Poèmes antiques et modernes/Le Prison

Poèmes antiques et modernes, Texte établi par Edmond Estève, Hachette (p. 152-170).


LA PRISON

poème[1]
XVIIe SIÈCLE


Le sous-titre manque dans M, P1.

Épigraphe : M,P1, C’est dans la tombe qu’on est à couvert du bruit qu’excitent les impies. | C’est là que ceux qui étaient enchaînés ne souffrent plus, et qu’ils n’entendent plus la voix de l’exacteur. (Job)[2].


« Oh ! ne vous jouez plus d’un vieillard et d’un prêtre[3] !
» Étranger dans ces lieux, comment les reconnaître ?
» Depuis une heure au moins cet importun bandeau[4]

» Presse mes yeux souffrants de son épais fardeau.
» Soin stérile et cruel ! car de ces édifices
» Ils n’ont jamais tenté les sombres artifices.
» Soldats ! vous outragez le ministre et le Dieu,
» Dieu même que mes mains apportent dans ce lieu. »
Il parle ; mais en vain sa crainte les prononce :
Ces mots et d’autres cris se taisent sans réponse[5].
On l’entraîne toujours en des détours savants.
Tantôt crie à ses pieds le bois des ponts mouvants[6] ;
Tantôt sa voix s’éteint à de courts intervalles,
Tantôt fait retentir l’écho des vastes salles ;
Dans l’escalier tournant on dirige ses pas[7] ;
Il monte à la prison que lui seul ne voit pas,
Et, les bras étendus, le vieux prêtre timide
Tâte les murs épais du corridor humide[8].
On s’arrête ; il entend le bruit des pas mourir[9],
Sous de bruyantes clefs des gonds de fer s’ouvrir[10] ;
Il descend trois degrés sur la pierre glissante[11],
Et, privé du secours de sa vue impuissante,
La chaleur l’avertit qu’on éclaire ces lieux ;
Enfin, de leur bandeau l’on délivre ses yeux.
Dans un étroit cachot dont les torches funèbres

Ont peine à dissiper les épaisses ténèbres,
Un vieillard expirant attendait ses secours :
Du moins ce fut ainsi qu’en un brusque discours
Ses sombres conducteurs le lui firent entendre[12].
Un instant, en silence, on le pria d’attendre.
« Mon prince, dit quelqu’un, le saint homme est venu[13].
» — Eh ! que m’importe, à moi ? » soupira l’inconnu.
Cependant, vers le lit que deux lourdes tentures
Voilent du luxe ancien de leurs pâles peintures,
Le prêtre s’avança lentement, et, sans voir
Le malade caché, se mit à son devoir[14].


le prêtre.

Écoutez-moi, mon fils.


le mourant.

Hélas ! malgré ma haine,
J’écoute votre voix, c’est une voix humaine :
J’étais né pour l’entendre, et je ne sais pourquoi
Ceux qui m’ont fait du mal ont tant d’attraits pour moi[15].
Jamais je ne connus cette rare parole[16]
Qu’on appelle amitié, qui, dit-on, vous console ;
Et les chants maternels qui charment vos berceaux[17]
N’ont jamais résonné sous mes tristes arceaux[18] ;
Et pourtant, lorsqu’un mot m’arriva moins sévère[19],

Il ne fut pas perdu pour mon cœur solitaire.
Mais, puisque vous m’aimez, ô vieillard inconnu !
Pourquoi jusqu’à ce jour n’êtes vous pas venu[20] ?


le prêtre.

Ô qui que vous soyez ! vous que tant de mystère,
Avant le temps prescrit, sépara de la terre,
Vous n’aurez plus de fers dans l’asile des morts :
Si vous avez failli, rappelez les remords[21].
Versez-les dans le sein du Dieu qui vous écoute ;
Ma main du repentir vous montrera la route.
Entrevoyez le Ciel par vos maux acheté :
Je suis prêtre, et vous porte ici la liberté.
De la confession j’accomplis l’œuvre sainte,
Le tribunal divin siège dans cette enceinte.
Répondez, le pardon déjà vous est offert[22] ;

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Dieu même…


le mourant.

Il est un Dieu ? J’ai pourtant bien souffert[23] !


le prêtre.

Vous avez moins souffert qu’il ne l’a fait lui-même[24]. Votre dernier soupir sera-t-il un blasphème ? Et quel droit avez-vous de plaindre vos malheurs, Lorsque le sang du Christ tomba dans les douleurs ? Ô mon fils, c’est pour nous, tout ingrats que nous sommes[25], Qu’il a daigné descendre aux misères des hommes. À la vie, en son nom, dites un mâle adieu[26].


le mourant.

J’étais peut-être Roi.


le prêtre.

Le sauveur était Dieu[27] ;

}}

Mais, sans nous élever jusqu’à ce divin Maître,
Si j’osais, après lui, nommer encor le prêtre,
Je vous dirais : Et moi, pour combattre l’enfer,
J’ai resserré mon sein dans un corset de fer[28] ;
Mon corps a revêtu l’inflexible cilice,
Où chacun de mes pas trouve un nouveau supplice.
Au cloître est un pavé que, durant quarante ans,
Ont usé chaque jour mes genoux pénitents[29],
Et c’est encor trop peu que de tant de souffrance
Pour acheter du Ciel l’ineffable espérance[30].
Au creuset douloureux il faut être épuré[31]
Pour conquérir son rang dans le séjour sacré[32].
Le temps nous presse, au nom de vos douleurs passées[33].

Dites-moi vos erreurs pour les voir effacées[34] ;
Et devant cette croix où Dieu monta pour nous[35],
Souhaitez avec moi de tomber à genoux[36].
— Sur le front du vieux moine, une rougeur légère[37]
Fit renaître une ardeur à son âge étrangère[38] ;
Les pleurs qu’il retenait coulèrent un moment[39] ;
Au chevet du captif il tomba pesamment ;
Et ses mains présentaient le crucifix d’ébène,
Et tremblaient en l’offrant, et le tenaient à peine.
Pour le cœur du Chrétien demandant des remords.
Il murmurait tout bas la prière des morts,
Et, sur le lit, sa tête, avec douleur penchée,
Cherchait du prisonnier la figure cachée.
Un flambeau la révèle entière : ce n’est pas
Un front décoloré par un prochain trépas[40],
Ce n’est pas l’agonie et son dernier ravage ;
Ce qu’il voit est sans traits, et sans vie, et sans âge :
Un fantôme immobile à ses yeux est offert[41],
Et les feux ont relui sur un masque de fer.



Plein d’horreur à l’aspect de ce sombre mystère,
Le prêtre se souvint que, dans le monastère,

Une fois, en tremblant, on se parla tout bas[42]
D’un prisonnier d’État que l’on ne nommait pas ;
Qu’on racontait de lui des choses merveilleuses,
De berceau dérobé, de craintes orgueilleuses.
De royale naissance, et de droits arrachés,
Et de ses jours captifs sous un masque cachés[43].
Quelques pères disaient qu’à sa descente en France,
De secouer ses fers il conçut l’espérance ;
Qu’aux geôliers un instant il s’était dérobé,
Et, quoique entre leurs mains aisément retombé,
L’on avait vu ses traits ; et qu’une Provençale,
Arrivée au couvent de Saint-François-de-Sale
Pour y prendre le voile, avait dit, en pleurant.
Qu’elle prenait la Vierge et son Fils pour garant[44]
Que le Masque de Fer avait vécu sans crime[45].
Et que son jugement était illégitime ;
Qu’il tenait des discours pleins de grâce et de foi.
Qu’il était jeune et beau, qu’il ressemblait au Roi[46],

Qu’il avait dans la voix une douceur étrange[47],
Et que c’était un prince ou que c’était un ange.
Il se souvint encor qu’un vieux Bénédictin,
S’étant acheminé vers la tour, un matin,
Pour rendre un vase d’or tombé sur son passage,
N’était pas revenu de ce triste voyage :
Sur quoi, l’abbé du lieu pour toujours défendit
Les entretiens touchant le prisonnier maudit !
« Nul ne devait sonder la récente aventure[48] ;
» Le ciel avait puni la coupable lecture[49]
» Des mystères gravés sur le vase indiscret[50]. »
Le temps fit oublier ce dangereux secret.



Le prêtre regardait le malheureux célèbre ;
Mais ce cachot tout plein d’un appareil funèbre[51],
Et cette mort voilée, et ces longs cheveux blancs,
Nés captifs et jetés sur des membres tremblants[52].
L’arrêtèrent longtemps en un sombre silence.
Il va parler enfin ; mais tandis qu’il balance.
L’agonisant du lit se soulève et lui dit :
« Vieillard, vous abaissez votre front interdit[53],
Je n’entends plus le bruit de vos conseils frivoles,
L’aspect de mon malheur arrête vos paroles[54].
Oui, regardez-moi bien, et puis dites après
Qu’un Dieu de l’innocent défend les intérêts ;
Des péchés tant proscrits, où toujours l’on succombe.
Aucun n’a séparé mon berceau de ma tombe ;
Seul, toujours seul, par l’âge et la douleur vaincu[55].
Je meurs tout chargé d’ans, et je n’ai pas vécu[56].
Du récit de mes maux vous êtes bien avide :
Pourquoi venir fouiller dans ma mémoire vide,
Où, stérile de jours, le temps dort effacé ?
Je n’eus point d’avenir et n’ai point de passé ;
J’ai tenté d’en avoir ; dans mes longues journées[57].
Je traçais sur les murs mes lugubres années ;

Mais je ne pus les suivre en leur douloureux cours.
Les murs étaient remplis et je vivais toujours.
Tout me devint alors obscurité profonde ;
Je n’étais rien pour lui, qu’était pour moi le monde ?
due m’importaient des temps où je ne comptais pas[58][59] ?
L’heure que j’invoquais, c’est l’heure du trépas.
Écoutez, écoutez : quand je tiendrais la vie
De l’homme qui toujours tint la mienne asservie,
J’hésiterais, je crois, à le frapper des maux
Qui rongèrent mes jours, brûlèrent mon repos ;
Quand le règne inconnu d’une impuissante ivresse
Saisit mon cœur oisif d’une vague tendresse.
J’appelais le bonheur, et ces êtres amis
Qu’à mon âge brûlant un songe avait promis[60].
Mes larmes ont rouillé mon masque de toiture,
J’arrosais de mes pleurs ma noire nourriture,
Je déchirais mon sein par mes gémissements[61],

J’effrayais mes geôliers de mes longs hurlements[62] ;
Des nuits, par mes soupirs, je mesurais l’espace ;
Aux hiboux des créneaux je disputais leur place,
Et, pendant aux barreaux où s’arrêtaient mes pas,
Je vivais hors des murs d’où je ne sortais pas[63][64]. »



Ici tomba sa voix. Comme après le tonnerre
De tristes sons encore épouvantent la terre,
Et, dans l’antre sauvage où l’effroi l’a placé.
Retiennent en grondant le voyageur glacé,
Longtemps on entendit ses larmes retenues
Suivre encore une fois des routes bien connues[65] ;
Les sanglots murmuraient dans ce cœur expirant.
Le vieux prêtre toujours priait en soupirant.
Lorsqu’un des noirs geôliers se pencha pour lui dire[66]
Qu’il fallait se hâter, qu’il craignait le délire.
Un nouveau zèle alors ralluma ses discours :
« Ô mon fils ! criait-il, votre vie eut son cours ;
» Heureux, trois fois heureux, celui que Dieu corrige !
» Gardons de repousser les peines qu’il inflige :
» Voici l’heure où vos maux vous seront précieux,
» Il vous a préparé lui-même pour les cieux[67].
» Oubliez votre corps, ne pensez qu’à votre âme ;

» Dieu lui-même l’a dit : L’homme né de la femme[68]
» Ne vit que peu de temps, et c’est dans les douleurs[69].
» Ce monde n’est que vide et ne vaut pas des pleurs.
» Qu’aisément de ses biens notre âme est assouvie !
» Me voilà, comme vous, au bout de cette vie :
» J’ai passé bien des jours, et ma mémoire en deuil[70]
» De leur peu de bonheur n’est plus que le cercueil.
» C’est à moi d’envier votre longue souffrance.
» Qui d’un monde plus beau vous donne l’espérance ;
» Les anges à vos pas ouvriront le saint lieu :
» Pourvu que vous disiez un mot à votre Dieu,
» Il sera satisfait. » Ainsi, dans sa parole[71],
Mêlant les saints propos du livre qui console[72],
Le vieux prêtre engageait le mourant à prier,
Mais en vain : tout à coup on l’entendit crier,
D’une voix qu’animait la fièvre du délire.
Ces rêves du passé : Mais enfin je respire[73][74] !

Ô bords de la Provence ! ô lointain horizon !
Sable jaune où des eaux murmure le doux son !
Ma prison s’est ouverte. Oh ! que la mer est grande[75] !
Est-il vrai qu’un vaisseau jusque là-bas se rende[76] ?
Dieu ! qu’on doit être heureux parmi les matelots !
due je voudrais nager dans la fraîcheur des flots[77] !
La terre vient, nos pieds à marcher se disposent[78],
Sur nos mâts arrêtés les voiles se reposent[79].
Ah ! j’ai fui les soldats ; en vain ils m’ont cherché ;
Je suis libre, je cours, le masque est arraché ;

De l’air dans mes cheveux j’ai senti le passage,
Et le soleil un jour éclaira mon visage.
— Oh ! pourquoi fuyez-vous ? restez sur vos gazons[80],
Vierges ! continuez vos pas et vos chansons ;
Pourquoi vous retirer aux cabanes prochaines ?
Le monde autant que moi déteste donc les chaînes ?
Une seule s’arrête et m’attend sans terreur :
Quoi ! du Masque de Fer elle n’a pas horreur[81] !
Non, j’ai vu la pitié sur ses lèvres si belles[82],
Et de ses yeux en pleurs les douces étincelles.
Soldats ! Que voulez-vous ? quel lugubre appareil[83] !
J’ai mes droits à l’amour et ma part au soleil ;
Laissez-nous fuir ensemble. Oh ! voyez-la ! c’est elle[84]
Avec qui je veux vivre, elle est là qui m’appelle ;
Je ne fais pas le mal ; allez, dites au Roi
Qu’aucun homme jamais ne se plaindra de moi ;
Que je serai content si, près de ma compagne,
Je puis errer longtemps de montagne en montagne[85].
Sans jamais arrêter nos loisirs voyageurs[86] !

Que je ne chercherai ni parents ni vengeurs ;
Et, si l’on me demande où j’ai passé ma vie,
Je saurai déguiser ma liberté ravie ;
Votre crime est bien grand, mais je le cacherai[87].
Ah ! laissez-moi le Ciel, je vous pardonnerai[88].
Non… toujours des cachots… Je suis né votre proie…
Mais je vois mon tombeau, je m’y couche avec joie[89].
Car vous ne m’aurez plus, et je n’entendrai plus
Les verrous se fermer sur l’éternel reclus[90].
Que me veut donc cet homme avec ses habits sombres[91] ?
Captifs morts dans ces murs, est-ce une de vos ombres ?
Il pleure. Ah ! malheureux, est-ce ta liberté ?


le prêtre.

Non, mon fils, c’est sur vous ; voici l’éternité.


le mourant.

À moi ! je n’en veux pas ; j’y trouverais des chaînes[92].


le prêtre.

Non, vous n’y trouverez que des faveurs prochaines.

[93]

Un mot de repentir, un mot de votre foi[94],
Le Seigneur vous pardonne.


le mourant.

Ô prêtre ! laissez-moi !


le prêtre.

Dites : Je crois en Dieu. La mort vous est ravie.


le mourant.

Laissez en paix ma mort, on y laissa ma vie.
— Et d’un dernier effort l’esclave délirant
Au mur de la prison brise son bras mourant.
« Mon Dieu ! venez vous-même au secours de cette âme ! »
Dit le prêtre, animé d’une pieuse flamme.
Au fond d’un vase d’or, ses doigts saints ont cherché
Le pain mystérieux où Dieu même est caché :
Tout se prosterne alors en un morne silence[95].
La clarté d’un flambeau sur le lit se balance ;
Le chevet sur deux bras s’avance supporté,
Mais en vain : le captif était en liberté.



Resté seul au cachot, durant la nuit entière,
Le vieux religieux récita la prière ;
Auprès du lit funèbre il fut toujours assis.
Quelques larmes, souvent, de ses yeux obscurcis,
Interrompant sa voix, tombaient sur le saint livre ;
Et, lorsque la douleur l’empêchait de poursuivre,
Sa main jetait alors l’eau du rameau béni
Sur celui qui du Ciel peut-être était banni.
Et puis, sans se lasser, il reprenait encore.
De sa voix qui tremblait dans la prison sonore,
Le dernier chant de paix ; il disait : « Ô Seigneur[96] !
» Nie brisez pas mon âme avec votre fureur[97] ;
» Ne m’enveloppez pas dans la mort de l’impie[98][99]. »
Il ajoutait aussi : « Quand le méchant m’épie[100],
» Me ferez-vous tomber. Seigneur, entre ses mains[101] ?
» C’est lui qui sous mes pas a rompu vos chemins[102] ;
» Ne me châtiez point, car mon crime est son crime[103].

» J’ai crié vers le Ciel du plus profond abîme[104][105]
» Ô mon Dieu ! tirez-moi du milieu des méchants[106] ! »
Lorsqu’un rayon du jour eut mis fin à ses chants,
Il entendit monter vers les noires retraites,
Et des voix résonner sous les voûtes secrètes[107].
Un moment lui restait, il eût voulu du moins
Voir le mort qu’il pleurait sans ces cruels témoins ;
Il s’approche, en tremblant, de ce fils du mystère
Qui vivait et mourait étranger à la terre ;
Mais le Masque de Fer soulevait le linceul[108],
Et la captivité le suivit au cercueil.


Écrit en 1821, à Vincennes[109].
  1. Extrait du journal de Dujunca, lieutenant du roi à la Bastille, donné dans les Mémoires du Maréchal duc de Richelieu, 1790, t. III, p. 105 : « Du lundi 19 novembre 1703. Le prisonnier inconnu, toujours masqué d’un masque de velours noir, que M. de Saint-Mars avait amené avec lui, venant de l’île Sainte-Marguerite, qu’il gardait depuis longtemps, s’étant trouvé hier un peu plus mal, en sortant de la messe, il est mort aujourd’hui, sur les dix heures du soir, sans avoir eu une grande maladie, il ne se peut pas moins. M. Guiraut, notre aumônier, le confessa hier ; surpris de la mort, il n’a pu recevoir ses sacrements, et notre aumônier l’a exhorté un moment avant que de mourir. »
  2. C’est là que le grand bruit qu’ont fait les impies s’est enfin terminé… C’est là que ceux qui étaient autrefois enchaînés ensemble ne souffrent plus aucun mal, et qu’ils n’entendent plus la voix de ceux qui exigeaient d’eux des travaux insupportables (vocem exactoris) (Job, trad. de Sacy, III,17-18).
  3. Var : P1, Ô ne vous jouez plus.
  4. Var : M, Quoi ! pourrais-je jamais ici me reconnaître ? P1, Passager dans ces lieux, comment les reconnaître ?
  5. Var : M, Ces mots et d’autres cris demeurent (corr. : se taisent) sans réponse.
  6. Var : M, P1, Tantôt craque
  7. Var : M, P1, D’un escalier rapide on avertit ses pas :
  8. Var : M, P1, D’un mur qui le conduit tâte l’obstacle humide.
  9. Var : (M ?), P1, A-C2, le bruit des pieds — Pour ce vers comme pour quelques autres qu’on trouvera plus loin, il ne m’a pas été signalé de variante manuscrite. J’ai peine à croire cependant que Vigny ait écrit du premier coup la version définitive, puis l’ait modifiée, — parfois peu heureusement, — dans le texte de l’édition originale, pour y revenir sept ans, ou même, dans un cas, trente ans après. J’exprime ce doute en faisant suivre d’un point d’interrogation le sigle M placé entre parenthèses.
  10. Var : (M ?), P1, Sous de bruyantes clés une porte s’ouvrir ;
  11. Var : M, P1, Il descend quelques pas
  12. Var : M, Les sombres conducteurs à sa vue incertaine (corr. : le lui firent entendre) | Expliquaient (biffé).
  13. Var : P1, Mou Prince
  14. Var : M, commença (corr. : se mit à.) son devoir.
  15. Var : M, Ces discours (corr. : Ceux qui)
  16. Var : M, Jamais je n’entendis (corr. : ne connus)
  17. Var : M, Ni (corr. : Et)
  18. Var : M, 1er main, Ni les mots familiers (l’idée n’a pas été suivie) ; 2e main, N’ont jamais pénétré (corr. : résonné)
  19. Var : M, arrivait (corr. : m’arriva)
  20. Var : (M ?), P1, Dites, pourquoi déjà n’êtes-vous pas venu ? — À la suite de ce vers, M et P1 intercalent les huit vers suivants, qui complètent la tirade du prisonnier :

    Vous m’appelez mon fils ? Si vous étiez mon père,
    Vos pas seraient tardifs en ces lieux. Et ma mère,
    Ne viendra-t-elle pas me regarder mourir ?
    Aujourd’hui que leur fils va cesser de souffrir.
    Qu’ils viennent tous les deux voir ma reconnaissance.
    Mais ne les a-t-on pas punis de ma naissance ?
    Ils ont dû l’expier, car devant votre loi,
    Si je suis criminel, ils le sont plus que moi.

  21. Var : M, Il n’est plus de cachots (corr. : Vous n’aurez plus de fers) dans l’azyle des morts :
  22. Pierre Lebrun, Marie Stuart, 1820, V, 3 (scène de la confession) :

    Pourquoi ces pleurs et ces gémissements ?
    Pourquoi me plaignez-vous lorsque la délivrance
    Vient mettre enfin un terme à ma longue souffrance ?
    Soyez plutôt joyeux de voir briser mes fers :
    La prison disparaît et les cieux sont ouverts…
    La bienfaisante mort, du doux pardon suivie,
    Répare en un moment les fautes de ma vie :
    L’être faible, abattu sous le fardeau du sort,
    Est à son dernier jour relevé par la mort.

  23. Var : P1, A-C3, Il est un Dieu !
  24. Chateaubriand, Atala : Le vieillard me releva avec bénignité, et je m’aperçus alors qu’il avait les deux mains mutilées. Atala comprit sur-le-champ ses malheurs. « Les barbares ! » s’écria-t-elle. « Ma fille, reprit le père [Aubry] avec un doux sourire, qu’est-ce que cela auprès de ce qu’a enduré mon divin Maître ? » — et plus loin : « La voilà donc [dit Chactas], cette religion que vous m’avez tant vantée ! Périsse le serment qui m’enlève Atala ! Périsse le Dieu qui contrarie la nature ! Homme prêtre, qu’es-tu venu faire dans ces forêts ? — Te sauver, dit le vieillard d’une voix terrible, dompter tes passions et t’empêcher, blasphémateur, d’attirer sur toi la colère céleste ! Il te sied bien, jeune homme à peine entré dans la vie, de te plaindre de tes douleurs !… Quand tu auras comme le père Aubry, passé trente années exilé sur les montagnes, tu seras moins prompt à juger des desseins de la Providence ; tu comprendras alors que tu ne sais rien, que tu n’es rien, et qu’il n’y a point de châtiments si rigoureux, point de maux si terribles, que la chair corrompue ne mérite de souffrir… Mon fils, le ciel, le ciel, voilà ce qu’il ne faut jamais accuser !… Ne nous lassons point d’espérer. Chactas, c’est une religion bien divine que celle-là qui a fait une vertu de l’espérance ! »
  25. Var : M, 1er main, Homme ingrat, c’est pour vous (inachevé) 2e main, Ne soyons pas ingrats, ô mon fils, c’est pour nous 3e main, texte actuel.
  26. Var : M, 1er main, Et de plaindre nos maux nous croyons avoir lieu ? 2e main, Et nous ne quittons pas le bonheur sans adieu ; 3e main, texte actuel.
  27. Var : P1, A-C3, roi. Le Sauveur
  28. Var : M, Mon cœur s’est enfermé (corr. : J’ai resserré mon sein).
  29. Var : (M, ?) P1, Ont usé, dans les pleurs,
  30. Walter Scott, Le Lai du dernier ménestrel, trad. Defauconpret, ch. II, 5 (c’est un vieux moine qui parle) : Ma poitrine est entourée d’une ceinture de fer, mon corps est couvert d’un cilice armé de pointes aiguës. J’ai passé soixante ans dans la pénitence, mes genoux ont usé les pierres de ma cellule, et c’est encore trop peu pour obtenir le pardon d’avoir connu ce qui ne devait jamais l’être.
  31. Var v. 79-80 : M, P1, Au creuset douloureux (M, 1er main, du malheur) tout notre être épuré | S’envole en bienheureux vers le séjour sacré.
  32. Pierre Lebrun, Marie Stuart, V, 3 :

    Marie, autrefois reine et maintenant martyre,
    Lorsque le roi des cieux du monde vous retire.
    Allez vers lui sans peur : l’or pur est éprouvé ;
    De la paix du Seigneur l’instant est arrivé.
    Coupable seulement des erreurs d’une femme,
    Vos fautes dans le ciel ne suivront pas votre âme ;
    Et quiconque vers Dieu s’élève avec amour
    N’emporte rien du monde au céleste séjour.

    (Comparer surtout avec le texte du manuscrit et de la 1er édition.)

  33. Var : M, 1er main, Le temps presse, ô mon fils, par vos douleurs passées 2e main, texte actuel.
  34. Var : M, 1er main, Montrez-moi par des pleurs vos fautes effacées ; M, 2e main, P1, Par des larmes montrez vos fautes effacées ;
  35. Var : P1, A-C3, Croix
  36. Var : M, P1, Souhaitez comme moi
  37. Var : M, Sur le front du vieillard (corr. : vieux moine)
  38. Var : M, 1er main, L’enflamma d’une ardeur qui semblait étrangère 2e main, Fit paraître (corr. : renaître) une ardeur à son âge étrangère
  39. Var : M, P1, Ses yeux gonflés (M, 1er main, rougis) de pleurs, fixés avidement
  40. Var : M, Un front défiguré (corr. : décoloré)
  41. Var : M, 1er main, C’est un spectre immobile échappé de l’enfer, 2e main, Un fantôme immobile à ses yeux s’est offert
  42. Var : M, Autrefois (corr. : Une fois) D, on se parlait
  43. Mémoires du Maréchal duc de Richelieu, tome III, Relation de la naissance et de l’éducation du Prince infortuné, soustrait par les cardinaux de Richelieu et Mazarin à la société, et renfermé par l’ordre de Louis XIV ; composée par le gouverneur de ce Prince au lit de mort. D’après cette relation, le Masque de Fer aurait été un frère jumeau de Louis XIV ; il serait né le second ; on ne l’en aurait pas moins fait disparaître, pour éviter toute contestation. « Sa majesté me parut craindre que si jamais la naissance de cet enfant était connue du vivant de son frère le jeune Roy, quelques mécontents n’en prissent raison pour se révolter, parce que plusieurs médecins prétendent que le dernier-né de deux enfants jumeaux est le premier conçu, et par conséquent qu’il est roi de droit, tandis que ce sentiment n’est pas reconnu par d’autres de cet état. » (p. 81.)
  44. Var : M, (Qu’elle prenait la Vierge (sainte biffé) et son fils P1, fils
  45. Var : M, P1, Que le Masque de fer n’avait point fait de crime,
  46. Var : P1, A-C3, roi.
  47. Var : M, 1er main, Que de grâces c’était le plus parfait mélange, 2e main, P1, Que de vertus c’était un céleste mélange,
  48. Var : M, P1, A, « Cet homme de l’enfer était une imposture ;
  49. Var : M, 1er main, La mort avait suivi 2e main, texte actuel.
  50. Voltaire, Siècle de Louis XIV, ch. xxv : Un jour, le prisonnier écrivit avec un couteau sur une assiette d’argent et jeta l’assiette par la fenêtre vers un bateau qui était au rivage, presque au pied de la tour. Un pêcheur, à qui ce bateau appartenait, ramassa l’assiette et la rapporta au gouverneur. Celui-ci étonné demanda au pêcheur : « Avez-vous lu ce qui est écrit sur cette assiette, et quelqu’un l’a-t-il vue entre vos mains ? — Je ne sais pas lire, répondit le pécheur. Je viens de la trouver, personne ne l’a vue. » Ce paysan fut retenu jusqu’à ce que le gouverneur fût bien informé qu’il n’avait jamais lu, et que l’assiette n’avait été vue de personne. « Allez, lui dit-il, vous êtes bien heureux de ne pas savoir lire ». — Mémoires de Richelieu, t. III, p. 98 (extrait du Voyage de Provence de l’abbé Papon, Paris, 1780, p. 247) : Je trouvai dans la citadelle un officier de la compagnie franche, âgé de 79 ans ; il me dit que son père, qui servait dans la même compagnie, lui avait plusieurs fois raconté qu’un frater aperçut un jour sous la fenêtre du prisonnier quelque chose de blanc qui flottait sur l’eau ; il l’alla prendre et l’apporta à M. de Saint-Mars ; c’était une chemise très fine, pliée avec assez de négligence, et sur laquelle le prisonnier avait écrit d’un bout à l’autre. M. de Saint-Mars, après l’avoir dépliée, et avoir lu quelques lignes, demanda au frater, d’un air fort embarrassé, s’il n’avait pas eu la curiosité de lire le contenu. Celui-ci lui protesta plusieurs fois qu’il n’avait rien lu ; mais deux jours après, il fut trouvé mort dans son lit.
  51. Var : M, 1er main, Mais cet étroit cachot, cet appareil funèbre, 2e main, texte actuel.
  52. Var : M, 1er main, Qui répandus 2e main, texte actuel.
  53. Var : M, (O biffé) Vieillard, à mon aspect (corr. : vous abaissez) votre front interdit,
  54. Var : (M, ?) P1, L’aspect de mon malheur fait taire vos paroles.
  55. Var : M, Quand vous autres vivants faisiez des attentats, P1, Quand les vivants au jour montraient des attentats,
  56. Var : M, P1, Mon enfance au cachot ne les soupçonnait pas.
  57. Var v. 153-154 : (M, ?) P1, J’ai tenté d’en avoir, et long-temps mes journées | Ont tracé
  58. Byron, Le Prisonnier de Chillon, II (trad. Pichot) : Combien d’années dura ma captivité ? Hélas ! j’en perdis le compte au moment où je vis le dernier de mes frères s’affaiblir et expirer près de moi… — IX : Que s’est-il passé depuis ce moment ? je ne le sais point, et je ne l’ai jamais su. Je devins d’abord étranger à tout ce qui m’entourait, à l’air, à la lumière et même à l’obscurité. Je n’avais aucune pensée ; mon âme ne conservait aucun sentiment… Autour de moi tout était pâle et confus. Ce n’était pas la nuit, ce n’était pas le jour, ce n’était pas même la clarté du donjon, si odieuse à mes yeux fatigués ; c’était un vide absorbant l’espace, un chaos vague, où il n’y avait ni étoiles, ni terre, ni temps, ni lois, ni changements, ni bien, ni mal, mais le silence et une respiration sans mouvement, qui n’était ni la vie, ni la mort, une mer immobile et silencieuse, un abîme obscur et sans bornes. — XIII : Les mois, les jours, les années s’écoulèrent, mais je n’en tins pas compte.
  59. Var v. 159-160 : P1, Que m’importaient des temps où je ne comptais pas | L’heure que j’invoquais : c’est l’heure du trépas. Cette ponctuation inintelligible est rectifiée dans le texte donné par les Tablettes Romantiques.
  60. Var : M, Qu’en mon âme sans but la jeunesse avait mis.
  61. Var : M, Par les gémissemens,
  62. Var : M, par (corr. : de) mes longs hurlemens ;
  63. Byron, Le Prisonnier de Chillon, XII : Je creusai des échelons dans le mur. Ce n’était pas pour m’échapper de ma prison… Seulement j’étais curieux de monter aux barreaux de ma fenêtre, et de reposer encore une fois ma vue sur ces montagnes que j’avais tant aimées.
  64. Entre 176 et 177, dans P1, A, ni filet ni interligne.
  65. Var : M, des routes trop (corr. : bien) connues ;
  66. Var : M, s’approcha (corr. : se pencha) pour lui dire
  67. Var : P1, A-C3, Cieux.
  68. Var : P1, A, en note : Job, chap. XIV, v. 1.
  69. Var : M, Ne vit que peu de temps abreuvé de (corr. : et c’est dans les) douleurs.
  70. Var : M, J’ai vécu (corr. : passé)
  71. Var : M, 1er main, Par ses paroles saintes 2e main, texte actuel.
  72. Var : M, Remplis biffé, remplacé par : Mêlant les
  73. Pierre Lebrun, Marie Stuart (1820), III, 1. (Dans cette scène, qui suit d’assez prés le texte de Schiller, Marie, échappée pour un moment de sa prison, explique à sa suivante les impressions qui l’agitent) :

    Ah ! laisse-moi jouir
    D’un bonheur que je crains de voir s’évanouir.
    Laisse mes libres pas errer à l’aventure.
    Je voudrais m’emparer de toute la nature.
    Combien le jour est pur ! Que le ciel est serein !
    Ne sommeillé-je pas ? N’est-ce qu’un songe vain ?
    À mon cachot obscur suis-je en effet ravie ?
    Suis-je de mon tombeau remontée à la vie ?
    Ah ! d’un air libre et pur laisse-moi m’enivrer…
    Et si ce n’est qu’un songe, ah ! laisse-moi du moins.

    Soulevant un moment ma chaîne douloureuse,
    Rêver que je suis libre et que je suis heureuse.
    Ne respiré-je pas sous la voûte des cieux ?
    Un espace sans borne est ouvert à mes yeux.
    Vois-tu cet horizon qui se prolonge immense ?
    C’est là qu’est mon pays ; là l’Écosse commence.
    Ces nuages errants qui traversent le ciel,
    Peut-être hier ont vu mon palais paternel.
    Ils descendent du Nord, ils volent vers la France.
    Oh ! saluez le lieu de mou heureuse enfance…

    Vigny connaissait bien ce passage, dont les quatre derniers vers lui ont fourni le thème d’une page de Cinq Mars (ch. XXIII, L’absence, début).

  74. Var : M, 1er main, Ouvrez-moi : je respire. 2e main, Vous m’ouvrez ? je respire. 3e main, À la fin je respire. 4e main, Mais enfin je respire.
  75. Var : P1, A-C2, ô que la mer
  76. Byron, Le Prisonnier de Chillon, XIII : Je les revis [les montagnes] ; elles étaient toujours les mêmes… J’aperçus dans le lointain les murailles blanches de la ville, et les voiles plus blanches encore qui dirigeaient le cours des bateaux voguant sur le lac… Alors de nouveaux pleurs coulèrent de mes yeux, je laissai retomber ma tête sur ma poitrine, et j’aurais voulu n’avoir jamais abandonné mes chaînes.
  77. Racine, Phèdre, scène de la folie (I, 3) :

    Dieux ! que ne suis-je assise à l’ombre des forêts !
    Quand pourrai-je, au travers d’une noble poussière,
    Suivre de l’œil un char fuyant dans la carrière ?

    — Pierre Lebrun, Marie Stuart, III, 1 :

    … Entends-tu ces sons et ces lointaines voix
    Dont la chasse bruyante a rempli tous les bois ?
    Anna, les entends-tu ? Que ne puis-je sans guide
    M’élancer tout à coup sur un coursier rapide !
    Que ne suis-je emportée à travers les forêts !

  78. Var : M, P1, les pieds
  79. Var : M, P1, Les mâts baissent leurs bras, les voiles s’y reposent.
  80. Var : P1, Ô pourquoi.
  81. Var : P1, Masque de fer.
  82. Var v. 229-230 : M, P1, Non, j’ai vu les beautés de sa démarche, et celles | Qui venaient de ses yeux en douces (P1 remplace douces par vives) étincelles.
  83. Var v. 231-233 : M, P1, Soldats, que voulez-vous ? Encor ce masque froid ? | Que vous ai-je donc fait ? Le soleil est à moi, | Il ranime ma vie. — A, et ma part du soleil ;
  84. Var : P1, A, Ô voyez-la !
  85. Var : M, P1, Je puis mener nos jours de montagne en montagne,
  86. Chateaubriand, Martyrs, X (épisode de Velléda) : Tu croyais peut-être que dans mes songes de félicité, je désirais des trésors, des palais, des pompes ? Hélas ! mes vœux étaient plus modestes, et ils n’ont point été exaucés ! Je n’ai jamais aperçu au coin d’un bois la hutte roulante d’un berger sans songer qu’elle me suffirait avec toi… Nous promènerions aujourd’hui notre cabane de solitude en solitude, et notre
  87. Var : M, P1, A, J’inventerai des jours où je vous cacherai :
  88. Var : M, Même au fond de mon cœur (corr. : Ah ! laissez-moi le ciel)
  89. Var : M, P1, je suis ravi de joie.
  90. Var : P1, Les verrous
  91. Var v. 249-250 : M, P1, Que me veut donc cet homme avec sa robe sombre ? | De quelque prisonnier sans doute que c’est l’ombre ?
  92. Var : M, P1, Ô moi !
  93. demeure ne tiendrait pas plus à la terre que notre vie. — Atala : Qu’une hutte avec Atala sur ces bords eût rendu ma vie heureuse !… là avec une épouse, inconnu des hommes, cachant mon bonheur au fond des forêts, j’aurais passé comme ces fleuves qui n’ont pas même un nom dans le désert.
  94. Var : M, un mot de notre foi,
  95. Chateaubriand, Atala : Le solitaire, se levant d’un air inspiré et étendant les bras vers la voûte de la grotte : « Il est temps, s’écria-t-il, il est temps d’appeler Dieu ici ! » À peine a-t-il prononcé ces mots qu’une force surnaturelle me contraint de tomber à genoux, et m’incline la tête au pied du lit d’Atala. Le prêtre ouvre un lieu secret où était enfermée une urne d’or couverte d’un voile de soie ; il se prosterne, et adore profondément… Le prêtre ouvrit le calice ; il prit entre ses deux doigts une hostie blanche comme la neige et s’approcha d’Atala en prononçant des mots mystérieux… Ses lèvres s’entr’ouvrirent, et vinrent avec respect chercher le Dieu caché sous le pain mystique.
  96. Var : P1, A, en note : Pseaume xxxvii, v. 1.
  97. Psaumes, XXXVII, 1 : Seigneur, ne me reprenez pas dans votre fureur, et ne me punissez pas dans votre colère.
  98. Psaumes, XXVII, 3 : Ne m’entraînez pas avec les pécheurs, et ne me perdez pas avec ceux qui commettent l’iniquité.
  99. Var : P1, A, en note : Pseaume xxvii, v. 5 (sic).
  100. Psaumes, XXXVI, 32 : Le pécheur observe et considère le juste, et il cherche à le tuer.
  101. Var : P1, A, en note : Pseaume xxxvi, v. 32.
  102. Job., XXX, 13 : Ils ont rompu tous les chemins par où je marchais, ils m’ont tendu des pièges.
  103. Psaumes, LIV, 4 : … ils m’ont imposé des crimes et ils me maltraitent dans leur colère.
  104. Psaumes, CXXIX, 1 : Seigneur du profond abîme où je suis, je m’écrie vers vous.
  105. Var : P1, A, en note : De Profundis.
  106. Psaumes, LVIII, 3 : Arrachez-moi du milieu de ces ouvriers d’iniquité… — CXXXIX. 1 : Délivrez-moi, Seigneur, de l’homme méchant.
  107. Var : M, P1, A, dans ces voûtes
  108. Var : P1, le linceuil (Le texte des Tablettes Romantiques donne : linceul).
  109. La date manque dans P1, — M, Du 1er au 8 avril 1821.