Poésies de Schiller/Le Secret

Traduction par Xavier Marmier.
Poésies de SchillerCharpentier (p. 211-212).



LE SECRET.


Elle ne pouvait me dire aucun mot, trop de témoins étaient là à nous observer ; je n’ai pu qu’interroger timidement son regard, et j’ai bien compris ce qu’il exprimait. Je viens sous votre ombre paisible, beaux arbres de la forêt ! cacher dans vos frais asiles, cacher aux regards du monde ceux qui s’aiment.

De loin j’entends les rumeurs confuses des travaux du jour, je reconnais le murmure de différentes voix et le bruit du lourd marteau. C’est ainsi que l’homme accomplit avec peine sa rude destinée. Mais le bonheur tombe légèrement du sein des Dieux.

Oh ! les hommes ne savent pas quelle félicité nous donne un amour fidèle ; ils ne savent que troubler la joie, car la joie même ne leur cause aucun ravissement. Dans ce monde, le bonheur n’est pas permis, il faut le poursuivre comme une proie, le saisir à la dérobée avant que le destin contraire nous surprenne. Il arrive secrètement d’un pied léger, il aime la nuit et le silence, il fuit en toute hâte les lieux où veille un regard perfide. Onde charmante, forme une ceinture autour de nous, et que tes vagues courroucées défendent l’entrée de ce sanctuaire.