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XII

Le 3 décembre


Thomalewski habitait à Sofia le petit quartier des journalistes. Maintenant, le malheureux savait à quoi s’en tenir sur la durée de son existence. Aussi, s’enferma-t-il dans sa maison.

L’Orim ne cessait de le guetter. Cinquante jours avaient passé depuis l’affaire des tailleurs. Il fallait en finir.

La villa la plus proche de la demeure de Thomalewski appartenant à un fonctionnaire de la police, Thomalewski était tranquille. Cloîtré, la mort n’aurait pu lui venir que d’une des fenêtres de son voisin. Or, ce voisin, par une charmante attention de la Providence, faisait justement partie de l’armée des gardiens de l’ordre.

Le 1er décembre 1930, si les estafiers de Thomalewski, au lieu d’être installés chez le bakal, à boire de la slivovitza, avaient fait leur métier, ils eussent pu voir deux individus, jusqu’ici étrangers au quartier, entrer comme chez eux, dans la villa du fonctionnaire de la police. Peut-être auraient-ils pensé qu’il ne s’agissait là que de deux serviteurs venant prendre les ordres de leur chef. Toutefois, en ne relâchant pas leur surveillance, les observateurs n’auraient manqué de noter que ni ce jour-là, ni le lendemain, les inconnus n’avaient donné signe de vie.

Le 3 décembre, le père de Thomalewski, décide de planter un arbuste. Thomalewski, quitte sa maison pour aider son père. Le voici dans son jardin. Une quadruple décharge, accompagnée d’un bruit de vitre se brisant sur le pavé, déchire le silence. Aux pieds de son père, Thomalewski s’écroule. Il est mort.

Pour qu’aucun bruit suspect n’effarouchât le gibier, les comitadjis avaient tiré à travers le carreau ; et pour assassiner plus commodément un citoyen bulgare, l’Orim avait loué une chambre au mois chez un agent de police !