Mémoires artistiques de Mlle Péan de La Roche-Jagu, écrits par elle-même, XVIII’

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CHAPITRE xviii.


Réflexions.

Lorsque Mme de K… fut partie, je réfléchis sérieusement à tout ce qu’elle venait de me dire, ainsi qu’à l’horreur de ma position, et voyant que, véritablement, je n’avais pas d’autre ressource, ni d’autre parti à prendre, afin d’éviter de mourir de faim, je me dis : en résumé, est-ce une chose deshonorante qu’on vient de me proposer ?… non, assurément… seulement, il est très pénible pour moi de faire connaître à tout le monde ma malheureuse situation !… Au reste, pourquoi en rougirais-je ? dès que ce n’est point le désordre ni la prodigalité qui m’y ont plongée, et que j’ai fait humainement tout ce qu’il m’était possible de faire afin d’en sortir… Je suis même réduite aujourd’hui à ne pouvoir travailler, ayant mis en gage mon piano, mon ami, mon consolateur !… Oh ! c’est affreux !… C’en est trop !… Il faut que cette position qui n’est plus soutenable cesse !… Je crois donc que, dans cette circonstance si pressante, malgré ma forte répugnance, la nécessité doit triompher de mon orgueil… Mourir de faim !.. Ce sont des tortures trop cruelles !… Le charbon !… la Seine !… Oh ! fi !… Dieu est là !… et noblesse oblige… Non, non, je ne ferai point rougir ma famille en déshonorant un nom glorieux et sans tache !… n’ai-je pas, jusqu’à ce jour, combattu comme le plus valeureux soldat ! comme lui… je n’ai jamais reculé !…

Allons, courage courage ! pour la dernière épreuve, car aujourd’hui je les ai toutes subies ! tout a un terme, j’ai tant souffert !… Mes malheurs ont été si longs, ils sont à leur apogée !… Ainsi donc, confiance, je dois espérer maintenant quelque bonheur !…