Modèles de lettres sur différents sujets/Lettres de bonne année

Chez Pierre Bruyset Ponthus (p. 362-389).

LETTRES
DE BONNE ANNÉE.



INSTRUCTION.



LE Tournemine, Jésuite, a fait une Dissertation[1] sur l’origine des étrennes. Il les fait remonter jusqu’aux temps les plus reculés. Le premier jour de chaque année nos bons ayeux alloient recevoir le Gui sacré des mains de leurs Druides. Les Romains s’envoyoient du miel, des dattes, des figues séches ; c’étoient les dragées de ce temps-là : d’autres peuples alloient se visiter en cérémonie. Nous autres, nous faisons différemment. Nous laissons le Gui sur les chênes ; nous donnons les dragées aux enfants, & nous envoyons du papier à nos amis ; encore cet usage s’affoiblit-il chaque année. On ne voit plus guere que les protégés courir ce jour-là, chez leurs protecteurs, & leur porter des souhaits où l’intérêt se cache sous le voile du sentiment.

Comme ces Lettres ne sont guere plus dictées que par les égards & les ménagements, elles sont assez difficiles à faire. Lorsqu’on les adresse à des personnes avec qui l’on est sur le ton de la familiarité, de la liberté, du tout-dire, il est permis d’y mêler quelques-unes de ces réflexions morales que fait naître dans toutes les ames, la rapide succession des mois & des années. Souvent on les écrit en vers ; & alors ces idées tant rebattues de Parques à qui on arrache leurs fuseaux, de Temps à qui on coupe les aîles, &c. sont d’un merveilleux secours pour un homme qui veut remplir la page à quelque prix que ce soit.

Le mieux est de souhaiter tout simplement une heureuse année, & de demander aux personnes qu’on cultive, la continuation de leurs bontés, en les assurant d’une gratitude éternelle. Un des plus beaux souhaits qui aient jamais été faits dans ce genre-là, est celui d’Ovide à Germanicus :

Dî tibi dent annos, à te nam cætera sumes.

Le P. Brumoi le paraphrase ainsi :

Ovide pour vos destinées,
Feroit les souhaits les plus doux ;
Que le ciel donne les années,
Vous trouverez le reste en vous.


MODELES
DE LETTRES
DE BONNE ANNÉE.



LETTRE de Madame de Sevigné
au Comte de Bussy.
A Paris, ce 3 Janvier 1687.


Bon jour & bon an, mon cher Comte. Que cette année vous soit plus heureuse que celles qui sont passées ; que la paix, le repos & la santé vous tiennent lieu de toutes les fortunes que vous n’avez pas, & que vous méritez ; enfin que vos jours désormais soient filés de soie, &c.


LETTRE de la même au même.
A Paris, ce 6 Janvier 1689.


Je commence par vous souhaiter une heureuse année, mon cher cousin : c’est comme si je vous souhaitois la continuation de votre philosophie chrétienne ; car c’est ce qui fait le véritable bonheur. Je ne comprends pas qu’on puisse avoir un moment de repos en ce monde, si l’on ne regarde Dieu & sa volonté, où par nécessité il faut se soumettre. Avec cet appui, dont on ne sauroit se passer, on trouve de la force & du courage pour soutenir les plus grands malheurs. Je vous souhaite donc, mon cousin, la continuation de cette grâce ; car c’en est une, ne vous y trompez pas : ce n’est point dans nous que nous trouvons ces ressources, &c.


LETTRE du Comte de Bussy
à l’Evêque d’Autun.
A Chaseu, ce 1 Janvier 1690.


Bon jour, Monsieur, & bonne année. Je vous assure que je vous la souhaite aussi heureuse qu’à moi-même, c’est-à-dire, que nous la passions dans la grace de Dieu de en bonne santé. Je crois que ce sera assez ; car comme je ne songe pas à être Maréchal de France, je ne pense pas, Monsieur, que vous songiez à être Cardinal. Cependant je suis persuadé qu’il y a bien des gens dans le sacré Collège fort au dessous de votre mérite.


LETTRE de M. Flechier
à M. le Vice-Légat d’Avignon.
A Montpellier, ce 22 Décembre 1703.


C’est la raison & l’inclination, Monseigneur, plutôt que la coutume & la bienséance, qui m’engagent à souhaiter à Votre Excellence de saintes & heureuse fêtes. Je joins mes vœux pour votre conservation, à ceux que font les peuples que vous gouvernez avec tant de douceur & de prudence, & je m’intéresse avec eux au bonheur que vous leur procurez.


LETTRE du même à Mme. de Caumartin.
A Montpellier, ce 8 Janvier 1705.


Je vous souhaite à ce renouvellement d’année, Madame, tout ce qui peut contribuer à votre satisfaction & à votre repos. Notre vie s’écoule insensiblement, & il ne nous reste de ce temps qui passe, que les moments qui nous seront comptés pour l’éternité. Nous ne devons desirer de vivre que pour accomplir ce que Dieu demande de nous ; & la tranquillité de la vie doit être regardée comme une grace & une bénédiction de douceur qu’il répand sur nous, & qui nous engage à le servir avec plus de fidélité.


LETTRE du même à Mme. de C***.
A Montpellier, ce 26 Décembre 1708.


Quand je vous souhaite, Madame, au commencement de cette année, une longue suite de jours heureux, j’entends des jours de salut & de bénédictions spirituelles. Les années finissent si tôt, & les prospérités humaines valent si peu, qu’elles ne méritent pas nos premiers vœux, ni notre principale attention. Ce n’est pas que je ne demande pour vous au Seigneur ce repos qui fait qu’on le sert plus tranquillement, cette joie qui est le fruit d’une bonne conscience, ces biens qui sont la matiere de vos charités, & toutes les douceurs de la vie qui peuvent contribuer à votre sanctification.


LETTRE de Rousseau
à M. de Crouzas.
A Soleure, le 31 Décembre 1712.


Je suis assez malheureux, Monsieur, pour ne pouvoir vous marquer toute ma sensibilité autrement que par des vœux stériles ; mais les cœurs faits comme le vôtre sont plus aisés à contenter que le vulgaire ; & l’amitié dont ils font le plus de cas, n’est pas toujours la plus utile. C’est sur ce principe que j’ose me flatter, Monsieur, que les vœux sinceres que je fais pour vous au commencement de l’année où nous entrons, seront aussi bien reçus que si leur accomplissement dépendoit de ma volonté. Rien ne m’est plus cher que l’amitié dont vous m’honorez ; & celle que je sens pour vous, m’en fait de jour en jour sentir le prix.


LETTRE de M. le Duc du Maine
à Mme. de Maintenon.
Ce 1 Janvier 1713.


Il auroit été trop commun, Madame, d’aller ce matin à votre porte, pour vous faire, sur la nouvelle année, un compliment d’une sincérité peu commune. Voyez tout ce que je vous dois, depuis le moment où je suis né[2] jusqu’au moment où je respire ; rappellez les connoissances que vous avez du cœur que vous avez formé : & puis dites-vous à vous-même tout ce que je voudrois vous dire, qui est fort au-dessous de tour ce que je sens.


LETTRE de Rousseau
à M. de Crouzas.
A Soleure, le 26 Décembre 1714.


Je ne saurois mieux finir l’année, Monsieur, qu’en redoublant pour la prochaine les vœux que je fais tous les jours pour votre santé & pour votre bonheur. Elle sera infiniment heureuse pour vous, si le Ciel seconde mes souhaits ; & elle ne le sera pas moins pour moi, si vous daignez me conserver la part que vous m’avez accordée dans l’honneur de votre estime. Je me flatte d’en mériter de plus en plus la continuation, par l’envie que j’ai, de m’en rendre de plus en plus digne, & de trouver quelque occasion de vous témoigner autrement que par des paroles la sincérité de mon attachement.


LETTRE de M. de Fontenelle
au Cardinal de Fleury.
A Paris, ce 31 Décembre 1727.


Monseigneur,

Parmi toutes vos dignités, il vous en manque une dont je suis revêtu, moi ; (celle de Doyen de l’Académie Françoise) & comme je suis bon François, je vous la souhaite de tout mon cœur : bien entendu pourtant que j’en jouirai long-temps encore, aussi-bien que quelques successeurs que j’aurai. Je suis avec un profond respect, &c..


LETTRE de Rousseau
à M. Boutet.
A Bruxelles, le 27 Décembre 1739.


Toutes mes années se ressemblent, mon cher Monsieur, & je n’en compte aucune qui ne soit marquée eu par quelque contre-temps de la fortune, ou par quelque témoignage de votre amitié. Elle me tient lieu de tout ; ainsi vous ne sauriez douter de la sincérité des vœux que je forme pour votre santé & votre bonheur durant le cours de l’année où nous allons entrer. Mon intérêt cependant n’est pas le seul mobile de mes sentiments : je sens que je sacrifierois à l’accomplissement des souhaits que je forme pour vous, celui de tous les vœux que je forme depuis si longues années inutilement pour moi. C’est la maniere de penser qui rend les hommes heureux ; & je le serai, de la façon dont je pense, tant que je pourrai compter sur votre félicité. Permettez que mes amis trouvent ici les assurances de mon attachement, & des vœux que je fais pour eux à l’occasion du jour prochain consacré aux témoignages de l’amitié. La mienne, mon cher Monsieur, sera aussi vive & aussi durable que ma reconnoissance pour vous, c’est-à-dire, que les sentiments avec lesquels je veux vivre & mourir votre, &c.


LETTRE[3] de M. de la Riviere
à Mme. de Lambert.


Madame,

Voici un temps destiné aux souhaits ; & ce seroit un crime que de ne pas respecter l’ancienneté & l’innocence de cet usage. Je souhaite donc tous les jours de ma vie la conservation de la vôtre : je vous souhaite une longue suite de bonheur & de paix : car on n’est point heureux sans elle : je vous souhaite encore, Madame, une grande attention à vous souvenir de tous les mérites qu’il a plu à Dieu de mettre en vous ; & à ne point oublier que le plus noble de tous les chemins qui menent à lui, c’est là reconnoissance.

En vérité, Madame, j’aime tant à vous respecter, qu’il me semble que mes sentiments rajeunissent en vieillissant ; & que les années ne se renouvellent que pour faire honneur à la fidélité de mon très-respectueux attachement pour vous.

Du 4 Janvier 1727.


LETTRE de M. Caraccioli.


Les années en se renouvellant, ne sont que mettre un sceau à mon amitié. Je n’ai rien à vousfouhaïter, parce que vousavez tout ; je n’ai point de compliments à vous adresser, parce que vous êtes au dessus des éloges.

Où l’an passe est il rentré ? D’où celui-ci va-t-il sourcer ? je vous le donne à deviner. Les jours se poussent avec une rapidité si surprenante, que nous vieillissons sans nous en appercevoir. Verrons-nous la fin de cette année ? ne la verrons-nous pas ? C’est le secret de la Divinité, & grande matiere à réflexions.


LETTRE du même.


Voici une Lettre qui sera de deux années ; car minuit, qui fait la division de l’une & de l’autre, va bientôt sonner.

Que de compliments & de souhait, n’aurois-je point à entasser, si je vouloir vous payer avec la monnoie du jour, & selon que vous le meritez ? mais je me borne à vous dire, que le temps qui s’use lui-même en usant tout, n’usera jamais mon amitié.

Je ne fais plus de visites du nouvel an. C’est bien la peine, pour quelques miserables jours qui restent à vivre, de s’assujettir à des routines & à des devoirs qui ne signifient rien, & qui ne servent qu’à gêner. Il y aura toujours assez de gens oisifs qui maintiendront l’usage d’écrire à toute la terre & de la visiter.

Les années qui s’écoulent avec tant de rapidité sont une bonne leçon pour nous apprendre à mettre les jours à profit. Il vaut bien mieux méditer sur cet objet, que courir çà & là distraire les autres & se distraire soi-même par des visites que tout le monde regarde comme un joug.


LETTRE de M. le Chevalier de S Veran[4]
à Mme. la Marquise de ***.
A Paris, ce 2 Janvier 1753.


Des compliments, des étrennes, des vœux, c’est, Madame, toute la monnoie du jour. Mais comment avec cela puis-je m’acquitter à votre égard ? Des compliments ; vous en méritez sans doute plus que personne : il n’y a qu’un petit malheur, c’est que votre modestie vous les fait toujours refuser ; je pourrois ajouter aussi que je n’ai pas le talent de les bien faire. Pour des étrennes ; où en trouverais-je qui fussent dignes de vous ? Il ne me reste donc que des Vœux ; & ceux que je fais pour vous, Madame, sont les plus sinceres & les plus étendus. Ils n’ont d’autre terme que votre mérite & mon respect ; l’un & l’autre est infini.


LETTRE du même à M. de ***.
Paris, ce 1 Janvier 1754.


Souffrez, Monsieur que l’amitié me mettre la plume à la main, pour vous écrire la vérité, tandis que la bienséance met le mensonge à la bouche de tant d’autres. La plupart font tout haut des vœux qu’ils ont grand soin de désavouer tout bas : c’est un commerce de faussetés dont on est convenu depuis long-temps. Pour moi, Monsieur, je ne fais que suivre les plus vrais de mes sentiments, lorsque je vous souhaite une année heureuse, & que je vous la souhaite suivie de plusieurs autres, & puis encore de plusieurs autres, tant que cela ne finisse plus. C’est là tout ce que je puis faire : vos talents & votre vertu ferons le reste.


LETTRE du même à M. ***,
Ministre & Secrétaire d’Etat.
A Toulouse, ce 4 Janvier 1756.


Aussi-tôt que l’année recommence, chacun a grand soin de recommencer ses vœux. Vous comprenez bien que je ne me suis pas oublié. J’ai prié le Ciel de me continuer toujours l’honneur de votre protection. Je ne vois rien au dessus de cela.

Vous ferez surpris, Monseigneur, que je paroisse penser si peu à vous, tandis que je pense si fort à moi. Mais quels vœux ferois-je pour vous, quand je le voudrois ? La gloire file tout vos moments, & le Ciel vous doit des années pour l’intérêt & pour le bonheur de la France.



FRAGMENTS
DE LETTRES
DE BONNE ANNÉE.

Lettre d’une jeune Veuve.

Avez-vous pu imaginer que je passerois le premier jour de l’année sans vous écrire ce que je vous dis sans cesse, sans vous renouveller mes serments ? Le ridicule jour ! il m’arrache à vous, & me livre à tout le monde. Quoi, il faut être une fois par an faux, guindé, &c. J’irai de porte en porte pour voir des gens qui ne se soucient pas plus de moi que je me soucie d’eux ! &, si je ne demande à Madame des nouvelles d’un perroquet, d’un mari, d’un chat, je passe dans la ville pour une impertinente ! N’aurai-je donc jamais la permission de n’être que ce que je voudrois être ?

Lettre du P. Bouhours
au Comte de Bussy.

Je ne sais, Monsieur, comment j’ai pu attendre si tard à vous donner le bonjour & à vous souhaiter une heureuse année, pleine de bénédictions du Ciel & de celles de la terre, qui ne gâtent quelquefois rien.

Lettre de Me. de Sevigné
à sa fille.

Nous voilà donc à l’année qui vient, comme disoit M. de Monbazon, ma très-chere, je vous la souhaite heureuse ; & si vous croyez que la continuation de mon amitié entre dans la composition de ce bonheur, vous pouvez y compter sûrement.

Lettre de la même à la même.

Je vous souhaite une heureuse année, ma chere fille ; & dans ce souhait je comprends tant de choses, que je n’aurois jamais fait si je voulois vous en faire le détail.

Lettre de Mr. Flechier à Me. de C***.

On n’a qu’à vous souhaiter des années, Madame, on est assuré qu’elles commencent, qu’elles finissent, & qu’elles se passent heureusement. Vous usez du temps & de la santé que Dieu vous donne d’une maniere à vous en attirer la continuation.

Lettre de M. de Voltaire
au Prince Royal de Prusse.

Dans quelque coin du monde que j’acheve ma vie, soyez sûr, Monseigneur, que je ferai continuellement des vœux pour vous, c’est-à-dire, pour le bonheur de tout un peuple. Mon esprit sera toujours au rang de vos sujets ; votre gloire me sera toujours chere ; je souhaiterai que vous ressembliez toujours à vous-même, & que les autres Rois vous ressemblent.

Lettre de M. de Fenelon
à Mme. de Lambert.

Puisque vous aimez à faire du bien, & que vous savez le faire à propos, je souhaite de tout mon cœur, Madame, que vous ayiez le plaisir & le mérite d’en faire long-temps. On ne peut vous desirer plus de prospérités & de bénédictions que je ne vous en desire ; & le souhait que je forme pour moi dans cette nouvelle année, c’est que vous m’y honoriez de la continuation de vos bontés, & que vous ne doutiez point du respect avec lequel je suis très-fortement & pour toute ma vie, &c.

Lettre de M. de Voltaire
au Roi Stanislas.

Je souhaite à V. M. que votre vie utile au monde s’étende au delà des bornes ordinaires. Aureng-Zeb & Mulay-Ismael ont vêcu l’un & l’autre au delà de cent-cinq ans. Si Dieu accorde de si longs jours à des Princes infideles, que ne fera-t-il point pour Stanislas le bienfaisant ?

Je suis avec un profond respect &c.

MODELES
DE RÉPONSES
A DES LETTRES
DE BONNE ANNÉE.

REPONSE de M. Flechier
à M. le Vicomte de la Chasse.
A Montpellier, ce 12 Janvier 1704.

Ce sont de bons commencements, Monsieur, & de bons présages d’années, que de nouveaux témoignages d’une amitié comme la vôtre. Si je n’ai pas le plaisir de pouvoir raisonner avec vous, comme je faisois il y a quelques mois, je vous rends du moins souhaits pour souhaits, vœux pour vœux ; & je demande au Ciel pour vous meilleure santé, meilleure fortune, ou la vertu nécessaire pour vous passer de l’une & de l’autre.

REPONSE du même à Mme. la Présid. de Marbœuf.
A Montpellier, ce 1 Janvier 1704.

Il n’y a personne, Madame, de qui je reçoive les souhaits avec plus de plaisir, & pour qui j’en fasse plus volontiers que pour vous, soit dans le commencement, soit dans le cours des années. Il me semble que le Ciel vous doit écouter, & que ceux dont vous desirez le bonheur ne peuvent manquer d’être heureux. Je sens bien aussi, que personne ne s’intéresse plus que moi à tout ce que vous pouvez souhaiter.

REPONSE du même à M. ***.
A Montpellier, ce 3 Janvier 1709.

Il y a long-temps, Monsieur, que je jouis de la sincérité & de la confiance de votre amitié. Sur cela les années finissent comme elles ont commencé, & commencent comme elles ont fini. Je suis pourtant bien aise qu’il y ait un jour où nos vœux se réunissent, & où votre cœur s’ouvre tout entier. J’en connois tous les sentiments, & j’aime à les entendre renouveller. Je vous souhaite à mon tour une santé parfaite, un doux repos, & des prospérités plutôt utiles qu’agréables, telles que je crois que vous les souhaitez vous-même.

REPONSE de Rousseau à M. Boutet.
A Bruxelles, ce 10 Janvier 1714.

Je vous aurois prévenu, Monsieur & vous auriez reçu il y a long-temps mes compliments à l’occasion de la nouvelle année, si la distinction des temps faisoit quelque chose à mon amitié, & si j’étois de ces gens qui ont besoin de lire l’almanach pour savoir quand & comment ils doivent aimer leurs amis. Je ne connois point de jour dans l’année où je ne fasse des vœux pour votre satisfaction ; le reste est pur cérémonial, que je laisse aux Italiens & aux Allemands, me contentant de la réalité, & convaincu par mille expériences que tout ce qu’on donne aux compliments, est autant de rabattu sur la vérité.



  1. Journal. de Trév. 1704.
  2. Elle avoit eu soin de son éducation.
  3. On a rassemblé en un volume plusieurs Lettres de M. de la Riviere. Au jugement de M. de Voltaire, ce Recueil ne vaut rien. « Je l’ai connu, dit-il, autrefois. Il avoit un esprit aimable ; mais il n’a bien écrit que contre son beau-père (le Comte de Bussy.). Le Factum de la Riviere vaut mieux que les sept Tomes de Bussy ; mais il ne falloit pas imprimer ses Lettres. »
  4. Il y a dans le Mercure de France plusieurs pieces de Vers sous son nom.