Les Eaux de Saint-Ronan/02

Les Eaux de Saint-Ronan
Traduction par Albert Montémont.
Ménard (Œuvres de Walter Scott, volume 25p. 217-231).


CHAPITRE II

L’HÔTE.


Quis novus hic hospes ?
(Dido apud Virgilium.)
Chambrière ! Le monsieur dans le parloir sur le devant.
Trad. burlesque de l’Énéide, par Boots.


Par un beau jour d’été, un voyageur passa sous l’antique voûte, descendit dans la cour de l’auberge de Meg Dods, et remit la bride de son cheval au postillon bossu. « Porte ma valise dans la maison, dit-il, ou attends… je suis plus en état, je pense, de la porter que toi. » Il se mit alors à aider le pauvre et maigre palefrenier à défaire les courroies qui assujettissaient l’humble bissac de nos jours méprisé, et en même temps il donna des ordres précis pour que le cheval fût débridé et placé dans un lieu propre et commode, qu’on relâchât les sangles et qu’on lui mît une couverture sur la croupe, mais qu’on n’ôtât pas la selle avant qu’il fût venu lui-même pour le voir panser.

Le compagnon de voyage du nouvel hôte parut au valet d’écurie digne de tous ses soins : c’était un cheval fort actif, propre aux voyages ou à la chasse, mais dont les os un peu saillants témoignaient des fatigues d’une longue route, quoiqu’à son poil on pût reconnaître qu’on avait pris tous les soins possibles pour le maintenir en bon état. Pendant que le vieux domestique se conformait aux ordres de l’étranger, celui-ci, avec sa valise sous le bras, entra dans la cuisine de l’auberge.

Il y rencontra l’hôtesse qui ne se trouvait point dans un de ses moments de belle humeur. La cuisinière était sortie pour quelque commission, et Meg, dans une revue exacte de la batterie de cuisine, venait de faire une triste découverte : des assiettes de bois avaient été cassées ou fendues ; les pots et les casseroles n’étaient pas écurés avec tout le soin que requéraient ses notions précises sur la propreté. Tout cela, joint à d’autres remarques de moindre importance, ne lui émouvait pas peu la bile ; de sorte que tout en dérangeant et arrangeant les ustensiles du lieu, elle grommelait entre ses dents des plaintes et des menaces contre la coupable absente.

L’arrivée d’un voyageur ne put l’engager à suspendre cet agréable passe-temps… elle jeta seulement un coup d’œil sur lui lorsqu’il entra, puis lui tourna le dos, et continua son occupation et son lamentable monologue. La vérité est qu’elle crut reconnaître dans la personne de l’étranger l’un de ces utiles messagers du commerce, désignés par eux-mêmes et par les garçons d’auberge sous le nom de Voyageurs par excellence, tandis que les autres les appellent colporteurs ou porte-balles[1]. Or, Meg avait des préjugés particuliers contre cette classe de chalands, parce que le village de Saint-Ronan ne possédant pas de boutiques, lesdits émissaires du commerce, pour la convenance de leur trafic, se logeaient toujours à l’hôtel ou nouvelle auberge dans le village rival qui s’élevait sous le nom des Eaux de Saint-Ronan : néanmoins le hasard ou une impérieuse nécessité pouvait forcer quelque traîneur à se loger dans la Vieille-Ville, nom que l’on commençait à donner généralement au lieu où résidait Meg. À peine eut-elle donc conjecturé, trop à la hâte sans doute, que l’individu en question appartenait à cette classe maudite, elle reprit ses occupations, et continua aussitôt ses apostrophes aux servantes absentes, sans paraître même s’apercevoir de la présence de l’étranger.

« Cette salope de Beenie… cette imbécile d’Eppie… cette race du diable ! Une autre assiette de partie… elles me mettront sur le pavé à force de casser. »

Le voyageur, qui, sa valise posée sur le dos d’une chaise, avait attendu en silence quelque marque de bienvenue, s’aperçut alors qu’esprit ou non[2] il lui fallait parler le premier s’il voulait obtenir un seul mot.

« Nous sommes de vieilles connaissances, mademoiselle Marguerite Dods, dit l’étranger. — Pourquoi non ?… mais qui êtes-vous, vous qui parlez ? » dit Meg tout d’une haleine ; et elle se remit à nettoyer un chandelier de cuivre avec plus de force qu’auparavant… Le ton sec dont elle parlait indiquait clairement d’ailleurs combien peu elle se souciait de la conversation.

« Un voyageur, ma bonne mistress Dods, qui vient loger ici pour un jour ou deux. — Je crains que vous ne vous trompiez ; il n’y a pas de place ici pour des ballots ou des cartons… vous vous êtes trompé de route, voisin… vous pourriez même tout aussi bien vous emballer pour un bout de chemin de plus, jusqu’au bas de la montée. — Je vois que vous n’avez pas reçu la lettre que je vous ai envoyée, mistress Dods. — Comment l’aurais-je reçue, l’ami ? ils nous ont enlevé la poste aux lettres… ils l’ont descendue là-bas jusqu’à Spa-Well, comme ils l’appellent. — Bah ! ce n’est qu’à deux pas. — Vous n’y serez que plus tôt arrivé. — Mais si vous y aviez envoyé chercher ma lettre, vous auriez appris… — Je n’ai besoin de rien apprendre à mon âge. Si les gens ont quelque chose à m’écrire, ils peuvent donner la lettre à John Hislop, le voiturier, qui fait la route depuis quarante ans. Quant aux lettres qui se trouvent là-bas chez la maîtresse de poste, comme ils l’appellent, elles peuvent rester dans la fenêtre de sa boutique, avec les pains d’épice et les petits pains d’un sou, jusqu’à la Pentecôte[3] : elles ne me saliront jamais les doigts. Maîtresse de poste, en effet ! la misérable effrontée, je me rappelle fort bien qu’elle fit pénitence pour avoir, avant le mariage[4]… »

Tout en riant, l’étranger interrompit Meg à temps pour la réputation de la maîtresse de poste : il lui assura qu’il avait envoyé sa ligne de pêcheur et sa malle à ce même voiturier dont elle parlait comme de son homme de confiance : bref, il espérait bien qu’elle ne mettrait pas une ancienne connaissance à la porte de sa maison, vu surtout qu’il lui serait impossible de dormir dans aucun lit à cinq milles à la ronde de Saint-Ronan, s’il avait connaissance que sa chambre bleue fût libre. — Une ligne de pêcheur ! une ancienne connaissance !… la chambre bleue ! » répéta Meg avec quelque surprise ; et se retournant en face de l’étranger, elle l’examina avec quelque intérêt et curiosité… « Vous n’êtes donc pas porte-balle, après tout ? — Non certes, du moins depuis que j’ai déposé ma valise. — Bien ! je ne puis pas m’empêcher de dire que j’en suis contente. Je se peux pas supporter leur manière de mêler leur baragouin d’anglais à chaque phrase qu’ils prononcent. Ce n’est pas qu’on ne puisse trouver des garçons comme il faut parmi eux aussi. Pourquoi non ? Lorsqu’ils s’arrêtaient ici parfois, comme les autres braves gens, à la bonne heure ! Mais depuis que toute leur séquelle, comme une bande d’oies sauvages, va s’abattre sur le nouvel hôtel, j’ai entendu dire qu’ils font des farces d’enfer dans la salle des voyageurs, comme ils ont coutume de l’appeler, au point qu’on la croirait pleine de jeunes lairds en goguette. — C’est qu’ils auraient besoin de vous pour les tenir en bride, mistress Marguerite. — Oui-da, mon garçon, répliqua Meg ; vous êtes un fameux flagorneur : et vous croyez que je me laisse enjôler de la sorte ! » Alors, se retournant en face de son hôte, elle l’honora d’un examen plus approfondi et plus minutieux.

Tout ce qu’elle remarqua était dans son opinion assez favorable à l’étranger. C’était un homme bien fait, d’une taille plutôt au dessus qu’au dessous de la moyenne, et âgé en apparence de vingt-cinq à trente ans ; car, quoiqu’au premier coup d’œil il pût passer pour avoir atteint ce dernier âge, néanmoins en l’examinant de plus près il semblait que le soleil brûlant d’un climat plus chaud que l’Écosse, et peut-être quelque fatigue de corps et d’esprit, avaient imprimé prématurément sur sa physionomie les marques des soucis et de la virilité. Il avait de beaux yeux et de belles dents, et les traits de son visage, sans être d’une régularité parfaite, exprimaient le bon sens et la finesse. Il montrait dans son extérieur cette aisance et cette retenue de manières également éloignées de la maladresse ou de l’affectation : manière d’être qui caractérise le vrai gentleman, l’homme de bonne compagnie. Enfin, quoique la simplicité de sa mise et l’absence de tout domestique ne permissent pas à Meg de supposer que ce fût un homme riche, elle en vint à ne point douter qu’il ne fût d’un rang supérieur à celui des personnes qu’elle logeait habituellement. Au milieu de ces observations, et pendant qu’elle était en train de les faire, la chère femme avait l’esprit embarrassé de souvenirs divers et obscurs : certes, elle avait déjà vu l’étranger ; mais quand et dans quelle occasion ? il lui était entièrement impossible de se le rappeler. Elle était particulièrement déroutée par une expression de physionomie froide et railleuse, qu’elle ne pouvait concilier avec les souvenirs éveillés en elle. À la fin elle dit avec autant d’affabilité qu’elle put prendre sur elle d’en montrer : « Ou je vous ai déjà vu, monsieur, ou quelqu’un qui vous ressemblait beaucoup. Vous connaissez la chambre bleue aussi, vous qui êtes étranger dans ce pays ? — Pas si étranger que vous pouvez le supposer, Meg, » dit le voyageur, prenant davantage le ton de l’intimité, « car je me nomme Frank Tyrrel. — Tyrl ! » s’écria Meg d’un air étonné, « ce n’est pas possible ! vous ne pouvez être Francis Tyrl, le jeune étourdi qui s’amusait ici à pêcher et à chercher des nids d’oiseaux il y a sept ou huit ans ; cela ne peut pas être ; Francis n’était qu’un marmouset. — Mais ajoutez sept ou huit ans à la vie de ce jeune garçon, Meg, » dit gravement l’étranger, « et vous aurez l’homme fait qui est maintenant devant vos yeux. — C’est bien vrai ! » dit Meg jetant un coup d’œil sur sa propre figure réfléchie par la surface d’une cafetière de cuivre qui, nettoyée avec soin, lui faisait l’office d’un miroir. « C’est tout-à-fait vrai, il faut que les gens se résignent à vieillir ou à mourir… Mais, Tyrl, car je ne dois plus vous appeler Francis maintenant, je pense… — Appelez-moi comme vous l’entendrez, bonne Meg, dit l’étranger, il y a si long-temps que je n’ai entendu personne me donner un nom qui eût l’air d’une ancienne amitié : cela me semblera plus doux qu’un titre de lord. — Bien donc, M. Francis… si cela ne vous offense pas… : j’espère que vous n’êtes pas nabab[5] ? — Non pas, je puis vous l’assurer, ma vieille amie ; mais quand je le serais, qu’en résulterait-il ? — Rien… seulement je pourrais vous prier d’aller plus loin, où vous seriez plus mal servi. Des nababs, en vérité ! le pays en est infesté. Ils ont fait augmenter le prix des œufs et de la volaille à vingt milles à la ronde… Mais qu’est-ce que cela me fait ?… Ils vont presque tous boire de l’eau là-bas… et il n’en faut pas mal, vous le savez, pour éclaircir leur teint cuivré : leur visage a besoin d’être écuré autant que mes casseroles, que personne ne peut nettoyer si ce n’est moi. — Bien, ma chère Meg, dit Tyrrel ; la conclusion de tout cela est que je reste ici et que j’aurai à dîner. — Pourquoi non ? répliqua mistress Dods. — Et que j’aurai la chambre bleue pour une nuit ou deux, peut-être plus ? — Je n’en sais rien, dit Meg… La chambre bleue est la meilleure, et ceux qui sont près de ce qu’il y a de mieux ne sont pas mal en ce monde. — Arrangez cela comme vous voudrez, dit l’étranger ; je m’en remets à vous, mistress Dods. En attendant, j’irai voir mon cheval. — L’homme charitable, » dit Meg lorsque son hôte eut quitté la cuisine, « a de la charité pour son cheval… Ce garçon-là a toujours eu en lui quelque chose qui n’est pas ordinaire… mais, hélas ! il y a un triste changement dans l’embonpoint de sa figure depuis que je ne l’ai vu… Il ne manquera pas d’un bon dîner, alors, en raison de l’ancienneté de la connaissance : pour cela, j’en réponds. »

Meg se mit, avec toute son activité naturelle, à faire les préparatifs convenables, et elle était tellement absorbée par les soins de sa cuisine que ses deux servantes, à leur retour à la maison, échappèrent à la réprimande sévère qu’elle leur avait préparée. Bien plus, elle poussa si loin la complaisance que, lorsque Tyrrel traversa la cuisine pour reprendre sa valise, elle gronda sévèrement Eppie et sa paresse pour n’avoir pas porté les effets de leur nouvel hôte dans sa chambre.

Je vous remercie, mistress Meg, interrompit Tyrrel, mais j’ai quelques dessins et des couleurs dans cette valise, et je préfère toujours la porter moi-même. — Oui ; et faites-vous encore votre métier de la peinture ? dit Meg ; vous faisiez de fameux barbouillages anciennement. — Je ne puis vivre sans cela, répliqua Tyrrel ; » et prenant la valise, il fut introduit selon les règles par la servante dans une petite chambre assez propre. Là il eut bientôt la satisfaction de voir arriver un bon plat de tranches de veau en ragoût avec des légumes, et un pot d’excellente ale, que la main attentive de Meg plaça elle-même sur la table. Il ne put faire moins, pour témoigner sa reconnaissance de tant d’honneur, que de lui demander une bouteille du cachet jaune, « s’il restait encore de cet excellent vin. — S’il en reste ? Oui, il y en a et en quantité, dit Meg ; je ne le donne pas à tout le monde… Ah ! monsieur Tyrrel, vous ne vous êtes pas défait de vos vieilles habitudes ! Ma foi, si vous faites des peintures pour gagner votre vie, comme vous le dites, un peu de rhum et de l’eau vous reviendraient à meilleur marché et vous feraient autant de bien. Mais il faut que vous fassiez à votre fantaisie aujourd’hui, cela va sans dire, quand même ce devrait être pour la dernière fois. »

Meg s’empressa de sortir : ses clefs résonnaient à chacun de ses pas. Après s’être donné beaucoup de mouvement, elle revint enfin avec une bouteille de vin de Bordeaux, tel qu’on n’aurait pu s’en procurer dans aucune taverne en renom, eût-il été demandé par un duc, et quelque prix qu’il y voulût mettre. Elle ne parut pas peu satisfaite lorsque son hôte lui assura qu’il n’avait pas encore oublié l’excellent bouquet de ce bordeaux. Enfin, ces actes d’hospitalité tous accomplis, elle laissa l’étranger savourer tranquillement les mets délicieux qu’elle avait placés devant lui.

Mais Tyrrel était dans une disposition d’esprit qui défiait la puissance joyeuse de la bonne chère et du vin : pour que le cœur de l’homme cède à leur séduction, il faut qu’une secrète oppression n’en contrecarre pas l’influence. Tyrrel se trouvait dans un lieu qu’il avait aimé à cet âge heureux où la jeunesse et la vivacité de l’imagination se forgent mille illusions qui disparaissent si cruellement dans l’âge mûr. Il plaça sa chaise dans l’embrasure de la fenêtre antique, et, relevant le châssis pour jouir de la fraîcheur de l’air, il permit à sa pensée de remonter vers des jours depuis longtemps évanouis. Et cependant, ses yeux parcouraient des objets qu’ils n’avaient pas revus depuis plusieurs années bien remplies d’événements. Il pouvait voir en face de lui la partie la moins élevée du village déchu, dont les ruines se montraient à travers les ombrages épais. Plus bas, sur la petite butte qui lui servait de cimetière, apparaissait l’église de Saint-Ronan ; et en portant ses regards plus loin encore, vers l’endroit où le ruisseau de Saint-Ronan se jetait dans la rivière qui traversait la principale vallée, il pouvait voir blanchir, aux rayons du soleil couchant, les nouvelles maisons qui venaient d’être achevées ou étaient encore en construction dans le voisinage des eaux.

« Le temps change toutes choses autour de nous, » pensait Tyrrel : réflexion bien usée peut-être, mais du moins naturelle dans sa position. « Et pourquoi l’amour et l’amitié dureraient-ils plus que nos habitations et nos monuments ? » Comme il était plongé dans ces sombres méditations, son officieuse hôtesse en troubla le cours. « Je pensais à vous offrir une tasse de thé, monsieur Francis, en raison de notre vieille connaissance ; j’aurais dit à cette princesse de Beenie de l’apporter, et je vous l’aurais arrangée moi-même ; mais vous n’avez pas encore fini votre vin… — J’ai fini, mistress Dods, répondit Tyrrel, et je vous prierai d’enlever ma bouteille. — Enlever la bouteille ! et le vin n’est pas à moitié bu, » s’écria Meg, dont le mécontentement rembrunissait les traits ; « j’espère qu’il n’y a rien à redire au vin, monsieur Tyrrel ! »

À cette interpellation, faite d’un ton qui ressemblait à un défi, Tyrrel répliqua avec déférence, déclarant que : « le vin était non seulement à l’abri de tout reproche, mais excellent. — Et pourquoi ne l’avez-vous donc pas bu ? » dit Meg, d’un ton bref ; « les gens ne doivent pas demander plus de liqueur qu’ils n’en ont besoin. Peut-être pensez-vous que nous avons les habitudes de la table d’hôte, comme ils appellent leur ordinaire de nouvelle invention là-bas, où l’on m’a dit que toutes leurs bouteilles, vraies cruches à vinaigre, étaient mises de côté dans une armoire, après le repas avec les restes de rinçures qu’elles contenaient, et un papier autour du cou, pour montrer à quel habitué elles appartenaient. Elles sont là étalées comme des fioles de pharmacien ; et aucune, quelque pleine qu’elle soit, ne contiendrait un honnête mutchkin[6]. — Peut-être, » ajouta Tyrrel, désirant parler dans le sens de la colère et des préjugés de sa vieille connaissance, « peut-être le vin n’est-il pas assez bon pour qu’on puisse désirer d’avoir bonne mesure. — Vous pouvez le dire, mon garçon… et cependant ceux qui le vendent pourraient le donner à bon compte, car il ne leur coûte que la façon, et la plus grande partie n’a jamais vu la France ni le Portugal. Mais, comme je le disais, ce n’est pas ici une de leurs auberges à la mode, où l’on met le vin de côté pour ceux qui ne peuvent pas le boire… Quand la bouteille est entamée, il faut qu’on la vide… et pourquoi pas ? à moins qu’elle ne sente le bouchon. — Je suis entièrement de votre avis, Meg, dit le voyageur, mais la route m’a un peu échauffé aujourd’hui… et je pense que la tasse de thé que vous me promettez me fera plus de bien que si je finissais ma bouteille. — Alors ce que je puis faire de mieux pour vous, c’est de la mettre de côté pour servir de sauce au canard sauvage demain ; car je crois que vous avez dit que vous resteriez ici un jour ou deux. — C’est mon intention sans aucun doute, Meg, répondit Tyrrel. — Soit, dit mistress Dods ; et ainsi la liqueur n’est pas perdue… On n’a pas vu souvent de pareil vin bouillir dans une casserole, permettez-moi de vous le dire, voisin… et je me rappelle le temps où, pris ou nom du mal de tête, vous auriez vu la fin de cette bouteille, et peut-être d’une autre, si vous aviez pu me persuader de vous la donner, mais alors vous aviez votre cousin pour vous aider… Ah ! c’était un bon garçon, ce Valentin Bulmer ! Vous étiez un joyeux gaillard aussi, monsieur Francis, et j’avais de la peine à vous tenir en bride tous deux lorsque vous étiez lancés ; mais vous étiez plus raisonnable que Valentin. Cependant c’était un beau garçon : des yeux qui brillaient comme des diamants, des joues fraîches comme une rose, une chevelure touffue comme la bruyère !… C’est le premier que j’aie vu porter des favoris, comme ils disent ; mais tout le monde fait la queue au barbier, maintenant. Il riait d’un cœur à réveiller un mort ! À force de crier après lui et de rire de ses folies, il n’y avait pas moyen de s’occuper d’aucune autre personne quand ce Valentin était dans la maison… Et comment se porle-t-il votre cousin Valentin Bulmer, monsieur Francis ? »

Tyrrel baissa la tête et ne répondit que par un soupir.

« Eh quoi ! serait-il possible, dit Meg, le pauvre garçon a-t-il été sitôt retiré de ce monde ?… Hélas ! il nous faut tous passer par la même porte… Pauvres pintes fêlées ou barils mal joints que nous sommes ! cruches fendues qui laissent échapper la liqueur de la vie… Ah ! mon Dieu ! Et ce pauvre Bulmer n’était-il pas de la baie de Bulmer, où on débarque le genièvre de Hollande ? Qu’en pensez-vous, monsieur Francis ? On y apporte aussi un peu de thé quelquefois. J’espère que celui que je vous ai fait est bon, monsieur Francis ? — Excellent, ma chère Meg, » dit Francis Tyrrel, mais son ton de voix indiquait qu’elle avait touché une corde qui réveillait en lui des réflexions pénibles.

« Et quand est-ce que ce pauvre garçon est mort ? » continua Meg, car elle n’était pas sans sa part des qualités de notre mère Ève, et elle brûlait d’envie d’apprendre quelque chose sur ce qui paraissait affecter si particulièrement son hôte. Mais celui-ci dérouta son projet, et éveilla en même temps en elle une autre nature de sentiments, en se retournant du côté de la fenêtre et considérant les bâtiments éloignés des Eaux de Saint-Ronan. Comme s’il eût observé ces nouveaux objets pour la première fois, il dit à mistress Dods d’un air indifférent : « Vous avez gagné de nouveaux voisins là-bas, mistress Meg. — Des voisins ! » dit Meg, la colère commençant à lui monter comme il arrivait toujours lorsqu’on faisait allusion à ce pénible sujet… « vous pouvez les appeler voisins si vous voulez… mais le diable emporte le voisinage ! Meg Dogs le laissera faire ! — Je suppose, » dit Tyrrel, sans avoir l’air de s’apercevoir de sa colère, « que voilà l’hôtel du Renard dont on m’a parlé. — Du Renard ! dit Meg ; sûrement c’est le renard qui m’a enlevé toutes mes oies… Je pourrais fermer la maison, monsieur Francis, si je n’avais qu’elle pour me faire vivre ; moi qui ai vu naître nos gens du beau monde, et qui leur ai donné, à la plupart, de ma propre main, des gâteaux de pain d’épice et des biscuits. Ils auraient vu le toit de la maison de mon père tomber et m’écraser avant de me donner chacun un sou pour le faire étayer… Mais ils n’ont pas fait difficulté de donner tous leur cinquante livres chacun pour élever un hôtel auprès des eaux là-bas ; et ils y ont fait un beau bénéfice : le banqueroutier Sandie Lawson ne leur a pas encore payé un liard de quatre termes de loyer. — Certainement, mistress Dods, les eaux étant devenues si fameuses par leurs cures, je pense que ces messieurs ne pouvaient moins faire que de vous en établir la prêtresse. — Moi prêtresse ! je ne suis pas quakeresse, je vous jure, monsieur Francis ; et je n’ai jamais entendu parler d’aucune maîtresse d’auberge qui se soit faite prédicateur, excepté Luckie Richard[7], de l’ouest ; et si je devais prêcher, je pense que j’ai trop de bon sens, en ma qualité d’Écossaise, pour prêcher dans une salle où l’on aurait dansé tous les soirs de la semaine, sans en excepter même le samedi, et cela jusqu’à minuit. Non, non, monsieur Francis, j’abandonne cela à monsieur Simon Chatterly, comme ils appellent cette espèce de prélat en herbe de la ville, qui joue aux cartes et danse six jours de la semaine, et qui, le septième jour, lit le livre des prières dans la salle de bal avec Tam Simson, notre ivrogne de barbier, devenu son très digne clerc. — Je crois avoir entendu parler de monsieur Chatterly, dit Tyrrel. — Peut-être avez-vous vu le sermon qu’il a fait imprimer, » dit notre héroïne en colère, « dans lequel il compare la mare de leur puits là-bas à la piscine de Bethséda[8], comme un blasphémateur et un imbécile flagorneur qu’il est ! Il devrait savoir que cet endroit a acquis toute sa célébrité du temps des ténèbres du papisme ; et, quoiqu’il le baptise du nom de Saint-Ronan, je ne croirai jamais que cet honnête homme de saint ait été pour rien dans tout cela ; car j’ai entendu dire par quelqu’un qui devait le savoir qu’il n’était pas romain, mais seulement cuddie ou culdee[9], ou quelque chose comme cela… Mais ne prendrez-vous pas une autre tasse de thé, monsieur Francis ? et un de ces biscuits faits avec mon beurre frais et non pas avec des restes de graisse de la cuisine, comme les gâteaux que vend le pâtissier là-bas, et qui contiennent autant de mouches mortes que de grains de Corinthe ? Un beau pâtissier !… Avec deux sous de farine de seigle, et autant de mélasse, et deux ou trois graines d’anis, je ferais de meilleure pâtisserie qu’il n’en est jamais sorti de son four. — Je n’en fais aucun doute, mistress Dods, dit son hôte ; et je désire seulement connaître comment ces nouveaux venus ont pu soutenir la concurrence contre une maison aussi bien famée et aussi ancienne que la vôtre… Ce sont les vertus des eaux minérales, je parierais, qui en sont cause ; mais comment ces eaux ont-elles obtenu tout-à-coup leur réputation ? — Je ne sais pas, monsieur… on avait coutume de les regarder comme n’étant bonnes à rien, si ce n’est à guérir de loin en loin l’enfant de quelque pauvre qui avait les écrouelles, et ne pouvait se procurer pour un sou de sels. Mais milady Pénélope Penfeather a été atteinte d’une maladie que personne, à ce qu’il paraît, n’avait eue avant elle, et ainsi il fallait qu’elle fût guérie comme personne ne l’avait jamais été : rien de plus juste ! Or milady, comme vous savez, a de l’esprit à volonté ; elle a tous les savants d’Édimbourg à sa maison de Windyway là-bas, que le bon plaisir de milady est d’appeler Air-Castle[10] ; et ils ont tous leurs différentes manières : les uns savent faire des vers et des contes aussi bien que Robert Burns ou Allan Ramsay[11] ; les autres courent sur les montagnes ou dans les vallées, réduisant les pierres en éclats avec des marteaux, comme les gens qui sont occupés à arranger les routes… On dit que c’est pour voir comment le monde a été fait. Quelques uns jouent de toute espèce d’instruments à plusieurs cordes… Il y en a d’autres qui dessinent, et que vous pouvez voir perchés comme des corneilles sur la cime de chaque rocher du pays, travaillant au même métier que vous, monsieur Francis : de plus, des hommes qui ont été dans les pays étrangers, ou disent qu’ils y ont été, ce qui est tout un, vous savez ; et peut-être deux ou trois demoiselles avec le bas de leurs robes crotté, qui s’emparent de ses folies lorsqu’elle n’en a plus que faire, comme ses femmes de chambre des bardes qu’elle a portées. Ainsi, après son heureuse guérison, comme ils l’appellent, toute cette bande d’oies sauvages vint s’abattre et s’établir près des eaux pour y dîner sur la terre, comme des chaudronniers de campagne ; et là ils chantèrent et firent de la musique, et portèrent des santés, sans doute en l’honneur de la fontaine, comme ils appellent cette vilaine mare, et de lady Pénélope Penfeather ; et enfin ils terminèrent solennellement en buvant tous une rasade d’eau de la source, spécifique qui, comme je l’ai appris, fit un fier ravage parmi eux durant la route pour retourner chez milady. Ils appelaient cela un pique-nique ; la peste soit d’eux ! Et ainsi la danse commença au son du violon de lady Pénélope, et plus d’un faux pas a été fait depuis lors ; car bientôt arrivèrent des maçons et des farceurs, des prédicateurs, des comédiens, des épiscopaux, des méthodistes, des fous, des joueurs de violon, des papistes, des pâtissiers, des docteurs et des droguistes ; sans compter les boutiquiers qui vendent des rebuts et de vieilles friperies à trois prix différents… Et c’est ainsi que s’est élevé ce beau village des Eaux et qu’est tombé l’honnête vieux bourg de Saint-Ronan, où de braves gens avaient vécu joyeux bien des années avant qu’aucun de ces fous fût né ou que de pareilles billevesées fussent écloses dans leurs cerveaux fêlés. — Et qu’a dit de tout cela votre propriétaire, le laird de Saint-Ronan ? reprit Tyrrel. — Est-ce de mon propriétaire que vous vous informez, monsieur Francis ? Le laird de Saint-Ronan n’est pas mon propriétaire, et je pense que vous auriez pu vous en souvenir… Non, non. Dieu merci ! Meg Dods est seule le propriétaire et la maîtresse. J’ai bien assez de mal à tenir la maison ouverte sur ce pied-là, sans craindre encore la Pentecôte et la Saint-Martin. Il y a certain vieux sac de cuir, monsieur Francis, dans un des trous du colombier[12] du digne M. Bindloose[13], le greffier du shériff là-bas dans le bourg : là se trouvent à la fois les titres et l’acte de prise de possession, et les droits de corvées par dessus le marché ; et vous n’avez qu’à parler, on vous fera tout voir, par chapitres et par versets, quand la fantaisie vous en prendra. — J’avais entièrement oublié que l’auberge vous appartenait, quoique je me rappelle que vous étiez riche en propriétés. — Peut-être oui, peut-être non ; et si je le suis, pourquoi non ?… Mais pour en revenir à ce que le laird, dont le grand-père était propriétaire de mon père, a dit de leur nouvelle besogne là-bas… il s’est jeté sur l’argent qu’on lui offrait, comme un coq sur sa pâture, et leur a livré le bon morceau de terre de Saint-Welholm, près de la source, qui était ce qu’il y avait de meilleur dans ses propriétés, pour être coupé, bouleversé et gaspillé au bon plaisir de Jock Ashler, le tailleur de pierre, qui se donne le titre d’architecte : il n’y a pas moyen de s’y reconnaître au milieu des nouveaux mots qu’ils inventent dans ce nouveau monde, et c’est une vexation de plus pour de vieilles gens comme moi… Bref, c’est une honte pour le jeune laird de laisser son ancien patrimoine s’en aller comme il est probable qu’il s’en ira, et mon cœur souffre de le voir, quoique j’aie peu de raison de m’inquiéter de ce que lui ou les siens deviendront. — Est-ce encore le même M. Mowbray, qui possède ce domaine, le vieux laird avec qui vous savez que j’ai eu quelques différends ?… — Pour avoir été chasser dans ses marais de Spring-Well-Head. Oh ! mon garçon, l’honnête M. Bindloose vous tira proprement d’affaire dans cette circonstance. Non, ce n’est pas cet honnête homme, mais son fils John Mowbray… Il y a six ou sept ans que l’autre repose dans l’église, de Saint-Ronan. — Et n’a-t-il laissé, » demanda Tyrrel d’une voix tremblante, « aucun autre enfant que le laird actuel ? — Pas d’autre fils, répondit Meg, et il y en a bien assez, à moins qu’il n’eût pu en laisser un meilleur. — Ainsi donc, il est mort sans autres enfants que ce fils ? — Non pas, avec votre permission ; il y a sa fille, miss Clara, qui tient la maison du laird, si on peut appeler cela tenir maison, car il est presque toujours là-bas aux eaux… Ainsi il ne leur faut pas grande cuisine aux Shaws. — Alors miss Clara doit y passer une triste vie pendant l’absence de son frère, dit l’étranger. — Oh ! que non… Il la mène souvent sauter et cabrioler avec tous leurs beaux étourneaux là-bas ; et elle leur prend la main et se mêle à leurs danses et à leurs folies. Je souhaite qu’il n’en arrive rien de mal ; mais c’est une honte de voir la fille de son père frayer avec toute cette canaille d’écoliers, d’apprentis écrivains, de commis marchands, et de toute la séquelle qui se trouve là-bas aux eaux. — Vous êtes sévère, Meg, répliqua son hôte ; sans aucun doute, la conduite de miss Clara mérite qu’on la laisse entièrement libre. — Je ne dis rien contre sa conduite, et il n’y a rien à en dire, que je sache ; mais je voudrais voir les gens frayer avec ceux de leur sorte, monsieur Francis… Je n’ai jamais trouvé à redire au bal que la bonne société avait coutume de tenir dans ma pauvre maison, il y a bon nombre d’années, lorsque les vieilles gens venaient dans leurs voitures, avec des chevaux noirs à longue queue, les jeunes égrillards sur leurs chevaux de chasse, mainte dame comme il faut en croupe derrière son mari, et plus d’une jeune fille gaie et jolie sur son petit cheval… personne de plus heureux que tout ce monde-là !… et pourquoi non ? Il y avait ensuite le bal des fermiers, avec les beaux garçons en habits bleus et pantalons de peau de daim. C’étaient là des assemblées honnêtes, mais alors il n’y avait que des gens de même espèce qui s’y rencontraient ; chacun se connaissait : les fermiers dansaient avec les filles de fermiers dans un endroit, et les fils de famille avec leurs semblables dans l’autre ; à moins peut-être que quelques uns des membres du club de Kilnakelty, comme il arrivait parfois, ne me fissent faire le tour de la salle en dansant, par manière d’amusement et de plaisanterie, et je n’étais pas en état de suivre la danse, à force de rire. Certainement je n’ai jamais trouvé à redire à ces innocents plaisirs, quoiqu’il m’ait fallu quelquefois plus d’une semaine de travail pour rétablir l’ordre dans le logis. — Mais Meg, reprit Tyrrel, cette étiquette serait un peu dure pour des étrangers comme moi : comment en effet trouverions-nous des danseuses dans vos parties de famille ? — Ne vous embarrassez pas de cela, monsieur Francis, » répondit l’hôtesse, en accompagnant ses paroles d’un coup d’œil d’intelligence… « Chacun trouvera toujours sa chacune, que le monde aille comme il voudra ; et, au pis aller, il vaut mieux éprouver quelque difficulté à trouver une danseuse pour la soirée, que d’en avoir une sur les bras dont on ne peut se débarrasser le lendemain au matin. — Est-ce que cela arrive quelquefois ? — Si cela arrive ! Est-ce parmi les gens qui sont aux eaux que vous demandez si cela arrive ? Eh quoi ! pas plus tard que la dernière saison, comme ils appellent cela, sir Bingo Binks, le jeune Anglais à l’habit rouge, qui a une malle-poste qu’il conduit lui-même, ne s’est-il pas trouvé happé par miss Rachel Bonnyrigg, la fille aux longues jambes de la vieille lady Loupengirth ? Ils dansèrent si long-temps ensemble qu’on en dit plus qu’on n’aurait dû en dire : le jeune homme aurait volontiers battu en retraite, mais la vieille lady ne lâcha pas prise, et la cour des commissaires[14], aidée de quelques autres personnes, la fit lady Binks, en dépit de sir Bingo. Il n’a jamais osé la conduire à ses amis en Angleterre ; mais depuis, ils ont toujours passé l’été et l’hiver aux eaux. Et voilà à quoi tout cela est bon ! — Est-ce que Clara… je veux dire miss Mowbray, fréquente de pareilles femmes ? » dit Tyrrel avec un ton d’intérêt qu’il réprima dès les premiers mots de sa question.

« Que peut-elle faire, pauvre fille ! répondit l’hôtesse. Il faut bien qu’elle fréquente la compagnie de son frère, car elle est évidemment dépendante de lui. Mais à propos, je me rappelle tout ce que j’ai à faire avant que la nuit arrive ; et certes ce n’est pas peu de chose. Je suis restée à bavarder avec vous par trop long-temps, monsieur Francis. »

Sur ce, elle sortit d’un pas résolu, et bientôt la maison retentit des octaves aiguës de sa voix qui appelait et gourmandait les servantes.

Tyrrel resta un moment absorbé dans une profonde rêverie ; ensuite il prit son chapeau et fit une visite à l’écurie, où son cheval l’accueillit en dressant les oreilles, et en poussant ce faible hennissement par lequel un noble coursier salue l’approche d’un ami qu’il chérit et dont il est estimé. S’étant assuré que le fidèle animal ne manquait de rien, notre héros profita du prolongement du crépuscule pour visiter le vieux château qui, dans d’autres circonstances, avait été sa promenade favorite du soir. Il demeura tant que le jour le lui permit, admirant le tableau que nous avons essayé de décrire dans le premier chapitre, et comparant, comme dans sa première rêverie, les couleurs mourantes du paysage qui s’efface à celles de la vie humaine, lorsque la jeunesse et l’espoir ont cessé de leur prêter leur éclat.

La course qu’il fit pour regagner l’auberge, et un léger souper composé de pain et de fromage rôtis[15], arrosé avec de la bière brassée par Meg, lui inspirèrent des pensées plus gaies, ou au moins plus résignées… et la chambre bleue, aux honneurs de laquelle il avait été enfin admis, eut en lui un hôte sinon joyeux du moins assez tranquille.



  1. Bagmen, dit le texte, pour signifier un homme voyageant à cheval avec une valise. Bagman, singulier de bagmen, est un terme de mépris pour désigner un commis voyageur. a. m.
  2. Ghost or no ghost, c’est-à-dire revenant ou non revenant. Ceci est une allusion à une superstition du peuple écossais : on croit que celui qui adresse la parole à un revenant avant d’être interpellé par lui court le risque de mourir avant la fin de l’année. a. m.
  3. Beltane, dit le texte ; ancien mot écossais pour désigner la Pentecôte. a. m.
  4. Cette pénitence, qui a lieu sur le cutty-stood ou black-stood (petit tabouret ou tabouret noir) dans l’église, était infligée en Écosse aux jeunes filles enceintes avant le mariage. a. m.
  5. Nabab ou nabod, titre de prince indou ; on l’applique aux Anglais qui reviennent de l’Inde avec une grande fortune. a. m.
  6. Mutchkin, mesure écossaise. a. m.
  7. Fondatrice d’une secte dont les membres prennent le nom de Buchanites ; c’était la copie de cette Joanna Southcole, qui devait revenir long-temps après sa mort et marcher à la tête de ses disciples sur la route de Jérusalem. a. m.
  8. Lieu où J.-C. envoya un paralytique se plonger, afin de guérir. a. m.
  9. Espèce de prêtres druides du temps d’Ossian. a. m.
  10. Windywa, écossisme, signifiant demeure venteuse ; et Air-Castle, château d’air, c’est-à-dire aéré. a. m.
  11. Deux poètes écossais. a. m.
  12. Pigeon holes, trou de pigeon ; on donne ce nom en anglais aux compartiments d’un casier. a. m.
  13. Bind veut dire serré, et loose, libre, sans lien. a. m.
  14. Commissary court, cour qui prononce sur les divorces et les promesses de mariage en Écosse. a. m.
  15. Welsh rabbit veut dire littéralement, lapin du pays de Galles ; mais ici cette expression désigne la rôtie de pain et de fromage, dont on fait une grande consommation dans le pays de Galles. a. m.