Marie-Claire/21

Eugène Fasquelle (p. 73-74).



Sœur Marie-Aimée, qui était souffrante depuis quelque temps, tomba tout à fait malade.

Madeleine la soignait avec dévouement et nous dirigeait à tort et à travers. Elle s’acharnait particulièrement sur moi ; et quand elle me voyait lasse de coudre, elle disait en essayant de prendre un air hautain :

— Puisque Mademoiselle n’aime pas la couture, elle n’a qu’à prendre le balai.

Elle s’avisa un dimanche de me faire nettoyer les escaliers, pendant l’heure de la messe. Nous étions en janvier ; un froid humide, venant des couloirs, montait les marches et pénétrait sous ma robe.

Je balayais de toutes mes forces, pour me réchauffer.

Les sons de l’harmonium venaient de la chapelle jusqu’à moi ; par instants je reconnaissais les notes aigres et perçantes de Madeleine, et les éclats saccadés de M. le curé.

Je suivais la messe d’après les chants. La voix de Colette monta tout à coup ; elle était forte et pure ; elle s’élargit, couvrit les sons de l’harmonium, domina tout, puis elle s’envola par-dessus les tilleuls, par-dessus les maisons, plus haut que le clocher.

J’en ressentis un grand frisson, et quand la voix redescendit un peu tremblante, quand elle fut rentrée dans l’église et étouffée par les sons de l’harmonium, je me mis à pleurer avec des hoquets, comme une toute petite fille. Puis la voix pointue de Madeleine perça de nouveau, et je balayais à grands coups, comme si mon balai devait effacer cette voix qui m’était si désagréable.