Les Quarante Médaillons de l’Académie/05



V


MONSEIGNEUR DUPANLOUP


Un lettré mi-partie de séminaire et d’université ; un directeur de théâtre, comme les Jésuites qui ont été tout, même chansonniers, le furent autrefois, s’amusant à faire jouer des pièces grecques, en grec, aux jeunes gens de son séminaire. Occupation peu épiscopale ! Manière de répondre à la question des classiques ! Mgr Dupanloup est un phraseur plutôt qu’un orateur, un rhétoricien plutôt qu’un écrivain. Médiocrité violente dont on ne parlerait pas sans la grande cause qu’il a épousée. Pauvre, non pas comme M. Cousin, qui a volé la philosophie allemande, mais pauvre enrichi par L’Église, et orné des dons de cette magnifique… Si Mgr Dupanloup n’avait pas l’honneur d’être prêtre et l’honneur plus grand encore d’être évêque, que serait-il ?… Peut-être un écrivain du Journal des Débats. Son orthodoxie fait sa force, mais sa force manque de prudence. Il augmente probablement le personnel du Siècle, sans le vouloir. C’est la mouche du coche de l’Église… Qui sait si Mgr Dupanloup ne se croit pas le saint Ambroise des derniers temps, — le saint Ambroise… sans Théodose ! Polémiste qui donne trop, — la Vieille Garde ne donnait pas tous les jours, mais quand elle donnait, elle écrasait tout ! — Mgr Dupanloup descend de sa chaire épiscopale jusqu’au journalisme contemporain. Bossuet avait Jurieu, mais où est Jurieu ? Un évêque doit respecter sa crosse, même quand il en frappe ! Il est des gens qu’on n’honore pas des coups de ce sceptre des âmes. On ne les crosse point, on les fouaille. Laissez-nous cette besogne, monseigneur ! Quand M. Quinet a osé dire : « Étouffons le catholicisme dans la boue, » un évêque ne se commet pas à répondre à cet insulteur ; et si, par générosité d’indignation, il est entraîné à lui répondre, il n’ajoute pas à sa lettre un post-scriptum comme celui-ci : « Je viens de relire ma lettre, et je crains d’avoir été trop loin. » Non, l’évêque la brûle alors, cette lettre inquiétante pour sa charité… Mais Mgr Dupanloup n’a pas voulu perdre sa copie, et le voilà peint par ce seul trait !