Les amours de W. Benjamin/06

Éditions Édouard Garand (71p. 16-20).

VI

LE BAL MILITAIRE


Le lundi, 14 mai, de même qu’Ottawa demeurait encore sous le charme des sublimes paroles du brillant homme d’État français, Monsieur Viviani, de même Montréal demeurait sous l’effervescence de l’enthousiasme avec lequel elle avait acclamé Joffre, le vainqueur de la Marne. On eût dit que l’intrépide Héros de France avait semé au cours de son rapide passage l’électrisation avec laquelle il avait fait mouvoir les glorieux escadrons de la République Française. Son nom était sur toutes les lèvres et son image dans tous les cœurs !

Un bal militaire avait été lancé pour le soir de ce même jour.

C’était à l’Aréna, et l’immense salle regorgeait.

Peu après huit heures, les premiers personnages que nous pouvons reconnaître sont William Benjamin faisant son apparition avec Ethel Conrad à son bras, et l’ingénieur et sa femme.

Benjamin, tout à fait irréprochable dans son habit dont la boutonnière est fleurie d’un bouton de rose blanche, garde sur sa physionomie une mine conquérante. Ethel est toute ravissante dans sa robe de crêpe blanc, et elle se pend avec un abandon charmant au bras de son beau cavalier.

Un employé a conduit les quatre personnages à une baignoire d’où ils peuvent surveiller les danseurs du premier quadrille.

Quittons ces personnages pour un moment et montons à la galerie où se sont réfugiés des couples plus intéressés à leurs amours qu’aux danses et contredanses que dirige la musique de l’orchestre.

Mais il n’y a pas uniquement que des amoureux dans cette galerie !

Car, sur la première rangée et appuyés contre la rampe, nous pouvons remarquer deux individus que nous connaissons bien : ce sont les deux « gentlemen » Fringer et Grossmann.

Ils causent tous deux à voix basse et de temps à autre ils promènent autour d’eux un regard méfiant.

— Fringer disait avec son sourire ironique :

— Mon cher Grossmann, il faut que nous soyons bien sûrs d’avoir le modèle à temps, sinon…

— Je suis sûr de cela, interrompit Grossmann de son accent grognon. Je suis plus sûr que tu l’es toi-même de retrouver ton homme, ton capitaliste, ici dans une pareille cohue. Et mieux que ça : je suis plus sûr de moi-même que je ne saurais l’être de ton particulier qui, il me semble, ne se montre pas bien vite.

— Tu doutes qu’il viendra, alors ?

— Je doute et je ne doute pas. Seulement, je me demande comment tu vas le reconnaître dans le pêle-mêle d’en bas.

— Je le reconnaîtrais entre dix mille, répliqua Fringer avec assurance. Et puis, ne te fais pas de bile inutilement, j’ai prévenu mon homme, et il viendra nous rejoindre ici.

À peine avait-il achevé ces mots, que Fringer sentit une main peser rudement sur son épaule.

Il se retourna vivement et reconnut Peter Parsons.

— Eh bien ! messieurs, fit ce dernier sur un ton dégagé, j’espère que je ne suis pas trop en retard ?

— Nullement, répliqua Fringer.

Et il ajouta en désignant Parsons à Grossmann :

— Voici notre homme d’affaires !

Grossmann tressaillit, puis salua Parsons d’un signe de tête. Fringer fit asseoir le nouveau venu entre lui-même et Grossmann, disant :

— Ainsi, nous serons mieux pour causer.

— Soit, dit Parsons rudement. Mais comme j’ai un rendez-vous ailleurs bientôt, allons au fait sans tarder !

— Nous le voulons bien, répondit Fringer, car nous aussi nous avons rendez-vous ailleurs. J’attaque donc l’affaire, écoutez…

Et regardant Parsons dans les yeux, il prononça :

— Nous avons le modèle !

Un léger tressaillement agita la barbe noire de Parsons, qui demanda aussitôt d’une voix un peu tremblante :

— Où est-il ?

Fringer désigna Grossmann et répondit :

— Voilà l’homme qui, seul, peut répondre à votre question !

Parsons et Grossmann s’observèrent un moment : Parsons avec une sorte d’étonnement. Grossmann avec un air soupçonneux et défiant, car pour lui ce Peter Parsons n’avait nullement l’allure d’un millionnaire.

— Eh bien ? interrogea Parsons, ce modèle… où est-il ?

Les yeux de Grossmann louchèrent terriblement et le monstre répondit :

— Je vois, en effet, que vous êtes pressé. Mais comme je suis tout aussi pressé que vous, je suis d’avis que la première question entre nous doit être celle qui concerne la monnaie !

— Combien voulez-vous ?

— Combien payez-vous ? rétorqua Grossmann.

— Mille ! répondit Parsons.

— Non ! dit Grossmann.

— Deux mille !

— Allez au diable !

— Soit, fit Parsons en se levant pour se retirer.

— Minute ! prononça Fringer.

— Parlez ! dit Parsons. Mais, je vous le répète, je suis pressé.

— Je ne dirai, que ceci, reprit Fringer en clignant de l’œil à Grossmann : j’ai sous la main deux autres acheteurs, dont l’un à cinq mille et l’autre six mille !

Un sourire moqueur se fit jour entre la moustache et la barbe de Parsons,

— C’est-à-dire, fit ce dernier avec mépris, que vous voulez empocher cinq mille dollars ?

— Non… six mille ! corrigea Grossmann, pas une tôle de moins.

Parsons parut réfléchir un moment. Puis, regardant Grossmann entre les yeux, il demanda :

— Ce modèle est entre vos mains ?

— C’est-à-dire que je sais où le prendre.

— Ah ! ah ! fit simplement Parsons qui garda le silence et pensa :

— Je n’ai qu’à épier ce revenant de l’autre monde et lui enlever le modèle qui m’appartient. quitte à lui faire avaler une autre balle qui pourrait être, cette fois, la bonne. Mais il y a le cas aussi où un hasard imprévu pourrait faire échouer ce projet. D’un autre côté, ce William Benjamin va donner au moins cinquante mille dollars pour le modèle. Si donc j’en paye six mille à ces vauriens, j’aurai réalisé encore un joli bénéfice. Et pas un risque avec Benjamin ! Soit donc, je leur paye six mille.

Et il demanda à Grossmann :

— Quand pouvez-vous me livrer ce modèle ?

Grossmann consulta sa montre et dit :

— Il est huit heures et demie… entre onze heures et minuit nous pourrons bâcler l’affaire.

— Où pourrons-nous nous rencontrer ?

— Mais vous êtes sûr de verser les six mille ? demanda Grossmann avec son air défiant.

— Oui, en beaux billets de banques aussi.

— En ce cas, vous viendrez rue Dorchester. Vous connaissez peut-être l’endroit ?… Numéro 1144…

— Oui, je serai là vers onze heures.

— Nous y serons aussi, dit Grossmann.

Après une poignée de mains Parsons quitta les deux Allemands.

À cet instant la valse succédait aux quadrilles, et une nuée de couples enlacés glissaient sur le parquet.

Lorsqu’il fut descendu de la galerie. Parsons s’arrêta un moment à l’arrière de la salle pour promener un regard curieux sur les valseurs. Son regard s’arrêta sur un couple qui passait non loin de lui dans un bercement cadencé que soutenait fort bien la musique langoureuse de l’orchestre. Les sourcis de Parsons se froncèrent et une sorte de sourd grondement passa entre ses lèvres. Puis il haussa les épaules avec dédain, pirouetta sur ses talons et quitta l’Aréna.

Or, le couple qu’avait regardé Parsons nous est connu : oui, c’était, William Benjamin et Ethel Conrad.

Après vingt minutes de valse le pseudo-banquier et la jeune anglaise revinrent à leur baignoir. Au même instant un employé apportait à Benjamin une lettre.

— Pour moi ? demanda le jeune homme avec surprise.

— N’êtes-vous pas Monsieur William Benjamin ? interrogea l’employé.

Alors Benjamin regarda la suscription et reconnut son nom.

— C’est juste, dit-il à l’employé, cette lettre porte mon nom. Merci.

Il brisa aussitôt l’enveloppe et en tira la note suivante :

Si Monsieur William Benjamin désire toujours acquérir le modèle de certain Chasse-Torpille qui l’intéresse, il est prié de se trouver à onze heures et demie rue Dorchester, No 1144. Il sera attendu.

Aucune signature n’apparaissait au bas de cette note.

Un sourire vague plissa les lèvres du jeune homme, et il glissa la lettre dans sa poche.

Ethel, qui l’avait observé, lui demanda avec un sourire ingénu :

— Je vois, grâce à Dieu, que ce n’est pas une mauvaise nouvelle ?

— Au contraire, sourit Benjamin, la nouvelle qui m’arrive est mauvaise !

— Mon dieu ! vous m’effrayez !

— Ne vous effrayez pas outre mesure, mademoiselle. J’ai dit mauvaise nouvelle, en ce sens que j’aurai l’immense regret de vous fausser compagnie dès que sonneront onze heures, on m’assigne un rendez-vous de la plus haute importance pour mes affaires. J’ose espérer que vous ne m’en tiendrez pas compte.

— Pas du tout. Je ne voudrais d’ailleurs en aucune façon qu’une bonne affaire pour vous fût manquée à cause de moi et par ma faute.

— Merci. Mais, je vous prie de le croire, je reviendrai vous rejoindre ici. Je ne serai peut-être qu’une heure absent.

Un fort accès de toux secoua la poitrine du jeune homme. Il s’excusa aussitôt, disant :

— Vilaine toux… vilaine toux…

— Vous ne la soignez donc pas ? fit avec inquiétude la jeune fille.

— Si, si, mademoiselle, mais j’ai si peu de temps que je la soigne fort mal. Mais ce n’est rien… un courant d’air que j’ai dû prendre ici… Ça va passer…

— Bon ! voilà mon cousin, le colonel, interrompit Ethel, je gage qu’il nous cherche.

Elle agita son mouchoir dans la direction de l’entrée principale de l’Aréna.

C’était bien ce brave et précieux colonel, bien guindé et toujours le stick à la main. Car le colonel paraissait tenir à son stick comme un fou à sa marotte, attendu que l’un n’est pas complet sans l’autre.

Le colonel vit le signal d’Ethel. Il grimaça un sourire et se dirigea de suite vers la baignoire.

De nouveaux quadrilles venaient de se former.

· · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · ·

Dix heures étaient sonnées.

Benjamin et Ethel Conrad venaient de se joindre à un groupe de valseurs. Les deux jeunes gens attiraient l’admiration générale.

Le colonel, très mauvais danseur, se contentait de faire du bel esprit à Conrad et à sa femme qui de son face-à-main, suivait avec orgueil les évolutions savantes et gracieuses de sa fille au bras du beau Benjamin.

Tout à coup l’ingénieur fit un geste d’étonnement et s’écria :

— Ah ! ça, Philip, ai-je la berlue ? C’est bien Lebon que je vois là enlacé avec cette rousse !… Et ses yeux clignotaient furieusement derrière le lorgnon que d’une main tremblante il tentait d’assujettir sur son nez.

Le colonel regarda attentivement le couple indiqué par son oncle. Il tressaillit violemment… Oui, il reconnaissait parfaitement Pierre Lebon. Mme Conrad elle-même assurait que cet élégant jeune homme était bien l’inventeur du Chasse-Torpille. Mais n’était-ce pas inimaginable ?

Et le colonel, ensuite, se mit à examiner la compagne du jeune homme. Certes, elle lui était inconnue. Pourtant… est-ce qu’en son souvenir il ne revoyait pas quelque image semblable ou à peu près ? Est-ce que cette tête aux reflets de flammes rouges ne lui était pas un peu connue ? Et la peau un peu laiteuse de ce visage ? Et ces lèvres d’un fort beau rouge ? Et ces yeux étincelants, plus noirs que de l’ébène ? Oui, n’avait-il pas, en creusant ses souvenirs, aperçu cette belle image quelque part comme dans l’encadrement d’une porte ?… Et d’une porte… oui, d’une porte qui faisait face à son logis sur la rue Metcalf ?

Alors un nom vibra aux oreilles du colonel, un nom qui faillit le faire tomber à bas de son siège, un nom qui le frappa au cœur, mais pas mortellement, par bonne chance, et ce nom c’était…

Miss Jane !…

— Oui, Miss Jane !… murmura-t-il avec un sourire en lequel on aurait pu découvrir quelque chose de perfide, et de très perfide quand il se dit à lui-même avec une sorte de rugissement joyeux :

— Oui, Miss Jane… Miss Jane avec Lebon !… Allons ! le diable est pour moi !

— Eh bien ! demanda Conrad avec impatience sans quitter des yeux l’inventeur et sa partenaire, ne reconnais-tu pas notre Lebon ?

— Oui, répondit le colonel, c’est lui. Quelle audace !

— Mais cela pourrait bien être une simple ressemblance ! émit Mme Conrad.

— Edna, répondit Conrad sur un ton convaincu, je te dis que c’est Lebon, c’est-à-dire notre voleur !

— Attendons qu’il se rapproche de nous, proposa le colonel, qui ne pouvait croire à tant d’audace de la part de l’inventeur, nous verrons bien.

À ce moment le couple s’était perdu à l’extrémité opposée de la salle immense. Pour quelques minutes on ne le vit pas. Puis il reparut, tournoyant, glissant, se rapprochant, et bientôt il passait sous la baignoire.

Alors le colonel se pencha sur la rampe et prononça assez haut pour être entendu :

— Bonsoir, monsieur Lebon !

Pierre leva la tête et lança aux Conrad un sourire moqueur.

James Conrad bondit.

— Eh bien ! Philip, ne vois-tu pas que c’est lui ?

— Je n’ai plus un doute, répondit le colonel en ébauchant un sourire féroce. C’est à nous, à présent, de ne pas le manquer.

— Que penses-tu faire ?

— Prévenir la police !

— Comment ?

— Par le téléphone, c’est le mieux que nous ayons à faire.

— C’est vrai, admit Conrad. Allons de suite aux bureaux de l’administration. Edna, ajouta-t-il en se tournant vers sa femme, durant notre absence ne perds pas Lebon de vue.

Et les deux hommes quittèrent la baignoire.

Or, depuis un quart d’heure environ, deux individus étaient venus se poster dans l’allée conduisant à la baignoire des Conrad. Debout, immobiles et silencieux, ils paraissaient très indifférents à tout ce qui les entourait. Seulement, de temps à autre, on aurait pu voir les regards de ces deux hommes glisser furtivement vers les occupants de la baignoire.

Puis l’ingénieur et le colonel un peu plus tard avaient passé devant ces deux individus sans remarquer leur présence.

Alors, l’un d’eux se pencha à l’oreille de l’autre et dit :

— Avez-vous saisi le manège, Maître Tonnerre ?

— Oui, Maître Alpaca, à ce point que je ne serais pas surpris de voir bientôt surgir quelques braves policemen.

— Maître Tonnerre, vous pensez juste : ces deux hommes vont donner l’alarme, tandis que cette dame solitaire dans sa baignoire va tenir ses beaux yeux fixés sur notre bienfaiteur, de sorte qu’il ne pourra échapper. Comprenez-vous ?

— Oui, je comprends, cher Maître. Mais que déduisez-vous de tout cela ?

— Pour le moment je ne déduis pas, mais je conclus comme ceci : vous irez en sourdine prévenir Monsieur Lebon, et moi j’irai distraire un peu cette jolie dame, de telle sorte qu’elle ne puisse voir par quelle porte Monsieur Lebon se sera donné de l’air.

— C’est compris.

Et Tonnerre partit en se faufilant au travers des groupes et gagna l’arrière de la salle pour y attendre le passage de Pierre Lebon.

De son côté, Alpaca, avec son air le plus posé et le plus digne, se dirigea vers la baignoire,

À la vue de cet homme inconnu, Mme Conrad sursauta.

— Madame, dit Alpaca de sa voix profonde et basse, voulez-vous pardonner mon intrusion ?

— Qui êtes-vous ? balbutia la femme de l’ingénieur, très surprise.

— Si c’est mon nom, madame, que vous désirez savoir, je dois vous prévenir qu’il est très laid. Mais si, au contraire, c’est mon état ou ma profession…

— Eh bien ?

— Je vous avouerai humblement que j’ai l’honneur d’appartenir au Barreau.

— Ah ! fit simplement Mme Conrad qui se demandait ce que pouvait bien lui vouloir cet homme du Barreau.

Mais cet « ah » laconique de la dame n’avait rien de bien engageant pour la conversation que désirait avoir Maître Alpaca. Aussi, se trouva-t-il fort embarrassé. Tout de même il réussit à bredouiller en rougissant très fort :

— Si donc, chère madame… Et ne trouvant pas ses mots, Alpaca se mit à faire révérences sur révérences.

Mme Conrad eut bien envie de rire, mais rire pouvait paraître hasardé ; elle préféra dompter l’hilarité qui la chatouillait et prendre un air offensé pour demander :

— Eh bien ! que me voulez-vous, monsieur ?

Le ton peu tendre de la dame de céans parut réveiller les idées endormies d’Alpaca. Il répondit :

— Pardon, madame, ce n’est pas à vous précisément que j’ai affaire, mais au colonel Conrad !

— Ah ! vous connaissez le colonel ? fit la dame un peu adoucie.

— C’est l’un de mes meilleurs amis, répliqua Alpaca sans broncher et toujours avec sa révérence. Mais au cours de cette révérence l’œil de notre ami avait ricoché en-dessous vers la porte de sortie, et cet œil avait surpris Tonnerre quittant la salle suivi de près par Lebon et sa danseuse.

Mme Conrad disait :

— Je suis chagrinée, monsieur, mais le colonel vient de quitter la salle.

— Malchance ! gémit Alpaca. Mais reviendra-t-il bientôt ?

— Certainement.

— Je reviendrai, madame, je reviendrai… Pardon, madame, pardon encore une fois… Je vous prie de m’excuser, madame… votre humble et respectueux serviteur…

Et Alpaca quitta la baignoire à reculons, lentement, courbé en deux…

William Benjamin revenait à la baignoire avec Ethel. En passant près d’Alpaca, il lui souffla ces mots sans que la jeune fille en eût connaissance :

— Onze heures… rue Dorchester !…

Alpaca fit signe qu’il avait compris et s’éloigna. L’instant d’après il sortait de l’Aréna.

Il était temps : déjà des constables fermaient les portes empêchaient toutes sorties.

Cet incident causa quelque émoi dans la salle… Pourquoi fermait-on les portes ?

On se regardait. On se questionnait. D’aucuns, plus curieux, interrogeaient les constables. Mais ceux-ci ne savaient rien, sinon qu’on leur avait donné l’ordre de fermer les portes et d’empêcher quiconque de sortir ou d’entrer.

Cependant la musique allait toujours et les valseurs devenaient plus nombreux.

Dix minutes s’écoulèrent, puis une douzaine de policiers firent irruption dans la salle.

Il y eu une grande sensation…

L’orchestre se tut.

Les danseurs demeurèrent immobiles, et un silence relatif s’établit de toutes parts. Les policiers parcouraient les groupes, scrutant les visages, dévisageant chaque individu.

James Conrad et le colonel, demeurés près de la grande porte soigneusement gardée par quatre constables, suivaient les policiers de l’œil et attendaient nerveux et impatients.

Les agents de police allaient toujours, sans résultat encore.

Ils firent ainsi le tour de la salle, puis ils visitèrent la galerie, mais sans trouver la personne qu’ils cherchaient.

Et, lorsque, enfin, ils vinrent rendre compte de leur mission au colonel, celui-ci ne put réprimer un geste de rage et dit avec un juron :

— Vous êtes venus trop tard… Lebon est parti !