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Librairie Hachette (p. 1-2).

AVANT-PROPOS



Si la montée universelle du flot démocratique ne se traduisait pas, aux yeux des moins perspicaces, par beaucoup de signes certains, l’importance que prennent de nos jours les problèmes pédagogiques suffirait à l’indiquer. Un célèbre révolutionnaire dont quelques clairvoyances heureuses ont traversé le sanglant obscurantisme a dit cette parole profonde : « après le pain, l’éducation est le premier besoin du peuple ». Lancés par Danton aux approches du XIXe siècle, ces mots sont devenus le programme d’action de la démocratie moderne. Ils marquent, d’ailleurs, sa supériorité sur la démocratie antique qui, même émancipée, gardait le sceau de l’esclavage et ne savait, en plus du pain, réclamer que des jeux.

À l’heure où s’ouvre le XXe siècle, le problème de l’organisation pédagogique n’est pas résolu, mais il est posé partout et sur des données à peu près identiques. C’est là un phénomène trop considérable pour que la science de l’éducation n’en reçoive pas le contre-coup. Elle se transforme, en effet, sous nos yeux. Dans ces Notes je n’ai d’autre ambition que de fixer quelques traits caractéristiques de la transformation qu’elle subit et de signaler, au passage, quelques solutions qui paraissent désirables ou probables. Oser davantage serait imprudent : il s’agit, après tout, d’explorer un pays neuf et non point de parcourir une région déjà connue dont on puisse, avec certitude, fixer les aspects et énumérer les ressources.

Tout en retenant, comme il est naturel, l’avenir français au premier rang de mes préoccupations, je n’ai point entendu limiter à la France mon investigation et mes raisonnements. Au contraire, ce que j’ai consigné ici est le résultat d’observations recueillies, à plusieurs reprises depuis dix ans, dans les divers États d’Europe et dans l’Amérique du Nord et c’est ainsi que j’ai pu constater l’existence de grands courants de réforme pédagogique, indépendants des systèmes gouvernementaux et supérieurs même aux traditions nationales.