Lettres d’un Provençal à son épouse/21

Anonyme, par M. H……Y
(p. 81-90).
Lettre treizième

LETTRE TREIZIÈME

Paris, le……


Puisque tu le désires, viens vite, ma bonne femme, tu ne feras qu’augmenter le nombre. Je te prie donc de me faire savoir le jour de ton départ, afin que j’aille à ta rencontre ; de prendre bien soin du fruit que tu portes en ton sein, et d’apporter le plus d’argent que tu pourras en réaliser.

Si tu n’avais pas eu l’intention de venir me rejoindre jusqu’alors, je suis sûr que tu t’y serais décidée d’après ce que tu vas lire.

Il existe à Paris quantité de maisons auxiliaires, c’est-à-dire des endroits où les femmes mariées, qui ont le décorum à garder, vont se prostituer ; soit parce qu’elles n’aiment pas leurs époux, soit qu’ils ne leur donnent pas pour leurs toilettes tout l’argent dont elles ont besoin, soit enfin par la force du tempérament ou autrement. Les teneuses de ces maisons s’engagent pour une certaine somme de vous faire jouir de telle ou telle femme que vous aurez vue à la promenade ou au spectacle. Voici comme elles s’y prennent : Il est essentiel que tu saches que les femmes ici sont coquettes à l’excès ; souvent un mari qui aime sa moitié et qui en est aimé, ne peut pas faire face au dépenses qu’elle lui occasionne ; l’épouse qui est attachée à son homme réfléchit qu’elle peut causer sa ruine, et en épouse censée, elle va droit à la cour des aides. Mais celles qui ne connaissent pas ces bienfaisants établissements, sont bientôt, lorsqu’elles sont jolies, raccrochées par de vieilles duègnes aux promenades ou aux portes des spectacles. Ces vieilles d’abord inspirent la pitié par de soi-disants malheurs : elles lient petit à petit la conversation et finissent par persuader à la femme, en la flattant beaucoup, qu’elle est aimée, adorée par un superbe homme, d’une fortune considérable. Je ne sais trop ce qu’elles peuvent dire de plus, mais je puis t’assurer que ces duègnes sont encore à rencontrer des Lucrèce. Comme la plus grande discrétion règne dans ces sortes de lieux, on y rencontre jusqu’à des filles de bonnes maisons, qui viennent s’y faire trousser, accompagnées de leurs femmes de chambre ; vous les enfilez sans les connaître, et les parents vous les donnent après en mariage comme pucelles.

Il y a des putains et des rivettes attachées à ces établissements pour le service de l’un et l’autre sexe. Je visitai hier celui tenu par une nommée la Destainville, rue des Bons-Enfants, derrière le Palais. Cette femme est douce, honnête et reçoit indistinctement tous ceux qui payent bien ; elle a la réputation d’être excellente tribade. Voici le portrait des prêtresses de sa maison :

Destainville, archi-prêtresse, quarante-cinq ans de service ; taille basse, nez carlin, langue extraordinairement longue, fossettes aux joues et au menton, possédant une grande érudition.

Flore, belle et fraîche, comme la déesse de ce nom, les formes les plus séduisantes du monde, un con dont les lèvres vermeilles semblent vous demander un baiser.

Dorothée, douze à treize ans, mignature pour le fini des contours.

Julie, femme formée et très-spirituelle ; sa gorge est d’une grande beauté, c’est dommage qu’elle ait la mauvaise habitude de prendre du tabac.

Nanette, vingt-quatre ans, châtain foncé, de grands yeux bleus, le nez en bec-à-corbin, grande bouche ornée de dents passables, dont une postiche, mais le sourire agréable.

Sainte-Huberti, jadis tenant bordel, ses maquereaux l’ont ruinée ; figure à faire reculer d’effroi à cause des cicatrices de la petite vérole, mais le plus beau corps qu’on puisse s’imaginer ; sa tournure est séduisante.

Sainte-Marie, un peu grêlée, cela ne lui messied pas ; d’un noir geai et la chair extrêmement blanche, sa jambe est faite suivant toutes les proportions.


Julienne, démarche libre, bien bâtie, bonne fille et ayant des manières particulières de foutre.

Sophie, blonde à l’œil brun, gorge admirable par son énorme grosseur et sa fermeté, c’est une seconde D……y.

Rosine, châtain ; tournure à séduire, minois chiffonné, gros cul, dur, doux, étroit, mais élastique et profond.

Rosalba, Napolitaine, de petite structure, vive au possible, des mouvements lascifs et convulsifs ; cette femme peut convenir à une compagnie de sapeurs.

Mariette, ci-devant religieuse, trente ans bien comptés, mais aussi foutative que certaines filles de quinze ans, éducation bien soignée.

Éléonore plaît par sa tournure enfantine, elle est toujours sur son homme et lui fait mille agaceries.

Et Aglaé, brune de haute stature, œil méchant ; elle cache dans ses souliers l’argent qu’elle soutire de ses michés en sus du taux.

Il existe dans ce bordel un usage original. Dans un boudoir élégamment décoré, se trouvent une douzaine de tableaux retournés. Les paillassonneurs donnent quatre louis pour avoir le droit d’en regarder un et de se faire faire la peinture qu’il représente : c’est une espèce de loterie, l’actionnaire court la chance pour ses quatre-vingt-seize livres de ne retourner qu’un tableau représentant un homme branlé purement et simplement par une cateau malheureuse, comme il peut être aussi assez heureux pour en retourner un sur lequel on écrit : Discrétion. Alors vous avez le droit d’employer à vos jouissances toute la maisonnée. Ce hasard à courir me parut d’un genre neuf. Je comptai mes quatre louis à la Destainville et retournai le premier qui se trouva sous ma main. Juge de mon bonheur, je lis dessus : Discrétion ! aussitôt l’archi-prêtresse, sans attendre ma réponse, donna ses ordres, fit défendre l’entrée à aucun étranger et se mit en devoir de me déshabiller. Sacrédieu ! dit-elle, quels poils noirs ! Comme tu es velu ! C’est plaisir encore quand ça tombe à des fouteurs aussi bien caractérisés que tu l’es ! et je lui demandai à quels signes elle voyait que j’étais bon fouteur ? — Comment ! tu ne sais pas encore ? reprit-elle. — Non, en vérité. — Eh bien ! tu peux m’en croire, je t’en parle par expérience, j’en ai tant vu ! Lorsqu’un homme a la barbe épaisse, noire ou rouge ( ce sont les deux couleurs), et qu’il a l’estomac, les bras, les cuisses ainsi velus que tu les as, c’est un signe caractéristique de bon fouteur. — Et d’où vient ? lui dis-je. — Ne sais-tu donc pas que le foutre est ce qui nous donne la chaleur naturelle ? — Si fait, je le sais. — Tu dois savoir aussi que le poil ne vient qu’aux endroits les plus chauds de notre corps. — Assurément. — Or, puisque le foutre est ce qui donne la chaleur et que le poil ne pousse qu’où il y en a une extrême… — Ah ! c’est juste, m’écriai-je en l’interrompant. — Attends donc, dit cette femme expérimentée, je veux te convaincre encore davantage : les castrats sont non-seulement imberbes, mais sans aucune trace de poil, et si notre sexe déchargeait aussi abondamment que le tien nous serions velues comme des ours. La différence avantageuse que nous faisons de ta couleur à celle rouge, c’est que les bruns sont exempts de cette odeur fade et désagréable qu’ont toujours les roux. À l’égard des châtains et des blonds, ce ne sont que de tristes fouteurs. Et elle demanda mes ordres. Comme bien tu l’imagines, ma chère femme, je mis tout le bastringue en réquisition, et pour justifier la bonne et vraie opinion que la maka avait de ma vigueur, je m’y pris de la sorte.

Nanette fut la première qui ouvrit le branle. Sans avoir rien, capable d’inspirer le plus léger caprice (si ce n’est un sourire agréable, car ses chairs sont flasques) ; sur la recommandation de sa bourgeoise, qui me la présenta comme la plus voluptueuse de ses demoiselles, je l’enconnai d’abord. Cette salope ajoute d’elle-même une dose de plus aux plaisirs ordinaires, en pissant, goutte à goutte, pendant le temps qu’on la lime. Elle fait aussi pisser son fouteur dans sa matrice et tombe aussitôt en syncope. Je la rappelai à la vie en l’enculant et en lui appliquant de vigoureuses claques sur les fesses.

Destainville s’enfourcha avec Dorothée, elles se frottèrent si fort et si longtemps leurs clitoris l’un contre l’autre, qu’elles finirent par faire couler le sang.

Je socratisai le beau cul de Sainte-Huberti ; la belle Flore se couchant sur son dos, m’ouvrit son con dans lequel j’ensevelis ma langue ; Julie, en dessous de mes couilles, les chatouilla légèrement ; Rosine me poignarda le derrière avec un énorme godmiché, et je branlai Éléonore et Aglaé de chaque main. Le reste de la bande était diposé ainsi qu’il suit : Nanette, dont le con est prodigieusement large, se mit sur le dos ; ses cuisses, relevées sur son ventre, faisaient bâiller ses lèvres qui laissaient à découvert l’orifice du col de la matrice ; Marie, Julienne, Sophie, Rosalba et Mariette lui sucèrent alternativement. Nanette ne put résister longtemps aux assauts réitérés qui lui étaient si délicieusement portés ; elle se raidit, s’allongea et perdit connaissance en jurant comme un charretier et environnée d’une mer de foutre. La voluptueuse Nanette, revenue de sa pâmoison, voulut rendre à ses compagnes les jouissances qu’elles lui venaient de procurer ; elle se fit donner un pinceau de blaireau de la grosseur de ceux des peintres en mignatures, qu’elle trempa dans de l’huile d’olive ; elle lava ses amantes avec une décoction tiède de Tithymale et de pommes d’amour, et les plaça toutes sur le dos dans le plus grand écartement ; ensuite, elle fit croiser leurs bras de manière à ce qu’un de leurs doigts put chatouiller le bouton de leur sein qu’elle humecta d’huile, et commença par leur passer légèrement son pinceau sur le clitoris, les lèvres, l’intérieur du con, et sur toutes les parties susceptibles de produire et de faire naître des désirs et des jouissances infinies. L’irritation qu’occasionne cette manière de préparer la femme est telle que son vagin s’ouvre et se referme de même que les ouïes d’une carpe qui se pâme. C’est dans ce moment-là qu’une femme a véritablement besoin d’une pine pour rafraîchir sa brûlante matrice ; aussi m’implorèrent-elles de venir à leur secours. On ne peut définir le plaisir qu’un con en cet état vous procure ! Brûlant, humide et vous serrant également par saccade, il vous plonge dans un anéantissement léthargique. Je n’eus pas plutôt opéré avec l’une, qu’une autre m’avait déjà amarré. Enfin, mes forces s’épuisèrent après quarante décharges complètes. Elles convinrent d’un commun accord que j’étais un bon coq et qu’elles n’en avaient pas encore trouvé un qui m’eut égalé. Je leur parlai de toi et elles m’ont bien fait promettre de leur faire faire ta connaissance dès que tu serais arrivée.

Adieu, mon cher trésor, je t’embrasse
de cœur,        
B…

Lettres d’un Provençal, 1867, Figures