Stances à Manon

La Chanson française du XVe au XXe siècle, Texte établi par Jean GillequinLa Renaissance du livre (p. 306).


STANCES À MANON


Manon, voici le soleil,
C’est le Printemps, c’est l’Éveil,
C’est l’Amour, maître des choses…
C’est le nid dans le buisson ;
Viens éprouver le frisson
Du bleu, de l’or et des roses.

Laisse-moi dans tes grands yeux,
Goûter l’infini des cieux
Et l’ivresse de ton âme…
Laisse-moi dans tes bras blancs,
Bercer mes rêves troublants
Et mon désir qui se pâme.

Verse, verse tes baisers
A mes sens inapaisés,
Jusqu’à la dernière goutte…
J’aime ton cœur inhumain,
Tu me trahiras demain,
Mais ce soir, je t’aurai toute !

Qu’importent les trahisons
Des lèvres que nous baisons
Si les lèvres sont jolies !…
Oublions les vains discours,
Aimons-nous, les jours sont courts
Et c’est l’heure des folies.

Maurice Boukay.


(Musique de Paul Delmet, H. Gregh, Éditeur. 129, rue Montmartre,
Paris.)