Les Puritains d’Écosse/42

CHAPITRE XLII

Dans l’antre ténébreux les voilà descendus ;
L’homme maudit, étendu sur le sable,
Rêvait d’un air farouche à son sort déplorable.

Spencer.

L’aurore commençait à peine à paraître quand Morton entendit frapper doucement à sa porte, et la jeune fille lui demanda s’il voulait venir à la caverne.

Il s’habilla, et joignit sa petite conductrice. Elle marchait lestement devant lui, un petit panier au bras. Elle ne suivait aucun chemin tracé ; elle gravissait des montagnes, traversait des vallons ; plus ils avançaient, plus la nature prenait un aspect sombre et sauvage ; enfin, après avoir marché une demi-heure, ils ne virent plus que des rochers.

— Sommes-nous encore loin du lieu où nous voulons nous rendre ?

— Encore un mille environ, répondit la petite fille.

— Faites-vous ce chemin bien souvent ?

— Tous les deux jours, pour porter des provisions et du lait.

— Et vous n’avez pas peur seule en de pareils lieux ?

— De quoi aurais-je peur ? Jamais âme vivante ne vient ici, et ma grand’mère dit qu’on n’a jamais rien à craindre quand on fait le bien.

Ils arrivèrent bientôt dans un endroit qui paraissait avoir été couvert de bois autrefois, mais où des ronces et des épines remplaçaient les chênes et les sapins. Là, la jeune fille tourna tout à coup entre deux montagnes, et conduisit Morton vers un ruisseau. Un bruit sourd, qu’il entendait depuis quelque temps l’avait préparé en partie au spectacle qui s’offrit à lui, et dont la vue excitait la surprise et la terreur. En sortant de la gorge de rochers par où ils avaient passé, ils se trouvèrent sur la plate-forme d’un roc bordé par un ravin qui semblait avoir plus de cent pieds de profondeur, et où le ruisseau se précipitait en écumant. L’œil cherchait en vain à sonder la hauteur de sa chute ; il ne pouvait saisir qu’une vapeur et une étroite issue.

Pendant que Morton admirait ce bruyant spectacle, son jeune guide, le tirant par la manche, lui dit : — Écoutez, l’entendez-vous ?

Morton écouta attentivement ; et au milieu du tumulte de la cascade, il crut distinguer des cris, des gémissements, même des paroles articulées, sortir du fond du gouffre, comme si le démon de l’onde eût mêlé ses plaintes aux mugissements de ses flots irrités.

— Voici le chemin, Monsieur : suivez-moi, mais prenez garde.

En même temps, elle quitta la plate-forme, et s’aidant des pieds et des mains, s’accrochant à quelques bruyères, elle se mit à descendre à reculons vers le précipice au bord duquel ils se trouvaient. Morton, aussi adroit qu’intrépide, n’hésita pas à la suivre.

Après avoir parcouru de cette manière un espace d’environ vingt pieds, ils trouvèrent un endroit où ils purent s’arrêter. Ils étaient à près de trente pieds au-dessous du point d’où les eaux se jetaient dans l’abîme, et à soixante-dix du fond du précipice qui les recevait. La cataracte tombait si près d’eux, qu’ils étaient mouillés par les vapeurs qu’elle produisait. Il fallut pourtant s’en approcher encore davantage, et, quand ils en furent à dix pas, Morton vit un vieux chêne qui semblait avoir été renversé par un effet du hasard, et qui formait sur l’abîme un pont aussi effrayant que périlleux. La tête de l’arbre se trouvait de son côté, et les racines, sur l’autre bord touchaient à une ouverture étroite qui lui parut être l’entrée d’une caverne, et au travers de laquelle il vit une lumière rouge et sombre formant un contraste frappant avec les rayons du soleil, qui commençaient à dorer le sommet de la montagne. Sa jeune conductrice le tira encore par l’habit, et lui montrant le vieux chêne, car le bruit de la cataracte ne lui permettait plus de faire entendre sa voix, elle lui indiqua qu’il fallait y passer,

Morton regarda ce pont avec surprise, car bien qu’il n’ignorât pas que, sous les règnes précédents, les presbytériens persécutés avaient cherché un refuge parmi les cavernes et les cataractes, dans les lieux les plus déserts ; son imagination ne s’était jamais représenté les horreurs d’une telle résidence. Mais il se dit que ce lieu étant dans un district lointain et sauvage, et destiné à servir d’asile aux prédicateurs persécutés, le secret de son existence avait été soigneusement gardé par le petit nombre de bergers dont il pouvait être connu[1]. Il se demandait aussi comment il franchirait ce pont doublement dangereux par son étroitesse et l’eau de la cataracte qui le rendait glissant. L’espace à traverser n’était pas très large ; mais un abîme de soixante à quatre-vingts pieds béant au-dessous de lui méritait quelque attention.

Enfin, il était déterminé à risquer l’aventure, lorsque Peggy, comme pour lui inspirer du courage, passa sur l’arbre sans hésiter et y repassa sur-le-champ une seconde fois pour venir le rejoindre. Combien il envia les petits pieds nus de la jeune fille, qui, en saisissant les aspérités qu’offrait l’écorce du chêne, rendaient sa marche plus assurée ! Sans hésiter plus longtemps, il mit intrépidement le pied sur le terrible pont, et fixant ses regards sur la rive opposée, sourd au bruit de la cataracte qui tombait à ses côtés, oubliant le précipice qui s’ouvrait au-dessous de lui, il atteignit en une seconde l’autre bord, et se trouva près de l’ouverture de la caverne. Là, il s’arrêta un instant, la lueur d’un feu de charbon lui permettant d’en voir l’intérieur, et la pointe d’un rocher qui le couvrait de son ombre empêchant que celui qu’elle recélait pût l’apercevoir.

Ce qu’il observa n’aurait guère encouragé un homme moins déterminé que lui.

Burley ne lui parut pas autrement changé que par une barbe grise qu’il avait laissée croître. Debout au milieu de la caverne, il tenait d’une main sa Bible et de l’autre son épée nue. Son visage, à demi éclairé, ressemblait à celui d’un démon ; ses gestes et ses paroles étaient également violents et sans suite. Seul, et dans un lieu presque inaccessible, on eût dit d’un homme qui défend ses jours contre un ennemi mortel. — Ah ! ici, ici, s’écriait-il, accompagnant chaque mot d’un coup frappé de toute la force de son bras dans le vide de l’air. — Ne l’avais-je pas dit ? J’ai résisté, et tu as fui ! — Lâche que tu es ! viens avec toutes mes erreurs et mes fautes, qui te rendent plus redoutable encore ; — ce livre est assez puissant pour me délivrer,

À la suite de ces exclamations, il abaissa la pointe de son épée et resta debout et immobile comme un maniaque après ses accès.

— L’heure dangereuse est passée, dit la jeune fille ! Vous pouvez vous avancer et lui parler ; je vais vous attendre de l’autre côté du ravin.

Morton s’avança avec prudence et à pas lents.

— Quoi ! tu viens quand ton heure est passée ! telle fut la première exclamation de Burley, qui brandit son épée avec un geste et un air de terreur mêlé de rage,

— Je viens, monsieur Balfour, dit Morton avec calme, pour renouveler une reconnaissance qui a été interrompue depuis la journée du pont de Bothwell.

Dès qu’il eut reconnu Morton, Burley exerça soudain sur son imagination déréglée cet ascendant supérieur qui était un des traits saillants de son étrange caractère : il laissa retomber son épée, et, la mettant dans le fourreau, il murmura quelques mots contre le froid et l’humidité, qui réduisaient un vieux soldat à la nécessité de faire un peu d’escrime. Reprenant ensuite son genre d’entretien froid et solennel : — Tu as tardé longtemps, Henry Morton, dit-il ; tu viens dans la vigne quand la douzième heure a sonné. Eh bien, es-tu prêt à mettre la main à l’œuvre ?

— Je suis surpris, répondit Morton qui voulait éluder ces questions, que vous m’ayez reconnu après une si longue absence.

— Les traits de ceux qui ont voulu opérer avec moi la rédemption d’Israël sont gravés dans mon cœur. Et qui aurait osé me venir chercher dans cette retraite, si ce n’est le fils de Silas Morton ? — Vois-tu ce pont fragile qui unit mon asile à la demeure des hommes ? un seul effort de mon pied peut le précipiter dans l’abîme, me mettre en état de braver la rage des ennemis qui seraient sur l’autre bord, et laisser à ma discrétion celui qui aurait osé le franchir pour pénétrer jusqu’ici.

— Je crois qu’ici vous n’avez guère besoin de recourir à ce genre de défense.

— Le crois-tu ? quand les démons sont ligués contre moi. — Mais n’importe, il suffit que j’aime ce lieu de refuge, que je ne voudrais pas changer pour les plus beaux lambris du château des comtes de Torwood. À moins que ta folle passion ne soit évanouie, tu dois penser différemment.

— C’est précisément de ce château et de ces domaines que j’ai à vous entretenir, et je ne doute pas que je ne trouve monsieur Burley aussi raisonnable que je l’ai vu quelquefois lorsque nous combattions pour la même cause.

— Oui ; en vérité ! telle est ton espérance ! t’expliqueras-tu un peu plus clairement ?

— Volontiers. Vous avez exercé, par des moyens qui me sont inconnus, une influence secrète sur la fortune de lady Marguerite Bellenden et de sa petite-fille ; il en est résulté qu’elles ont été dépouillées des biens auxquels elles avaient des droits légitimes, et que l’injustice en a investi ce vil scélérat de Basile Olifant.

— Tu crois cela ?

— J’en suis convaincu, et vous ne chercherez pas à nier une chose dont la lettre que vous m’avez écrite est une preuve.

— Et en supposant que je ne le nie point, que j’aie le pouvoir et la volonté de détruire l’ouvrage de mes mains, de rétablir la fortune de la maison de Bellenden, quelle sera ta récompense ? Espères-tu obtenir la main de la belle héritière.

— Je n’en ai pas la moindre espérance.

— Et pourquoi donc as-tu entrepris de venir dans l’antre du lion afin de lui arracher sa proie ? Sais-tu que cette tâche est difficile à exécuter ? Qui doit en recueillir le fruit ?

— Lord Evandale et sa fiancée, répondit Morton. Pensez mieux du genre humain, et croyez qu’il existe des hommes capables de sacrifier leur bonheur à celui des autres.

— Eh bien, de tous les êtres qui portent l’épée, tu es, sur mon âme ! le plus pacifique et le moins sensible aux injures. Quoi ! tu veux mettre dans les bras de ce maudit Evandale la femme que tu aimes depuis si longtemps ! C’est pour un rival que tu veux lui faire rendre des biens dont de puissantes considérations l’ont privée ! Tu crois qu’il rampe sur la terre un autre homme, offensé plus que toi peut-être, et cependant assez insensible pour penser ainsi ; et tu as osé supposer que cet homme sera John Balfour !

— Monsieur Burley, je ne dois compte qu’au ciel des sentiments qui m’animent. Quant à vous, que vous importe que Tillietudlem appartienne à Basile Olifant ou à lord Evandale ?

— Tu es dans l’erreur. Il est vrai que tous deux ils sont des fils des ténèbres, mais ce Basile Olifant est un misérable dont la fortune et le pouvoir sont à la disposition de celui qui peut l’en priver. La rage de n’avoir pu obtenir la possession de ces biens l’a jeté dans notre parti : il s’est fait papiste pour en devenir le maître ; il est maintenant partisan de Guillaume, afin de les conserver ; et il sera tout ce que je voudrai qu’il devienne, tant que j’aurai entre les mains la pièce qui peut l’en déposséder, et dont je ne me suis jamais dessaisi. Il les conservera donc, à moins que je ne sois sûr de les donner à un ardent et véritable ami. Mais lord Evandale est un réprouvé. Les biens de ce monde ne sont pour lui que les feuilles tombées d’un arbre. Les vertus mondaines des hommes qui lui ressemblent sont plus dangereuses pour notre cause que la cupidité sordide de ceux qui sont gouvernés par leur intérêt personnel.

— Tout cela pouvait être fort bon il y a quelques années, dit Morton. Mais dans les temps actuels, il me semble sans utilité pour vous de conserver sur Olifant l’influence dont vous me parlez. Quel usage en pouvez-vous faire ? Nous jouissons de la paix et de la liberté civile et religieuse : que désirez-vous de plus ?

— Ce que je veux de plus ? s’écria Burley en tirant son épée hors du fourreau. Regarde les brèches de cette arme ; il y en a trois : les vois-tu ?

— Oui ; mais que voulez-vous dire ?

— Le fragment d’acier qui manque à cette première brèche resta dans le crâne du perfide qui le premier introduisit l’épiscopat en Écosse ; cette seconde entaille fut faite sur le sein d’un impie ; la troisième est la trace d’un coup porté sur le casque de l’officier qui défendait la chapelle d’Holyrood lorsque le peuple s’insurgea, et qui lui fendit la tête. Ce glaive a fait plus d’un grand exploit, et chacun de ses coups a été une délivrance pour l’église. — Oui, ajouta-t-il en le replongeant dans le fourreau, mais il lui reste encore plus à faire. Il doit extirper l’hérésie pestilentielle de l’érastianisme, venger la liberté de l’église, rendre au Covenant sa gloire. — Qu’ensuite la rouille le consume à côté de mes ossements.

— Songez donc, Burley, que vous n’avez ni les forces suffisantes ni les moyens nécessaires pour renverser un gouvernement aussi fermement établi. Le peuple est tranquille et satisfait ; on ne compte que peu de mécontents, et ce sont ceux qui tiennent encore pour le roi Jacques. Vous ne voudriez certainement pas vous joindre à des gens qui ne se serviraient de vos armes que pour faire réussir leurs projets particuliers.

— Ce sont eux, au contraire, qui assureront notre triomphe. J’ai été dans le camp du réprouvé Claverhouse. J’étais convenu avec lui d’un soulèvement général ; sans ce misérable Evandale, tout l’ouest serait en armes aujourd’hui. — Je le massacrerais, ajouta-t-il, embrassât-il le pied de l’autel. — Si tu voulais, toi le fils de mon ancien ami, déjouer ses projets sur miss Bellenden, épouser Edith ; si tu me faisais serment de mettre la main au grand œuvre avec un zèle égal à ton courage, ne crois pas que je préférasse l’amitié d’un Basile Olifant à la tienne ; je te remettrais à l’instant cette pièce (il lui montra un parchemin), qui est le testament du comte de Torwood, et tu lui rendrais la possession des biens de ses pères. Ce désir n’est plus sorti de mon cœur depuis le jour où je t’ai vu combattre si vaillamment au pont de Bothwell. Edith t’aimait, tu l’aimais aussi.

— Burley, dit Morton, je ne veux pas dissimuler, même avec vous. J’étais venu vous voir, dans l’espérance de vous décider à un acte de justice, et non dans aucune vue d’intérêt personnel : je n’ai pas réussi ; j’en suis fâché pour vous plus encore que pour ceux qui restent victimes de cette iniquité.

— Vous refusez donc mes offres ?

— Sans hésiter une seule minute. — Si l’honneur et la conscience avaient sur vous quelque empire, vous me remettriez ce parchemin, sans condition, pour que je le rende à ceux à qui il appartient.

— Qu’il soit donc anéanti ! s’écria Burley.

Et jetant le testament dans le brasier, il le poussa avec le pied au milieu des charbons enflammés.

Morton s’élança pour l’en arracher ; mais Burley le saisit lui-même au collet, et une lutte s’ensuivit. Tous deux ils étaient robustes, et la passion qui les animait redoublait leurs forces. Morton parvint pourtant à se dégager des liens serrés que formaient


Scott - Nain noir. Les puritains d'Ecosse, trad. Defauconpret, Garnier, 1933 - Page 342.jpg
Et poussant du pied le chêne qui offrait le seul moyen d’en sortir.

autour de son corps les bras de son adversaire, mais trop tard : la pièce importante était réduite en cendres.

L’énergumène, jetant sur Henry des yeux où brillaient le plaisir de la vengeance satisfaite, lui dit : — Je ne puis plus rien pour toi maintenant ; mais tu as mon secret : il faut mourir, ou faire serment d’entrer dans tous mes projets.

— Je méprise vos menaces, répondit froidement Morton ; j’ai pitié de votre délire, et je vous quitte.

En parlant ainsi, il s’avançait vers l’issue de la caverne. Burley s’y précipite, et, poussant du pied le chêne qui offrait le seul moyen d’en sortir, il le fait rouler dans l’abîme avec un bruit semblable à celui du tonnerre. — Eh bien ! dit-il d’une voix qui rivalisait avec le mugissement de la cataracte, te voilà en mon pouvoir ; rends-toi, ou meurs.

Placé à l’entrée de la caverne, il brandissait son arme meurtrière.

— Je n’ai pas encore appris à céder aux menaces, répondit Morton ; je ne veux pas combattre l’homme qui a sauvé les jours de mon père, et je lui épargnerai un lâche assassinat.

À ces mots, s’élançant avec légèreté, il sauta par-dessus le gouffre que Burley croyait devoir être pour lui un obstacle infranchissable. Dès que son pied eut touché l’autre bord, il s’éloigna, et en tournant la tête il aperçut Burley qui le regardait d’un air de surprise et de fureur. Bientôt après celui-ci s’enfonça dans son antre.

Morton rejoignit sa petite conductrice, que la chute du chêne avait effrayée. Il lui dit que cet événement était l’effet d’un accident, et apprit d’elle qu’il n’en pouvait résulter aucun inconvénient pour Burley, attendu qu’il avait eu la précaution de disposer dans la caverne plusieurs autres arbres semblables, au cas où quelque circonstance imprévue obligerait celui qui l’habitait à détruire pour sa sûreté ce moyen de communication.

Les aventures de la matinée n’étaient pas encore terminées pour Morton. En approchant de la chaumière, la petite fille poussa un cri de surprise en voyant venir au-devant d’eux sa vieille grand’mère.

— Peggy, cria Bessie dès qu’elle eut reconnu la voix des deux voyageurs, courez bien vite, allez brider le cheval de monsieur, et conduisez-le derrière la haie d’épines, où vous l’attendrez. — Sommes-nous seuls ? dit-elle ensuite à Morton, personne ne peut-il nous entendre ?

Inquiet et impatient de savoir ce qu’elle avait de nouveau à lui apprendre, il l’assura qu’elle pouvait parler sans crainte.

— Si vous voulez du bien à lord Evandale, dit-elle, voici le moment ou jamais de le prouver : il court le plus grand danger. Que le ciel soit loué de m’avoir laissé l’ouïe quand il m’a retiré la vue !

Elle le conduisit derrière la maison, près d’une chambre où deux dragons vidaient un pot de bière. Morton ne pouvait ni les voir ni en être vu, mais il entendit leur conversation.

— Plus j’y pense, disait l’un, moins cela me plaît. Lord Evandale était un bon officier, et s’il nous a punis après l’affaire de Tillietudlem ma foi, Inglis, il faut convenir que nous l’avions bien mérité.

— Que le diable m’emporte si je lui pardonne pour cela ! répondit Inglis ; mais n’importe, je vais lui donner à mon tour du fil à retordre.

— Nous ferions mieux de nous réunir à lui.

— Tu n’es qu’un âne ! Il a laissé passer l’heure parce que Holliday a vu un esprit, et parce que sa maîtresse a des bluettes. À présent, le secret ne sera pas gardé pendant deux jours : et pour qui sera la récompense ? pour celui qui aura chanté le premier.

— Mais ce Basile Olifant paiera-t-il bien ?

— Comme un prince. Il n’y a personne au monde qu’il haïsse autant qu’Evandale, et il craint toujours d’avoir avec lui quelque procès pour les biens de Tillietudlem lorsqu’il aura épousé miss Bellenden ; s’il se trouvait hors de son chemin, adieu toute inquiétude.

— Mais aurons-nous un mandat d’arrêt contre lui, et une force suffisante pour le mettre à exécution ? Nous ne trouverons pas beaucoup de gens disposés à agir contre le capitaine. Il se défendra comme un lion.

— Tu parles comme si tu étais un poltron. Evandale demeure seul à Fairy-Knowe, pour ne pas donner de soupçons : il ne peut y avoir auprès de lui qu’Holliday et le vieux Gudyil. Olifant est juge de paix ; il signera un mandat, et nous donnera quelques-uns de ses gens. Il m’a dit qu’il nous ferait accompagner par un ancien chef de puritains, un diable incarné, nommé Quintin Mackell, qui se battra d’autant mieux qu’il a une vieille dent contre Evandale.

— À la bonne heure. Au surplus vous êtes mon supérieur, et si cela tourne mal…

— J’en prends le blâme pour moi. Allons, encore un pot de bière, et partons pour Tillietudlem, — Holà, hé ! Bessie Maclure,

— Retenez-les autant que vous pourrez, dit Morton à son hôtesse, je n’ai besoin que de gagner du temps.

Il courut prendre son cheval. — Où irai-je ? dit-il. À Fairy-Knowe ? Non ; à moi seul je ne suffirais pas pour les défendre. Courons à Glascow : Wittenbold, qui y commande, me donnera un détachement, et me procurera le secours de l’autorité civile.

  1. retraites des covenantaires.

    Un lieu pittoresque entrecoupé de rocs, de buissons et de cascades, appelé Greehope-Linn, dans les domaines de M. Menteath de Closeburn, fut, dit-on, la retraite de plusieurs de ces presbytériens qui jugeaient plus prudent de s’exposer à voir des esprits que de se livrer à la rage de leurs mortels ennemis.