Poésies de Schiller/Les Paroles de la foi

Traduction par Xavier Marmier.
Poésies de SchillerCharpentier (p. 145-146).



LES PAROLES DE LA FOI.


Je vous dirai trois paroles, d’un sens profond, qui courent de bouche en bouche, mais qui viennent du cœur : c’est le cœur seul qui nous les révèle, il n’a plus nulle valeur l’homme qui cesse de croire à ces trois paroles.

L’homme est créé libre. Il est libre, fût-il né dans les chaînes. Ne vous laissez point égarer par les rumeurs de la populace, par les extravagances des insensés furieux ; ne tremblez ni devant l’esclave quand il rompt ses chaînes, ni devant l’homme libre. La vertu n’est pas un vain son, l’homme doit la pratiquer dans cette vie. Dût-il chanceler à chaque pas, il doit s’efforcer d’atteindre un but céleste. Ce que l’intelligence des savants ne voit pas, une âme candide le découvre dans sa simplicité : il y a un Dieu, une volonté sainte qui toujours subsiste quand celle de l’homme vacille. Au-dessus du temps et de l’espace plane la pensée vivante, la pensée suprême. Que tout change, que tout se modifie dans un cercle sans fin, il y a au milieu de ce changement un esprit calme et inébranlable.

Conservez ces trois paroles d’un sens profond ; qu’elles aillent de génération en génération ; c’est dans le cœur que vous les trouverez, c’est le cœur qui vous les révélera. Il n’a plus aucune valeur l’homme qui a cessé de croire à ces paroles.