Lettres d’un Provençal à son épouse/02

Anonyme, par M. H……Y
(p. 9-13).
Lettre deuxième

LETTRE DEUXIÈME

Paris, le…


Je te tiens parole. Je t’écris : Dieu ! que tu vas être aise ! il me semble voir ton con bâiller au récit que je vais te faire. D’abord, pour ne point me rendre difficile par la suite, j’ai voulu débuter par la vermine. Si tu connaissais la rue de la Tannerie, je n’aurais pas besoin de t’en donner une idée. Figure-toi une rue large d’environ un mètre, bordée de réduits de cinq à six étages de haut, et où l’on ne peut passer en plein midi sans recevoir sur le dos, une pluie d’eau de bidets ; mais comme ces détails ne sont qu’accessoires, je tranche net. J’entre au hasard dans la première allée ; je tâtonne pour trouver un escalier et tombe les quatre fers en l’air à travers deux énormes chiens qui venaient de consommer l’acte que je cherchais à faire. En me relevant, mon oreille fut frappée de quelques sons… j’écoute et j’entends des soupirs énergiques qui venaient de dessous une trappe de cave. Je veux avancer pour aller jusqu’à eux, et tout en étendant mes bras, je sens quelque chose qui s’entr’ouvre sous l’un d’eux. J’approche…, je vois à la faveur d’un reste de lampion, un homme de robe étendu par terre, dont la figure se trouvait cachée par le cul d’une vieille femme qui était à califourchon dessus. Je restai près d’une heure en contemplation ; à la fin, ne les voyant bouger ni l’un ni l’autre, j’étendis de nouveau mes bras, et trouvant une espèce d’escalier, j’y monte. Arrivé au premier, je regarde par un carreau de papier, auquel je fais un trou ; j’aperçois, sur un mauvais grabat, deux vilaines toupies qui semblaient s’épiler réciproquement la motte, tandis qu’une troisième suçait, à genoux, l’engin d’un vieillard, qu’à sa mise je présumai être dans la finance. La position gênante que j’étais obligé de prendre pour admirer ce groupe ne me permit pas d’y rester longtemps ; je remontai à l’étage au-dessus. Là, il se faisait un vacarme effroyable. Je ne pus entendre que très confusément : toujours on s’y donnait de vigoureuses claques sur les fesses. Plus haut la porte était ouverte, c’était une chambre qui n’avait pas de fenêtre et où se trouvaient quatre mauvaises putains nues, avec autant d’hommes ; je feignis de vouloir redescendre lorsqu’une d’elles vint à moi et me dit à mi-voix : « Ce sont des aveugles qui jouent de la musique dans les rues et qui viennent nous apporter leur recette pour que nous les amusions. Restez là si vous voulez nous voir. » J’usai de la permission, et comme je trouvais rare que des aveugles eussent le caprice de faire mettre des femmes nues, de les faire danser parmi eux et de les enfiler alternativement et au hasard, je voulus en faire des provençaux. Je fis signe à l’une des putains de venir à moi et lui dis : — Je veux me faire enculer par ces quatre viédases et qu’ils croient que ce soit vous qu’ils enculent. — Combien donnes-tu ? me demanda la veson. — Six francs. — Donne. — Tiens, les voilà. Aussitôt elle défait ma culotte, fait signe à ses camarades, prépare les membres des athlètes et, en moins de quelques minutes, m’emplit le cul du foutre des quatre mendiants, qui ébranlent la chambre de leurs beuglements amoureux. Je restai en extase du chatouillement qu’ils m’avaient procuré : j’aurais voulu qu’ils recommençassent, si un bousin sterling qui se faisait entendre dans le comble au-dessus n’eut piqué ma curiosité. Je demandai à la putain ce que c’était, elle me dit : Monte, et tu verras. Il n’en fallut pas davantage pour m’y déterminer ; je grimpai un reste d’escalier construit avec de vieilles échelles : La putain m’y suit et me présente à une chambrée d’hommes et de femmes en état de nature. C’étaient des sourds-muets ; ils hennissaient aussi fortement qu’un cheval, les femmes criaient comme des bacchantes : elles formaient différents groupes. Je me mêlai de la coterie, en donnant six autres francs. Une d’elles marcha à quatre pattes, ayant des bas noirs et une chandelle allumée dans le cul : rien ne serait d’un beau laid comme un animal de cette forme-là. Ne bandant guère encore à cause des fatigues de mon voyage, je me contentai de décharger dans la bouche de la salope qui m’avait présenté, et je me retirai en regardant sur les toits, si je n’apercevais pas par hasard quelques chats qui foutissent aussi.

Tu vois, ma chère amie, que mon début est encourageant, et qu’on ne perd pas plus de place que de temps dans ce pays. J’aurai, je le vois, fort à faire, si dans chaque bordel je trouve autant de besogne. Je suis, en attendant ta réponse à la présente,

Ton meilleur ami,
B…

P. S. J’oubliais de te donner le numéro de ce bordel. Si tu voulais donner l’adresse à quelqu’un, la voici : N° 110, rue de la Tannerie. Le plus difficile à trouver est l’escalier ; une fois qu’on le tient on n’a besoin de demander après personne, on entre où la porte est ouverte.