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Un moyen de sauvetage (voy. p. 134).


VOYAGES DANS LES ÉTATS SCANDINAVES.

TEXTE ET DESSINS DE M. DE SAINT-BLAIZE[1].
1856. — TEXTE ET DESSINS INÉDITS.




SUÈDE ET LAPONIE.

De Norvége en Suède. — Exploitation des bois. — Ascension du mont Areskuta. — La vie champêtre. — Une ferme.

Sir Arthur voulait acheter une voiture à l’anglaise ; l’idée était séduisante ; mais, pour plus d’un motif, je préférai les moyens de transport ordinaires du pays. En voyage, il ne faut éviter, ce me semble, aucune occasion d’entrer le plus intimement possible dans la voie ordinaire des indigènes, surtout dans les habitudes du peuple.

En descendant du sol norvégien vers la Suède, on est bientôt saisi d’un changement notable dans l’aspect de la nature. Le revers des Alpes scandinaves est, du côté suédois, beaucoup moins escarpé ; la route suit une série de petits lacs d’eau douce, dont les bords, moins pittoresques que ceux des fjords norvégiens, sont plus favorables à l’agriculture. Les mœurs des habitants suivent à peu près la même transformation. Le Suédois est moins rude de caractère que son frère le Norvégien. Le véhicule de poste même est d’une construction plus sociale ; la caisse de la carriole suffit aisément à deux personnes, et le postillon en personne conduit son cheval dont la tête et le corps sont plus déliés et plus maniables que ceux du trotteur norvégien.

Nous traversions de vastes forêts d’autant plus activement exploitées qu’elles sont presque toutes placées près de courants d’eau qui les portent aisément à la mer. Par suite, les habitants s’établissent au bord de ces « chemins qui marchent. » Quand les forêts sont coupées, ils les remplacent par des champs et des prairies. Sous le 63e degré de latitude, le sol est très-productif ; le blé mûrit jusque la hauteur de 2 000 pieds au-dessus de la mer, et la récolte est presque toujours heureuse. Ce qui fait le plus de défaut à l’agriculture, ce sont les bras.

On comprend parfaitement, du reste, que les habitants préfèrent à l’agriculture l’exploitation des bois dont le produit est plus sûr et ne les expose à aucun chômage.

En approchant de la montagne d’Areskuta, la plus élevée de ces contrées, nous commençons à nous apercevoir du voisinage des neiges. Les pins deviennent plus rares, les sapins perdent de leur fière tournure et peu à peu courbent chétivement leur tête.

À Stalkjernjtugen, la forme de la montagne se dessine plus nettement. C’est une espèce de tourte arrondie sortant d’une lisière de sapins ; son dôme semble saupoudré de sucre. À ses pieds, dans la petite vallée d’Areelelfven,

  1. Suite. Voy. tome III, page 161.