Les armes du mensonge/03

L’Amérique, tête de Turc


Un autre aspect de la propagande antidémocratique, toujours dirigée par Moscou, c’est la campagne de dénigrement systématique de la vie, des institutions et de la politique américaines.

La guerre n’était pas finie que l’Internationale rouge organisait déjà la lutte contre les États-Unis. Le « delenda est Carthago » fut décrété contre l’existence d’une grande démocratie libérale et capitaliste, dont la puissance, la productivité, la richesse et le haut standard de vie devenaient, surtout en 1945, un témoignage écrasant en faveur de la liberté des initiatives individuelles.

Cela se passait bien avant la prise de Berlin. Dans mon hebdomadaire, le Jour, des étrangers réfugiés à New-York, m’adressaient souvent des articles dans lesquels ils dépréciaient tout ce qui était américain et exaltaient tout ce qui était russe. Comparant ces écrits à d’autres qui paraissaient simultanément dans les périodiques soi-disant de gauche, aux États-Unis et ailleurs, je me rendis compte de la réalité d’une conspiration mondiale, et je me mis sur mes gardes. Je me débarrassai de mes aimables « collaborateurs », car je jugeai qu’ils appartenaient aux premiers noyaux d’une nouvelle Cinquième colonne. C’est à leur intention que j’écrivais alors dans mon propre journal.

« Au sortir de cette guerre, l’Amérique du Nord deviendra, par la force des choses, la première puissance du monde. Grâce à une solide alliance de l’Angleterre et des autres nations britanniques avec la grande démocratie voisine, le Canada sera au centre même de cette union imposante qui groupera, pour longtemps, espérons-le, les éléments les plus vigoureux, les plus sains et les plus civilisateurs de l’univers.

« Des forces obscures travaillent à empêcher la réalisation de ce rêve. Les fanatiques de certaines idéologies, venus des quatre coins de l’Europe, font une campagne systématique de dénigrement contre la seule nation qui, la paix revenue, gardera vraisemblablement dans toute sa vigueur la démocratie politique, le respect de l’individu, l’entreprise privée et, par conséquent, la clef du progrès, du bien-être et de la civilisation. On se demande s’il n’existe pas, chez ces nombreux agents de division, la jalousie du fils déchu de grande famille à la vue du fils de roturier qui a réussi et qu’il ne peut plus accabler d’un traditionnel mépris. Chose certaine, le fait existe : il s’est formé une coalition contre l’influence américaine. Les Canadiens devraient être les derniers à faire le jeu de cette coalition qui n’a d’autre but que de les dépouiller eux-mêmes des avantages de la présente guerre au profit d’une puissance lointaine.

« Prenons garde ! Nous serons peut-être, au cours des cinquante années à venir, le bastion économique et démocratique du monde. Les ennemis de la démocratie le savent : ils recrutent, même chez les Nord-Américains, des adeptes qu’ils incitent à détruire de leurs propres mains la seule forteresse de leurs libertés. À nos petits messies gonflés de prétention et logés à tel torchon rouge, les colonnards venus d’outre-mer font jouer la fable du « renard à la queue coupée ».

En relisant ces lignes écrites en pleine guerre, je m’aperçois que mes prévisions étaient justes. Les États-Unis sont devenus la tête de Turc de toute la propagande internationale de Moscou. Et d’honnêtes libéraux qui n’ont rien de commun avec les communistes tombent lourdement dans le panneau. Il est temps de réagir.

Quand on voit le naïf et honnête Wallace, ancien vice-président des États-Unis et Quichotte du déséquilibre mental, faire une tournée pro-soviétique en Europe et fournir à l’ennemi commun des arguments contre la politique de son propre pays, il n’y a pas à se demander si la conspiration rouge a réussi. Elle a sûrement fait des ravages.

Le sabotage prémédité, par la Russie, de la conférence de la paix, à Moscou, en mars et avril 1947, alors que toute l’Europe était dans le chaos, a servi de prétexte aux russomaniaques pour jeter sur l’Amérique le blâme de ce lamentable échec. Il s’est trouvé des démocrates assez crédules pour avaler ce chameau. Ils ne se sont pas rendu compte que Moscou ne voulait pas d’une paix qui l’eût empêché de mettre la main sur le morceau et de le garder pour lui seul. Et haro sur les États-Unis !

Je n’aime pas tout des Américains. Ils ont des défauts, ils font des fautes — comme nous tous — et leur civilisation présente des lacunes. Il faudra au besoin les critiquer ou leur résister. L’occasion nous en sera donnée souvent. La question n’est pas là. Il s’agit de reconnaître une réalité tragique : l’existence de DEUX MONDES entre lesquels nous avons à choisir. Le fameux ONE WORLD de feu Wendell Wilkie est rendu impraticable par l’intransigeance, l’impérialisme et le mysticisme destructeur des éléments moscovites. Or, dans la nécessité où nous sommes de prendre parti, il nous est impossible, en tant que Canadiens, de nous dissocier un instant des intérêts d’une nation avec laquelle nous sommes solidaires. Tout ce qui élèvera les États-Unis élèvera le Canada ; tout ce qui les abaissera nous abaissera. La solidarité nord-américaine le veut ainsi.

En vertu du même principe, la France, l’Angleterre, nos alliées du Commonwealth, ainsi que les démocraties Scandinaves et des Pays-Bas, ne peuvent sauver leur indépendance, leurs institutions libérales et leur vieille civilisation qu’en utilisant, pour leur défense, les durs biceps et le large poing du colosse nord-américain.

Libre à chacun d’aimer ou de ne pas aimer les États-Unis. Ce sentiment est secondaire en face de la nécessité où se trouvent toutes les démocraties du monde de faire bloc pour survivre. Et vraiment je ne vois, pour les libertés humaines, aucun espoir en une organisation qui voudrait se passer de l’Oncle Sam.

La Cinquième Colonne communiste sent tellement l’importance de cette union démocratique autour de la puissance américaine, qu’elle déploie un effort inouï pour rendre les Américains odieux au monde entier.

Il y a quelque temps, une Européenne débarquait dans le port de New-York, traversait à la course et sans rien voir cette grande cité, puis montait dans un train à destination de Montréal. À son arrivée dans notre métropole, quelqu’un lui demanda ce qu’elle pensait de New-York.

— Ne m’en parlez pas, dit-elle, c’est une ville infecte, pleine de sauvages.

Cette femme n’avait été que deux heures dans les rues newyorkaises. Elle portait sur l’Amérique le jugement d’une foule de ses compatriotes endoctrinés par la propagande ou incapables de se faire à l’idée que la principale puissance de l’univers n’est plus sur le vieux continent.

D’après une dépêche parue dans la Presse du 28 avril, l’Humanité, organe communiste de Paris, aurait écrit : « Philippe Barrès personnellement est payé pour cacher aux Français la véritable identité de ceux qui les affament ». Les affameurs, paraît-il, étaient les Américains. Et ceci nous rappelle que M. Thorez, fils de Moscou, prétendit naguère que la France avait plus reçu de la Russie que des États-Unis. On se demande alors qui a nourri, habillé, logé, rebâti une partie de l’Europe en ruines ? Qui a semé les milliards sur ce continent sans rien demander en retour ? On se demande aussi qui a pillé le plus de butin en pays occupés ? Qui a déménagé chez soi le plus d’usines, d’outils et matériaux de toute sorte ? Qui a exigé les réparations les plus invraisemblables ? Qui a annexé le plus de territoires ? Qui a établi le plus de gouvernements vassaux et qui, en outre, n’a rien fourni aux autres pour aider à leur relèvement ?

J’ai actuellement sous les yeux divers échantillons de huit publications communistes publiées en France. Voici d’abord Pensée, revue trimestrielle (juillet-août-septembre 1946). Au sujet du prêt américain de 650 millions de dollars à la France, on y lit :

« Le peuple français a compris qu’il s’agissait d’une immixtion de l’étranger dans sa politique intérieure, et le peuple français n’est pas à vendre. »

Et ceci, au bas de la même page :

« Au moment où l’homme de Munich, Édouard Daladier, fait sa rentrée sur la scène parlementaire, nos alliés les plus fidèles et les plus précieux seraient excusables de se demander si ce n’est pas une impression de déloyauté que donne à nouveau la politique française. »

Tout de même, en lisant ces lignes, on se demande si ce sont les Russes, « alliés les plus fidèles et les plus précieux », qui fournissent 650 millions de dollars à la France pour aider à son relèvement.

D’autres journaux rouges de la France, tels Regards, Action, La Défense, France-Nouvelle et France-URSS emploient tout leur effort à favoriser les desseins impérialistes de Moscou et à jeter sur l’Amérique, le discrédit et le ridicule.

Dans Regards du 21 février, vous lisez un article sur la frontière occidentale de la Pologne. Pas un mot de la frontière orientale, que la Russie a bouffée au temps où elle cultivait l’amitié d’Hitler.

Quand on parle des États-Unis, pourtant nourriciers de l’Europe, le ton change : un dialogue sur le lynchage entre le chanteur nègre, Paul Robeson, et le président Truman. C’est ce que Regards peut offrir de mieux, ce jour-là, sur le compte de l’Amérique.

L’Action du 27 décembre 1946 consacrera un long article à un petit pays que les pays capitalistes ont comblé de cadeaux, et il fera ce titre flamboyant : Yougoslavie, pays de la jeunesse !

Quand ce journal aborde ensuite la question américaine, il dénonce « les féodalités internationales qui ont leurs places fortes outre-manche et outre-Atlantique », puis il appelle Offensive réactionnaire l’effort que fait Washington pour protéger le public contre certaines grèves injustes ou illégales.

C’est encore l’Action qui, le 13 décembre, parlait du « chantage économique auquel les États-Unis soumettent la Grande-Bretagne ». Tout à côté de cette aménité à l’égard des libérateurs de la France, on lisait ce titre : Le soleil se lève sur la Roumanie. En français, ça veut dire que Moscou a rougi le gouvernement de Bucarest.

Un autre numéro de l’Action, celui du 24 janvier, porte les titres suivants : L’antisoviétisme du général Marshall ; — Visées impérialistes des États-Unis dans le Proche-Orient ; — Entretien de Lénine avec Clara Zetkin sur la littérature et l’art.

On n’en finirait pas de donner tous les échantillons de mauvaise foi ou d’ignorance que nous donne la presse rouge. Je ne saurais toutefois passer sous silence Regards du 14 février, page 10, où l’on indique des modes de divers pays. Les photos des modèles allemand, italien, russe, anglais et autres sont assez flatteuses ; mais pour représenter l’Amérique, au tout premier plan, on a plaqué un affreux mannequin (publié précédemment, je crois, par une revue américaine qui voulait faire rire) montrant l’élégance américaine sous un jour grotesque. Et quand on pense que Vogue est d’emblée la plus magnifique revue de modes du monde ! Quant aux modes russes, elles n’existent pas.

Encore une fois, je le répète, le seul fait de critiquer les États-Unis et la politique américaine n’a rien que de normal et légitime ; mais en tout ceci, il y a le phénomène extraordinaire d’une parfaite similitude de procédés entre les campagnes de la Pravda de Moscou et les innombrables agences clandestines qui infestent tous les pays. Le but que l’on poursuit apparaît alors clairement : livrer toutes les vraies démocraties à la haine de millions d’hommes, afin de permettre aux Soviets de réaliser leur rêve d’hégémonie universelle.

Les moyens employés aujourd’hui, par la Cinquième Colonne rouge, pour créer ou fortifier le sentiment anti-américain sur divers continents ressemblent beaucoup à ceux qui servaient, à Hitler pour susciter l’antiséminisme chez lui et à l’étranger. Aux mensonges, aux calomnies, aux faux témoignages contre les Juifs, les nazis mêlaient quelques faits authentiques, quelques fautes réelles, de sorte qu’une once de vérité, comme la mince enveloppe de sucre sur une pilule empoisonnée, suffisait à faire passer une tonne d’accusations criminelles.

Lors de la célébration du 1er mai, la plupart des tribuns, appelés à parler aux foules, dans les pays-satellites de la Russie, ont dénoncé avec une touchante unanimité « la conspiration capitaliste et l’impérialisme américain ». Croyez-vous que cela se borne aux États qui vivent à l’ombre du Kremlin ? Détrompez-vous ! Lors des élections récentes de la division Cartier, de Montréal, où l’espion Fred Rose, maintenant en prison, avait été député, les orateurs du candidat communiste ont presque tous vitupéré, eux aussi, contre le prétendu impérialisme américain.

Enfin, le 8 mai dernier, dans une déclaration faite à l’occasion du 2e anniversaire de notre victoire sur l’Allemagne, le maréchal Tito, chef yougoslave aux ordres de Moscou, affirmait sans sourciller que les menées des pays capitalistes conduisaient le monde à une autre guerre. Hitler pratiquait exactement le même chantage.

Il est donc indéniable qu’une campagne mondiale, parfaitement concertée, se poursuit actuellement contre la seule démocratie qui puisse vaincre la tentative de bolchévisation universelle.