Les Quarante Médaillons de l’Académie/03



III


M. LE COMTE DE CARNÉ


Ah ! lui, c’est le roi des cordiers ! Depuis trente ans, il fait son câble, sans s’interrompre, dans la Revue des Deux Mondes, où il a trouvé le moyen d’être le plus ennuyeux des ennuyeux de céans. M. Charles Lenormand, qui n’était pas amusant non plus, comme on sait, et qui n’avait pas le droit de se montrer bien difficile, disait partout et de tout : « Ennuyeux comme Carné. » Un jour, ne le connaissant pas, il le dit devant lui. On éclata de rire, et c’est le seul succès de gaieté qu’il ait jamais eu. Il dut trouver que c’était bon ! Comme MM. de Broglie, M. de Carné est un fusionniste, fusionnant de fusionnerie, comme dirait Rabelais. Il met des rallonges entre la vieille monarchie française et 89. Laborieux terrible, fouillant, fouillant… C’est la taupe de l’histoire de France ; mais chez les bénédictins qui donnent encore des hommes comme le cardinal Pitra, on n’en voudrait pas pour frère coupechou ! Il est tellement gris et effacé, qu’on perd de vue même le titre de ses livres. Je porte le défi d’en citer un… On ne les reconnaît qu’à la pesanteur. Depuis des années, on n’en voit plus que de non coupés. M. de Carné est le pourvoyeur du quai Malaquais, — côté des parapets.


Il commande au lecteur le respect et la fuite !