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ment chassés de l’Italie, l’Angleterre, commençant à disputer sa liberté contre ses rois ; le gouvernement féodal établi partout, la chevalerie à la mode, les prêtres devenus princes et guerriers, une politique presque en tout différente de celle qui anime aujourd’hui l’Europe. Il semblait que les pays de la communion romaine fussent une grande république dont l’empereur et les papes voulaient être les chefs ; et cette république, quoique divisée, s’était accordée longtemps dans les projets des croisades, qui ont produit de si grandes et de si infâmes actions, de nouveaux royaumes, de nouveaux établissements, de nouvelles misères, et enfin beaucoup plus de malheur que de gloire. Nous les avons déjà indiquées. Il est temps de peindre ces folies guerrières.

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CHAPITRE LIII. [1]


De l’Orient au temps des croisades, et de l’état de la Palestine.


Les religions durent toujours plus que les empires. Le mahométisme florissait, et l’empire des califes était détruit par la nation des Turcomans. On se fatigue à rechercher l’origine de ces Turcs. Elle est la même que celle de tous les peuples conquérants. Ils ont tous été d’abord des sauvages, vivant de rapine. Les Turcs habitaient autrefois au delà du Taurus et de l’Immaüs, et bien loin, dit-on, de l’Araxe. Ils étaient compris parmi ces Tartares que l’antiquité nommait Scythes. Ce grand continent de la Tartarie, bien plus vaste que l’Europe, n’a jamais été habité que par des barbares. Leurs antiquités ne méritent guère mieux une histoire suivie que les loups et les tigres de leur pays. Ces peuples du Nord firent de tout temps des invasions vers le midi. Ils se répandirent, vers le XIe siècle, du côté de la Moscovie, ils inondèrent les bords de la mer Caspienne. Les Arabes, sous les premiers successeurs de Mahomet, avaient soumis presque toute

  1. On a imprimé une Histoire des Croisades, par M. de Voltaire, 1753, in-18 de 193 pages, plus le titre. Cette Histoire, déjà publiée dans le Mercure, 1750-51, forme, à très-peu de différence près, les chapitres liii, liv, lv, lvi, lvii et lviii de l’Essai sur les Mœurs. ( B.)