Poésies de Schiller/Les Fleurs

Traduction par Xavier Marmier.
Poésies de SchillerCharpentier (p. 205).



LES FLEURS.


Enfants des beaux jours du soleil, fleurs de la prairie, la nature vous a fait naître pour le plaisir et le bonheur, la nature vous aime. Votre vêtement brille comme la lumière, et Flore a mis dans vos couleurs un éclat céleste. Doux enfants du printemps, plaignez-vous : elle vous a refusé l’âme et vous vivez dans la nuit.

Le rossignol et l’alouette vous chantent les joies de l’amour ; les sylphes caressants baisent votre sein. La couronne de votre calice n’a-t-elle pas été arrondie pour être le chevet de l’amour ? Doux enfants du printemps, pleurez, la Déesse vous a refusé l’amour et ses sentiments heureux.

Mais lorsque la sentence d’une mère m’éloigne des regards de Nany, lorsque nos mains vous cueillent pour faire de vous un gage d’amour, cette pensée vous donne, ô messagers muets des tendres souffrances, la vie, le langage, l’âme, le cœur ; et le plus puissant des Dieux cache sa divinité dans vos feuilles silencieuses.