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Marchez pendant que vous avez la lumière (trad. Bienstock)

donner à qui il veut, par conséquent à César ; mais il ne peut servir que Dieu. Si les hommes croyaient en la doctrine du Christ, en la doctrine de l’amour, ils ne pourraient pas agir de telle façon que toutes lois divines révélées par Christ ne paraissent données que pour accomplir la loi de César.

1886.

MARCHEZ

PENDANT QUE VOUS AVEZ

LA LUMIÈRE


Récit du temps des premiers chrétiens

1887.

INTRODUCTION


Une fois, dans une maison riche, des amis se trouverent réunis. Une conversation sérieuse sur la vie s’engagea. On se mit à parler de personnes absentes, et ni parmi celles-ci, ni parmi les personnes présentes, on ne put trouver quelqu’un qui fût content de sa vie. Non seulement personne ne pouvait se dire heureux, mais personne ne pouvait prétendre mener l’existence qui doit être celle d’un chrétien. Tous durent avouer qu’ils ne vivaient qu’en pensant à eux et à leur famille, sans penser au prochain, et encore moins à Dieu.

Ainsi parlaient entre eux les convives, et tous étaient d’accord pour déclarer qu’ils menaient une vie impie.

— Pourquoi donc continuer à mener cette existence ? s’écria un jeune homme. Pourquoi continuer à faire ce que nous condamnons ? Ne sommesnous point libres de changer notre vie ? Nous voilà d’accord pour reconnaître que notre luxe, notre oisiveté, nos richesses, et, principalement, notre orgueil font que nous vivons isolés au milieu de nos semblables et nous mènent à notre perte. Afin d’être célèbres et riches, nous devons nous priver de tout ce qui fait la joie de la vie humaine. Nous vivons entassés dans les villes où nous étouffons, nous nous amollissons, nous ruinons notre santé, et, malgré tous nos amusements, nous mourrons d’ennui et du regret que notre vie ne soit pas telle qu’elle devrait être.

Pourquoi donc vivre ainsi ? Pourquoi perdre ainsi notre vie, ce bien que nous tenons de Dieu ? Je ne veux plus vivre comme autrefois. J’abandonne les études commencées, elles ne me mèneront à rien d’autre qu’à cette même vie pénible dont nous tous nous nous plaignons maintenant. Je renoncerai à ma propriété ; j’irai vivre à la campagne avec les pauvres ; je travaillerai avec eux ; j’apprendrai les travaux manuels, et si les pauvres ont besoin de mes connaissances, je les leur communiquerai, et cela non à l’aide d’institutions et de livres, mais en vivant avec eux en frères. Oui, je l’ai résolu ainsi, dit-il, en jetant un regard interrogateur sur son père qui était présent.

— Ton désir est excellent, dit le père, mais léger et irréfléchi. Tout te paraît si facile parce que tu ne connais pas la vie. Il y a tant de choses qui nous paraissent bonnes ! Mais leur réalisation est souvent fort difficile et fort compliquée. Il est difficile de marcher droit sur une voie battue, mais il est encore bien plus difficile de tracer une voie nouvelle. Seuls les hommes mûrs, et qui possèdent tout ce qui est accessible a l’homme, peuvent les tracer. Les nouvelles voies de la vie te paraissent faciles parce que tu ne comprends pas encore la vie. Tout cela n’est que la légèreté et l’orgueil de la jeunesse. Nous autres, hommes ages, notre rôle est précisément de modérer vos élans, de vous guider par notre expérience, et vous autres, les jeunes, vous devez nous obéir afin de profiter de notre expérience. Ta vie active est encore dans l’avenir ; maintenant tu grandis et te développes. Façonne-toi, instruis-toi tout a fait, fais-toi une situation, aie des convictions fermes, personnelles, et alors commence une vie nouvelle, si tu te sens pour cela des forces. Pour le moment, obéis a ceux qui te guident pour ton propre bien et ne te mêles pas de tracer de nouvelles voies de la vie.

Le jeune homme se tut ; les aînés approuvèrent les paroles du père.

— Vous avez raison, dit au père du jeune homme un monsieur marié, d’âge moyen. Il est vrai que le jeune homme, qui n’a pas l’expérience de la vie, peut se tromper en cherchant de nouvelles voies, et sa décision ne peut être ferme, mais nous tous nous reconnaissons que notre vie est contraire à notre conscience et qu’elle ne nous donne pas le bonheur. Aussi, ne peut-on méconnaître la légitimité du désir d’en changer. Un jeune homme peut prendre son rêve pour les déductions de la raison, mais moi, je ne suis pas un jeune homme et je vous parlerai de moi. En écoutant la conversation de ce soir, la même pensée m’est venue. Il est évident pour moi que ma vie ne peut me donner la paix de l’âme et le bien. L’expérience et la raison me le montrent. Alors qu’attends-je ? Du matin au soir on travaille pour la famille, et il résulte que ni moi ni ma famille ne vivons selon Dieu, et que nous nous embourbons de plus en plus dans le péché. On travaille pour la famille, et il n’en résulte pour elle rien de bon, parce que ce qu’on fait pour elle n’est pas bien. C’est pourquoi je me demande souvent s’il ne vaudrait pas mieux pour moi, changer de vie et faire précisément ce que disait le jeune homme, cesser de me soucier de ma femme et de mes enfants pour ne plus songer qu’à mon âme.

Ce n`est pas en vain qu’on trouve chez Paul : Celui qui est marié se soucie de sa famille ; celui qui n’est pas marié, ne pense qu’à Dieu.

À peine l’homme marié avait-il terminé que toutes les femmes présentes, y compris la sienne, le prirent à partie.

— Il fallait songer à cela auparavant, remarqua une femme âgée.

— Une fois qu’on s’est mis sous le joug, il faut le traîner, autrement chacun dirait qu’il veut faire son salut, quand il lui paraîtrait difficile de nourrir sa famille. C’est un mensonge et une lâcheté ! Non, l’homme doit vivre selon Dieu, en famille. C’est facile de faire son salut quand on est seul ! Et, de plus, agir ainsi, c’est agir contrairement a la doctrine du Christ. Dieu a ordonné d’aimer son prochain, tandis que vous, sous prétexte d’être agréable a Dieu, vous voulez affliger les autres. Non, un homme marié a des devoirs très définis, et il ne doit pas les dédaigner. Quand la famille est élevée, c’est une autre affaire. Alors, vivez comme vous l’entendez. Mais faire du mal a sa famille, nul n’en a le droit.

Le monsieur marié ne se rendit pas. Il répliqua :

— Je ne veux pas abandonner ma famille. Je dis seulement qu’il faut que la famille, les enfants, vivent, non pas selon les exigences du monde, non pas pour leurs plaisirs, mais qu’il faut les habituer à la pauvreté, au travail, à la charité, et, surtout, à la vie fraternelle avec tous, et que, pour cela, il est nécessaire de renoncer aux avantages des honneurs et de la richesse.

— Il ne t’appartient pas de reprendre les autres tant que toi-même ne vis pas selon Dieu, objecta sa femme avec chaleur. Pendant toute ta jeunesse tu n’as vécu que pour ton plaisir, pourquoi donc Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/147 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/148 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/149 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/150 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/151 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/152 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/153 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/154 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/155 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/156 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/157 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/158 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/159 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/160 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/161 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/162 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/163 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/164 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/165 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/166 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/167 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/168 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/169 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/170 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/171 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/172 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/173 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/174 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/175 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/176 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/177 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/178 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/179 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/180 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/181 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/182 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/183 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/184 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/185 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/186 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/187 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/188 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/189 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/190 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/191 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/192 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/193 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/194 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/195 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/196 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/197 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/198 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/199 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/200 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/201 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/202 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/203 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/204 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/205 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/206 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/207 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/208 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/209 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/210 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/211 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/212 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/213 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/214 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/215 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/216
VIII


Que cela fût l’effet des médicaments ou des conseils de l’habile médecin, on ne sait, mais toujours est-il que Jules se remit bientôt et tous ses projets ne lui paraissaient plus que des chimères.
Le médecin resta très peu de temps et partit. Peu après Jules se leva, et, mettant à profit ses conseils, commença une nouvelle vie. Il engagea des maîtres pour ses enfants et lui-même surveilla leur éducation. Il se consacra aussi aux affaires publiques, et jouit bientôt d’une influence énorme dans la ville.
Jules vécut ainsi une année, pendant laquelle il ne pensa pas une seule fois aux chrétiens.
Au bout de ce temps, dans leur ville fut envoyé un tribunal pour juger des chrétiens.
Un représentant de l’empereur romain était arrivé en Cilicie pour étouffer la propagande du Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/218 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/219 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/220 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/221 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/222 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/223 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/224 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/225 femme est très encline au christianisme ; à un certain moment, elle était décidée à renoncer a sa vie actuelle. Moi aussi j’étais résolu a l’accompagner. Mais ce qui l’arrêta ce fut la position précaire des enfants chrétiens, les besoins auxquels ils étaient exposés ; et je n’ai pu que lui donner raison. C’était pendant ma dernière maladie. J’étais très dégoûté de la vie que j’avais menée et voulais tout quitter. Mais, d’une part, les craintes de ma femme, d’autre part les arguments de mon médecin m’ont convaincu que la vie d’un chrétien, du moins comme vous la pratiquez, n’est possible et bonne que pour les célibataires, mais que les personnes qui ont une famille, les mères qui ont des enfants, ne sont pas préparées pour une telle existence ; qu’avec la vie que vous menez, la vie elle-même, c’est-à-dire le genre humain, doit cesser. Et c’est logique. C’est pourquoi ton apparition avec cet enfant m’a particulièrement étonné.
— Et il n’est pas le seul, remarqua Pamphile, car j’ai laissé à la maison un enfant à la mamelle et une petite fille de trois ans.
— Eh bien, explique-moi comment cela est possible. Je ne le comprends pas. Comme je viens de te le dire, j’étais sur le point d’abandonner tout et d’aller chez vous. Mais j’ai des enfants, et j’ai compris que je n’avais pas le droit de les sacrifier, alors, pour eux, pour les élever dans les mêmes conditions que celles dans lesquelles moi-même Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/227 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/228 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/229 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/230 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/231 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/232 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/233 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/234 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/235 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/236