Les Quarante Médaillons de l’Académie/07



VII


M. DE MONTALEMBERT


C’est un écrivain lourd, incorrect et terreux. Il est bien heureux de s’appeler Montalembert et d’avoir été pair de France dès sa jeunesse. Le cadre a fait la fortune du portrait. S’il avait été d’une naissance obscure, il serait resté comme sa naissance. S’il n’avait pas été pair de France, il n’eût pas cultivé de bonne heure cette faculté de parler, qui est devenue comme une mécanique de Birmingham, toujours prête à aller, et dont l’Empire, grâce à Dieu, a cassé le grand rouage. Le parti catholique, si défiant pour les hommes qui le servent, l’aurait fait attendre. Au lieu de cela, tout lui a été facile, et sa jeunesse a été charmante. Que n’a-t-on pas dit d’extravagant et de flatteur sur son premier livre : Sainte Élisabeth de Hongrie ? Livre faux de style, de couleur ; vrai seulement de niaiserie ! Je ne connais pas de plus grande hypocrisie littéraire que cette histoire, qui joue la naïveté de la chronique et de la légende. Les Moines d’Occident, ouvrage de sa maturité la plus avancée, n’ont ni vues supérieures, ni profondeur d’érudition, ni rien de ce qu’il faudrait pour aborder, je ne dis pas dignement, mais seulement sans étourderie, ce grand sujet du Monachisme, père de ce monde moderne parricide. Entre ces deux ouvrages, M. de Montalembert n’a publié que des brochures. Les brochures sont des discours écrits. Autant en emporte le vent ! C’est la littérature des orateurs ! Il en a fait sur l’Angleterre, dans lesquelles l’Angleterre est glorifiée, parce que c’est le pays du discours politique, et où il représente la France comme musclée, parce que lui, cet indigéré de paroles, ne peut parler !… Il en fait sur la Pologne, autre pays de discours, qui s’est perdue par l’anarchie de ses Assemblées ; la Pologne, où le veto d’un seul membre frappait de nullité les décisions et la volonté de toute une diète. Comme orateur, M. de Montalembert vaut mieux que comme écrivain. Mais il n’est pas cependant de la famille des grands orateurs. Il manque de poitrine ouverte et généreuse. Une ou deux fois, il a frappé fort, et alors son talent ressemblait à cette mâchoire d’âne avec laquelle Samson abattait les Philistins. Mais depuis, la mâchoire est restée à sa place. En général, M. de Montalembert est plus envenimé que puissant, et sa physionomie, doucereuse et sacristine fait avec sa parole un drôle de contraste. Malheureusement, il manque d’esprit toujours, même quand il a du talent. Par le pédantisme naturel, par l’ore rotundo il fusionne avec les doctrinaires. Catholique… du Correspondant, il ne correspond plus avec le Monde que pour lui dire des injures. Pour M. de Montalembert, Satan, ce n’est plus Satan. C’est M. Veuillot.