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Calmann Lévy (tome 2p. 172-183).



LVII


M. Robin n’avait pas cru un mot du récit de Pilar. Il s’était néanmoins mis en route, avec son escorte, mais sans se presser beaucoup, et on pouvait craindre qu’il n’eût rencontré les reîtres, car on arriva en vue de Briantes sans qu’il eût rejoint.

On s’inquiétait aussi de maître Jovelin, qui était parti le premier de Brilbault avec cinq ou six hommes de Briantes, et que l’on s’étonnait de ne pas rattraper, bien que l’on marchât très-vite : si vite, que ces réflexions furent faites par chacun sans que l’on prît le temps de se les communiquer.

J’ai lu, dans bien des romans, de longues conversations entre les personnages, pendant que les chevaux fendent le vent et dévorent l’espace ; mais je n’ai jamais vu, dans la réalité, que la chose fût possible.

Bien qu’il ne fût guère qu’une heure du matin, on vit clair comme en plein jour en traversant le village. Les bâtiments de la ferme du château étaient la proie des flammes.

À cette vue, personne ne douta plus, et l’on s’élança à l’assaut de l’huis, qui était fermé et défendu par Sanche et quelques bohémiens rassemblés par lui à la hâte, dès qu’il avait entendu le galop des arrivants.

— Que faisons-nous là, mon cousin ? dit Guillaume au marquis. Nos gens s’emportent par trop de courage et n’attendent le commandement de personne. Nous allons y perdre nos meilleurs valets, peut-être sans profit ! Avisons à faire de l’ouvrage qui serve.

— Oui, certes, répondit Bois-Doré, occupez-vous de les retenir. Ce n’est pas un moment de plus ou de moins qui empêchera ma grange de brûler ; j’aime mieux la vie de ces bons chrétiens que toute ma récolte. Rappelez-les, et les apaisez ! Je me veux d’abord occuper de cet enfant qui m’inquiète.

En parlant ainsi, le marquis emmenait Mario un peu à l’écart.

— Mon fils, lui dit-il, donnez-moi votre parole de gentilhomme de ne point avancer que je ne vous appelle.

— Eh quoi ! mon père, s’écria Mario consterné, vous me parlez comme faisait tantôt Aristandre, et vous me traitez comme un tout petit enfant ! Sont-ce là les leçons d’honneur et de vaillance que vous me donnez aujourd’hui, vous qui… ?

— Silence, monsieur ! obéissez ! dit le marquis parlant pour la première fois avec autorité à son bien-aimé. Vous n’êtes point encore en âge de vous battre, et je vous le défends !

De grosses larmes vinrent aux yeux de l’enfant. Le marquis détourna les siens pour ne pas les voir, et, laissant Mario au milieu d’une petite réserve de ses bons serviteurs, il courut rejoindre Guillaume d’Ars, qui avait réussi à ramener l’ordre et l’obéissance dans sa troupe.

— Il est très-inutile, lui dit le marquis, d’essayer de forcer l’huis : avec deux hommes, il peut être défendu une heure, à moins que nous ne voulions sacrifier une vingtaine des nôtres. Ah ! mon cousin, c’est fort bien fait de fortifier ses entrances, mais c’est fort mal commode lorsqu’il s’agit de rentrer chez soi. En cet endroit, le fossé a quinze pieds de profondeur, et vous voyez que les talus ne permettraient pas aux nageurs d’aborder sans être foudroyés par le moucharabi. Savez-vous ce qu’il faut faire ? Regardez ! La grange est écroulée. Eh bien, elle a dû tomber dans le fossé et le combler en partie. C’est par là qu’il faut entrer. J’y vais avec mon monde. Restez ici comme si vous cherchiez des planches et des engins pour remplacer le pont levé, et ce, pour tromper l’ennemi, que vous empêcherez de fuir quand nous tomberons sur lui. Nous autres, mes amis, dit-il à ses gens, nous filerons sans bruit derrière le mur, dont l’ombre nous cachera, malgré le grand feu qui consume nos gerbes.

Le plan du marquis était fort sage, et ce qu’il prévoyait avait eu lieu. Le fossé était comblé en partie et le mur écroulé par la chute de la grange. Mais il fallait passer sur les décombres en feu et à travers des vagues de flamme et de fumée. Les chevaux, effrayés, reculèrent.

— À pied, mes amis, à pied ! cria le marquis en s’avançant au galop dans cet enfer.

Le seul Rosidor s’y jeta avec intrépidité, franchit tous les obstacles avec une adresse miraculeuse, et, sans s’inquiéter d’y griller sa belle crinière et les rubans dont elle était tressée, il porta vaillamment son maître au milieu de l’enceinte.

Le marquis ne risquait rien pour sa riche chevelure. Elle était restée sous les fagots, à l’auberge du Geault-Rouge.

Ses valets, déjà fort animés par le désir de retrouver et de délivrer ou de venger leurs familles, furent électrisés par le courage de leur maître, et plusieurs le suivirent d’assez près pour l’empêcher de tomber aux mains de l’ennemi.

Mais, au moment où le gros de la troupe s’engageait dans les décombres embrasés, un cri d’alarme, poussé par un des paysans qui la composaient, arrêta tous les autres et les fit reculer avec terreur.

Le grand pignon, encore debout, de la grange, subissant l’action d’une chaleur intense, venait de craquer et, se courbant, menaçait d’écraser quiconque essaierait de passer. Une seconde d’attente, et on allait le voir tomber ; alors on passerait, quelque difficile que fût l’escalade. Voilà ce que chacun pensa, et tout le monde attendit. Mais les secondes, les minutes même se succédaient, et le pignon ne tombait pas. Or, ces secondes et ces minutes-là étaient des siècles, dans la situation où se trouvait, en cet instant, le marquis.

Seul avec une dizaine des siens, il tenait tête à toute la bande des bohémiens, encore composée d’une trentaine de combattants.

Quatre heures s’étaient écoulées depuis l’évasion de Mario sous la sarrasine, et, depuis ces quatre heures, les bandits n’avaient pas songé seulement à se repaître.

À la première ivresse de leur victoire et à la première satisfaction de leur appétit avait bientôt succédé l’espoir opiniâtre de s’emparer du château. Ils avaient essayé tous les moyens de s’y introduire par surprise. Plusieurs y avaient péri, grâce à la vigilance d’Adamas et d’Aristandre, secondés par la présence d’esprit, les bons conseils et l’activité de Lauriane et de la Morisque. Voyant leurs efforts inutiles, ils avaient mis le feu à la grange, dans l’espérance d’engager les assiégés à faire une sortie pour sauver les bâtiments et les récoltes. Ce ne fut pas sans y dépenser des trésors d’éloquence que le sage Adamas réussit à retenir Aristandre, qui voulait se jeter dans le piége tête baissée. Il avait même fallu que Lauriane employât son autorité, et lui démontrât que, s’il succombait dans son entreprise, tous les malheureux renfermés dans le château, à commencer par elle, étaient perdus sans retour.

Depuis une heure que la grange brûlait, Aristandre, exaspéré, avait épuisé tous les jurements et toutes les imprécations de son vocabulaire. Condamné au repos, il rongeait son frein et maudissait même Adamas et Lauriane, et Mercédès par-dessus le marché, et Clindor, qui prêchait aussi la patience, enfin tous ceux qui l’empêchaient d’agir, lorsque Adamas, grimpé au faîte de la tour-escalier, lui cria de la lanterne :

— Monsieur est là ! monsieur est là ! Je ne le vois pas ; mais il est là, j’en réponds ! car on se cogne, et je suis sûr d’avoir reconnu sa voix par-dessus toutes les autres.

— Oui ! oui ! s’écria Mercédès d’une des fenêtres du préau ; Mario est là, car le petit chien Fleurial est comme un fou ; il l’a senti. Voyez ! Je ne peux pas le tenir !

— Aristandre ! s’écria Lauriane, sortez ! Sortons tous, il est temps !

Aristandre était déjà sorti. Sans s’inquiéter d’être suivi ou non, il s’élançait aux côtés du marquis et le débarrassait de La Flèche, qui, souple comme un serpent, avait sauté en croupe derrière lui et l’étouffait dans ses bras maigres et nerveux, sans réussir toutefois à le désarçonner.

Aristandre saisit le bohémien par une jambe, au risque d’entraîner le marquis avec lui ; il le jeta à terre, le foula sous ses pieds, en ayant bien soin de lui enfoncer les côtes ; puis, le laissant là, évanoui ou mort, il se jeta sur les autres.

Les domestiques du château étaient sortis aussi, même Clindor, et même le pauvre petit Fleurial, qui avait échappé aux bras de la Morisque éperdue, et qui se jeta dans les jambes du marquis, bien empêché de s’en apercevoir, puis, enfin, disparut dans le tumulte pour aller chercher Mario.

Lauriane, armé et exaltée, voulait sortir aussi.

— Au nom du ciel, dit Adamas en se jetant au devant d’elle, ne faites pas cela ! si monsieur voit sa chère fille dans le danger, il en perdra l’esprit, et vous serez cause qu’il se fera tuer. Et d’ailleurs, voyez, madame ! me voilà seul pour fermer la porte, ce qui peut sauver les nôtres. Sait-on ce qui peut arriver ? Rester pour m’aider au besoin !

— Mais la Morisque est sortie ! s’écria Lauriane. Vois, Adamas, vois ! cette brave fille cherche Mario. Elle suit le petit chien ! Mon Dieu ! mon Dieu ! Mercédès, revenez ! vous allez vous faire tuer !

Mercédès n’entendait rien au milieu de la bataille. D’ailleurs, elle n’eût rien voulu entendre : elle ne songeait qu’à son enfant. Elle traversait littéralement le fer et le feu ; elle eût traversé le granit.

Le marquis et Aristandre, vaillamment secondés, furent bientôt maîtres du terrain, et commencèrent à refouler les bandits, partie du côté des ruines de la grange, partie du côté de l’huis. Ceux qui passèrent sous le grand pignon, sans s’inquiéter de sa chute imminente, furent reçus à coups de pique et de pieu par les vassaux de Bois-Doré, qui avaient commencé à franchir ce passage redouté.

On en tua et l’on en prit plusieurs. Les autres rebroussèrent chemin, et, longeant les murailles, toute la bande, qui ne comptait plus qu’une vingtaine d’hommes valides, se trouva engouffrée sous la voûte de l’huis.

— Éteignez le feu ! cria Bois-Doré, qui voyait l’incendie gagner les autres bâtiments de la ferme, et laissez-nous achever la vau-de-route de cette canaille !

En parlant ainsi, il s’adressait aux paysans et aux femmes et enfants qui s’étaient décidés à sortir du château, et il courait avec ses domestiques à la voûte de l’huis, où un étrange conflit venait de s’engager entre les bandits en fuite et Sanche, resté seul gardien de la sortie.

Sanche avait une seule idée, une idée implacable. Il avait vu Mario hors de portée, placé par le marquis derrière une maison du bourg avec une escorte. L’enfant était bien abrité et bien gardé. Mais il était impossible qu’à un moment donné, il ne sortît pas de cette retraite et ne s’engageât pas à la portée de l’arquebuse.

Sanche était là en arrêt, le canon de son arme appuyé sur un créneau du moucharabi, le corps bien caché, l’œil fixé sur le coin du mur d’où sa proie devait sortir tôt ou tard. Le sombre Espagnol avait pour lui le formidable avantage qu’aucune préoccupation pour sa propre vie ne le détournait de son but. Il n’avait en tête aucun souci du lendemain, ni même de l’heure qui s’écoulait, grosse de périls. Il ne demandait au ciel qu’une minute pour savourer et accomplir sa vengeance.

Aussi, lorsque les bohémiens en déroute vinrent se heurter en hurlant, l’épée dans les reins, contre les pieux massifs de la sarrasine, Sanche ne bougea non plus que les pierres de la voûte. Ce fut en vain que des voix furieuses et désespérées lui crièrent :

— Le pont ! La herse ! Le pont !

Il fut sourd ; que lui importaient ses complices !

Les bohémiens furent forcés de s’élancer dans la manœuvre pour essayer de se délivrer. Leurs femmes et leurs enfants poussaient des cris lamentables.

C’était la contre-partie de la scène de terreur et de confusion qui avait eu lieu en ce même endroit, quelques heures auparavant, parmi les vassaux éperdus de la seigneurie.

Bois-Doré, toujours à cheval et entouré des siens, tenait désormais en cage tous les débris de cette horde d’assassins et de voleurs. Leurs femmes, devenues furieuses pour défendre leurs enfants, se retournaient contre lui avec la rage du désespoir.

— Rendez-vous ! rendez-vous tous ! s’écria le marquis pris de pitié ; je fais grâce à cause des enfants !

Mais personne ne se rendait : ces malheureux ne croyaient pas à la générosité du vainqueur ; ils ne comprenaient pas la bonté, — chose rare chez les seigneurs de cette époque, il faut en convenir.

Le marquis fut forcé d’arrêter ses gens pour empêcher, comme il l’a dit depuis, un massacre des innocents, si tant est qu’il y eût des innocents parmi ces petits sauvages, déjà dressés à toute la perversité dont ils étaient capables.

Enfin, la sarrasine fut levée et le pont s’abaissa.

Guillaume, aussi généreux que le marquis, eût fait grâce aux faibles ; mais à la grande surprise de Bois-Doré, les fuyards passèrent sans obstacle. Guillaume et son monde n’étaient pas là.

— Mille noms du diable ! s’écria Aristandre, ces démons se sauveront. Sus ! sus ! courons-leur sus ! Ah ! monsieur, il fallait, pendant que nous les tenions là, les hacher comme de la paille !…

Et il s’élança à leur poursuite, laissant le marquis seul sous la voûte ouverte et dégagée, mais très inquiet de Mario, et ne pouvant lancer son cheval sur le pont dans la crainte d’écraser ses propres gens, qui étaient à pied et qui se jetaient en foule sur ce passage étroit pour atteindre les fuyards.

Enfin, le pont fut dégagé. Vainqueurs et vaincus s’élancèrent en avant. Le marquis put passer et vit venir à lui, sur sa droite, Mario, qui pensait pouvoir quitter sa retraite, maintenant que l’affaire semblait finie.

Quant aux bandits, tout danger paraissait dissipé en effet ; les fuyards ne songeaient qu’à s’échapper comme ils pouvaient dans toutes les directions ; quelques-uns se cachaient çà et là avec beaucoup d’adresse, tandis que les poursuivants passaient outre.

Un seul des vaincus n’avait pas bougé, et nul ne pensait à lui : c’était Sanche, toujours caché et agenouillé dans l’angle du moucharabi. De ce petit balcon à mâchecoulis, il eût pu faire tomber des pierres sur les Briantais, car il y avait toujours, dans la galerie de manœuvre, une provision de moellons bien mesurés à l’ouverture des mâchecoulis. Mais Sanche ne voulait pas trahir sa présence. Il voulait vivre encore quelques instants ; il regardait venir Mario et le visait à loisir, lorsqu’il vit, beaucoup plus près de lui et beaucoup plus à portée, le marquis à trois pas en avant du pont.

Il se fit alors en lui un violent combat. Quelle victime choisirait-il ? Il n’y avait pas alors de fusils à deux coups. Entre le père et l’enfant, la distance était trop courte pour permettre de recharger l’arme.

Dans sa lutte avec Aristandre, Sanche avait brisé un de ses pistolets et s’était vu arracher l’autre par ce vigoureux antagoniste.

Par un raffinement de vengeance, Sanche se décida pour Mario. Le voir mourir devait être plus cruel pour le marquis que de mourir lui-même.

Mais ce moment d’hésitation avait troublé l’équilibre de cette tranquille férocité.

Le coup partit et alla frapper, à un pied plus bas que la poitrine de Mario, monté sur son petit cheval, la Morisque, qui l’avait rejoint et qui marchait près de lui.

Mercédès tomba sans pousser un cri.

— À moi, à moi, mes amis ! s’écria Bois-Doré, qui se voyait seul avec son fils exposé aux coups d’ennemis invisibles.

Derrière lui accouraient seulement Lauriane et Adamas, qui, en voyant fuir les bandits, avaient abandonné la garde de l’huisset pour venir les rejoindre.

Tandis qu’avec Mario éperdu, ils relevaient de terre la pauvre Morisque, le marquis leva les yeux sur le moucharabi et vit s’y dresser la haute taille de Sanche, qui, reconnaissant la Morisque, cause première de la mort de son maître, se consolait un peu de n’avoir atteint qu’elle. Sans songer à fuir, il rechargeait son arme à la hâte.

Bois-Doré le reconnut aussitôt, bien que l’incendie n’éclairât que faiblement cette face de l’huis. Mais le marquis n’avait plus aucune arme chargée, et il se jeta à bas de son cheval pour rentrer sous la voûte et monter au moucharabi, jugeant avec raison que, de tous les ennemis auxquels il avait eu affaire jusque-là, le vengeur de d’Alvimar était le plus redoutable.

Sanche le vit accourir, devina sa pensée, et, sans s’occuper de lui envoyer des projectiles qui eussent pu tomber à côté de lui, il s’élança dans l’escalier de la manœuvre, résolu à le poignarder, son couteau étant la seule de ses armes qui ne fût pas, pour le moment, hors de service.

Bois-Doré allait franchir l’escalier, la pointe de l’épée levée, lorsqu’il sembla pressentir la conduite que devait tenir un aussi traître adversaire.

Il baissa la pointe en interrogeant chaque degré dans l’obscurité, devinant que Sanche se tenait courbé là et aux aguets pour se jeter sur lui en le faisant rouler en arrière. Il se prit donc d’une main à la rampe, mais sans assurer assez son corps.

Sanche, averti par le fer d’épée qui rencontra une marche, se releva, en franchit plusieurs d’un bond vigoureux, et vint tomber sur Bois-Doré, qu’il renversa et saisit à la gorge ; puis, lui mettant les deux genoux sur la poitrine :

— Je te tiens, maudit huguenot ! s’écria-t-il, et n’espère pas de merci, toi qui n’en as pas eu pour…

Avant d’achever sa phrase, il chercha la place du cœur, et, de l’autre main, il leva le couteau en disant :

Pour l’âme de mon fils !

Le marquis, étourdi de sa chute, ne se défendait que faiblement, et c’était fait de lui, lorsque Sanche sentit sur sa figure deux petites mains hésitantes qui, tout à coup, le déchirèrent si cruellement, qu’il dut faire un mouvement pour s’en débarrasser.

D’ailleurs, une pensée rapide lui fit abandonner le marquis :

— L’enfant d’abord ! s’écria-t-il.

Mais cette parole fut tout à coup ravalée dans sa gorge, et cette pensée tout à coup brisée dans sa tête par une commotion effroyable.

Mario avait suivi le marquis. Il avait entendu sa chute. Il avait saisi à tâtons la face de Sanche. Il avait reconnu, au toucher, que ce n’était pas celle de Bois-Doré. Il avait posé le canon d’un pistolet arraché par lui, en passant, aux mains de Clindor, sur ce crâne poilu et rude, et avait tiré à bout portant.

Il avait vengé la mort de son père et sauvé la vie de son oncle.