Les Puritains d’Écosse/24

CHAPITRE XXIV

Courage, mes amis, encore un autre assaut !
Shakspeare. Henry V.

Tous les renseignements qu’on put se procurer dans la soirée confirmèrent l’opinion que l’armée des insurgés marcherait sur Tillietudlem le lendemain dès la pointe du jour. Pique avait examiné les blessures de lord Evandale ; elles étaient en grand nombre, mais aucune n’était dangereuse. La grande quantité de sang qu’il avait perdue, autant peut-être que le spécifique de lady Marguerite, avait empêché la fièvre de se déclarer, de sorte que, malgré sa faiblesse, il voulut se lever de très bonne heure ; on ne put le décider à garder la chambre. Il voulut encourager ses soldats par sa présence, et examiner les travaux de défense. Personne n’était plus apte que lord Evandale à donner d’excellents avis à ce sujet. Il trouva peu de choses à modifier, et, sauf l’article des provisions, il reconnut qu’une place si forte avait peu à craindre de l’attaque.

Les deux espions dont Jenny avait parlé à sa maîtresse avaient fait leur rapport à lord Evandale, qui en avait rendu compte au major ; mais celui-ci refusait opiniâtrement de croire que Morton eût pris parti chez les insurgés.

— Je ne partage pas votre opinion.

— Vous ne valez pas mieux que Claverhouse, dit le major en souriant ; il me soutenait hier qu’à ce jeune homme, il ne manquait qu’une occasion pour se mettre à la tête des rebelles.

— D’après la manière dont il a été traité, quel autre parti pouvait-il prendre ? Quant à moi, je ne sais s’il mérite plus de blâme que de compassion.

— Le blâme, Milord ! la compassion ! Si ce qu’on dit est vrai, il mérite la corde ; et je ne m’en dédirais pas, fût-il mon propre fils.

— Je vous donne ma parole d’honneur, major, que ce n’est pas d’aujourd’hui que je pense que nos chefs politiques et nos prélats ont employé contre ce pays des mesures trop acerbes. On a exaspéré non seulement la basse classe, mais encore tous ceux que l’esprit de parti n’enchaîne pas sous les drapeaux du roi.

— Je ne suis pas politique, Milord, et ces distinctions sont trop subtiles. Mon épée appartient au roi, et je suis prêt à la tirer.

— J’espère, major, que vous verrez que la mienne ne tient pas au fourreau ; mais je voudrais de tout mon cœur m’en servir contre des ennemis étrangers. Au surplus, je vois l’ennemi s’avancer.

L’armée des insurgés commençait effectivement à se montrer sur une colline. Elle prit la direction du château, mais fit halte avant d’être arrivée à portée de canon. Elle paraissait beaucoup plus nombreuse qu’on ne l’avait présumé ; et, à en juger par la profondeur de ses colonnes, il fallait qu’elle eût reçu des renforts considérables. De part et d’autre, il y eut un moment d’anxiété, et les rangs des covenantaires semblaient hésiter à s’engager plus avant. Enfin, de cette masse se détachèrent trois ou quatre cavaliers, qui paraissaient être des chefs : ils s’avancèrent et gagnèrent une petite hauteur plus rapprochée du château,

John Gudyil pointa un canon sur ce groupe, puis se tournant vers le major :

— Mon commandant, ferai-je feu ?

Le major regarda lord Evandale.

— Patience, dit celui-ci ; je vois qu’ils déploient un drapeau blanc.

En effet, un des cavaliers mit pied à terre et s’achemina seul vers les murailles, portant un drapeau blanc au bout d’une pique. Le major et lord Evandale descendirent de la tour, et s’avancèrent jusqu’à la première barricade pour le recevoir, ne jugeant pas à propos de le laisser entrer dans l’intérieur de la place, tandis que de leur côté les compagnons du parlementaire allaient rejoindre l’armée, comme s’ils eussent prévu les intentions favorables de Gudyil à leur égard.

À en juger par son air et son maintien, l’envoyé des presbytériens paraissait rempli de cet orgueil, caractère distinctif de cette secte enthousiaste.

Lord Evandale ne put s’empêcher de sourire en examinant cette figure grotesque à travers les barrières.

— Avez-vous jamais vu pareil automate ? dit-il.

— Il me rappelle mes anciennes connaissances. C’est un vrai puritain. — Écoutez, il va faire une sommation avec un texte de sermon en place de trompette.

Miles Bellenden, qui dans les guerres civiles avait eu plus d’une occasion de connaître le jargon et les manières de ces fanatiques, ne se trompait pas dans ses conjectures ; seulement, au lieu d’un exorde de sermon, l’envoyé, qui était le laird de Langcale, entonna d’une voix de stentor la paraphrase du 24e psaume.

— Ne l’avais-je pas deviné ? dit le major à lord Evandale. — Et s’avançant ensemble jusqu’à la porte de la barricade, il demanda au laird de Langcale pourquoi il venait se lamenter devant le château.

— Je viens, répondit celui-ci, au nom de l’armée religieuse et patriotique des presbytériens, pour parler au jeune fils de Belial, William Maxwell, dit lord Evandale, et au vieux pêcheur endurci Miles Bellenden.

— Et qu’avez-vous à leur dire ? répondit ce dernier.

— Voici la sommation que vous adressent les chefs de l’armée répliqua l’envoyé en remettant un papier à lord Evandale ; et voici pour Miles Bellenden une lettre d’un jeune homme qui a l’honneur de commander une division. Lisez promptement, et puisse le ciel faire fructifier dans vos cœurs les paroles que vous allez lire.

La sommation était conçue en ces termes :


« Nous chefs nommés et constitués de l’armée presbytérienne, faisons sommation à William Maxwell, lord Evandale, à Miles Bellenden de Charnwood, et à tous autres actuellement en armes dans le château de Tillietudlem, de faire à l’instant la reddition dudit château, sous condition qu’ils auront la vie sauve, et pourront se retirer avec armes et bagages ; s’ils s’y refusent, nous les prévenons que nous les y forcerons par le fer et par le feu, et qu’il n’y a plus de quartier. » — John Balfour de Burley, quartier-maître général de l’armée presbytérienne, pour lui et les autres chefs, par ordre du conseil. »


La lettre adressée au major était de Henry Morton.


« Mon respectable ami, j’ai fait une démarche, qui va, je le crains bien, m’exposer à votre désapprobation. Je me suis trouvé engagé sans l’avoir désiré ni prévu, et par suite de l’oppression dont vous avais vu que j’avais été la victime. Je ne puis cependant m’en repentir, et ma conscience est tranquille sur les suites que peut avoir ma conduite. Pouvais-je voir plus longtemps nos droits foulés aux pieds, notre liberté violée, notre sang répandu sans motif et sans jugement légal ? Les excès de nos persécuteurs auront amené la fin de leur tyrannie. Je ne crois pas digne du nom d’homme libre celui qui, pensant comme moi, se séparerait de la cause de sa patrie ; mais Dieu sait pourtant que je ne partage pas les passions violentes et haineuses d’une partie de ceux qui se trouvent dans nos rangs. Mes vœux les plus ardents sont de voir cette guerre promptement terminée, et d’obtenir le rétablissement d’une paix qui, sans diminuer en rien les droits constitutionnels du roi, substituera la justice de la magistrature civile au despotisme militaire, permettra à chacun d’honorer Dieu suivant sa conscience.

« Avec de pareils sentiments, vous devez sentir combien il m’est pénible de me trouver en armes devant le château de votre respectable parente. On nous assure que vous avez l’intention de le défendre contre nous ; permettez-moi de vous représenter qu’une telle mesure ne conduirait qu’à une inutile effusion de sang. Vous n’avez pas eu le temps nécessaire pour faire des préparatifs suffisants de résistance ; et si nos troupes ne se rendent pas maîtresses de la place par un assaut, le défaut de vivres vous forcera bientôt à capituler. Dans l’un et l’autre cas, mon cœur saigne en songeant aux souffrances et aux malheurs auxquels ceux qui l’habitent seraient exposés.

« Ne supposez pas, mon respectable ami, que je voudrais vous voir accepter des conditions qui pourraient ternir la réputation sans tache que vous avez acquise et méritée. Faites sortir du château les soldats qui s’y trouvent, j’assurerai leur retraite, et j’obtiendrai qu’on n’exige de vous qu’une promesse de neutralité. Les domaines de lady Marguerite et les vôtres, seront respectés.

« Je pourrais vous alléguer bien d’autres motifs à l’appui de ma proposition ; mais dans la crainte où je suis de paraître coupable à vos yeux, je sens que, présentées par moi, les meilleures raisons perdraient leur influence. Je finis donc par vous assurer que, quels que puissent être vos sentiments à mon égard, la reconnaissance que je vous dois ne sortira jamais de mon cœur, et que le plus heureux instant de ma vie serait celui où je pourrais vous en convaincre autrement que par des paroles. Ainsi donc, quoiqu’il soit possible que vous rejetiez ces propositions, si les événements vous déterminaient par la suite à les accepter, n’hésitez pas à me le faire savoir, et croyez que je serai toujours heureux de pouvoir vous être de quelque utilité. — Henry Morton. »


Le major lut cette lettre avec indignation. — L’ingrat ! le traître ! s’écria-t-il en la remettant à lord Evandale. J’aurais dû ne pas oublier qu’il est presbytérien. Je devais songer que je caressais un jeune loup qui finirait par vouloir me déchirer.

— Je serai le dernier, dit lord Evandale, à proposer de rendre le château ; mais si nous venons à manquer de vivres, et que nous ne recevions pas de secours, je crois que nous pourrons profiter de cette ouverture pour assurer la sortie de nos dames.

— Elles souffriront toutes les extrémités plutôt que de rien devoir à la protection d’un hypocrite, répliqua le major. Mais d’abord congédions le digne ambassadeur. — Retournez vers vos chefs, reprit-il en s’adressant à Langcale, et dites-leur qu’à moins qu’ils n’aient une confiance toute particulière dans la dureté de leurs crânes, je ne leur conseille pas de venir les frotter contre ces murailles.

L’ambassadeur retourna vers ceux qui l’avaient envoyé. Dès qu’il eut rejoint l’armée, des cris tumultueux s’y firent entendre.

L’ancienne bannière de la famille Bellenden fut arborée sur la tour, ainsi que le drapeau royal ; une décharge générale de l’artillerie du château porta la mort et le désordre dans les premiers rangs des insurgés, et aussitôt les chefs la mirent à l’abri sur le revers de la montagne.

— Je crois, dit Gudyil, qu’ils trouvent que le bec de nos faucons est un peu dur pour eux.

La pente de la montagne fut de nouveau couverte par les ennemis, qui firent une décharge générale de leurs armes à feu. À la faveur des nuages de fumée, une colonne de piquiers, commandée par Burley s’avança jusqu’à la première barricade, en força l’entrée, blessa quelques-uns de ceux qui la défendaient, et les contraignit à se retirer derrière la seconde. Mais, grâce aux précautions du major, leur avantage n’alla pas plus loin. Exposés aux projectiles lancés de la tour, ne pouvant faire aucun mal à des ennemis protégés par des fortifications et retranchés derrière des palissades, ils furent obligés de se retirer avec perte, ce qu’ils ne firent toutefois qu’après avoir détruit la première barricade de manière à ne pas permettre aux assiégés de s’y loger de nouveau.

Balfour fut le dernier à quitter ce poste.

Cette première attaque fit connaître aux insurgés la force de la place qu’ils se proposaient d’emporter ; aussi dirigèrent-ils la seconde avec plus de précautions. Un fort parti d’excellents tireurs dirigé par Henry Morton, fit un détour à travers le bois, et parvint à gagner une position d’où l’on pouvait inquiéter les défenseurs de la seconde barricade, tandis que Burley, à la tête d’une autre colonne, les attaquait de front.

Les assiégés reconnurent le danger dont les menaçait ce mouvement, et tâchèrent d’empêcher l’approche de cette troupe en tirant sur elle chaque fois qu’elle était à découvert. Les assaillants, de leur côté, montraient autant de sang-froid que d’intrépidité, ce qu’il faut attribuer au jugement de leur chef, qui déployait autant d’intelligence pour ménager ses soldats que pour attaquer les ennemis.

Plusieurs fois Morton enjoignit aux siens de viser contre les Habits-Rouges plutôt que contre les défenseurs du château, et surtout d’épargner les jours du vieux major. Il continua ainsi sa marche, de buisson en buisson, de rocher en rocher, jusqu’à ce qu’il fût arrivé à la position qu’il voulait occuper : alors il put faire feu sur les défenseurs de la barricade. Aussitôt Burley, profitant de la confusion que son jeune collègue jetait parmi eux, les attaqua de front avec fureur, força la seconde palissade, les poussa jusqu’à la troisième, et y entra avec eux sa hache à la main, en criant à haute voix : — Tuez ! tuez ! point de quartier aux ennemis de Dieu ! le château est à nous. — Les plus intrépides de ses soldats, animés par ses cris, se précipitèrent à sa suite, tandis que les autres travaillaient à construite un abri dans la seconde barricade, pour s’y établir si le château n’était pas emporté par ce coup de main.

Lord Evandale ne put contenir plus longtemps son impatience : le bras en écharpe, il se mit à la tête de ce qui restait de troupes dans le château, et fit une sortie pour venir au secours de ses gens.

Le combat devint terrible. L’étroit passage était encombré par les hommes de Burley qui accouraient au secours des leurs ; les soldats d’Evandale combattaient vaillamment : pour eux, l’infériorité du nombre était balancée en partie par une grande habitude des armes, et par l’avantage de leur position. Ceux qui étaient dans l’intérieur faisaient feu toutes les fois qu’ils pouvaient viser sur les assaillants sans risquer d’atteindre leurs camarades. Les tireurs de Morton ne cessaient de leur répondre chaque fois qu’ils apercevaient un mouvement par les créneaux. Le château était enveloppé d’une fumée épaisse, et les rochers retentissaient des cris des combattants, Au milieu de cette scène de confusion, un singulier hasard faillit mettre les assiégeants en possession de Tillietudlem.

Cuddy Headrigg faisait partie des tireurs de Morton. Il n’existait pas aux environs du château un buisson ni une pointe de rocher qu’il ne connût parfaitement. Cent fois il avait été avec Jenny cueillir des noisettes dans les bois qui l’entouraient. Cuddy ne manquait pas de bravoure, mais ne se souciait pas de chercher le danger pour le plaisir de s’exposer. Lorsqu’il vit que du château on tirait sur la troupe dont il faisait partie, comme il se trouvait à l’arrière-garde, il tourna sur la gauche, suivi de trois ou quatre de ses compagnons, et pénétrant à travers un fourré, il arriva sous les murailles, du côté opposé à celui contre lequel on dirigeait l’attaque. On avait négligé de fortifier cette partie de la place, parce qu’elle paraissait suffisamment défendue par la nature. Il est certain qu’une armée n’aurait pu l’attaquer de ce côté, parce que quelques hommes auraient suffi pour précipiter au bas de la montagne les ennemis qui seraient parvenus jusqu’au sommet : mais on n’avait pas prévu que parmi ces derniers il y en eût qui s’exposeraient à ce danger précisément pour en éviter un autre.

C’était là que se trouvait une certaine fenêtre de la cuisine.

— Voilà un endroit que je connais bien, dit Cuddy. Combien de fois n’ai-je pas aidé Jenny Dennison à sortir par cette fenêtre ! Combien de fois y ai-je passé moi-même !

— Et qui nous empêche d’y grimper maintenant ? lui demanda un de ses camarades qui était un gaillard entreprenant.

— Je ne vois pas ce qui nous en empêcherait, répondit-il ; mais que nous en reviendra-t-il ?

— Ce qui nous en reviendra ? Nous sommes cinq ; il n’y a plus personne dans le château : nous nous en emparerons pendant qu’on se bat entre les palissades.

— À la bonne heure ; mais songez-y bien ! que pas un de vous ne touche Jenny, ni miss Edith, ni lady Margaret, ni le vieux major, ni personne. Quant aux soldats, Je ne m’en inquiète pas.

— Allons ! reprit l’autre : entrons d’abord ; nous verrons ensuite ce que nous aurons à faire.

Cuddy, poussé par ses compagnons, semblait avancer à regret. Sa conscience lui disait tout bas qu’il allait bien mal reconnaître les bontés que lady Marguerite avait eues si longtemps pour lui et pour sa famille ; et d’une autre part, il ne savait pas de quelle manière il pouvait être reçu dans la pièce où il s’agissait d’entrer. Cependant il grimpa, les autres s’apprêtèrent à le suivre. La fenêtre fort étroite, avait été garnie de barreaux de fer ; mais le temps les avait détachés. Il était donc facile de s’introduire par là, pourvu qu’à l’intérieur il ne se trouvât personne pour y mettre obstacle ; ce dont Cuddy, toujours prudent, voulait s’assurer. N’écoutant donc ni les prières ni les menaces de ceux qui le suivaient, il allongeait le cou pour regarder au dedans, quand sa tête fut aperçue par Jenny Dennison, qui s’était établie dans la cuisine comme dans un lieu de sûreté. Elle poussa un cri épouvantable, courut à la cheminée où elle venait de mettre sur le feu une grande marmite pleine de soupe, prit cette marmite, revint à la fenêtre, et criant ; — Au meurtre ! le château est pris, — elle en déchargea le contenu sur la tête de Cuddy.

Servie d’une autre façon, la soupe aurait sans doute été un régal pour lui ; mais à la manière dont elle lui fut administrée, il aurait été guéri pour le reste de ses jours de l’envie de se faire soldat, s’il eût en ce moment levé les yeux. Heureusement pour notre homme de guerre qu’il avait pris l’alarme au premier cri de Jenny, et qu’il s’expliquait avec ses camarades, baissant la tête pour leur dire combien il était urgent de battre en retraite ; de sorte que le casque et le justaucorps de peau de buffle qui avaient appartenu à Bothwell protégèrent sa personne contre la plus grande partie du liquide brûlant. Toutefois, il prit le chemin le plus court pour rejoindre le gros de l’armée, sans vouloir recommencer l’attaque.

Quant à Jenny, elle continua ses cris d’alarme.

Ces horribles clameurs excitèrent une telle confusion, que le major Bellenden et lord Evandale, craignant quelque surprise sur un autre point, jugèrent à propos de se borner à la défense de l’intérieur du château, et y rentrèrent avec leurs soldats, abandonnant à l’ennemi les ouvrages avancés.

Leur retraite ne fut pas inquiétée, car la terreur panique de Cuddy et de ses compagnons avait produit parmi les assiégeants à peu près les mêmes effets que les cris de Jenny parmi les assiégés.

Il ne fut plus question de part ni d’autre de renouveler le combat : les insurgés avaient beaucoup souffert, et d’après la résistance qu’ils avaient éprouvée en emportant les barricades, ils avaient peu d’espérance d’enlever la place. D’un autre côté, la situation des assiégés n’était pas rassurante : ils avaient eu deux ou trois hommes tués, et plusieurs blessés. L’ennemi, il est vrai, en avait perdu vingt ; mais cette perte était bien moins sensible pour une armée plus nombreuse. Cependant, ce qu’on avait le plus à craindre dans le château c’était la famine, dans le cas où les assiégeants se borneraient à un blocus, car le major n’avait pas réussi à faire entrer autant de vivres qu’il l’aurait désiré, et la plus active surveillance ne pouvait empêcher les dragons d’en gaspiller une partie. Ce fut donc en faisant des réflexions assez tristes qu’il donna ordre de boucher la croisée par laquelle Cuddy avait failli surprendre le château.