Le secret de Zilda/09

Mon Magazine (paru dans Mon Magazine de février 1926p. 17).

IX


Une dizaine de jours après cette soirée de lugubre découverte, un train qui parlait pour les États-Unis emportait deux hommes, qui sans se connaître avaient été liés, par des chaînes différentes, au même drame tragique. L’un voyageant en première, était accompagné d’une fillette de quatre ou cinq ans, qui ne cessait de réclamer sa mère ; l’autre qui semblait un ouvrier, vieilli avant l’âge, assis en deuxième classe, demeurait indifférent à tout ce qui l’entourait et obsédé seulement par une pensée inexprimée, espérance ou souvenir, qui faisait passer tour à tour sur son visage fané un nuage de haineuse tristesse ou d’inquiète impatience.

Le premier était le docteur Nolier, qui s’en allait vers l’inconnu ensevelir ses souvenirs et ses regrets, l’autre, l’ex-forçat, Pierre Nado, libéré de la veille, et qui s’empressait à rejoindre, dans une ville manufacturière des États Unis, sa famille, qui s’y était réfugiée, après sa condamnation. Et l’un et l’autre de ces hommes que le crime de la malheureuse Zilda avait marqués d’une honte immérité, se demandaient ce qui les attendait à la fin de leur voyage.

Par la souffrance, ces deux inconnus étaient frères ; un même malheur avait creusé pour les deux un enfer moral : l’un venait d’en sortir, l’autre y entrait.