque tous les enfants de la commune ; là, on fait descendre la rétribution mensuelle à un chiffre si bas que, à part la certitude d’un traitement fixe, l’instituteur ne sera guère plus avancé qu’auparavant.

Ardennes ; arr. de Mézières, cant. de Charleville. — Les habitants de G....... ôtent à leur instituteur le sous-chantre qui le remplaçait à l’église pendant les heures d’école, on veut qu’il assiste à tous les offices, ce qui l’enlèverait à son école trois ou quatre fois par semaine.

Ardennes ; arr. de Vouziers, cant. d’Attigny. — Dans plusieurs communes de ce canton, les maîtres sont souvent dérangés dans leurs fonctions d’instituteur pour celles de chantre.

Eure-et-Loir ; car. de Châteaudun. — Dans certains diocèses, l’instituteur est clerc-laïc, c’est-à-dire qu’il chante au lutrin, etc. Dans le diocèse de Chartres, les instituteurs sont sacristains ou bedeaux, c’est-à-dire qu’ils ont soin de tout ce que renferme l’église : ce sont, à proprement parler, les valets des curés. La preuve, c’est que beaucoup d’instituteurs ont quinze ou vingt francs par an pour balayer l’église : comme cette fonction ennoblit celle d’instituteur ! On ne peut trop le répéter, il faut, de toute nécessité, aviser promptement aux moyens de débarrasser les instituteurs de leurs fonctions cléricales ; la discipline des écoles, l’instruction des enfants, etc., etc., tout y gagnera.

Eure-et-Loir ; arr. de Nogent-le-Rotrou . — Je crois devoir signaler un usage qui me paraît nuisible aux progrès et à la discipline des écoles. Dans presque toutes les communes, l’instituteur est tout à la fois secrétaire de la mairie, chantre et sacristain, de sorte que, s’il survient une inhumation, un baptême ou un mariage, il est fort souvent obligé de quitter sa classe pour s’y rendre.

Moselle ; arr. de Metz, cant. de Vigy. — Il est à désirer qu’il soit pris des mesures pour que les fonctions de chantre et de secrétaire de la mairie ne dérangent pas l’instituteur de ses devoirs dans son école. Partout où les curés veulent bien entendre raison, et se prêter au bien de l’instruction, la chose s’arrange très-bien ; mais, quand ils se mettent à cheval sur leurs droits à l’égard du chantre-sacristain, il est impossible de les gagner par la persuasion. Quant aux fonctions de secrétaire de la mairie, les maires se sont engagés à ne réclamer les soins de l’instituteur qu’à des heures qui ne gêneraient point le service de l’école.

Basses-Pyrénées ; arr. de Pau. — L’école vaque également, si l’instituteur est chantre, chaque fois qu’il y a un enterrement, une messe chantée, un anniversaire pour les âmes du purgatoire ; or, les anniversaires reviennent fréquemment dans les campagnes. J’ai trouvé dans ma tournée, une vingtaine au moins de maîtres absents de l’école pour cette raison. Il est bon, sans doute, qu’ils cumulent les fonctions de secrétaire et de chantre ; c’est même souvent une nécessité : mais ce cumul, sous d’autres rapports, n’est pas sans inconvénients. L’école est souvent sacrifiée à la mairie ou au lutrin. Le maire, surveillant légal, se trouve sous l’influence de l’instituteur, ou bien, l’instituteur devient le serviteur obligé du maire et du curé.

Pas-de-Calais ; arr. de St.-Omer, cant. d’Audruick. — Les fonctions de chantre amènent aussi du désordre parmi les élèves, abandonnés à eux-mêmes pendant que l’instituteur est appelé à l’église.

Pas-de-Calais ; arr. de St.-Omer, cant. d’Ardres. — Les fonctions de chantre sont aussi l’occasion de plusieurs désordres, les élèves étant alors abandonnés à eux-mêmes.

Bas-Rhin ; arr. de Strasbourg, cant. de Geispolsheim. — La plupart des maîtres sont aussi greffiers, organistes, chantres et sacristains. Pour que ce cumul, sans lequel quelques-uns pourraient difficilement subsister, ne devienne pas nuisible à l’école, il faudrait que MM. les maires et MM. les curés fussent invités à ne jamais déranger l’instituteur de ses fonctions, hors les cas, assez rares, d’une absolue nécessité.

Somme ; arr. d’Abbeville. — Il faudrait tenir, autant que possible, à séparer les fonctions de chantre de celles d’instituteur. Ces fonctions font perdre un temps précieux et sont, pour beaucoup, une cause de dérèglement ; car, ils assistent presque toujours aux baptêmes, aux mariages, aux enterrements, et l’on n’ignore pas que, dans les campagnes, ces cérémonies sont suivies d’abondantes libations.

Vosges ; arr. de Mirecourt. — J’ai parlé du chantre tout à l’heure, eh bien ! que l’on consulte les notes particulières ; on verra qu’il n’y en a presque point qui jouissent de quelques émoluments pour ces fonctions, auxquelles ils joignent celles de sonneurs, de balayeurs d’église, de blanchisseurs de linge et quelquefois même d’appariteurs. « Nous vous donnons deux cents francs, disent les communes, mais à condition que vous ferez tout ; si cela ne vous convient pas, nous en trouverons un autre. »

Yonne ; arr. de Sens, cant. de Sargines. — La plupart des instituteurs sont chantres ; survient-il un enterrement, une messe extraordinaire, l’instituteur abrège le temps de la classe, ou bien, n’en fait pas du tout.

Charente-Inférieure ; arr. de Jonzac. — J’ai remarqué, et ce n’est pas dans le seul canton de Saint-Genis, plusieurs maisons d’instituteur auxquelles attenait une boutique ; mais il y avait toujours une femme ou une fille pour lui prêter son nom.

Haute-Marne ; arr. de Langres, cant. d’Auberive. — On trouve ici plus qu’ailleurs, parmi les instituteurs, des artisans. Ceux qui n’exercent pas quelque autre profession sont, ou des cultivateurs qui font valoir leur bien, ou de simples journaliers.

Nord ; arr. de Cambrai, cant. de Solesmes. — Il n’est point de fonctions plus pénibles et moins rétribuées que celles d’instituteur. La plupart des maîtres d’école, dans les campagnes, ne gagnent pas même de quoi vivre. La profession qu’ils exercent ne suffisant pas seule pour les mettre au-dessus des besoins les plus pressants, ils ne s’y attachent pas. Dès qu’ils ont obtenu un brevet, ils n’étudient plus. Tous les jours, ils attendent avec impatience la fin de la classe, non pour chercher à savoir plus qu’ils n’enseignent, et pour s’appliquer à répandre autour d’eux, par leur exemple, le besoin et le goût de l’instruction, mais pour se livrer à d’autres occupations qui leur procurent un bien-être qu’ils ne sauraient obtenir, s’ils se vouaient entièrement à l’exercice de leur profession.

Oise ; arr. de Beauvais, cant. de Méru, comm. d’......... — L’instituteur communal a été suspendu de ses fonctions de clerc-laïc, pour avoir manqué aux égards dus au curé. Sa conduite, dans plusieurs circonstances, lui a aliéné une portion notable des habitants. Le maire le soutient. Le conseil municipal est divisé en deux camps, et la commune également. De part et d’autre, on saisit toute occasion de se nuire. Le parti opposé à l’instituteur communal a fait venir un autre instituteur, qui a ouvert une école privée. Lors de l’installation de ce dernier, les parties en sont venues aux mains ; on s’est battu. Des blessures assez graves en sont résultées. La femme de l’instituteur communal n’est point étrangère dans cette fâcheuse affaire. On m’a assuré, lorsque j’étais sur les lieux, que, dans cette batterie, on s’était rué sur un individu. M. le maire, ainsi que l’instituteur, m’avaient caché que cette femme tenait un cabaret construit dans le local même de l’école, à l’aide d’une cloison en planches. J’avais bien remarqué cette cloison lorsque j’inspectai l’école, mais j’avais cru que c’était une de ces irrégularités si communes dans les écoles. Ayant appris qu’un cabaret avait été ouvert depuis trois semaines, je retournai dans cette commune, et je trouvai le sieur H****** et sa femme versant à boire à une dizaine de buveurs.

Pas-de-Calais ; arr. de Boulogne, cant. de Sames. — H....... L’instituteur de ce lieu tient un cabaret.

Bas-Rhin ; arr. de Schélestadt. — J’insisterai encore sur la nécessité de défendre aux instituteurs de se charger, dorénavant, de vérifications de tabacs : cet emploi ne doit pas leur laisser un désir sincère de tenir école en été, et les expose, de plus, à se faire des ennemis parmi leurs concitoyens, dont il leur importe tant d’avoir la confiance. L’instituteur de H....... est cultivateur, et s’occupe, un peu au préjudice de son école, des affaires de la mairie ; il fait aussi, en été, des vérifications de tabacs. Il en est de même de l’instituteur de H........

Saône-et-Loire ; arr. de Châlons. — Il faut attribuer à la même cause, les emplois cumulés par plusieurs maîtres d’école, dont les uns sont débitants de tabac, les autres, appariteurs ou tambours de la commune.

Seine-et-Oise ; arr. de Pontoise. — N............. Une grande difficulté s’oppose à ce que les enfants rendent à l’instituteur le respect qu’ils lui doivent : il est cabaretier.

Aube ; arr. de Nogent-sur-Seine, cant. de Villenaux. — D…, faubourg de V....... L’instituteur est épicier, et sa boutique, quoique tenue par sa femme, le dérange beaucoup des soins qu’il doit à ses écoliers qui, en général, sont très-faibles.

Aube ; arr. d’Arcis-sur-Aube, cant. d’Arcis-sur-Aube. — Les instituteurs sont tous, excepté celui d’Herbisse, laboureurs, agriculteurs, chasseurs ou arpenteurs. D’autre part, l’instituteur a presque toujours une très-mauvaise tenue à l’école. Entraînés par l’exemple, les enfants s’y présentent tels qu’ils sont ; ils y mangent, y boivent, y apportent enfin toutes les habitudes domestiques.

Aude ; arr. de Narbonne, cant. de Coursan. — À C…, M. F.... fait le commerce de la farine, et M. P...... exerce l’état d’arpenteur. À C....., M. G..... est receveur des contributions indirectes ; et M. P… fait un petit commerce de revendeur, surveillé par son épouse.

Aude ; arr. de Narbonne, cant. de Durban. — Il n’y a que MM. M...., à D....., et D...., à F...., qui font le métier de barbier, avant ou après la classe, et les jours de congé.

Aude ; arr. de Narbonne, cant. de Lésignan. — Les instituteurs n’exercent, dans ce canton, aucune autre profession. Cependant, M. B....... à F......, est arpenteur-géomètre, et MM. C..... à F...., P......, à C....., C...... à H....., font le métier de barbier, après leur classe et les jours de congé.

Aude ; arr. de Narbonne, cant. de Sigean. — MM. B…, oncle à L....., et C........ à V......, exercent la profession de barbier, après la classe et les jours de congé ; et M. S....., celle d’arpenteur.

Aveyron ; arr. de Villefranche, cant. d’........ — M. *****, instituteur à F***, s’appelle Alexis, et non Pierre, comme il me l’a dit. La cause de ce changement de prénom, c’est qu’étant maire de F***, et les fonctions de maire et d’instituteur étant incompatibles, il a fait semblant de céder l’institution à son frère Pierre ****, médecin. Si cela pouvait ainsi s’arranger, il faudrait encore que M. Pierre **** se fît examiner, car un brevet ne se cède point ; ce qu’il y a de sûr, c’est que M. ***** Alexis est le meilleur instituteur du canton d’........ et qu’il est un des meilleurs maires de l’arrondissement de Villefranche.

Côte-d’Or ; arr. de Dijon. — Plusieurs instituteurs sont forcés de se créer un supplément de ressources, en exerçant des professions peu compatibles avec leurs fonctions ; quelques-uns s’engagent, pendant l’été, dans les fermes en qualité de moissonneurs. Il en est un, qui est tout à la fois sabotier, moissonneur et forgeron. On doit, de plus, reprocher aux instituteurs l’oubli de leur dignité ; les uns sont tambours d’autres charpentiers, d’autres tonneliers, quoiqu’ils aient des épargnes et du patrimoine.

Eure ; arr. d’Évreux, cant. de Vernon. — J’ai rencontré, parmi ces mauvais maîtres, un barbier, un tailleur, un facteur de voitures publiques ; quelques-uns cultivent la terre.

Eure-et-Loir ; arr. de Chartres, cant. d’Illiers. — L’instituteur de M........... est en même temps tonnelier ; le maire est content de lui, mais il n’a pu me nier, ce que je savais déjà, qu’il y a des plaintes nombreuses.

Landes ; arr. de Dax, cant. de Montfort. — L’instituteur de H*** est aubergiste, ce qui paraît incompatible avec sa profession réelle. Il sera bien difficile de le faire se dessaisir de ce commerce qu’il trouve lucratif. Il renoncera plutôt, je crois, au titre d’instituteur qu’à son auberge.

Loir-et-Cher ; arr. de Vendôme, cant. de Vendôme. — L’inspecteur présumant que l’intention de M. le Ministre était de connaître les ressources que pouvaient offrir les communes à l’instituteur, a cru devoir prendre note du casuel qui revenait au secrétaire de mairie, au chantre et au sacristain. Le premier tire souvent un bénéfice de certains actes ; les seconds ont souvent une glane qui, ajoutée aux services et aux enterrements, et au déblaiement des fosses, contribue à leur bien-être.

Maine-et-Loire ; arr. de Beaupréau. — Dans plusieurs communes, contrairement aux dispositions de la loi, le même individu exerce à la fois les fonctions de maire et d’instituteur.

Oise ; arr. de Beauvais, comm. de Petit-le-Hus. — Tant que l’instituteur sera obligé d’exercer un autre état pour vivre, il faudra désespérer de son instruction. N’ayant que de bien faibles connaissances, lorsqu’il arrive dans une école, il se voit forcé, loin de les étendre, de les oublier, pour ne songer qu’à la truelle, à la faucille, ou à toute autre opération manuelle. Si l’autorité supérieure voyait de près ces sortes de plaies, elle en serait stupéfaite.

Pas-de-Calais ; arr. de Saint-Omer, cant. de Lumbres. — D’autres exercent des professions peu compatibles avec l’état d’instituteur, et qui, nécessairement, doivent nuire à l’accomplissement des devoirs que cet état impose, comme celles de cabaretier, cultivateur, brasseur, maçon, arpenteur, tisserand.

Puy-de-Dôme ; arr. de Riom, cant. de Pont-au-Mur. — Ayant peu d’élèves en hiver, et quelquefois point du tout, certains maîtres se livrent au commerce, vont dans les foires vendre différents objets, tels que rubans, toiles, etc.

Pyrénées-Orientales ; arr. de Perpignan et de Prades, cant. de la Tour-de-France, de Saint-Paul et de Prades. — M. N***, instituteur à T....., exerce la profession de chirurgien. M. N***, instituteur communal à M…, est officier de santé, barbier (les samedi et dimanche). M. N***, instituteur à E…, exerce les fonctions d’officier de santé, qui lui laissent peu de moments disponibles.

Bas-Rhin, arr. de Strasbourg. — Un cordonnier, un tisserand, qui savait à peu près lire et écrire, et qui chantait au lutrin plus fort que les autres, ouvrait une école avec la protection du curé, sans renoncer pour cela à sa première profession, et cette double industrie restait en quelque sorte héréditaire dans la famille. J’ai encore trouvé quelques exemples de ce cumul, qui ne blesse en rien l’opinion du pays.

Vendée ; arr. de Fontenay, cant. de Luçon. — À Triaize, l’une des communes de ce canton, se trouve, outre l’instituteur inscrit au tableau, un nommé N....., muni d’un brevet du troisième degré et d’une autorisation du 4 août 1827, qui exerce le jour son état de maréchal-ferrant, et qui, pendant trois mois chaque hiver, pendant les soirées seulement, réunit une quinzaine de jeunes gens, auxquels il enseigne la lecture, l’écriture et le calcul.

Cher ; arr. de Bourges, cant. des Aix. — Séminariste, soldat, instituteur, changeant souvent de condition et de résidence, un peu singulier dans son langage et dans ses manières, le sieur N… paraît enfin vouloir se fixer dans le pays où d’abord il avait exercé et où il s’est marié.

Indre-et-Loire. — Les instituteurs sont en général étrangers au pays. Très-peu d’entre eux sont nés dans le département, et, même parmi ceux-là, on n’en voit guère qui exercent dans le canton de leur naissance. Il semble que l’instituteur soit nomade par caractère ; il y en a même, comme M. B..... de Restigny, ou comme M. Evenon, pour lesquels la vie est un voyage. M. Evenon, en particulier, est la représentation exacte du Solitaire de M. d’Arlincourt : je l’ai trouvé partout et nulle part. Je suis allé le chercher à Avon où il était venu des Essarts, après avoir déjà pratiqué bon nombre de communes. Il avait déserté son poste ; il est vrai que le surlendemain je le retrouvai à Parçay, mais il n’y était qu’en passant. Quelques jours après je le rencontrai successivement dans les communes de Saint-Christophe, Courcelles, Langeais. Tous les instituteurs ne sont pas si ambulants, mais en général leur mobilité atteste que leur position n’était nulle part supportable, ou que l’inconstance de leur caractère était bien grande.

La plupart, en Touraine, sont des bretons, des normands, quelques picards. Leur titre d’étranger n’inspire pas d’abord grande confiance ; on attend que l’expérience ait appris si ce sont d’honnêtes gens, ou s’ils n’ont pas eu des raisons fâcheuses de déserter leur pays, et malheureusement, bientôt on les voit s’adonner à la dissipation, à l’inconduite, contracter des dettes par défaut d’économie, épouser les querelles de voisinage ; on apprend que l’un vit en concubinage, que l’autre est un prêtre marié, et la confiance est étouffée dans les familles avant d’avoir pu naître. L’école étant vide, l’instituteur reprend ses dieux pénates et les emporte quelques lieues plus loin ; souvent encore sa mauvaise conduite ne l’empêche pas d’être un ignorant ; il n’en faut pas tant pour dégoûter une commune de l’instruction qu’on peut puiser dans son école. Alors vous rencontrez dans les villages des petits enfants qui jouent à la cannette, et vous trouvez l’école déserte.

Aveyron ; arr. de Saint-Affrique, cant. de Cornus. — Quelques instituteurs fréquentent les cabarets, ce qui leur fait perdre l’estime des parents, et donne un mauvais exemple aux élèves.

Basses-Alpes ; arr. de Forcalquier, cant. de Digne et de Sisteron. — Cette indifférence tient à une grande pauvreté qui force les parents, en quelque sorte, à se servir de leurs enfants pour les travaux agricoles et pour la garde des bestiaux, dès qu’ils commencent d’être en âge de s’y livrer ; à ce que la plupart des écoles étant dirigées par des ignorants, des routiniers, les enfants qui en sortent après six ou huit ans d’étude, ne sont guère plus instruits que ceux qui ne les ont jamais fréquentées ; enfin, à ce que des instituteurs joignant à un défaut absolu d’instruction, la plus grande négligence, des vices grossiers, l’ivrognerie, le libertinage, l’impiété, ne peuvent absolument inspirer aucune confiance. Tels sont certains instituteurs que j’ai signalés dans le tableau même.

Calvados ; arr. de Vire, cant. d’Aunay-sur-Odon. — C’est la coutume des habitants de quelques communes, de recourir aux maîtres d’école pour régler leurs comptes et tenir leur correspondance. Or, ce travail se fait au café ou au cabaret, et tout le fruit qu’en retirent les maîtres, consiste dans un dîner, un déjeuner, quelquefois moins ; mais presque toujours assez pour qu’il y ait excès. J’ajouterai que les parents mêmes des élèves se font un malin plaisir d’échauffer les têtes de ceux qui doivent diriger l’éducation de leurs enfants, et qu’ils croient ne les avoir bien recommandés qu’autant que leurs efforts ont été couronnés d’un plein succès.

Landes ; arr. de Saint-Sever. — Il est d’usage dans ce pays que toutes les affaires, petites ou grandes, se règlent au cabaret. Messieurs les instituteurs sont toujours pris pour arbitres et pour notaires, parce qu’eux seuls sont en possession d’écrire et de calculer. Ils vont ainsi prendre part à bien des bouteilles. Comme au cabaret tout le monde est camarade, ils s’y habituent bientôt à y devenir trop familiers avec tous, et à perdre ce décorum si nécessaire dans leur état.

Loir-et-Cher ; arr. de Vendôme. — Dans les petits endroits, les marchés, de quelque nature qu’ils soient, se concluent le verre à la main, au cabaret ou chez les particuliers, qui regardent comme malhonnête de refuser de boire. Ce défaut que l’on rencontre assez souvent chez les instituteurs, est peut-être plus souvent la faute des parents eux-mêmes, que celle des maîtres, qui ne sont que rarement assez aisés pour aller au cabaret.

Nord ; arr. de Dunkerque, cant. de Wormhout. — La cumulation des fonctions de clerc et de secrétaire, est une nécessité présente encore dans quelques communes ; mais la secrétairerie a l’inconvénient d’entraîner les instituteurs dans des sociétés où ils se laissent aller à des habitudes qui ne conviennent pas à leur état, toutes les affaires, dans cette partie, se faisant au cabaret ou au lieu attenant au cabaret ; car si l’on peut donner de beaux noms aux choses, on peut les appeler aussi franchement par leur nom.

Hautes-Pyrénées ; arr. d’Argelles, cant. de S...... et de L....... — Le grand défaut des instituteurs de l’arrondissement d’Argelles, est l’ivrognerie.

Hautes-Alpes, arr. et cant. d’Embrun. — Nous n’avons mentionné nulle part sur nos tableaux, parmi les livres des écoles catholiques, le catéchisme du diocèse qui se trouve partout. Si un temps considérable passé dans les écoles ne produit que peu de fruits ; si les enfants ne prennent pas auprès de leur maître des habitudes d’ordre et de propreté ; si l’enseignement est dans un état déplorable dans la plupart des communes, qui sont souvent embarrassées pour trouver des hommes propres à remplir les fonctions de maire ou de conseiller municipal, c’est que la profession d’instituteur, exercée, en général, par des mercenaires dont elle devient le pis-aller, n’avait jusqu’ici rien qui pût faire envie à des gens capables et bien élevés.

Charente-Inférieure, arr. de Saint-Jean-d’Angely. — On croira à peine que, dans plusieurs cantons, le pis-aller est d’être instituteur. Plusieurs de MM. les maires, quand je leur ai parlé de l’incapacité des maîtres dont ils voulaient faire des instituteurs communaux, me répondaient : « Il ne peut pas faire autre chose ; il lui est impossible de travailler à la terre ; » de là, ce grand nombre d’instituteurs infirmes ; de là, cette bienveillance de l’autorité municipale qui ressemble bien plus à de la commisération.

Eure ; arr. et cant. de Louviers. — Partout on voit les fonctions d’instituteur dans un état complet d’avilissement, causé par la plupart de ces hommes immoraux, privés des connaissances dues à leurs fonctions : peut-on aimer l’instruction, envoyer ses enfants à l’école, lorsque l’on voit des hommes quitter l’état de domesticité, pour être à l’abri des travaux journaliers, se charger de former l’éducation de la jeunesse ?

Eure ; arr. d’Évreux, cant. de Vernon. — Trois autres sont de pauvres infirmes qui n’ont embrassé la carrière, de l’instruction, que par l’impuissance où ils sont d’exercer une profession mécanique.

Eure-et-Loir ; arr. d’Évreux, cant. de Vanves. — L’instituteur d’O......, ancien garçon d’écurie, n’inspire aucune confiance aux parents sous le rapport de l’instruction.

Eure-et-Loir ; arr. et cant. de Châteaudun. — L’instituteur de Saint-Cloud était berger ; il s’est fait maître d’école pour être exempt du service militaire.

Hérault ; arr. de Montpellier, cant. de Frontignan. — M. N**** a dissipé sa fortune et n’a pris l’état d’instituteur que par nécessité, étant infirme, quoique jeune.

Eure-et-Loir ; arr. de Blois, cant. de Mer. — L’instituteur d’Avaray peut avoir rempli toutes les conditions imposées ; mais des absences de raison trop fréquentes l’empêchent d’être d’aucune utilité.

Nord ; arr. d’Avesnes. — Les instituteurs réduits à la nécessité d’exercer pour vivre, une pénible industrie pendant les trois quarts de l’année, ne sont plus que des mercenaires insouciants du progrès, dégoûtés du métier et de plus en plus inhabiles.

Pyrénées ; arr. de Tarbes, cant. de Tarbes (nord). — Plusieurs ne se sont livrés à l’enseignement que pour se soustraire aux travaux pénibles de la campagne, ou pour s’exempter du service militaire. Ceux-là qui, presque tous appartiennent à des parents qui ont du bien, ne montrent ni beaucoup de zèle, ni beaucoup de goût pour les fonctions qu’ils ont à remplir.

Seine-Inférieure ; arr. de Neufchatel, cant. d’Aumale. — L’instituteur de N.......... a eu les deux mains brûlées, et il n’a conservé d’autres doigts que les pouces ; il taille pourtant les plumes, il écrit passablement, et on trouve dans plusieurs écoles des élèves qui n’écrivent pas mieux que les siens.

Aude ; arr. de Limoux, Limoux-ville. — École de l’hospice. L’instituteur, H..... P...., déjà vieux et très-infirme, est frappé d’une surdité héréditaire.

Meurthe ; arr. de Toul, cant. de Colombey. — L’instituteur de Tramont-Lassur est sourd.

Hautes-Pyrénées ; arr. de Bognères, cant. de Nestier. — Le sieur Fontan, instituteur à Tutaque, a le malheur d’être sourd depuis quelques années, et son école en souffre beaucoup.

Hautes-Pyrénées ; arr. d’Orthez, cant. de Sauveterre. — Athas : Le sieur Loustaunan, instituteur, a eu le malheur d’être mordu par un chien enragé, ce qui le met hors d’état de continuer ses fonctions.

Saône-et-Loire ; arr. de Louhans. — On éprouve un sentiment pénible, quand on est forcé de dire qu’il est sujet au mal caduc (l’instituteur).

Calvados ; arr. de Caen. — Une commune a pour instituteur un homme qui est manchot du bras droit, et qui écrit fort mal. Une autre en a un qui, estropié du bras gauche, est âgé de soixante-seize ans, et n’écrit que d’une main tremblante.

Eure-et-Loir ; arr. de Chartres, cant. de Vanves. — L’instituteur de Boncé fait de son mieux : il est manchot et privé de la ressource ordinaire du plus pauvre de ses confrères, lorsque la classe est fermée.

Meurthe ; arr. de Toul. — Le sieur Baudard, instituteur privé à Toul, intéresse par sa position qui excite la pitié, par ses infirmités et par les talents qu’il ne doit qu’à lui-même. C’est un nain qui ne peut marcher qu’à l’aide de béquilles ; il a des connaissances et enseigne bien. Il entretient par son travail son père et sa mère âgés, et cependant, son école lui produit à peine 400 francs.

Basses-Pyrénées ; arr. de Pau. — J’ai remarqué parmi ces médiocres et mauvais instituteurs, un tiers au moins d’estropiés, boiteux, manchots, perclus, jambes de bois, pour qui cette incapacité physique a été la seule vocation à l’état d’instituteur.

Basses-Alpes ; arr. de Castellanne, cant. de Castellanne. — De toutes les communes du canton de Castellanne, trois seulement ont des instituteurs à poste fixe : ce sont Salheillan, Peyroule et Castellanne, encore cela vient-il de ce que les instituteurs sont nés là. L’enseignement mutuel de Castellanne est la seule école qui reste ouverte toute l’année classique ; toutes les autres ne sont en activité que cinq ou six mois, et changent de maître toutes les années. Aux approches de l’hiver, ou plutôt aux premières neiges, il vient, du côté de Barcellonette ou d’ailleurs, une nuée de jeunes gens, munis d’un brevet, ordinairement du troisième degré ; ils se présentent aux maires des communes, qui, sans autres garanties que leur brevet, les louent pour six mois au plus, à peu près comme on loue un homme de peine ; le marché conclu, on leur donne la clef de la maison, ou plutôt de la chambre commune, où ils vont s’installer avec tous les ustensiles d’un pauvre ménage : trop heureux encore, lorsque, à côté ou au-dessus de la chambre commune, il se trouve un cabinet obscur ou un galetas pour recevoir un grabat. En effet, ces pauvres diables sont obligés de faire leur ménage et de coucher dans la pièce même où ils font l’école.

Ain ; arr. de Belley, cant. de l’Huis et de Virieux-le-Grand. — La plupart des communes n’attendent plus que le moment de l’organisation administrative d’écoles tenues et dirigées par de bons instituteurs sédentaires, n’ayant eu jusqu’à présent que des instituteurs ambulants et passagers, qui, aux approches de l’hiver, descendent des montagnes de la Savoie pour venir donner aux enfants des campagnes une instruction toujours insuffisante, une prononciation vicieuse et d’un mauvais accent.

Isère ; arr. de Grenoble. — Toutes les communes qui prennent des instituteurs ambulants ne les emploient qu’en hiver ; pendant le reste de l’année il n’y a point d’école.

Drôme ; arr. de Montélimart, cant. de Marsanne. — Condillac. On fait pacte avec un Briançonnais, qui fait six mois d’école.

Drôme ; arr. de Nyons. — L’état d’instituteur est dégradé dans ce canton comme dans celui de Rémusat et de Sédéron, par les colporteurs d’instruction qui descendent des montagnes de Briançon, et viennent se louer pour cinq à six mois d’hiver, à 15 ou 20 francs par mois, avec une stipulation de quelques boisseaux de pommes de terre. On les traite comme de véritables valets. Cependant, le paysan avare s’en contente, parce qu’ils ne coûtent pas cher.

Isère ; arr. de Grenoble, cant. de Grenoble. — Si les communes qui peuvent faire des sacrifices, sont impatientes de recevoir des instituteurs, et demandent avec instance qu’on leur en envoie de capables, les communes pauvres aussi, en exposant l’insuffisance de leurs moyens, expriment vivement le désir d’avoir des maîtres qui instruisent bien leurs enfants. Toutes voudraient avoir des hommes sortant de l’école normale ; elles disent que ces instituteurs-là valent beaucoup mieux que leurs Briançonnais ; elles ont donc jugé et apprécié : l’indifférence ne prend pas cette peine. Si les communes pauvres emploient encore les Briançonnais, c’est qu’elles ne peuvent entretenir un instituteur primaire ; c’est que ces instituteurs ambulants arrivent là, et s’y établissent pendant la mauvaise saison, lorsque les chemins sont impraticables et les communications interceptées. Les parents alors s’estiment fort heureux que leurs enfants, qu’ils ne peuvent envoyer ailleurs, apprennent à former quelques lettres et à lire tant bien que mal.

Isère ; arr. de Grenoble, cant. de La Mure et de Meus. — La plupart des communes qui, pendant l’hiver, prennent des instituteurs ambulants, se montrent peu disposées à voter les fonds nécessaires à l’établissement d’écoles communales. Elles allèguent l’éloignement des différents hameaux dont elles sont composées, et la difficulté des communications qui, dans le temps des neiges, rend impossible la réunion, dans un même lieu, de tous les enfants de la commune.

Lozère ; arr. de Mende. — Dans les trois cantons de Saint-Amans, de Grandrieu et de Langogne, il y a, en hiver, grand nombre d’écoles tenues par des Auvergnats qui louent leurs services à un village pour deux ou trois mois. La condition ordinaire est que chaque père de famille nourrira le maître d’école un ou deux jours.

Ain ; arr. de Nantua. — Jusqu’à présent il n’y a jamais eu, dans la commune de Ferrières, qu’un de ces instituteurs descendant des montagnes du Jura et venant passer la mauvaise saison dans les communes sans écoles.

Ain ; arr. de Nantua. — Les communes de Neyrolles et de Poiry n’ont point eu, jusqu’à ce jour, d’instituteur à demeure.

Basses-Alpes, arr. de Forcalquier. — Dans les trois arrondissements dont je m’occupe, cinquante communes au moins, dont la population ne va pas à deux cents âmes, sont encore dépourvues d’écoles, ou n’ont qu’accidentellement des instituteurs de passage, pendant deux ou trois mois de l’année. Ces instituteurs, incapables d’obtenir un brevet quelconque, sont ordinairement l’ignorance personnifiée, et leur passage est absolument sans aucun résultat.

Basses-Alpes ; arr. de Digne, cant. de Digne. — Sur vingt-deux communes dont se compose le canton de Digne, huit n’ont point d’écoles ; ce sont celles d’Ainal, d’Auribeau, du Chaffaut, de la Gréneuse, de Lambert, de Melun, de la Pérusse et de la Robine : ces communes ont jusqu’ici été ordinairement privées d’écoles, n’ayant qu’une population trop faible pour entretenir elles-mêmes un instituteur ; et si elles ont eu transitoirement de ces instituteurs qui courent de commune en commune, dans les trois mois de gros hiver, ne pouvant alors exercer aucun autre genre d’industrie, et se donnant au plus offrant, leur passage n’a été marqué d’aucun bon résultat. Pour établir dans ces communes d’autres bonnes écoles qui restassent ouvertes toute l’année, il faudrait, je crois, porter le traitement fixe à 500 francs, attendu que le traitement éventuel y sera souvent nul ou presque nul.

Aveyron ; arr. de Millau, cant. de Vezins. — On voit dans nos campagnes des instituteurs vrais nomades ; après quelques mois de séjour, pendant l’hiver, ils vont passer la belle saison dans d’autres climats.

Jura, arr. de Lons-le-Saulnier, cant. de Saint-Julien. — La plupart des instituteurs de ce canton, sont des instituteurs ambulants, qui regagnent leurs montagnes aussitôt que le printemps a succédé à l’hiver.

J’ai acquis la certitude que, pendant l’hiver, beaucoup d’instituteurs ambulants et sans brevet viennent exploiter les campagnes.

Moselle ; arr. de Sarreguemines, cant. de Wolmunster. — Le recteur fait observer que les enfants des deux communes (Nousviller et Dollenbach) désignées ci-dessus, comme manquant d’écoles, ne sont pas privés d’instruction. Ces communes prennent, pour l’hiver, des maîtres ambulants.

Orne ; cant. d’Alençon (ouest). — À Mieuxcé, il y a un instituteur ambulant que l’inspecteur n’a pu voir, et que le maire et le curé disent très-capable.

Basses-Pyrénées ; arr. de Pau. — Les honoraires des instituteurs sont généralement au-dessous du traitement fixe que la loi leur assigne. Plusieurs communes même ne les louent, c’est le terme du pays, que pour une partie de l’année, et alors, il faut nécessairement qu’ils aient une autre industrie.

Hautes-Pyrénées ; arr. de Bagnères, cant. de Lannemezan. — Je dois signaler un abus qui s’est glissé dans plusieurs communes. Les habitants, dont le plus grand nombre envoient leurs enfants à la garde des bestiaux pendant une partie de l’année, s’imaginent qu’il leur est permis de faire un accord, pour le temps de l’hiver, avec un instituteur quel qu’il soit, qui leur convient (breveté ou non), et aux beaux jours, cet instituteur les quitte, et va se livrer ailleurs à une autre industrie. C’est ainsi que font certaines communes où ne figure point d’instituteur autorisé. C’est ce qui est arrivé à Uglas. J’ai rappelé au maire ses devoirs ; mais cet usage a été consacré, et se trouve bien mieux établi en Barousse.

Fosses ; arr. d’Épinal, cant. de Bruyères. — Laval. Cette commune n’a aucune ressource pour construire une maison d’école, ni pour salarier un instituteur breveté. Il y a trente enfants susceptibles de fréquenter l’école ; c’est un maître ambulant qui vient la tenir pendant l’hiver.

Vosges ; arr. d’Épinal, cant. de Bains. — Le Boulay et Xamontarupt. Des instituteurs ambulants s’y établissent pendant l’hiver. Sept communes sur treize, dans ce canton, trop pauvres pour entretenir un instituteur communal, prennent, pendant l’hiver, des maîtres ambulants.

Basses-Alpes ; arr. et cant. de Castellanne. — Aussi, bien des communes ayant connaissance de la nouvelle loi, ont traité comme auparavant avec les instituteurs nomades, sans égard pour les instructions du préfet ni pour les avis de l’inspecteur de l’Université. Les habitants des Basses-Alpes, comme tous les ignorants, sont routiniers et ne veulent rien entendre aux innovations qu’on leur propose. « Nos pères ont fait comme cela, faisons comme eux, disent-ils ».

Hautes-Alpes ; arr. d’Embrun, cant. de Guillestre. — Le salaire des instituteurs que l’on met tous les ans au rabais, dans presque tous les hameaux de ce canton et de plusieurs autres du département, est ordinairement fixé, au commencement de l’hiver, à une somme de 15, 20, 30 écus pour tout le temps que l’école doit rester ouverte ; mais comme ce temps varie d’un endroit à l’autre, et que la rétribution en argent est supportée dans des proportions différentes par les enfants, selon qu’ils lisent, qu’ils écrivent ou qu’ils chiffrent, nous l’avons partout calculée au prix moyen, par mois, afin d’avoir plus d’uniformité et de pouvoir trouver d’un coup d’œil le rapport d’un pays à l’autre. Quant aux rétributions en nature qui ont divers inconvénients, quelques maîtres qui commencent à sentir leur dignité, les ont déjà repoussées et l’on finira par les abolir quand des conférences seront établies.

Basses-Alpes ; arr. de Castellanne. — Les cinq ou six mois finis, l’instituteur ou plutôt les instituteurs décampent pour revenir l’an d’après non pas ordinairement dans la même commune, où ils ont eu en partant, des difficultés pour se faire payer ; mais dans une autre où on leur donne 20, 15, et quelquefois 10 francs de plus.

Lozère ; arr. de Mende. — À ces instituteurs non brevetés se joignent quelquefois des paysans sans travail, qui ont su accrocher un brevet du troisième degré. Les uns et les autres changent ordinairement le siége de leur résidence toutes les années.

Ain ; arr. de Nantua. — Il est à remarquer qu’on ne peut connaître ni les mœurs, ni l’instruction, ni les titres à la confiance de tous ces instituteurs vagabonds.

Gers ; arr. de Condom, cant. de Nogaro. — La population des campagnes est profondément ignorante. Les instituteurs, presque tous Béarnais, contribuent par leur exemple à la corruption de la jeunesse. La plupart sont joueurs, libertins, passent leur temps dans les cabarets et donnent des vacances fréquentes à la jeunesse. Plusieurs se livrent à la chasse et négligent leur devoir.

Morbihan ; arr. de Vannes. — On a proposé de placer dans les communes des maîtres ambulants ; mais l’expérience prouve que ces maîtres deviennent presque toujours des colporteurs de scandale et d’immoralité. D’ailleurs, pour répandre dans les campagnes la connaissance de la langue française, ce moyen serait inefficace.

Saône-et-Loire ; arr. de Charolles, canton de La Clayette. — Dès qu’un jeune homme sait un peu lire et écrire, il croit avoir atteint les bornes de la science ; ses parents et ses maîtres le prônent, et aussitôt il ouvre une école clandestine où les enfants restent aussi ignorants que le maître. On trouve beaucoup de ces instituteurs dans la partie du Charollais, appelée le Brionois, parce que le petit séminaire de Sémur admet un grand nombre d’enfants pauvres, dont la plupart, ne persévérant pas dans l’état ecclésiastique, sont obligés de chercher quelques ressources dans l’instruction primaire. Comme ils savent un peu de latin, ils se croient des aigles et passent pour tels dans le village.

Sarthe ; arr. du Mans. — Au reste, on ne peut se dissimuler qu’une des plus grandes difficultés que l’on éprouvera dans l’exécution de la loi sur l’instruction primaire, sera de pouvoir réunir deux communes, aucune des deux ne consentant de gaîté de cœur à envoyer ses enfants à une distance souvent très-considérable, et par des chemins impraticables, surtout dans la saison où les parents enverraient plus volontiers leurs enfants à l’école. Qu’arrivera-t-il ? ces communes seront exploitées par des instituteurs ambulants, qui promèneront, comme ils le font déjà, leur ignorance et souvent leur immoralité ; ce dont MM. les curés se plaignent bien vivement et avec raison.

Tarn ; arr. d’Alby, cant. de Pampelune et de Valderiès. — Le sieur Lacroix excepté, à peine reste-t-il dans ces deux cantons quelques instituteurs qui en méritent le nom. L’enseignement primaire y est déplorablement appauvri ; aussi, commence-t-on à y découvrir toute l’étendue du mal causé par les instituteurs ambulants, par ces hommes, qui, à la faveur du défaut de surveillance, auxiliaire puissant des abus, sans mission, sans capacité, sans avantages réels pour le peuple, exploitent son instruction au profit de leur seul intérêt particulier ; tantôt, ce sont des abbés défroqués, dont le pays abonde, qui, après avoir, soit pour obtenir une éducation gratuite, soit pour échapper au service militaire, annoncé des dispositions à l’état ecclésiastique, y renoncent tout à coup, et ne sachant plus que faire, se mettent à donner de village en village des leçons de lecture et d’écriture, auxquelles la plupart mêlent l’enseignement du latin qu’ils n’ont eux-mêmes qu’ébauché ; tantôt, ce sont des hommes qui n’offrent point de garantie suffisante d’aptitude ni de moralité, qui, de manière ou d’autre, ont mal fait leurs affaires, et qui, après avoir passé par plusieurs états, finissent, comme pour dernière ressource, par celui d’instituteur. Et, comme les communes ne leur fournissent rien, ils sont, pour cette raison, fort du goût des conseils municipaux, dominés généralement par une funeste parcimonie.

257. Voy. 250, 251, etc.

Charente-Inférieure ; arr. de La Rochelle. — D’autres fois ils mettent la place d’instituteur au rabais, et préfèrent celui qui fait les offres les plus modiques.

Basses-Alpes ; arr. de Digne, cant. de Seyne. — Dans ce canton, les instituteurs dépendant entièrement des pères de famille, et, ne s’engageant avec eux que pour un hiver, sont remplacés à peu près toutes les années, ce qui s’oppose beaucoup à l’avancement des élèves. Toutefois, il y a une exception à faire pour la ville de Seyne, où les instituteurs sont permanents.

Eure ; arr. de Bernay. — Dans d’autres communes, notamment à Saint-Vincent-du-Boulay, les parents font instruire leurs enfants par des maîtres ambulants ; on pense même qu’on aura de la peine à faire cesser cette manie désagréable. Ces maîtres prennent 1 franc par mois.

Vosges ; air. de Saint-Dié, cant. de Corcieux. — Rébaupal. Il n’y a eu jusqu’ici, dans cette commune, que des maîtres ambulants.

Ain ; arr. de Nantua. — Quant au logement, l’usage est que l’instituteur le prenne chez chaque père de famille alternativement ; et cet usage, le conseil, dans son économie, a cru devoir le maintenir.

Doubs ; arr. de Beaume, cant. de Rougemont. — La position des instituteurs ne répond nullement aux peines et aux fatigues qui leur sont imposées, ni à la dignité de leur état ; il y a, dans ce canton, plusieurs instituteurs qui n’obtiennent de leurs communes aucun traitement fixe, et qui sont obligés de recourir à la table des parents, à tour de rôle.

Doubs ; arr. de Besançon. — Une des habitudes les plus urgentes à déraciner, c’est celle où l’on est dans quelques communes de faire nourrir le maître (car le mot d’instituteur n’est pas encore connu dans nos villages) alternativement, par chacune des familles qui a un enfant à l’école. C’est un usage tout-à-fait inconvenant, et qui compromet réellement la dignité et l’indépendance de l’instituteur. On dit de lui : « il est aujourd’hui en nourriture chez un tel ; » mot ignoble qui exprime le degré d’abaissement où les instituteurs ont été tenus jusqu’alors.

Doubs ; arr. de Besançon. — Un grand nombre de petites communes pauvres, ou de hameaux assez considérables, réunis à une commune centrale comme paroisse, et contribuant au traitement de l’instituteur commun, ne peuvent souvent, en hiver, à cause de la distance ou de la difficulté des chemins, envoyer leurs enfants à la grande école. Jusqu’à présent ces communes ou ces hameaux, pour donner quelque instruction à leurs enfants, prenaient ce que dans le pays on appelle des petits maîtres.

Presque toujours ce sont des hommes non brevetés, qui s’engagent pour une fort modique rétribution, à faire l’école pendant deux ou trois mois. On leur loue une chambre pour la classe, et ils se logent comme ils peuvent. Ce sont ces petits maîtres qui vont en nourriture chez les parents. Quelquefois ces hommes sont pris dans le pays ; mais, le plus ordinairement, ces fonctions sont confiées à des jeunes gens qui se destinent à l’état d’instituteur ; ils n’ont pas encore l’âge exigé pour se présenter aux examens, et ils font là une espèce de noviciat qui n’est pas sans utilité pour eux.

Les petits maîtres, dans certaines localités, me paraissent indispensables. La rigueur de la saison des classes, qui, comme nous l’avons dit, est celle de l’hiver, la longueur des chemins, etc., empêcheront certainement les enfants de se rendre à l’école principale : donc, voilà une partie de la population qui ne peut jouir du bienfait de l’instruction primaire.

Eure ; arr. d’Évreux, cant. de Rugles. — Les instituteurs sont obligés, pour avoir des élèves, de se transporter dans les différents hameaux et d’y donner des leçons d’une heure ou deux aux enfants qui y habitent et qui, sans cela, ne recevraient aucune instruction.

Gard ; arr. de Vigan, cant. de Lasalle. — Il existe dans la commune de T..... un instituteur qui donne des leçons à domicile avec la qualité d’instituteur particulier. Cet instituteur est un ancien prêtre qui s’est fait protestant, et a contracté mariage, devant notaire, avec une femme qui déjà lui a donné trois enfants.

Gironde ; arr. de Bordeaux, cant. de Castelnau. — Sur les dix élèves qui reçoivent des leçons de l’instituteur du Porge, il y en a même cinq qu’il va enseigner à domicile, à une lieue de sa maison, pour le même prix.

Landes ; arr. de Saint-Sever, cant. de Geaune. — Je ne dois pas omettre de parler d’un usage que j’ai trouvé établi dans la plupart des communes de ce canton. Les instituteurs sont nourris chez les particuliers. Ils vont manger un mois chez l’un, un mois chez l’autre, alternativement, c’est ce qu’ils appellent faire le mois. Outre cela, ils reçoivent le petit salaire indiqué dans le tableau. Je ne fais pas de réflexion sur cet usage extraordinaire ; ce qu’il y a de certain, c’est que dans mon inspection il m’est souvent très-difficile de trouver ces instituteurs errants.

Haute-Loire ; arr. d’Issengeaux, cant. d’Issengeaux. — Mais il existe dans les campagnes un abus qui détruira toujours l’effet de toute combinaison : c’est la facilité avec laquelle certains individus font l’école dans les villages ; les pères de famille prennent chez eux un instituteur qui réunit les autres enfants du village ; ainsi surgissent de toutes parts les plus mauvaises écoles. Ces petites écoles entraînent beaucoup d’inconvénients ; elles font bien du mal, ruinent le principal établissement de la commune, soutiennent le crédit des vieilles méthodes. Ces dangereux instituteurs, dépourvus de brevet, dénigrent l’instituteur communal, fortifient ainsi les préjugés des campagnards, et s’opposent à toute unité d’instruction.

Mayenne ; arr. de Château-Gonthier. — Dans presque toutes les communes qui n’ont point d’instituteur breveté, quelques parents confient l’instruction de leurs enfants, soit à de pauvres diables sans ressources et sans capacité, sachant à peine lire, et souvent adonnés à la boisson, qui vont, une partie de la journée, donner (per domos) des leçons d’écriture et de lecture à raison de 60 ou 75 centimes par mois.

Basses-Pyrénées ; arr. d’Oloron, cant. de Lasseube. — La vaste étendue des hameaux et la grande distance qui sépare les habitations empêchent les enfants de se rendre au centre des communes où se tiennent les écoles ; les pères de famille remédient à cet inconvénient par des instituteurs libres ; aussi chaque section a le sien ; il y a même des sections où l’on en rencontre plusieurs. Mais ces instituteurs n’ont pas tous un local fixe pour tenir l’école ; ils vont tantôt dans une maison, tantôt dans une autre, et ils y demeurent d’autant plus au détriment de autres, qu’ils y sont mieux traités. Ils sont, en général, très-mal payé de leurs peines ; et il est étonnant comment ils peuvent vivre de leur état. Presque tous sont incapables d’instruire les enfants.

Basses-Pyrénées ; arr. de Pau, cant. de Thèze. — Il faut remarquer que, dans beaucoup d’endroits, au défaut de la commune qui est pauvre, le traitement fixe de l’instituteur est fait en tout ou en partie par les pères de famille les plus aisés. C’est une espèce d’abonnement. Dans ce cas, l’instruction n’est pas toujours gratuite, puisque les indigents en sont quelquefois exclus, sans que cependant l’instituteur reçoive une rétribution mensuelle.

Hautes-Pyrénées ; arr. de Bagnères, cant. de Castelnau-Magnoac. — La loi est fort mal comprise ; aussi les instituteurs jouissent-ils d’un sort très-précaire : plusieurs sont logés et nourris chez des pères de famille qui ont des enfants à élever, et c’est la seule chose qui les soutienne.

Sarthe ; arr. de Mamers, cant. de Bonnétable. — En général, il est à remarquer que les communes qui n’ont pas d’instituteurs permanents, en ont d’ambulants, qui exercent per domos. Ce genre d’enseignement ne donne que de bien faibles résultats ; mais il plaît beaucoup aux habitants des campagnes, en ce qu’il détourne très-peu leurs enfants des travaux ruraux auxquels ils les appliquent de bonne heure. C’est au point que j’ai rencontré des instituteurs à école restante redouter beaucoup ces instituteurs ambulants, et craindre d’être obligés, pour conserver quelques élèves, d’en faire autant qu’eux.

Vienne ; arr. de Châtellerault, cant. de Leuclâtre. — Auzilly, 936 habitants. Il n’y a, à proprement parler, point d’école dans cette commune ; les enfants ne se rendent point en classe. L’instituteur, âgé de soixante-et-onze ans, prend la peine lui-même d’aller dans les différentes maisons et de donner à ses élèves des leçons de lecture et d’écriture ; aussi le nombre n’est-il que de douze en hiver.

Landes ; arr. de Saint-Sever. — Comme on le voit, dans toutes les communes de ce canton, il y a des instituteurs. Ce n’est pas qu’il y ait plus de goût qu’ailleurs pour l’instruction ; mais c’est que, lorsque les communes sont très-petites, les instituteurs ont au moins la table et le logement assurés, un mois chez l’un, un mois chez l’autre. Usage insoutenable, car on conçoit facilement quels abus, s’ils sont jeunes, peuvent en résulter.

Basses-Pyrénées ; arr. de Pau. — Les instituteurs ne pourraient vivre, si la plupart n’étaient logés et nourris par mois et par semaine chez les pères de famille. Cette vie ambulante et nomade, en les tenant éloignés de l’école, les dissipe et contribue à leur peu d’exactitude ; elle entraîne souvent d’autres inconvénients pour les mœurs, et toujours compromet leur dignité.

Aisne ; arr. de Soissons, cant. de Vic-sur-Aisne. — La plupart des instituteurs sont vraiment malheureux. La misère les abaisse. Beaucoup sont manouvriers et au service des parents des élèves qu’ils doivent instruire.

Corrèze ; arr. de Tulle. — Quelques familles aisées donnent 100 fr. par an, le logement et la nourriture à un séminariste sans vocation pour l’état ecclésiastique, qui se charge de l’éducation des enfants.

Gers ; arr. et cant. de Lombez. — En général, les enfants ne fréquentent l’école que pendant quatre ou cinq mois de l’année ; de là, peu ou point de progrès ; de là, obligation pour quelques instituteurs de faire eux-mêmes la récolte de leur petit champ ; pour d’autres, l’obligation de se rendre utiles à leur hôte, afin que le morceau de pain noir qui leur est donné ne leur soit pas reproché.

Ain ; arr. de Bourg, cant. du Coligny et de Saint-Trivier-de-Courtes. — L’école de Coligny mérite des éloges particuliers ; elle est très-bien tenue. L’instituteur, M. Jacquier, jouit au plus haut degré de l’estime et de la bienveillance des autorités locales.

Ardennes ; arr. de Mézières, cant. de Benwez. — M. Collot, instituteur à Leham, est un homme rare pour son zèle et pour son ingénieuse activité. J’ai vu avec un vif intérêt l’ordre qui règne dans son école, et les moyens qu’il emploie, soit pour économiser le temps, soit pour exciter l’émulation parmi ses élèves. Aussi obtient-il les plus heureux résultats dans la plus faible commune du canton.

Ardennes ; arr. de Sedan, cant. de Sedan (sud). — Depuis trois ans, il y a une amélioration réelle dans toutes les écoles comprises au tableau ; cet état de choses résulte surtout du zèle éclairé des autorités et de la coopération active des maires des communes. Partout le mobilier des écoles s’est amélioré ; partout, à une routine aveugle succède une méthode plus rationnelle ; partout les instituteurs montrent beaucoup de zèle pour perfectionner leur instruction ; ils commencent à s’occuper de l’enseignement religieux et moral, et à envisager leur profession sous un rapport moins matériel.

Cantal ; arr. de Mauriac. — À quelques exceptions près, les instituteurs de l’arrondissement de Mauriac ont fait leurs études dans les collèges : il y a donc, chez la plupart de ceux qui manquent d’une des connaissances actuelles relatives à leur état, plutôt oubli qu’ignorance. Tous sont redevables à leurs premières études d’une intelligence plus développée, et d’une grande aptitude à se réformer et à se perfectionner dans les matières et les méthodes de l’enseignement. Ce qui me semblerait donc le plus prompt et le plus puissant mobile d’une réforme générale, ce serait l’établissement, dans chaque chef-lieu de canton, d’une école dont le chef et la méthode puissent être proposés comme modèles.

Corrèze ; arr. de Brives. — L’instituteur Bélonie (Mansac), nous a présenté un enfant de cinq ans et demi qui lit couramment, après cinq mois de classe ; ce succès est dû à l’emploi d’une méthode ingénieuse dont il est l’inventeur.

Eure ; arr. d’Évreux. — Sur environ cent cinquante instituteurs que possède l’arrondissement, trois ou quatre au plus ont des mœurs reprochables ; tous les autres sont des hommes probes, honnêtes, portés à la vertu ou par tempérament ou par devoir. J’ai la conviction qu’aucune classe de la société ne peut être mise, sous ce rapport, en parallèle avec celle-là ; aussi jouit-elle de la considération publique. Partout j’ai vu les instituteurs entourés d’égards, estimés comme des citoyens utiles, respectés comme des gens de bien.

Lot ; arr. de Figeac, cant. de la Capelle, Marival et de Saint-Céré. — Je ne terminerai pas mon inspection sans faire une dernière observation : c’est que, à un très-petit nombre d’exceptions près, les instituteurs se font remarquer par la pureté de leurs mœurs, la douceur de leur caractère et la régularité de leur conduite, et qu’ils ont su mériter les éloges de MM. les curés, aussi bien que de MM. les maires.

Haute-Loire ; arr. d’Issengeaux, cant. de Tence. — Je ne puis m’empêcher d’exprimer ici mon admiration pour l’instituteur Charrier ; ce jeune homme a fondé, au village du Chambon, une école d’enseignement mutuel ; les obstacles de tous les genres l’ont assiégé long-temps ; il a tout vaincu. Sans fortune, pauvre même, il a fourni les livres, les crayons, les plumes ; admettant gratis ceux qui ne pouvaient ou ne voulaient pas payer. Il faut voir comment ces petits paysans, de l’espèce la plus grossière, parlent français, calculent, raisonnent sur les difficultés les plus ardues des participes. Cet instituteur est obligé de changer de local ; le nouveau a besoin de réparation, et il n’a pas les moyens de le faire.

Maine-et-Loire, arr. et ville d’Angers. — M. Rocher..... Le zèle qu’il montre à propager l’instruction dans la classe indigente, en recevant chez lui tous les enfants malheureux de son quartier privé d’école, est un titre que je ferai valoir en ce lieu.

Pas-de-Calais ; arr. de Saint-Pol, cant. d’Heuchin. — À Équires, le jeune instituteur a la passion de l’étude ; il fait deux lieues par jour par des chemins et des temps affreux, pour aller prendre des leçons de M. le curé de Bergueneuse.

Ce n’est pas la capacité qui manque aux instituteurs de ce canton, c’est une bonne méthode d’enseignement, que je me suis efforcé de leur faire connaître.

Basses-Pyrénées ; arr. de Bayonne, cant. de La Bastide-Clairence. — Isturits. L’instituteur Darhan a en outre une conduite édifiante ; consacrant la matinée à l’instruction des jeunes filles, et l’après-midi à celle des garçons.

Basses-Pyrénées ; arr. de Pau, cant. de Garlin. — Garlin, par une exception particulière, possède une école-modèle parfaitement tenue, dont le directeur, M. Junqua, s’est fait un nom dans le pays par son zèle pour la propagation de l’instruction élémentaire et par les livres utiles qu’il a publiés, et continue à justifier les encouragements qu’il a reçus des autorités locales et de l’autorité supérieure. Son Moniteur général de lecture et son Agenda sont devenus en quelque sorte classiques dans le canton, et ont contribué à déraciner, au moins en partie, les traditions de la routine. Son école, pour laquelle la ville a voté 5,000 fr., a déjà fait du bien, et commence à devenir le rendez-vous des instituteurs des environs, qui viennent y tenir des conférences, et s’y former, sous un maître exercé, à la pratique des bonnes méthodes. Ce canton compte encore quelques instituteurs assez distingués, sortis de l’école-modèle ou de l’école normale, et pratiquant les procédés de l’enseignement ou de la méthode simultanée.

Bouches-du-Rhône ; arr. d’Aix, cant. de Martigues, d’Istres, de Berri et de Lambesc. — Effets de la loi sur les instituteurs. La plupart se sont réveillés de leur apathie, au bruit de la concurrence ; ils ont cherché à sortir des vieilles ornières de la routine et se sont informés des méthodes nouvelles et des livres élémentaires ; presque tous ont voulu adopter la méthode simultanée, dont ils ne connaissent malheureusement que le nom.

Haute-Marne ; arr. de Chaumont. — Plusieurs instituteurs zélés et intelligents, m’ont paru vouloir étendre leurs connaissances, et même en acquérir de nouvelles ; mais ils manquent pour cela de bons livres et de moyens pour se les procurer. Si l’on parvient à établir dans le canton un lieu de réunion pour les maîtres, et qu’on y forme une petite bibliothèque, je ne doute pas que les instituteurs, profitant de leur mutuelle expérience et des ouvrages qui se trouveront à leur disposition, ne perfectionnent leur méthode d’enseignement, ne rivalisent de zèle, et n’arrivent à des résultats plus satisfaisants.

Ardennes ; arr. de Mézières. — Ce qui manque aux instituteurs de l’arrondissement de Mézières, c’est l’instruction à quelques-uns, et à la plupart les bons procédés. C’est un mal auquel on peut remédier par les conférences, et il ne s’en tient aucune dans l’arrondissement. C’est là que l’on peut, par des leçons spéciales, former les instituteurs qui enseignent encore par routine et sans principes, leur apprendre les meilleurs procédés et leur faire sentir les avantages de chaque méthode. Mais ces conférences, pour être utiles, doivent être dirigées par un homme habile, qui, par ses connaissances et son zèle, inspire de la confiance aux instituteurs et réponde du succès de ces réunions, car il faut que ces conférences ne tendent qu’à l’instruction, et qu’on en bannisse la vanité, la jalousie et l’amour de la discussion, ce à quoi les instituteurs ne sont déjà que trop enclins.

Côte-d’Or ; arr. et cant. de Beaune. — Les conférences ne me paraissent pas avoir une grande utilité ; je sais par ma propre expérience, que dans ces sortes de réunions, quatre ou cinq instituteurs seulement se mêlent des discussions, tandis que les autres restent obstinément silencieux.

Creuze ; arr. d’Aubusson et de Bourganeuf. — Dans mes deux rapports, je ne dis rien des conférences proposées par M. le Ministre ; dans le moment où nous sommes, je les croirais (les conférences) plus nuisibles qu’utiles. Nos instituteurs ont le malheureux défaut de se livrer à la boisson. Les réunions que l’on médite, jusqu’à ce que l’on ait réformé leurs mœurs à cet égard, les conduiraient à des dépenses de table considérables, peut-être à des orgies, à des rixes, à tout ce que l’on peut imaginer de plus fâcheux.

Drôme ; arr. de Montélimart, cant. de Marsanne. — Les instituteurs du canton de Marsanne se réunissent en conférence tous les mois, avec ceux du canton de Montélimart ; il paraît que souvent la conférence se réduit à un déjeûner.

Puy-de-Dôme ; arr. et cant. de Riom. — Des réunions d’instituteurs ont lieu depuis peu de temps, et une fois tous les mois à Riom. Quelques maîtres des différents cantons et communes de l’arrondissement s’y rendent d’une distance assez éloignée. Sans doute que ces conférences ne peuvent qu’être fort utiles si elles sont bien dirigées ; mais c’est précisément pour arriver à ce but désirable, qu’il me paraîtrait nécessaire de laisser à l’autorité universitaire le soin de désigner les lieux où se tiendraient ces réunions, les jours, heures, etc., etc. Il faudrait surtout que le président fût indiqué, et qu’il fût exclusivement question d’instruction primaire dans ces conférences ; s’il n’y a point d’ordre et d’uniformité, ces réunions ne produiraient que de fâcheux résultats.

Haute-Saône ; arr. de Gray, cant. de Gy. — Les conférences des instituteurs du canton, pouvant peut-être donner lieu à des repas, l’inspecteur a conseillé à ces messieurs de fixer, par un dernier article du règlement qu’ils ont rédigé en commun, et de consacrer irrévocablement et à perpétuité le nombre et l’espèce de plats, afin de donner aussi l’exemple de la frugalité.

Saône-et-Loire ; arr. de Louhans, cant. de Montpont. — Les instituteurs du canton de Montpont se réunissent en conférences à Louhans. Ces conférences, si elles sont bien dirigées, peuvent produire un grand bien, en répandant de plus en plus les connaissances primaires et les bonnes méthodes. Mais, comme toutes les choses utiles, elles dégénéreraient en abus, si elles se détournaient du but primitif. Par exemple, il pourrait arriver que l’esprit de discussion entraînât les instituteurs dans des questions qui ne sont pas de leur domaine. Aussi, plusieurs personnes éclairées ont émis devant moi le vœu que, dans les conférences, les instituteurs ne fussent pas abandonnés à eux-mêmes, mais qu’ils fussent réunis sous la surveillance, d’une personne influente qui sût les ramener au but de leur réunion, s’ils s’en écartaient. Quand les comités supérieurs seront formés, un membre de ces comités pourrait être chargé de présider à ces conférences et d’en régler les procès-verbaux : de cette manière, on serait sûr que tout se passerait dans l’ordre, et que les instituteurs des communes rurales, en rentrant dans leur domicile, ne remporteraient que le fruit de bonnes leçons et de bons principes.

Jura ; arr. de Saint-Claude, cant. de Moirans. — Les instituteurs, trop vains d’un brevet qu’ils ont obtenu à la suite d’études mal faites, et tout-à-fait superficielles, passent des années presque entières, sans ouvrir un livre, sans écrire une ligne ; il n’est donc pas étonnant qu’ils deviennent, en peu de temps, incapables d’enseigner les choses les plus simples. Aujourd’hui, plus des trois quarts sont hors d’état de remplir convenablement leur état. Leur ignorance est telle que beaucoup ne savaient pas ce que c’était qu’une addition, une multiplication.

Meurthe ; arr. de Lunéville. — La conduite morale des instituteurs est, en masse, digne d’éloges. Une remarque pénible, c’est que, sous le rapport de leur instruction personnelle, ils sont tous d’une négligence extrême. Ils ne travaillent plus aucunement à leur instruction dès qu’une fois ils sont placés ; en sorte que, tel qui était bon lorsqu’il obtint son brevet, n’est plus qu’un ignorant au bout de six ans.

Meurthe ; arr. de Nancy. — J’ai remarqué que des instituteurs très-capables au moment des examens, étaient maintenant d’une faiblesse extrême. Cette remarque fait sentir la nécessité des conférences.

Puy-de-Dôme ; art. de Riom. — Les maîtres se trouvent continuellement en rapport avec des hommes presque bruts, et finissent par s’abrutir eux-mêmes.

Ain ; arr. de Bourg, cant. de Coligny et de Saint-Trivier-de-Courtes. — Les conférences qui ont eu lieu à Bourg pendant le mois de septembre, ont opéré un grand bien pour ceux qui les ont suivies. Il est à désirer qu’elles aient encore lieu les années suivantes.

Ain ; arr. de Bourg, cant. de Coligny et de Saint-Trivier-de-Courtes. — On pourrait aussi trouver quelque avantage à réunir de temps en temps les instituteurs pour des conférences qui seraient dirigées par les plus habiles d’entre eux, et dont on leur demanderait compte.

Oise ; arr. de Beauvais. — En général, on remarque une grande différence, soit dans les termes, soit dans l’enseignement des écoles dirigées par les instituteurs qui sont membres des conférences de l’association des instituteurs de Beauvais.