Les Quarante Médaillons de l’Académie/06



VI


M. SAINT-MARC GIRARDIN


Il fait son cours le chapeau sur la tête. Est-ce que par hasard il se croirait un grand d’Espagne, en littérature ? Non, c’est de peur des vents coulis. Depuis la marquise du Deffand, qui fit matelasser un tonneau dans lequel cette Diogène femelle s’abritait, personne ne craint plus de s’enrhumer que ce gros homme, au col de chemise préservateur. On disait du duc de Levis : « C’est le plus sentimental des hommes gras. » M. Saint-Marc Girardin est le plus douillet et le plus tremblant d’être malade des hommes robustes. Il rêve des rhumes en regardant son mouchoir de poche, comme le lièvre rêvait des cornes, en regardant ses oreilles. Gros homme à l’esprit gringalet, qu’Armand Bertin, après dîner, quand les truffes avaient été bonnes, croyait spirituel comme Voltaire, il avait, autrefois, la petite ironie suffisante et gourmée du Journal des Débats, de cette maison de parvenus qui de flûte en flûte et de sifflet en sifflet, finit aujourd’hui par la guimbarde de M. John Lemoinne ; mais les dadas de la question des Capitales et de la question d’Orient l’ont perdu. M. Saint-Marc Girardin est — dit-on, chrétien comme M. de Sacy ; — mais s’il l’est, ce que je veux croire et ce dont je le félicite, qu’on me dise comment il arrive qu’il y ait des chrétiens au Journal des Débats ?… Comment peut-on les y souffrir ?… Comment s’y prennent-ils pour qu’on ne les jette pas à la porte de ce chenil de Renans, car M. Renan y a grandi comme le petit de la lice, et il y sera le plus fort demain ?… Sans doute, ces chrétiens, pleins d’audace, boutonnent soigneusement leur habit de libre penseur par-dessus un christianisme qu’ils engloutissent dans leurs poches. Ils prennent des précautions… contre les vents coulis de leur conscience. Ils font des politesses aux philosophes et aux juifs dans le genre de celles de M. de Sacy, — ce Polyeucte ! — à M. Salvador, auquel il trouvait dernièrement, ma foi ! presque autant d’esprit qu’à saint Paul !… Tartuffes… de la libre pensée, en supposant que leur christianisme soit sincère !