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Les Reposoirs de la procession (1893)/Tome I/Soir de brebis

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Édition du Mercure de France (Tome premierp. 151-155).


SOIR DE BREBIS


À Louis Denise.



La tache de sang dépoint à l’horizon de ci.

La goutte de lait point à l’horizon de là.

Homme simple qui s’éparpille dans la flûte et dont la prudence a la forme d’un chien noir, le pâtre descend l’adolescence du coteau.

Le suivent ses brebis, avec deux pampres pour oreilles et deux grappes pour mamelles, le suivent ses brebis : ambulantes vignes.

Si pur le troupeau ! que, ce soir estival, il semble neiger vers la plaine enfantinement.

Ces menus écrins de vie ont, là-haut, brouté les cassolettes, et redescendent pleines.

Mes Désirs aussi, stimulés par la flûte de l’Espoir et le chien de la Foi, montèrent ce matin le coteau du Mystère ; et s’en furent plus haut que les brebis de mon hameau, les brebis de mon âme.

Mais, parmi la prairie de jacinthes, l’odorante étoile incendia les dents avides qui voulaient dégrafer son corsage fertile.

C’est pourquoi mon troupeau subtil, à l’heure d’angelus, rentre en moi-même, les flancs désespérés.

Les brebis sont au bercail, et l’homme simple va dormir entre sa flûte et son chien noir.