P.-G. Delisle (p. 240-241).


SOUVENIR


À Madame la Marquise de Fabri.


Ensemble nous sortions du Vatican, un jour ;
Nous avions vu Pie-Neuf, et sa douce parole,
Sur nos cœurs attendris coulant avec amour,
Les avait pénétrés du baume qui console.

Dans les longs corridors je dirigeais vos pas.
Rêveur, silencieux ; mais vous, en digne femme,
Si je me souviens bien, vous ne tarissiez pas,
Et des mots enflammés jaillissaient de votre âme.

Pour donner à l’Église un triomphe éclatant,
Pour délivrer son Chef, alors nuls sacrifices
N’eussent été plus grands que votre dévoûment !
Que dis-je ? Vous eussiez affronté les supplices !


Mais bientôt du palais nous franchissions le seuil ;
Les gardes s’écartaient en nous voyant paraître.
Vous me dites soudain, les désignant de l’œil :
Que ces gens sont heureux de servir un tel maître !

Oh ! que je trouvai beau ce cri de votre cœur,
Exprimant votre amour et votre foi vivace !
Et que la garde suisse eût compris son bonheur,
En vous voyant, marquise, aspirer à sa place !


Rome, Novembre 1875.



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