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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/21

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XXI
AVANT-PROPOS.

sur son sac en disant : On ne baisse pas la tête95. Nous le retrouvons à Marengo, lorsque… (pourquoi ne le dirions-nous pas) ? lorsqu’il est contraint de pisser dans son canon de fusil105 pour le dégorger et envoyer ses dernières balles à l’ennemi triomphant ; lorsque, renversé, sabré, il n’a d’autre chance de salut que de se cramponner sanglant à la queue du cheval d’un dragon pour rejoindre sa demi-brigade, ramasser une arme et recommencer de plus belle. Tout ce récit de Marengo est inimitable, les personnages s’y meuvent si naturellement qu’on croit les entendre. On voit ces pauvres petits pelotons faire leur retraite par échelons, en regardant derrière eux, on entend l’explosion des gibernes dans les blés allumés par les obus, tandis que le Consul, assis sur le bord d’un fossé, tient d’une main la bride de son cheval, et de l’autre fouette nerveusement les pierres de la route à coups de cravache107. Le secours suprême de la division Desaix couronne le morceau. Coignet n’a rien du poète, et cependant les muses ne désavoueraient pas sa comparaison : « C’était comme une forêt que le vent fait vaciller. » Et quand ce renfort si espéré fait rega-