Les Belles-de-nuit ou Les Anges de la famille/Tome III/10

Méline, Cans et Compagnie (Tome iiip. 231-247).

III

Chanteuses des rues.


Les Champs-Élysées ne ressemblaient guère alors à la bruyante et poudreuse promenade que Paris encombre maintenant chaque soir. Le cirque faisait claquer son fouet national au faubourg du Temple ; le Panorama montrait quelque part ailleurs une bataille autre que celle d’Eylau ; le Géorama n’existait pas ; le Navalorama était dans les limbes. On n’avait encore inventé ni Mabille, ni les cafés-musique, ni le Jardin d’Hiver, ni le Château des Fleurs, cette gracieuse féerie.

Le gaz ne jetait point ses lueurs meurtrières à travers les branches desséchées ; on y voyait un peu moins et les arbres se portaient beaucoup mieux ; car c’est un terrible voisin que ce gaz étincelant qui jaunit, dès le printemps, les ormes de nos boulevards ; qui change tous les ans, au moins une fois, nos rues en un abîme infect ; qui empoisonne la brise tiède égarée le long de nos trottoirs, et qui, de temps à autre, pas trop souvent au dire des capables, fait sauter une maison ou deux, pour prouver qu’il est fort et de bonne qualité.

Çà et là pendaient à leurs cordes tendues quelques réverbères modestes, dessinant, au milieu des ténèbres qui voilaient la chaussée, de petits îlots de lumière.

Quand la nuit tombait, surtout en automne, ces longues allées devenaient désertes. Les bosquets où nos bourgeois, quittant le pas de leurs portes, viennent prendre aujourd’hui le frais, étaient une noire solitude qui avait, dit-on, ses drames et ses mystères.

On y rencontrait beaucoup plus de larrons que dans la forêt de Bondi, et le tronc des grands arbres cachait parfois ces vampires modernes que la frayeur populaire fuyait sous le nom de piqueurs.

L’allée Gabrielle, protégée par les factionnaires de l’Élysée-Bourbon, gardait seule quelques promeneurs après la brune, encore étaient-ce des promeneurs d’une certaine espèce, car les Tuileries, maintenant délaissées, et le Palais-Royal accaparaient la foule.

La place Louis XV semblait un large fleuve séparant la ville bruyante, bavarde, affairée, du silencieux désert.

Dans ce désert, vous croisiez parfois pourtant quelques vieux messieurs à l’allure discrète et respectable, qui cheminaient, les mains derrière le dos, sans penser à mal, Dieu merci, et quelques femmes dont le visage disparaissait sous un voile épais.

Ces dames avaient toutes une tournure inquiète, effarouchée. Elles exécutaient sur la lisière des bosquets des évolutions sans but.

On eût dit qu’elles cherchaient dans l’ombre un objet perdu, ce à quoi les vieux messieurs voulaient bien quelquefois les aider.

Nos deux petites chanteuses étaient bien mal placées là pour faire bonne recette, mais elles n’y étaient pas venues de prime abord, et c’était comme en désespoir de cause qu’elles avaient choisi ce lieu.

Après avoir chanté longtemps devant la grille des Tuileries, d’où la bise piquante chassait déjà les oisifs, elles s’étaient souvenues que, durant les beaux soirs de l’été, l’allée Gabrielle leur avait plus d’une fois porté bonheur.

Leur tasse de fer-blanc restait vide, et Dieu sait qu’elles étaient bien pauvres ! Elles avaient traversé la place Louis XV à tout hasard.

Depuis une heure elles étaient là, sous un réverbère, entre deux chandelles allumées.

Tant qu’il y avait eu un peu de jour, les bambins des masures voisines s’étaient rassemblés autour d’elles, tantôt pour écouter, tantôt pour crier et se moquer.

Jamais pour donner…

Les passants rares faisaient comme les bambins. Quand un élégant équipage glissait sans bruit sur le sable de l’allée, quelque jeune femme à la toilette riche se penchait bien à la portière et laissait tomber sur les deux pauvres filles un regard de ses beaux yeux. Mais c’était tout.

L’équipage filait, rapide, au trot balancé de ses grands coursiers normands, et la jeune femme s’adossait de nouveau aux coussins doux de sa voiture.

La tasse restait vide entre les deux chandelles. Pas une offrande. Rien, rien !

Une seule fois, un bel enfant qui rentrait à l’hôtel de sa mère, après avoir joué toute l’après-midi aux Tuileries, s’était approché en souriant. Le fer-blanc de la sébille avait rendu un son métallique. Et l’enfant, joli ange à la longue chevelure d’or, était allé cacher sa tête rieuse dans le sein de sa bonne.

Hélas ! ces enfants heureux ne soupçonnent pas le malheur, et sont impitoyables. Les deux pauvres filles regardèrent dans la tasse et y trouvèrent un caillou, offrande railleuse du blond chérubin…

Des larmes roulèrent sur leurs joues pâlies…

Elles continuaient de chanter, pourtant.

Une autre fois, un de ces vieux messieurs discrets et respectables s’était approché d’elles par derrière et avait parlé tout bas. Une rougeur vive vint au front des chanteuses, dont la voix trembla davantage.

Qu’avait-il dit ? Nous ne savons. Seuls, les vieux messieurs respectables et discrets ont le secret de certaines hardiesses, qui feraient honte, en vérité, à des scélérats de vingt ans.

Les deux jeunes filles n’avaient plus guère de courage. On devinait des sanglots sous les notes mélancoliques de leur chant.

Après chaque couplet, elles s’arrêtaient, abattues et brisées. Elles échangeaient un regard triste. Puis elles recommençaient avec une résignation si douce que le cœur le plus froid se fût senti ému de compassion.

Mais personne ne prenait garde.

Elles étaient à peu près du même âge : dix-huit à dix-neuf ans. La lueur faible du réverbère montrait leurs figures pâles, mais charmantes, que la souffrance n’avait pas encore eu le temps de flétrir.

Elles n’avaient, pour elles deux, qu’une seule harpe, dont elles jouaient tour à tour.

Leurs costumes étaient propres et gardaient une certaine élégance parmi des indices trop évidents de pauvreté. C’étaient deux petites robes légères, dessinant la grâce exquise de deux tailles souples et jeunes, mais ne pouvant rien contre le vent glacé de cette soirée d’automne.

Leurs coiffures consistaient en de petits bonnets ronds, collants, qui laissaient échapper à profusion le luxe de leurs beaux cheveux, dont les boucles larges et flexibles tombaient jusque sur leurs épaules demi-nues.

Elles étaient belles toutes deux, délicieusement belles malgré la souffrance qui inclinait leurs fronts découragés. Et quand, parfois, elles se regardaient en essayant de sourire, les pauvres filles, pour se donner mutuellement du cœur, il y avait sur leurs jolis visages comme le reflet d’une gaieté passée.

On eût deviné des jours heureux qui n’étaient pas bien loin encore…

Mais leurs yeux se baissaient, et il n’y avait bientôt plus de sourire à leurs lèvres. Leurs petites mains, rougies et gonflées par le froid, cherchaient instinctivement leurs poitrines : c’était là qu’elles souffraient.

À Paris, la ville des joies dorées, chacun connaît ce geste, pourtant ; chacun a vu, par ces éblouissantes soirées d’hiver, où les magasins luttent de richesse et de lumière, où les gais appels du plaisir se font entendre de toutes parts, la faim, pâle et timide, se glisser dans l’ombre des maisons.

Cela navre le cœur. Mais les spectacles sont si beaux ! l’orchestre des salles de bal a des accords si enivrants, et le champagne détonne si joyeusement dans les cabinets des restaurants à la mode !…

Cette joue livide, cette main qui pressait convulsivement une poitrine amaigrie, c’était un mauvais rêve. En conscience, on peut mourir de faim auprès de cette abondance et parmi tant d’ivresse !

Quand ces affreuses visions se montrent, il faut rire davantage et boire une fois de plus. À quoi donc songe la police pour laisser ainsi la misère sans vergogne attrister les citoyens qui s’amusent ?

Les deux jeunes filles chantaient toujours ; leurs voix étaient pures et douces, mais elles tremblaient bien souvent.

Elles chantaient pour avoir un morceau de pain.

Et à mesure que la soirée s’avançait, les passants devenaient de plus en plus rares ; le froid augmentait ; l’espoir s’en allait.

Au moment où nos trois gentilshommes passaient et où le pied de Blaise renversait une des deux chandelles, l’attention des deux jeunes filles avait été attirée par le geste de Bibandier, qui s’était arrêté court à les regarder.

Mais ç’avait été l’affaire d’un instant. Le baron, entraîné par ses deux compagnons, avait disparu bien vite au détour d’une allée. C’est à peine si les jeunes filles avaient distingué les traits de son visage.

Et pourtant il leur semblait qu’elles ne voyaient point cette figure pour la première fois.

Mais, si leurs souvenirs ne les trompaient point, Bibandier avait subi, depuis quelques semaines, une si notable transformation, que la meilleure mémoire en eût été déroutée.

D’ailleurs qu’importait cela ?

Les deux jeunes filles n’interrompirent même pas leur chant, et l’idée de cette rencontre s’effaça tout de suite, au milieu des pensées douloureuses qui emplissaient leurs cœurs.

Il y avait de cela une heure. Les chandelles touchaient à leur fin, et la tasse de fer-blanc restait toujours vide.

Celle des deux jeunes filles qui tenait la harpe en ce moment laissa tomber ses bras le long de ses flancs.

— Mon Dieu !… mon Dieu !… murmura-t-elle, nous allons donc mourir !…

L’autre jeune fille s’approcha d’elle et la serra contre son cœur.

— Du courage ! ma pauvre Cyprienne…, lui dit-elle ; chantons encore une fois… peut-être que la sainte Vierge aura pitié de nous.

Celle qu’on nommait Cyprienne s’appuya contre le poteau du réverbère, et posa ses deux mains sur sa poitrine.

— Diane…, dit-elle en pleurant, je n’ai plus de force !… Souffre-t-on longtemps ainsi avant l’heure de la mort ?

Diane toucha du revers de sa main son front pâle qui brûlait ; ses yeux étaient secs ; mais on y voyait une sorte d’égarement.

— Si seulement il n’y avait que moi à souffrir !… murmura-t-elle en lançant vers le ciel un regard de reproche ; écoute, ma petite sœur… repose-toi… Je suis la plus forte, tu sais bien… je vais chanter toute seule.

Cyprienne s’accroupit, épuisée, au pied du poteau.

Diane revint entre les deux chandelles dont la flamme tremblait, sur le point de s’éteindre, et saisit la harpe avec une sorte d’emportement.

Les cordes frémirent sous ses doigts. Dans le silence qui régnait à l’entour, sa voix s’éleva sonore, vibrante et forte, comme un élan de désespoir.

Elle disait un chant de Bretagne aux accents mélancoliques et graves.

C’était comme une voix de la patrie, pleurant du fond de l’exil.

Personne n’écoutait, pas une oreille n’était ouverte, aussi loin que le chant pût s’entendre. Personne, sinon un pauvre soldat en faction à la grille de l’Élysée-Bourbon.

Cyprienne, immobile et affaissée sur elle-même, était plongée dans une de sorte de sommeil.

Et Diane chantait emportée par sa fièvre. Et le pauvre soldat avait la main sur son cœur : car il était Breton, et il reconnaissait la voix lointaine du pays.

Sans y songer, il avait déposé son fusil auprès de sa guérite, et comme si une invisible main l’attirait dans la nuit, il s’approchait lentement et désertait son poste.

Pendant que les dernières notes de la chanson tombaient sourdes et désolées des lèvres de Diane, le soldat se penchait vers Cyprienne immobile qui ne le voyait point.

Il avait à la main les quelques gros sous composant sa fortune. Et sa fortune tout entière tomba sans bruit dans la poche du tablier de la jeune fille.

Puis le pauvre soldat breton regagna son poste, le cœur léger, les yeux humides…

Diane se taisait ; un instant elle resta appuyée sur sa harpe muette. Les lumières jetèrent une dernière lueur et s’éteignirent.

Le regard abattu de Diane parcourut l’allée solitaire.

— C’est fini !… murmura-t-elle ; viens, Cyprienne !

Et comme celle-ci ne pouvait point se lever, elle la prit entre ses bras.

Puis elle se chargea de la harpe, et les deux jeunes filles descendirent vers la place Louis XV.

Leurs pas étaient lents et pénibles. Elles traversèrent la place, puis le pont de la Concorde. Diane soutenait sa sœur par la taille et lui disait :

— On n’a pas du malheur comme cela tous les jours… Demain nous aurons meilleure chance… ce n’est qu’une nuit à passer !

— Tu me disais la même chose hier…, répliqua Cyprienne, quand nous avions froid et faim dans notre chambre !… Tu me disais : « Demain nous ne souffrirons plus… » Oh ! Diane !… Diane !… dans notre Bretagne, les plus pauvres gens trouvent place au foyer de la ferme… Et quand ils disent : « J’ai faim, » on leur donne un morceau de pain noir… Du bon pain noir ! ajouta-t-elle avec ce ton de sensualité avide que prend le gourmand pour parler du mets préféré. Si nous avions seulement un morceau de bon pain noir !…

L’eau vint à la bouche de Diane.

— Oh ! oui…, dit-elle, nous n’en voulions pas autrefois… Mais à présent !

Elle s’arrêta et mit à terre sa harpe dont le poids l’accablait.

— Reposons-nous un peu…, reprit-elle ; je suis bien lasse !

Cyprienne et elle s’assirent, côte à côte, sur le parapet du quai Voltaire.

— Si Roger savait cela !… dit Cyprienne ; il est riche maintenant… Étienne aussi… Mais peut-être qu’ils nous ont oubliées…

— Oh ! non !… s’écria Diane ; Étienne est un noble cœur !…

— Nous sommes si malheureuses !… Quand je les vois passer dans leur voiture brillante… toujours gais, toujours rieurs… je me demande ce qu’ils feraient si leurs regards tombaient sur nous, pauvres filles…

— Ils nous reconnaîtraient, ma sœur…

— Peut-être ; car nous n’avons encore que deux mois de misère… Mais leur voiture s’arrêterait-elle ?… les verrions-nous descendre et accourir vers nous ?

Diane ne répondit point.

Cyprienne souriait amèrement.

— Chanteuses de rues ! murmura-t-elle ; j’ai froid jusqu’au fond de mon cœur quand je songe à ce que je souffrirais si Roger détournait la tête après m’avoir aperçue…

— Il ne le ferait pas !… répliqua Diane ; je suis sûre de lui comme d’Étienne… Tout notre malheur est de ne pouvoir les joindre !… Si nous nous étions montrées à eux dans la diligence, en arrivant à Paris, notre sort aurait bien changé !…

— N’auraient-ils pas dû nous deviner ?

— Ils ne savaient rien… Ils nous croyaient encore à Penhoël… Oh ! ce fut notre première douleur, dans ce Paris où nous devions tant souffrir, quand nous nous vîmes seules au rendez-vous, devant les grandes tours noires de Notre-Dame !… Te souviens-tu comme nous étions tristes après avoir espéré gaiement toute la journée ?…

— Et comme nous attendîmes longtemps !…

— Ils ne vinrent pas… Sais-tu, ma petite sœur ! parfois je me sens consolée et je me dis : S’ils ne vinrent pas, c’est parce qu’ils nous aimaient…

— La même pensée m’est venue… Oh ! que Dieu le veuille !… Mais si nous avions osé, nous aurions pu les retrouver dès ce jour, car leur compagnon de voyage était sur le parvis Notre-Dame, et il nous cherchait, comme nous les cherchions, nous…

Diane fut quelque temps avant de répondre.

— C’est une chose étrange !… reprit-elle enfin, comme les traits de cet homme sont restés gravés dans ma mémoire… Il me semble que je le vois encore… Quel visage franc et fier !… Je n’ai jamais vu d’homme plus beau en ma vie.

— Et comme il nous regardait pendant le voyage !… Je ne sais… on eût dit qu’il nous connaissait et qu’il nous aimait…

Cyprienne parlait ainsi d’un ton plus calme. En causant, elle oubliait presque sa souffrance ; mais, à ces derniers mots sa voix faiblit, et Diane, qui la vit chanceler, n’eut que le temps de la soutenir.

— Ce n’est rien…, murmura la pauvre enfant ; mon Dieu ! notre chambre est bien loin encore…, et je ne sais pas comment je ferai pour y arriver !

— Je te porterai…, dit Diane qui l’attira sur son cœur. Oh ! c’est de te voir souffrir ainsi qui me tue !… Écoute… c’est notre dernier jour de misère…

Cyprienne dégagea sa tête et regarda la Seine qui coulait derrière elle.

— Oui…, murmura-t-elle ; tu as raison… ce pourrait être notre dernier jour de misère !

Diane couvrit son front de baisers en pleurant.

— Ma sœur !… ma petite sœur !… dit-elle ; je t’en prie, ne parle pas comme cela !… Dieu aura pitié de nous, j’en suis sûre… Je te le promets… Et laisse-moi te dire ce que je veux faire demain… jusqu’à présent je n’ai pas eu la force… mais je ne veux pas que tu meures, ma Cyprienne… Et demain je l’oserais !

— Quoi donc ?… demanda Cyprienne.

— Tu sais bien qu’ils passent tous les jours aux Champs-Élysées, dans leur voiture… Étienne et Roger… Quand nous sommes sous les arbres, ils ne nous voient pas… mais demain j’irai me mettre au-devant de leurs chevaux… je les appellerai par leurs noms… et il faudra bien qu’ils nous reconnaissent !

Cyprienne releva la tête.

— J’irai avec toi !… dit-elle ; quand nous serons là toutes les deux, nous verrons si notre dernier espoir nous abandonne… Et s’ils ne nous repoussent pas, ma sœur, quelle joie de porter secours à Madame… et au pauvre Penhoël !…

— Et à notre bon père !… s’écria Diane ; quelle joie de les sauver !… En attendant, reprit-elle tristement, nous n’avons rien à leur donner ce soir !…

Elle sauta sur le pavé.

— Mais ce n’est plus qu’un jour d’attente !… poursuivit-elle ; et l’espoir va nous donner une bonne nuit.

Cyprienne, un peu ranimée, se mit aussi sur ses pieds. Durant un instant, les deux sœurs se disputèrent le fardeau de la harpe, et ce fut Diane encore qui s’en chargea. Puis elles continuèrent de descendre les quais jusqu’à la rue des Petits-Augustins, où elles s’engagèrent.

Plus d’une fois leur pas se ralentit jusqu’au moment où elles se signèrent toutes les deux en passant devant le portail de Saint-Germain des Prés.

Elles étaient arrivées au terme de leur course. Après avoir tourné l’angle de la petite rue d’Erfurt, elles purent voir la maison où se trouvait la chambre qu’elles habitaient.

Cette maison était située au bout de la rue Sainte-Marguerite, vis-à-vis et un peu au delà du bâtiment en saillie qui flanque la prison de l’Abbaye.

Comme elles passaient devant le corps de garde, hâtant de leur mieux leur marche pénible, elles s’arrêtèrent tout à coup d’un commun mouvement.

Leurs mains se joignirent et se serrèrent.

— Oh !… fit Diane avec un étonnement profond.

Cyprienne regardait, stupéfaite, une voiture qui venait de s’arrêter précisément à côté d’elle.

Par la portière ouverte de cette voiture, on apercevait une tête de jeune fille, dont la figure maladive et pâle s’entourait de longs cheveux blonds.

Le marchepied tomba en même temps que s’ouvrait la porte de la maison voisine.

Une dame descendit de la voiture et prêta son aide à la jeune fille malade.

— Lola !… murmura Cyprienne.

— Et l’Ange !… ajouta Diane.

La dame et la jeune fille entrèrent dans la maison. La porte se referma sur elles, avant que Cyprienne et Diane, immobiles de surprise, eussent songé à faire un mouvement…

fin du troisième volume.