Poèmes (Canora, 1905)/Prélude

(p. 65-66).
À mon ami Paul Géraldy.

L’AUTOMNE

poème

I

PRÉLUDE

 

Sur les bois profonds et silencieux,
L’automne a jeté sa douce tristesse,
Les chênes jaunis, que le vent caresse,
Balancent pensifs leurs rameaux très vieux
D’où la feuille d’or tombe avec mollesse.

Rêvent en foulant les feuilles pressées
Dont l’encens subtil berce leurs pensées ;
Autour d’eux s’étend l’éternelle paix,
L’oubli sans retour des choses passées.


La forêt s’endort, sans regret, sans deuil,
Et laissant les doigts errer sur la lyre,
Le poète ébauche un dernier sourire
Avant de glisser sous le blanc linceul,
Sans vouloir la mort et sans la maudire.