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Sous le soleil de Satan/Le saint de Lumbres/Chapitre 05

< Sous le soleil de Satan‎ | Le saint de Lumbres
Plon-Nourrit et Cie (Tome IIp. 132-148).

V


— Sortons, avait dit le curé de Lumbres.

L’autre l’avait suivi, non pas fasciné, comme il l’a cru depuis de bonne foi, mais par simple curiosité, pour voir. L’ancien professeur connaissait peu de choses du vieux prêtre, devenu tout à coup gardien d’un immense troupeau sans cesse accru. Par quel prodige ce bonhomme aux souliers crottés, toujours seul dans les chemins, et passant vite, avec un sourire triste, avait-il rassemblé autour de son confessionnal un véritable peuple, son peuple ? M. le curé de Luzarnes, nouveau venu dans le diocèse, partageait « jusqu’à un certain point » la méfiance de quelques-uns de ses confrères. « Je me réserve », disait-il ingénument. Et voilà qu’aujourd’hui, par hasard (un autre mot qu’il aimait), d’un premier pas il entrait dans la confidence, de ce singulier esprit.

Ils sortirent dans le petit jardin, clos de murs, derrière la maison. Le beau soleil filtrait sur les romaines et les laitues. Des abeilles, dans le vent d’ouest, filaient comme des flèches. Car la brise s’était levée avec le jour.

Tout à coup le curé de Lumbres s’arrêta et fit un pas vers son compagnon. En pleine lumière, son vieux visage apparut, marqué de la flétrissure de l’insomnie, aussi reconnaissable que le masque d’un agonisant. Une minute, la pauvre bouche se détendit, trembla ; puis, au regard curieux qui l’observait, l’autre regard, vaincu, livra son secret, se livra… Le bonhomme pleurait.

Déjà le futur chanoine s’apitoyait, dressait en l’air sa petite main blonde.

— En vérité, mon cher confrère…

Il dit beaucoup de choses, en hâte, au hasard, comme il convient dans un cas si grave, se raffermissant à mesure au son de sa propre voix. Il regardait en parlant, pour être plus sûr de le convaincre, le prêtre tout chancelant que son infaillible éloquence allait tout à l’heure redresser. « Cette crise d’exaltation, mon pieux ami, n’est qu’une épreuve passagère, et un avertissement de la Providence qui n’approuve peut-être pas toujours les excès de votre zèle, ces rigueurs de pénitence, ces jeûnes, ces veilles… »

Il allait, il allait, pressé de conclure, donnant à pleines mains son emplâtre et ses baumes, quand une voix, d’un accent si singulier, ah ! certes une voix si singulière, si peu attendue, d’un homme qui n’avait point écouté, qui n’écouterait plus, dont la seule plainte restituait au néant l’éloquence déçue.

— Mon ami, mon ami, je n’en puis plus. Je suis à bout.

Une autre parole trembla sur ses lèvres, qu’il n’acheva pas. Mais le vigilant confrère, un moment déconcerté :

— Ce désespoir…, commença-t-il.

Le curé de Lumbres posait déjà sur la sienne une main impérieuse, fébrile.

— Écartons-nous un peu, dit-il, je vous en prie, jusque-là.

Ils s’arrêtèrent au pied d’un mur tout croulant. Quelle joyeuse vie bourdonnait autour !

— Je suis à bout, reprit la voix lamentable. Ah ! par pitié, mon ami, à présent mon unique ami, que votre charité ne vous égare pas. Soyez dur ! Je ne suis qu’un prêtre indigne, un pauvre prêtre, une âme aride, un aveugle, un misérable aveugle…

— Non pas… non pas…, rectifia poliment le futur chanoine, non pas vous, mais peut-être quelques esprits téméraires qui abusent de votre cré… de votre bonne foi… Il est aisé de croire à tout le bien qu’on dit de nous !

Il sourit, écartant de sa main une guêpe importune (la guêpe, et cette bouche émerveillée, pleine de discours, deux bêtes bourdonnantes)… Mais, péremptoire :

— Je vous écoute, dit-il.

Le curé de Lumbres glisse à ses pieds, tombe à genoux.

— Dieu me remet entre vos mains, fait-il, me donne à vous !

— Quel enfantillage ! s’écrie le futur chanoine. Relevez-vous, mon ami. Votre imagination enfle démesurément une simple impression de fatigue, de surmenage. Oh ! je ne suis qu’un homme ordinaire, mais une certaine expérience…, conclut-il avec un sourire.

Le curé de Lumbres répond à ce sourire par un autre sourire navré. Qu’importe ! il ne veut voir en celui-là qu’un ami, avant le suprême détour, non choisi, mais reçu visiblement reçu de Dieu, son dernier ami. Ah ! certes, il n’espère plus retourner en arrière, retrouver la paix, revivre. Il est déjà trop loin sur la route maudite. Il ira, il ira, jusqu’à bout de souffle, avec ce seul compagnon.

— Hélas ! s’écrie-t-il, tel j’étais au grand séminaire, tel je suis resté, une tête dure, un cœur sec, sans aucun élan, pour tout dire : un homme vil dont la Providence s’est servie. Le bruit fait autour de moi, l’obstination à me poursuivre, l’amitié de tant de pécheurs, autant de signes et d’épreuves dont je n’entendais ni le sens, ni le but. Un saint mûrit dans le silence, et le silence m’était refusé. Tout à l’heure encore, j’aurais dû me taire… Je n’aurais pas à présent à vous faire un aveu… (Oui… mon cœur saignait de quitter en un pareil moment cette pauvre femme à genoux — si durement — oui, durement frappée…) Ce n’était pas sans raison… pas sans raison… Car… Mon ami, alors que j’étais déjà sur le seuil de la porte… une pensée… une telle pensée m’est venue…

— Laquelle ? demanda M. le curé de Luzarnes.

D’un geste involontaire, il s’est penché vers lui, jusqu’à sa bouche d’où ne sort maintenant qu’un murmure confus… Puis il se relève, atterré…

— Oh ! mon ami… s’écrie-t-il… ô mon ami !

Il lève les bras au ciel, et les croise sur sa poitrine, laissant retomber ses larges épaules, avec accablement. Le vieux prêtre est toujours à genoux, tête basse. On ne voit que sa nuque grise courbée par la honte.

— Ainsi, épelle M. le curé de Luzarnes, cette pensée vous est venue, tout à coup, pour la première fois ?

— Pour la première fois,

— Et jamais avant ?…

— Mon Dieu ! s’écrie le curé de Lumbres, jamais avant ! Je ne suis qu’un malheureux. Depuis des années, je ne sais plus ce que c’est qu’une heure de paix. Comment pouvez-vous croire… Quoi ! jusque sous les pieds de Satan ! Un miracle, moi !… Mon ami, en vérité, je n’ai peut-être pas fait, dans toute ma vie, un seul acte d’amour divin, même imparfait, même incomplet… Non ! il a fallu l’affreux travail de cette dernière nuit… Mot à mot, je ne m’appartiens plus… J’étais dans les convulsions du désespoir… Et c’est alors… alors, comme par dérision… que cette pensée m’est venue…

— Il fallait l’écarter, dit l’autre.

— Comprenez-moi, reprit le bonhomme, humblement… Je dis : Cette pensée m’est venue. C’est mal dit. Non pas une pensée, mais une certitude… (Ah ! les mots me manquent ; ils m’ont toujours manqué, s’écrie-t-il avec une impatience naïve…) Je dois aller jusqu’au bout, mon bien-aimé frère, jusqu’à ce dernier aveu… Même à genoux devant vous, plongé dans l’angoisse, doutant même de mon salut… je crois… je dois croire… invinciblement… que cette certitude venait de Dieu.

— Avez-vous eu — comment dirais-je ? — un signe matériel…

— Quel signe ? fait le curé de Lumbres, candide.

— Mais que sais-je ?… Avez-vous vu ou entendu ?…

— Rien… Seulement cette voix intérieure. Si un ordre m’eût été donné, aussi net, j’aurais obéi sur-le-champ. Mais c’était moins un ordre que la simple assurance, la certitude que cela serait… si je voulais. Dieu m’est témoin que l’aveu que je vous fais m’arrache le cœur, je devrais en mourir de honte… Je savais… Je sais… toujours… je suis sûr… qu’un mot de moi eût… mon Dieu !… eût ressuscité… oui ! ressusciterait ce petit mort !

— Regardez-moi, dit le curé de Luzarnes, après un long silence, avec autorité.

Il le relevait des deux mains. Quand il le vit debout, près de lui, les genoux crottés, la tête basse, il l’aima…

— Regardez-moi, dit-il encore… Répondez-moi franchement. Qui vous a retenu d’éprouver… d’éprouver votre pouvoir, à l’instant même ?

— Je ne sais pas, fit le vieux prêtre… C’était une terrible chose… Lorsque l’instrument est trop vil. Dieu le jette, après s’en être servi.

— Mais votre… conviction reste intacte ?

— Oui, dit encore le curé de Lumbres.

— Et présentement, que décidez-vous ?

— D’obéir, répondit cet homme étrange.

Le futur chanoine retira vivement son binocle, et le brandit.

— Je ne vous conseillerai rien que de simple, dit-il. Premièrement, vous allez rentrer derrière moi, vous vous excuserez de votre mieux. (Votre départ si brusque a dû paraître bien extraordinaire, peu délicat.) Tandis que je remplirai ce devoir de politesse, vous irez — entendez-moi bien — vous irez dans la chambre mortuaire faire vos dévotions — de votre mieux — comme il vous plaira… Je ne voudrais laisser aucun doute dans votre esprit, déjà si bouleversé… Je prends tout sur moi, conclut-il après une imperceptible hésitation, mais par un geste tranchant, décisif.

(C’est ainsi qu’il dérobait à ses propres yeux la faiblesse d’un mouvement de curiosité à peine consciente, inavouée. Car parfois le plus vulgaire des hommes, égaré dans une salle de jeu, est pris au rythme de tous ces cœurs rapides, jette un louis sur le tableau, et découvre un peu de soi-même.)

Puis, ramenant son binocle à la hauteur des yeux :

— Après quoi, mon ami, vous irez sagement prendre un peu de repos.

— J’essaierai, dit humblement le vieux prêtre.

— Cela dépend de vous. L’acte du repos, affirment les spécialistes, est un acte volontaire. Chez beaucoup de malades, l’insomnie même n’est qu’une des mille formes de l’aboulie. Croyez-en un homme à qui ces questions sont familières. Une crise morale telle que celle-ci n’est sans doute que la réaction naturelle d’un organisme surmené. Entre nous, mon cher confrère, parlons net. Neuf fois sur dix, la paix que vous allez chercher si loin est à votre portée ; une bonne hygiène vous la rendra. Certes, dans la bouche d’un prêtre, ces vérités sont parfois dangereuses, ou d’un maniement délicat. Mais d’un esprit supérieur, comme est le vôtre, je n’ai pas à craindre une de ces interprétations excessives…, que certaines âmes scrupuleuses…

— Vous me croyez fou, dit le curé de Lumbres, avec douceur.

Il levait sur lui son regard, tout à l’heure baissé, plein d’une tendresse mystérieuse. Puis il reprit :

— Hélas ! il y a peu de temps, je l’eusse encore souhaité. À certaines heures, voir est à soi seul une épreuve si dure, qu’on voudrait que Dieu brisât le miroir. On le briserait, mon ami… Car il est dur de rester debout au pied de la Croix, mais plus dur encore de la regarder fixement… Quel spectacle, mon ami, que celui de l’innocence à l’agonie ! Mais, après tout, cette mort n’est rien…, on pourrait peut-être la donner d’un coup, l’achever, remplir de terre la bouche ineffable, étouffer son cri… Non ! La main qui le serre est plus savante et plus forte ; le regard qui se rassasie de lui n’est pas un regard humain. À la haine effroyable qui couve le juste expirant, tout est donné, tout est livré. La chair divine n’est pas seulement déchirée, elle est forcée, profanée, par un sacrilège absolu, jusque dans la majesté de l’agonie… La dérision de Satan, mon ami ! Le rire, l’incompréhensible joie de Satan !…

…Pour un tel spectacle, dit-il après un silence, notre boue est encore trop pure…

— Le drame du Calvaire, commença le futur chanoine…

Il n’acheva pas. Dès ce moment, ce prêtre cartésien cessa de voir clair en lui. L’éminent philosophe, dont les discours révélèrent jadis à tant de belles curieuses un autre univers sensible, et qui, par un dosage savant de mathématique et d’esprit, fit du problème de l’être un divertissement d’honnêtes gens — s’il eût un jour entendu parler l’un de ses singuliers animaux, tout en ressorts, leviers et pignons — ne se serait pas trouvé plus accablé que le prêtre malheureux, jusqu’alors si ferme, et qui, subitement tiré hors de lui-même, ne se reconnaît plus.

Le curé de Lumbres pose sur le front du futur chanoine un doigt aigu.

— Malheureux sommes-nous, dit-il d’une voix rauque et lente, malheureux sommes-nous qui n’avons ici qu’un peu de cervelle, et l’orgueil de Satan ! Qu’ai-je à faire de votre prudence ? À présent mon sort est fixé. Quelle paix j’ai cherchée, quel silence ? Il n’y a pas de paix ici-bas, vous dis-je, aucune paix, et dans un seul instant de vrai silence ce monde pourri se dissiperait comme une fumée, comme une odeur, j’ai prié Notre-Seigneur de m’ouvrir les yeux ; j’ai voulu voir sa Croix ; je l’ai vue ; vous ne savez pas ce que c’est… Le drame du Calvaire, dites-vous… Mais il vous crève les yeux, il n’y a rien d’autre… Tenez ! moi qui vous parle, Sabiroux, j’ai entendu — oui — jusque dans la chaire de la cathédrale… des choses… je ne peux pas dire… Ils parlent de la mort de Dieu comme d’un vieux conte… Ils l’embellissent… ils en rajoutent. Où vont-ils chercher tout ça ? Le drame du Calvaire ! Prenez bien garde, Sabiroux.

— Mon cher ami… mon cher ami, bégayait l’autre à bout de forces… une telle exaltation… une telle violence… si éloignée de votre caractère…

Et, certes, la parole elle-même l’effrayait moins que cette voix devenue si dure. Mais le pis, c’était son propre nom, les trois syllabes en plein vent, jetées comme un ordre : Sabiroux… Sabiroux…

— Prenez bien garde, Sabiroux, que le monde n’est pas une mécanique bien montée. Entre Satan et Lui, Dieu nous jette, comme son dernier rempart. C’est à travers nous que depuis des siècles et des siècles la même haine cherche à l’atteindre, c’est dans la pauvre chair humaine que l’ineffable meurtre est consommé. Ah ! Ah ! si haut, si loin que nous enlèvent la prière et l’amour, nous l’emportons avec nous, attaché à nos flancs, l’affreux compagnon, tout éclatant d’un rire immense ! Prions ensemble, Sabiroux, pour que l’épreuve soit courte et la misérable foule humaine épargnée… Misérable foule !…

Sa voix se brise dans sa gorge, et il couvre ses yeux de ses mains frémissantes. Tout autour, le clair petit jardin siffle et chante. Mais ils ne l’entendaient plus.

Misérable foule ! répète-t-il tout bas. Au souvenir de ceux qu’il avait tant aimés, sa bouche trembla, une espèce de sourire monta lentement sur sa face et s’y répandit avec une majesté si douce que Sabiroux craignit de le voir tomber là, devant lui, mort. Il l’appela deux fois, timidement. Alors, comme un homme qui s’éveille :

— Je devais parler ainsi. Cela va mieux. Je crois qu’il m’était permis, Sabiroux, de rectifier un peu votre jugement sur moi. Il me serait pénible de vous laisser croire que j’aie jamais été favorisé de… de visions… d’apparitions… enfin de tentations peu communes. Cela n’était pas fait pour moi. Non ! Ce que j’ai vu, mon ami, je l’ai vu dans ma petite sacristie, assis sur ma chaise de paille, aussi clairement que je vous vois. Voyez-vous, on ne sait pas ce que c’est qu’un pécheur. Qu’est-ce qu’une voix dans le noir d’un confessionnal, qui ronronne, se hâte, se hâte, et ne se pose que sur les premières syllabes au mea culpa ? Bon pour les enfants, ça, pauvres petits ! Mais il faut voir, il faut voir les visages où tout se peint, et les regards. Des yeux d’homme, Sabiroux ! On a toujours à dire là-dessus. Certes ! j’ai assisté bien des mourants ; ce n’est rien ; ils n’effraient plus. Dieu les recouvre. Mais les misérables que j’ai vus devant moi — et qui discutent, sourient, se débattent, mentent, mentent, mentent — jusqu’à ce qu’une dernière angoisse les jette à nos pieds comme des sacs vides ! Cela fait encore figure dans le monde, allez ! Ça piaffe devant les filles. Ça blasphème agréablement… Ah ! longtemps, je n’ai pas compris ; je ne voyais que des égarés, que Dieu ramasse en passant. Mais il y a quelque chose entre Dieu et l’homme, et non pas un personnage secondaire… Il y a… il y a cet être obscur, incomparablement subtil et têtu, à qui rien ne saurait être comparé, sinon l’atroce ironie, un cruel rire. À celui-là Dieu s’est livré pour un temps. C’est en nous qu’il est saisi, dévoré. C’est de nous qu’il est arraché. Depuis des siècles le peuple humain est mis sous le pressoir, notre sang exprimé à flots afin que la plus petite parcelle de la chair divine soit de l’affreux bourreau l’assouvissement et la risée… Oh ! notre ignorance est profonde ! Pour un prêtre érudit, courtois, politique, qu’est-ce que le diable, je vous le demande ? À peine ose-t-on le nommer sans rire. Ils le sifflent comme un chien. Mais quoi ! pensent-ils l’avoir rendu familier ? Allez ! Allez ! c’est qu’ils ont lu trop de livres, et n’ont pas assez confessé. On ne veut que plaire. On ne plaît qu’aux sots, qu’on rassure. Nous ne sommes pas des endormeurs, Sabiroux ! Nous sommes au premier rang d’une lutte à mort et nos petits derrière nous. Des prêtres ! Mais ils ne l’entendent donc pas, le cri de la misère universelle ! Ils ne confessent donc que leurs bedeaux ! Ils n’ont donc jamais tenu devant eux, face à face, un visage bouleversé ? Ils n’ont donc jamais vu se lever un de ces regards inoubliables, déjà pleins de la haine de Dieu, auxquels on n’a plus rien à donner, rien ! L’avare rongé par son cancer, le luxurieux comme un cadavre, l’ambitieux plein d’un seul rêve, l’envieux qui toujours veille. Hé quoi ! quel prêtre n’a jamais pleuré d’impuissance devant le mystère de la souffrance humaine, d’un Dieu outragé dans l’homme, son refuge !… Ils ne veulent pas voir ! Ils ne veulent pas voir !

· · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · ·

À mesure que l’âpre voix s’élevait dans le vent et le soleil, le vigoureux petit jardin la défiait de toute sa forte vie. La brise de mai, roulant au ciel ses nuages gris, bloquait parfois au-dessous de l’horizon leur immense troupeau. C’est alors qu’un jet de lumière éblouissante, pareil à l’éclair d’un sabre, rasant toute la plaine assombrie, venait éclater dans la haie splendide.

Je me sentais, écrivait plus tard l’abbé Sabiroux, comme sur une cime isolée, exposé sans défense aux coups d’un invisible ennemi… Et lui, redevenu silencieux, fixait le même point dans l’espace. Il avait l’air d’attendre un signe, qui ne vint pas.