Poésies de Schiller/Thékla

Traduction par Xavier Marmier.
Poésies de SchillerCharpentier (p. 171-172).
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THÉKLA.




LA VOIX D’UNE OMBRE.


Tu demandes où je suis ? en quel lieu j’ai cherché un refuge, quand mon ombre fugitive s’évanouit à tes yeux ? N’avais-je pas accompli ma destinée ? n’avais-je pas aimé et vécu ?

Demande ce que deviennent les rossignols dont les touchantes mélodies te ravissent aux jours du printemps. Ils ne sont là qu’aussi longtemps qu’ils aiment.

Tu veux savoir si j’ai retrouvé celui que j’avais perdu. Crois-moi, je suis réunie à lui dans un lieu où ceux qui sont réunis ne se séparent plus, et où l’on ne répand plus de larmes.

C’est là que tu nous retrouveras, si ton amour ressemble à notre amour. Là, mon père est purifié de ses fautes ; là, le meurtre sanglant ne peut plus l’atteindre.

Il sent que ce n’était pas dans une vaine erreur qu’il élevait ses regards vers les astres. Chacun sera jugé comme il aura jugé. La Divinité est près de celui qui croit.

Dans ce vaste asile chaque sentiment vrai et élevé trouve sa récompense. Ose donner l’essor à tes rêves, un sens profond se cache souvent sous un jeu enfantin.